Changements Climatiques

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Climat : bilan de la réunion à Tianjin, une histoire de petite cuillère

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Conciliabule informel des négociateurs (pour débloquer la situation) lors de la séance plénière du groupe AWG-LCA à Tianjin, 9 oct 2010

 

Article publié initialement sur adopt a negotiator.

 

A Tianjin, en Chine, se tenait jusqu’au samedi 9 octobre la dernière séance intermédiaire de négociations avant la Conférence des Parties à la Convention qui se tiendra à Cancún en décembre prochain. Le résultat est très mitigé. Tentative d’explications.

Situation générale

Après la claque de Copenhague (où, rappelons-le, il n’a été produit en décembre qu’un texte à caractère politique non approuvé par tous les pays), les réunions qui se sont tenues à Bonn en juin puis à Tianjin la semaine dernière avaient pour objectif de continuer à travailler dans le cadre du processus de négociation du Plan d’Action de Bali (2007). Les négociations sont organisées dans selon deux voies parallèles dites AWG-KP et AWG-LCA : la première doit permettre la suite du protocole de Kyoto tandis que la seconde doit permettre une coopération plus large et de long terme (en intégrant les Etats-Unis et les grands pays émergents dans les efforts de réduction des émissions).

A Copenhague, les textes des deux groupes KP et LCA avaient été sauvés d’un abandon total afin de ne pas perdre deux ans de travail. Dans le LCA, lors des réunions de Bonn de juin dernier, les textes de négociation avaient beaucoup enflé car les pays ont tenu à inclure toutes leurs positions et ont rejeté des textes plus concis proposés à deux reprises par la Présidence. Or, l’objectif est d’arriver à Cancún avec des textes suffisamment courts et clairs afin que des choix politiques puissent être réalisés. A Tianjin, l’objectif était donc de couper, réorganiser, concentrer les textes afin de permettre l’adoption de Décisions qui constitueraient le socle de construction d’un (ou plusieurs) traité(s) pour la COP17 à en Afrique du Sud de 2011.

Avancer de manière « équilibrée »

« Balanced » (équilibré) aura été le mot dans toutes les bouches de cette réunion de Tianjin. La notion d’équilibre est difficile à décrypter, mais l’idée principale semble être que les négociations internes à chaque groupe de discussion (KP et LCA) doivent avancer de manière cohérente sur les principaux chapitres… mais aussi que les deux groupes doivent avancer tous les deux de manières coordonnées.

Par exemple actuellement, d’après Paul Watkinson (chef de délégation de la France), pour l’Union Européenne le LCA est en retard sur le KP. L’idée est la suivante : les discussions sur la prolongation du protocole de Kyoto qui engagent les pays développés (hors Etats-Unis) ne peuvent aboutir qu’à la condition qu’il y ait une visibilité claire de ce qu’il se passe concernant les Etats-Unis et les pays émergents dans le LCA. Cette visibilité concerne le niveau d’engagement de réductions, mais aussi le caractère contraignant de ces engagements et les règles générales qui s’appliquent. L’UE exige d’avoir des garanties sur ces deux points avant de s’engager elle-même.

Le problème est que chaque groupe de Parties a sa propre définition de ce qu’être « équilibré » : l’Union Européenne a esquissé une liste d’éléments dans un document interne, le G77+Chine a fait de même. La Présidence a proposé une série d’éléments qui pourraient constituer un paquet de décisions équilibré, sans recevoir de soutien particulièrement enthousiaste de l’ensemble des Parties.

Ce qui a bloqué

Or, actuellement, le LCA n’avance pas sur deux chapitres essentiels (dits « 1bi » et « 1bii ») qui concernent la réduction des émissions des pays développés d’une part et celle des pays en développement d’autre part. A Tianjin, les négociateurs n’ont même pas travaillé réellement sur le texte. Lors de la séance plénière de conclusion du LCA, chaotique, la Présidence du groupe a proposé une note décrivant les différentes positions entendues lors de débats… Mais cette note a été assez mal accueillie (erreurs, formulations explosives, interrogation sur son statut juridique…). Au final elle a été acceptée comme un aide-mémoire des débats passés, mais sans résoudre du tout le problème de l’absence de texte.

Un autre chapitre bloquant, directement en lien avec les précédents, est celui dit du « MRV » (pour « measurable, verifiable, reportable ») : il s’agit cette fois de trouver un système international qui permette d’établir transparence et confiance sur la réalité des actions entreprises pour réduire les émissions. Ce chapitre est très lié à la question des financements, puisque le MRV peut également s’appliquer au contrôle des financements effectivement dégagés par les pays développés. Ce problème du MRV n’est pas nouveau, il avait été très présent à Copenhague ; la Chine semble montrer très peu de flexibilité pour tout système de vérification qui interviendrait sur son sol… à moins que ce ne soient les Etats-Unis qui exigent des contrôles trop importants ?

Des discussions de procédure et des blocages difficilement compréhensibles dans KP

Sur l’autre voie de négociation relative au protocole de Kyoto, on a assisté tout au long de la semaine des échanges assez virulents sur le respect des procédures. En effet, les discussions actuelles sont encadrées par un mandat ; or celui-ci ne comprend pas certains aspects que pourtant certains pays exigent de régler avant d’avancer sur le chiffrage des réductions d’émissions. Ces points problématiques sont, grosso modo, les règles de comptabilité des émissions de GES et la gestion du surplus d’unités d’émissions de la première période. L’UE, mais aussi l’Australie, le Japon veulent l’établissement clair de ces règles, pour pouvoir ensuite prendre des engagements. Ce qui paraît assez logique (on peut en effet modifier substantiellement la nature d’un engagement chiffré en modifiant les règles du jeu a posteriori).

Mais le Brésil et la Chine mettent un point d’honneur à vouloir s’en tenir de manière étroite au mandat initial du groupe de travail, c’est à dire uniquement le chiffrage sans discussion sur les règles. Résultat : les discussions s’enchaînent et se répètent sur la procédure, sans que rien ne bouge sur le fonds.

Il est assez difficile de comprendre la dynamique qui est derrière ce blocage. Les pays en développement n’ont de cesse de répéter qu’ils exigent la survie du protocole de Kyoto. En jouant sur la procédure comme ils l’ont fait à Tianjin, le Brésil et la Chine réduisent les chances de progrès et donc, in fine, d’un accord à Cancún.

Inversement, pourquoi les pays développés exigent-ils de dépasser le mandat de Bali ? N’auraient-ils pas anticipé, lors de l’établissement du mandat de travail, les questions qu’ils mettent aujourd’hui sur la table ? Ce serait étonnant, tant chaque position est pesée et pensée à long terme… Y aurait-il donc un piège tendu par les pays développés ?

A moins que la discussion sur les règles ne soit pas appréciée par le Brésil et la Chine, simplement par défense de leurs intérêts. On sait qu’il faudra une cohérence des règles entre le KP et le LCA. Ainsi, les pays en développement auraient peur de discuter de ces règles (dont ils savent qu’elles devront s’appliquer au moins partiellement à eux) tant que d’autres points ne sont pas éclaircis dans le cadre du LCA.

Tout ceci n’est que suppositions. Mais le fait est que les négociations sur la seconde période d’engagement, qui doit commencer en 2013, n’ont pas avancé à Tianjin.

Les points qui ont avancé

Sur les autres chapitres, en revanche, les discussions semblent avoir été constructives globalement. Par exemple, sur les financements à long terme, des brouillons de décisions ont été discuté, ce qui indique un niveau avancé de négociation. D’ailleurs on peut espérer l’établissement à Cancún d’un « fonds vert » par une Décision. Celle-ci organisera également le processus de « faisabilité » de ce fonds pour 2011, c’est à dire la réflexion sur la concrétisation du fonds (choix institutionnels, organisation concrète, levée des fonds…), afin d’une mise en place dans les années qui suivent.

De manière similaire, la question des transferts de technologies a continué d’avancer : la création d’un Comité Exécutif des Technologies doublé d’un réseau de centres régionaux de soutien aux transferts de technologies pourrait être décidée. Les autres chapitres plutôt encourageants sont ceux relatifs l’adaptation, à la protection des forêts (mécanisme dit REDD+).

Chemin vers Cancún : garder de l’optimisme

La question principale est donc : les deux mastodontes (Etats-Unis et Chine) vont-ils bouger à Cancún ? Il faut absolument que la question du « MRV »  trouve une issue rapidement. A priori, comme pour Copenhague, cette question ne peut pas être réglée au niveau des négociateurs : il faut qu’elle le soit au niveau politique.

Les Etats-Unis ont annoncé et répété leur volonté d’aller vers un engagement contraignant. Jonathan Pershing (chef de délégation) a affirmé avec vigueur que son pays garde une forte volonté d’agir en interne par la réglementation, mais qu’en aucun cas la situation interne à son pays ne peut justifier un blocage de la part des autres pays.

En face, la Chine, notamment en accueillant pour la première fois une réunion de l’UNFCCC, a également voulu démontrer sa volonté d’avancer : elle a rappelé ses engagements nationaux – qui sont réellement importants-, ainsi que la réalité de ses politiques nationales.

Mais concernant l’atténuation des émissions, il existe un réel problème : les engagements des pays développés sont, pris ensemble, trop faibles pour permettre le respect de l’engagement dit du « 2°C » (i.e. pas de réchauffement supérieur à 2°C en 2100 par rapport à la période préindustrielle). L’accroissement de ces engagements paraît indispensable aux yeux des pays en développement… Or pour cela, il n’y a pas a priori de réserves de réductions : nous sommes aujourd’hui sur des promesses d’engagements qui sont fixes par rapport à il y a un an. Et il n’y a rien qui laisse penser que les pays développés ont l’intention de bouger pour aller plus loin.

Au-delà du fond, il y a également une sérieuse inquiétude à avoir : il est à craindre que les textes des deux chapitres problématiques du LCA soient encore bien trop longs (et mal organisés) pour pouvoir permettre d’aboutir à une conclusion à Cancún. Or, en respect du principe d’équilibre sur lequel tout le monde s’accorde, si ces chapitres bloquent, c’est tout le reste qui coince également !

Une absence de tout résultat à Cancún serait sérieusement inquiétante : cela pourrait mettre davantage en péril le processus des Nations unies (déjà décrit par de certains acteurs comme « malade »).

On retiendra cependant l’optimisme de Mme Figueres, la secrétaire générale de la Convention : elle croit tout à fait en une possible réussite et rappelle qu’il n’existe pas d’alternative aux Nations unies. Elle rappelle qu’elle n’a entendu aucune Partie s’opposer à l’idée d’un accord contraignant, et que de nombreuses Parties se sont  même exprimées en sa faveur. Elle dédramatise la situation en la remettant en perspective : l’humanité fait face à un changement d’une ampleur inédite dans toute son histoire. Il est donc normal que cela soit compliqué, difficile.

Mme Figueres n’est pas une adepte des grands soirs : pour elle, changer le monde se fait avec une petite cuillère. Je ne peux m’empêcher de vouloir y croire, tout en ayant peur que la cuillère serve plus à le ramasser, ce monde, plutôt à qu’à le changer…

Written by ToM

22 novembre 2010 at 7 h 19 mi

Financements pour le climat : une introduction générale

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.

 

Pourquoi de l’argent pour le climat ? Pourquoi de l’argent vite ?

 

Justification générales

La mobilisation d’argent afin de lutter contre les changements climatiques se justifie à deux niveaux. D’une part, la mobilisation de fonds correspond à un soutien des pays développés -responsables principaux en terme d’émissions cumulées- aux autres pays pour les coûts liés à l’adaptation. Il s’agit d’une sorte de paiement de dette environnementale, de solidarité internationale (comparable à l’Aide Publique au Développement). L’autre justification se trouve au niveau de la mobilisation de financements pour réduire les émissions (atténuation) : on sait qu’il faut mobiliser de l’argent au travers le monde pour pouvoir effectuer les changements technologiques nécessaires (investissements). Etant donné que les émissions ont des conséquences mondiales, tous les pays ont intérêt à ce que les investissements nécessaires soient réalisés effectivement.

 

On le sait, il est désormais clair qu’il n’y aura pas d’accord global à Cancun (pas de traité). Cependant, tout le monde espère (ou dit espérer) la réalisation de « building blocks » (qu’on pourrait traduire par blocs en construction), avec comme principe d’être « balanced » (équilibrés). Ces blocs, qui pourraient permettre la suite des négociations pour la COP17, prendraient probablement la forme d’une série de Décisions de la COP.

La notion d’équilibrage signifie, a priori, que l’ensemble des décisions devra permettre une avancée harmonisée des différents enjeux… mais cette notion, que tout le monde emploie ici, revêt à peu près autant de significations que d’interlocuteur. Pas facile de s’y retrouver. Quoi qu’il en soit, le financement sera l’un des blocs essentiel à Cancun, et elle semble être l’un des chapitres sur lequel les discussions sont prometteuses.

Combien d’argent est-il nécessaire de mobiliser à long terme ?

L’accord de Copenhague prévoit la constitution d’un « fonds vert de Copenhague » qui sera approvisionné par 100 mds de dollars par an d’ici 2020. Les pays développés se tiennent à ce chiffre, sans beaucoup plus de précisions.

Les pays en développement ont leur propres estimations. Comme ils l’ont rappelé lors de la session d’ouverture du groupe AWG-LCA lundi 4 octobre, le Groupe Afrique et le Groupe des Pays les Moins Avancés réclament 1,5% du PIB des pays de l’Annexe I (pays développés) transférés par an d’ici 2020, soit environ 600 milliards de dollars par an (sur la base du PIB de 2008).

Au passage, une remarque sur les incohérences actuelles qui caractérisent les discussions. L’Accord de Copenhague a été signé (puis exactement, ils s’y « associent ») par de nombreux pays qui sont membres du groupe PMA et/ou du groupe Afrique. Or, on sait que les décisions au sein des groupes de Parties ne se prennent qu’à l’unanimité. Quelle est donc la réelle position de ces pays sur la question du financement : 100 mds ou 600 mds de $ ? Des membres d’une délégation africaine m’ont expliqué qu’ils considèrent le 100 mds de $ comme un minimum acquis, mais qui ne préjuge en rien du montant réel qu’ils exigent.

Il est assez difficile de savoir ce qu’il serait « idéalement » nécessaire à long terme, car les estimations reposent sur des projections relativement incertaines (beaucoup d’hypothèses), aux définitions  variables (investissements privés et/ou publics, au nord et/ou au sud???) et horizons temporel multiples (2020, 2030…). Dans un rapport sur les besoins d’investissements, l’UNFCCC estime nécessaire de mobiliser pour l’adaptation « plusieurs dizaines voire centaines de milliards de dollars » par an en plus que ce qui est réalisé actuellement. Pour l’atténuation, les investissements supplémentaires sont estimés entre 200 et 210 mds de dollars d’ici 2030 (même document). Les besoins en transferts nets nord-sud pour l’adaptation et l’atténuation retenu par l’UNFCCC (cité dans la note de décryptage de Futur Facteur 4) sont de 245 mds de dollars par an d’ici 2030.

Les ONG réclament globalement de l’ordre d’au moins 150 à 200 mds de dollars par an (voir CAN-international, Oxfam).

Retenons donc un ordre de grandeur : une à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Retenons aussi qu’il faudra surement ajuster dans le temps le montant exact.

Dans l’attente de la mise en place d’un financement de cet ordre de grandeur (cela ne peut que prendre des années), il était malgré tout nécessaire de mobiliser des fonds capables de répondre à des besoins réels et de satisfaire les pays en développement.

Le fast start : un moyen pour reconstruire la confiance

L’accord de Copenhague prévoit la mise en place d’un financement rapide (ou précoce) pour les années 2010 à 2012 de 30 milliards de dollars fournis par les pays développés.

Le respect de leurs engagements financiers par les pays développés est l’une des conditions essentielles à la reconstruction de la confiance entre les pays. C’est en tout cas ce que certaines Parties affichent haut et fort. En effet, la confiance mutuelle a été largement entamée en décembre dernier du fait de la procédure bafouée par les puissants pour aboutir à un texte ; les pays en développement veulent désormais des preuves de la bonne volonté des pays développés.

Il y a cependant un paradoxe de la part des pays en développement à être exigeants sur cette promesse : ils ne reconnaissent généralement pas, dans le reste des négociations, la valeur de l’Accord de Copenhague (pour les mêmes raisons qui ont causé la perte de confiance et parce que environ un quart des pays n’ont pas apporté leur soutien). Cette attitude donne un argument de poids aux Etats-Unis et à l’UE : si vous voulez l’argent, il faut prendre l’ensemble du paquet (de Copenhague). C’est ce qu’a fait entendre aujourd’hui avec force et agacement M. Pershing, le leader de la délégation américaine, lors de la séance plénière du groupe AWG-LCA.

La question du fast start fait actuellement dans les débats sur le financement à long terme (toujours au sein du LCA), pour savoir s’il y a besoin d’une Décision adoptée par la COP à Cancun. Brièvement résumée, l’idée est qu’avec une Décision, le financement rapide serait validé par tout le monde (contrairement à l’Accord de Copenhague) et pourrait donner un caractère plus contraignant aux promesses. Dans les faits, il y a probablement peu de chances que décision ou pas, les choses changent…

Un premier problème : le manque de transparence

Actuellement, les moyens de distribution de l’aide sont multiples : fonds pour l’environnement mondial (UNFCCC), fonds pour les pays les moins avancés (UNFCCC), fonds spécial pour le changement climatique (UNFCCC), forest carbon partnership facility (initiative multilatérale), climate investment funds (banque mondiale), cool earth partnership (Japon), GCCA (commission européenne)…

Il n’existe ni registre, ni règles de compte. Il existe bien des obligations de publications (au travers des « communications nationales » dans le cadre de l’UNFCCC ou au travers d’enquêtes de l’OCDE), mais celles-ci sont incomplètes, non harmonisées donc peu comparables..

Il y a aujourd’hui des tentatives de renforcement de la transparence. L’initiative la plus remarquable est celle des Pays-Bas, qui ont lancé avec le soutien d’autres gouvernements (Costa-Rica, Colombie, Danemark, Allemagne, Indonésie, Iles Marshall, Mexique, Norvège, Royaume-Uni et Vietnam) un site internet dont le but est de référencer tous les financements dédiés au fast start, sur la base des informations fournies par les gouvernements. Le site à le mérite d’essayer de donner des éléments détaillés sur les engagements, les critères de distribution, les réalisations… De plus, au delà des informations issues des donateurs, il cherche à fournir des données provenant des bénéficiaires des fonds. L’objectif est de disposer d’ici Cancun des informations sur 80 à 90% des Parties. Les Etats-Unis ont annoncé il y a deux semaines leur décision d’y participer (courant octobre), ce qui a été accueilli comme une marque de volontarisme et d’acceptation de transparence. Cependant, quant on navigue sur le site, il s’avère que pour la plupart des pays (dont la France, nous y reviendrons), les données sont parcellaires.

Le WRI propose également un outil d’analyse, avec une relative standardisation de l’information afin de permettre les comparaisons. Le WRI se base sur les déclarations publiques des pays, et compte sur les réactions des gouvernements pour corriger les éventuelles erreurs. Les données sont un peu plus détaillées et permettent une analyse plus critique. (notamment sur les définitions de l’additionalité -cf. ci-dessous- retenues).

Un second problème : l’additionalité

L’accord de Copenhague prévoit que les fonds seront « nouveaux et additionnels »… Cette expression est présente dans l’article 4.3 de la Convention (écrite en 1992), mais n’a jamais eu de définition exacte. Ce qui revient, de fait, à laisser chaque pays donateur le soin de se fixer les règles qu’il entend pour le respect de son propre engagement.

Généralement, l’additionalité est considérée par rapport à l’Aide Publique au Développement. Cela peut se faire par rapport au niveau actuel d’Aide Publique au Développement. Autrement dit, les fonds supplémentaires débloqués pour le climat sont aussi comptés dans l’objectif de 0,7% du PIB versé au titre de l’APD. Cela peut paraître du double comptage (les pays en développement l’affirment), mais peut correspondre à une logique : le développement est une forme d’adaptation et doit se faire dans l’objectif d’adaptation. C’est bien sûr la position des Etats-Unis et partiellement du Royaume-Uni (ces derniers acceptent cet argument pour seulement 10% des financements).

On peut aussi considérer que l’additionalité ne se fait qu’au dessus de l’engagement d’APD de 0,7%du PIB. C’est la position de la plupart des pays en développement.

Remarquons que nous pourrions avoir le même raisonnement avec les budgets environnementaux (et pas uniquement l’APD) : additionalité vis-à-vis de la préservation de la biodiversité par exemple. Mais a priori aucune Partie n’a développé cette position… ce sont donc d’autres enjeux environnementaux qui pourraient trinquer (transferts de budgets environnementaux divers vers la lutte contre les changements climatiques) !

D’autres pays ont des définitions de l’additionalité soit inexistante (Japon), soit totalement choisie sur mesure (nous y reviendrons). Pour avoir plus d’information la multitude de définitions de l’additionalité, lire le document du WRI sur la question.

 

Négociations à Tianjin, état d’esprit

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.

Copenhague était LE rendez-vous pour le climat. Copenhague a failli. Aujourd’hui, la situation est toujours problématique et les discussions internationales continuent. Ambiance gueule de bois (sans fête au préalable).

Copenhague, un sauvetage sous forme d’échec

Le naufrage complet de Copenhague a été évité « grâce » aux chefs d’Etat qui se sont réunis les derniers jours de la 15ème Conférence des Parties (COP15) de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) à Copenhague en décembre 2009. Non pas que les chefs d’Etat aient tranché les questions problématiques des discussions comme ils auraient pu le faire -cela aurait été faire de Copenhague un succès-, mais ils ont réussi à s’accorder sur un texte vague et incertain pour montrer leur « détermination politique ».

Mais le texte n’a pas été adopté par l’ensemble des pays, notamment parce que la procédure de son établissement avait privé la plupart des pays de toute expression ou participation. Pour sauver le texte de sauvetage (sic), il a été décidé que chaque pays donnerait plus tard (fin janvier 2010) son soutien à ce texte, ainsi que les engagements qu’il est prêt à prendre en matière de réduction des émissions. Voilà qui était intelligent : ce que nous nous disons ensemble conduit au désaccord, alors disons-le séparément et le désaccord disparaitra. Evidemment, ce texte, au statut juridique flou et qui n’a pas permis de dépasser les grands blocages, ne résout rien. Aujourd’hui l’avenir climatique du monde est toujours des plus incertains.

Pas de gouffre, mais une grande claque

Pour Copenhague, la société civile mondiale s’était mobilisée à un niveau sans précédent pour une question environnementale. Les actions symboliques ont été très nombreuses ; les ONG, syndicats, partis politiques ou simples citoyens ont fait monter la pression sur leurs dirigeants. Les médias étaient au rendez-vous. Copenhague était le symbole du « maintenant ou jamais », stratégie développée pour faire monter la tension dans l’espoir d’une mobilisation toujours plus grande. Dans l’imaginaire collectif, Copenhague marquait notre présence « au bord du gouffre ». Or les dirigeants n’ont pas réussi. Heureusement, nous ne sommes pas tombés dans le gouffre.

Mais la claque fut grande. Et les réactions diverses. On a vu, en cette année 2010, les mouvements négationnistes des changements climatiques prendre de l’essor : ils trouvaient une audience. Réflexe de protection : si nous n’arrivons pas à résoudre la situation, alors considérons la situation comme moins grave, et le problème disparaît. Pourtant rien n’a changé, les tendances géophysiques longues sont toujours là, soutenues par des évènements de court terme inquiétants (les feux de forêt en Russie, les inondations en Afrique de l’Ouest, Chine, Pakistan…).

Pour la société civile, le succès de mobilisation pré-Copenhague s’est transformé en gueule de bois magistrale : comment faire quand LE moment qui devait sauver le monde est passé et que rien n’est résolu ? En fait, en matière de climat, il n’y a pas de gouffre (les changements ne seront jamais brutaux à l’échelle de la vie humaine), mais seulement une pente qui descend de plus en plus vite. Nous sommes donc toujours sur la pente descendante.

Aujourd’hui, ce qu’il se dessine pour l’avenir

En décembre prochain, la Conférence des Parties (COP16) se réunit comme chaque année, à Cancun cette fois. Il est clair que la mobilisation de la société civile n’est pas de la même ampleur qu’il y a un an. Et pourtant l’avenir du climat est toujours en discussion. La société civile se mobilise de nouveau, dans une ambiance « chat échaudé craint l’eau froide ». Moins d’enthousiasme passionné, mais aussi plus de pragmatisme

La COP16 du Mexique ne sera pas celle de la délivrance : il n’y aura pas de traité global. Les discussions techniques, qui ont repris sur les bases des discussions laissées en friches à Copenhague, ont continué lors de réunions successives à Bonn les mois passés, avec morosité. La confiance entre de nombreux pays a été gravement atteinte à Copenhague.

L’un des objectifs principaux de la société civile est donc d’arriver à relancer une dynamique positive dans le processus de discussion multilatérale. Permettre que la confiance revienne et consolider les bases pour un accord à venir un an plus tard (lors de la COP17 de décembre 2011 en Afrique du Sud). L’enjeu est important : si la confiance ne revient pas, il est probable qu’on assistera à la déliquescence du processus multilatéral sous l’égide de l’ONU. Or il n’existe aujourd’hui aucun cadre alternatif satisfaisant.

Certains critiquent le processus des Nations Unies sur le climat car la CCNUCC semble tourner dans le vide depuis vingt ans sans permettre de réelle prise en main de l’avenir climatique. Mais quelles seraient les alternatives ? Toute décision des principaux forums mondiaux (G8, G20…) ou de forums ad-hoc (Forum sur l’Energie et le climat de New-York…) ont la particularité de ne représenter que les plus riches, les plus gros, les plus puissants ou les plus pollueurs. Toute décision prise dans un tel cadre exclurait de fait les plus pauvres, les plus faibles, les victimes et ne pourrait être que considérée que comme injuste (quand bien même, dans un élan d’altruisme peu probable, les riches-puissants-polluants auraient décidé de prendre une décision très ambitieuse et équitable). Sortir le climat des Nations Unies serait la marque d’un échec majeur de la gouvernance mondiale un tant soit peu équitable.

Cela ne veut pas dire que l’action décentralisée au niveau des pays, des régions, des villes, des entreprises, des ONG, des citoyens est sans valeur. Au contraire ! Cette action décentralisée est la preuve que le monde, au niveau du sol, veut avancer dans une direction positive. Cela est fondamental (et ne pas l’avoir serait inquiétant : sachons nous satisfaire des choses qui vont bien !). Mais cela ne permet pas pour autant de se passer d’une coordination internationale pour gérer le bien public mondial qu’est le climat, afin de garantir équité, justice et réelle durabilité pour l’humanité.

Lors de la réunion préparatoire de Tianjin, du 4 au 9 octobre, il faut clarifier les choses et pousser pour remettre les négociations sur de bonnes bases en vue des discussions au Mexique, qui elles-mêmes permettront une réussite majeure en Afrique du Sud en 2011. A n’en pas douter.

Written by ToM

22 novembre 2010 at 7 h 04 mi

Climat : l’UE bouge encore

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Malgré l’énorme claque qu’elle s’est prise à Copenhague, l’Union Européenne reste déterminée à être leader et acteur important de la lutte contre les changements climatiques.

La Commission vient de publier ce qui semble être tout à la fois une analyse et une feuille de route. Elle est dans les grandes lignes en accord avec la résolution du Parlement Européen sur les résultats de Copenhague ; cette dernière est cependant plus volontariste sur l’action interne de l’UE, et réclame notamment le passage unilatéral à 30% de réduction sur la base d’une analyse coûts-bénéfices.

L’UE est assez clairvoyante sur ses échecs (manque d’unité… c’est le moins que l’on puisse dire) et veut croire en ses atouts (seul groupe d’Etats à s’être engagé sérieusement sur le chemin de Kyoto, législation déjà adoptée pour le régime futur…) pour revenir dans la course et être le leader mondial de l’action. On verra bien si le couple sino-américain aura envie d’ouvrir le cercle.

L’UE souligne habilement les grands problèmes du Protocole de Kyoto : existence de surplus de quotas (Russie et Ukraine) reportables sur l’avenir et susceptibles de saper l’effort des pays développés, problème de comptabilité du changement d’usage des sols. Et de conclure que la Commission va faire une analyse des effets de différents régimes légaux, y compris une seconde période d’engagement dans le cadre du protocole de Kyoto. On se demande pourquoi une telle analyse n’a pas été réalisée avant Copenhague (ou alors ce que va apporter la prochaine analyse !). Sans lien explicite, il est également rappelé l’exigence d’inclure les Etats-Unis et les grands émergents dans le régime. Sous-entendu très fort de l’UE : le protocole de Kyoto en l’état actuel des choses va mourir en 2012.

Ce point est pourtant un casus belli avec le G77+Chine, qui s’arcboute sur Kyoto… et, il faut bien le dire, parfois de manière irrationnelle (de nombreux pays au sein du G77 auraient intérêt à une remise à plat de l’ensemble du régime). Mais on peut comprendre : le niveau de confiance est tellement bas que chaque acquis est défendu avec rage et que la cohésion du groupe est vécu comme une priorité absolue pour pouvoir exister au sein des négociations. Et l’UE est particulièrement coupable de cette confiance quasi-inexistante : la Présidence danoise de Copenhague a été calamiteuse et les traitrises réelles. On récolte ce que l’on sème.

Mais ce qu’on retiendra le plus est la pertinente analyse de la Commission sur les engagements de réduction des émissions des pays développés, qui sont très clairement insuffisants (pour atteindre l’objectif affiché de limiter le réchauffement à 2°C). On a en déjà parlé ailleurs. L’UE en fait le constat amer ; et l’amertume est renforcée avec les faiblesses du protocole de Kyoto. Mais l’UE s’arrête au constat. Et ne propose pas de voie pour faire évoluer cet état de fait, pourtant le coeur du problème. Elle oublie également de parler des engagements des pays en développement (Brésil, Chine) qui sont, eux, au niveau nécessaire pour atteindre l’objectif du +2°C. Bref, l’UE invente la politique de l’autruche qui a un oeil dehors : en savoir un peu, mais ne pas trop réfléchir et se voiler la face malgré tout.

Bon aller, on va essayer de finir avec une note positive : nos technos préférés de la Commission vont élaborer des schémas pour une politique de réduction de 30% des émissions en 2020, et pour des chemins vers 2050. Ces études sont nécessaires et permettent de se projeter dans l’avenir. On les attends avec impatience : les trucs techno c’est pas très sexy, mais de toute façon il y a longtemps qu’on abandonné l’idée d’avoir des rêves politiques avec l’UE. Alors faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Et que la Terre nous pardonne.

Edit : ok ce constat est un peu sévère et il y aurait des raisons de dresser un tableau un peu plus clair…

En bref et en vrac sur l’actu des négo climat

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Quelques infos sur l’actualité du climat, en bref.

Débriefing Copenhague

  • Le gouvernement américain lance un site internet d’informations scientifiques sur le climat : http://www.climate.gov/. Il semble assez clair que le gouvernement cherche à contrer la vague "climato sceptique" qui déferle sur les Etats-Unis, mais également ailleurs (notamment au Royaume-Uni). Au delà du pseudo "climate gate" et autres critiques superficielles du GIEC, il y a peut être lieu de se demander si le "climato scepticisme" n’est pas en plein essor du fait de l’échec de Copenhague. La réaction consistant à adopter la politique de l’autruche (non non, y a rien à voir !) serait logique, puisqu’on anticipe de graves conséquences liées aux changements climatiques… et qu’on est incapable de se mettre d’accord.
  • Les Etats-Unis critiquent la Chine et l’Inde, qui ont tenu des propos  de remise en cause de l’accord de Copenhague, au profit des négociations formelles dans le cadre de l’UNFCCC. Les deux pays n’ont d’ailleurs pas signifié explicitement leur approbation de l’accord, bien qu’ils aient respecté le délai pour indiquer leurs objectifs de réductions d’émissions.

On peut comprendre l’agacement des Etats-Unis, tout comme celui des pays opposés à l’Accord de Copenhague : si cet accord existe, c’est bien que la Chine et l’Inde (notamment) ont accepté de mener des négo parallèles au processus officiel à Copenhague. Donc de faire un enfant dans le dos du G77. Et maintenant, les deux gros émergents réaffirment leur volonté d’être fidèle au mariage ! Y a comme qui dirait une légère ambiance malsaine…

  • Malgré tout, les "négociations parallèles" et groupes de discussions restreints semblent avoir un bel avenir devant elles : les Etats-Unis les privilégient pour l’opérationalisation de l’accord -notamment sur la question des transferts de technologies-, tandis que le Président Mexicain critique la règle de l’unanimité en vigueur pour les décisions de l’ONU.
  • On trouvera ici d ‘intéressantes analyses a posteriori des négociations de Copenhague, et notamment des relations sino-américaines.
  • Justement, concernant la position chinoise, cet article du Guardian (22 décembre) mérite le coup d’oeil : il critique vertement la position de la Chine. Personnellement, je ne partage pas toutes les analyses -plus exactement, je crois qu’il existe des arguments honnêtes explicatifs à la position chinoise et qui ne sont pas mentionnés dans l’article-, malgré tout cette description interne du déroulement de la réunion au sommet est très instructive. Un argument qui n’est pas évoqué est que l’engagement de réduction des émissions de la Chine est réel et important, qu’il rentre dans la fourchette du GIEC pour atteindre l’objectif du +2°C, alors que les engagements des pays développés sont très loin de rentrer dans la fourchette nécessaire. C’est un élément de poids tout de même…

A rebours des critiques britanniques contre la Chine, le Premier Ministre Danois Rasmussen se félicite du rôle de Pékin à Copenhague. En même temps, vu la gestion de la conférence par Rasmussen, on n’a plus trop envie de l’écouter celui-là.

  • Cet autre article du Guardian (11 février) relate l’existence d’un document d’analyse interne à l’administration chinoise. Celle-ci critique fortement l’action des pays développés qui auraient monté "une conspiration" pour diviser les pays en développement (pays émergents VS petits Etats iles et pays vulnérables). Encore une fois, la critique de la position chinoise (presque créditée de paranoïa) peut s’expliquer : pourquoi (mais pouquoi !?) les pays développés ont-il bloqué les négociations dans la suite du protocole de Kyoto ?… Cependant, il est vrai que la coalition du G77 ne pourra probablement pas durer indéfiniment, et que sa rupture de fera au détriment de la Chine.

Depuis Copenhague

  • Le Président chinois Hu Jintao réaffirme la volonté de la Chine de lutter contre les changements climatiques, notamment par une politique nationale ambitieuse. On rappelle que l’objectif phare de réduction de l’intensité énergétique de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2005 est un réel objectif ambitieux. Hu rappelle aussi la nécessité de continuer les négo dans le cadre de l’UNFCCC. Mais en même temps, le négociateur en chef pour la Chine, Yu Qingtai, déclare que les divergences sont très importantes et qu’un accord sera difficile : il ne s’attend pas à ce que les positions évoluent de manière significatives.
  • Du côté des Etats-Unis, on est toujours suspendu aux bonnes volontés du Sénat. Il semblerait qu’un projet de loi avance désormais rapidement. Rappelons qu’Obama a annoncé la semaine dernière un soutien pour la relance de la filière nucléaire, ainsi qu’au CCS (capture et séquestration du carbone), afin d’obtenir un soutien de la part des Républicains. Ces derniers sont vraiment des ****** (adjectif peu élogieux de votre choix) : après avoir fait déraper les émissions de GES des Etats-Unis pendant 10 ans sous l’ère Bush (ce qui conduit le monde sur un chemin de réchauffement bien supérieur à 2°C et avec d’innombrables complications dans les négociations internationales et des problèmes de justice internationale très importants), ils réussissent maintenant à pousser les Etats-Unis vers des solutions non durables et facteurs de nouveaux problèmes majeurs qui concerneront l’ensemble du monde (déchets nucléaires et prolifération etc.).
  • Suite des négos : les Nations Unies ont décidé d’une réunion à Bonn du 9 au 11 avril afin de déterminer le calendrier des négociations.

Copenhague est mort ! Vive…. vive quoi ?

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Nous en avons désormais la confirmation : malgré les paroles rassurantes des leaders maximo, le monde va vers un réchauffement climatique bien au-delà de 2°C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Les pays industrialisés sont clairement responsables de cette situation, qui s’avèrera dramatique pour des centaines de millions de personnes.

Le secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies contre les Changements Climatiques vient de publier les engagements de réduction de leurs émissions des pays industrialisés ainsi que les engagements d’actions nationales appropriées pour les pays en développement, comme le prévoyait l’Accord de Copenhague qui fixait la date limite de contribution au 31 janvier. A noter cependant que cette "date butoir" est considérée comme "flexible"…

Accord de Copenhague : un raisonnement inversé

Tout d’abord, avant d’analyser l’actualité, je me permets un petit commentaire sur la construction de l’Accord de Copenhague.

Les dirigeants avaient beau jeu d’affirmer qu’un grand progrès avait été réalisé par l’inscription de l’objectif "+2°C" en 2100 dans l’Accord de Copenhague ; il est même évoqué la possibilité de revoir à la baisse cet objectif à 1,5°C ! Miracle ? Non, mirage !

We agree that deep cuts in global emissions are required according to science, and as documented by the IPCC Fourth Assessment Report with a view to reduce global emissions so as to hold the increase in global temperature below 2 degrees Celsius, and take action to meet this objective consistent with science and on the basis of equity.
(…)
We call for an assessment of the implementation of this Accord to be completed by 2015, including in light of the Conventionís ultimate objective. This would include consideration of strengthening the long-term goal referencing various matters presented by the science, including in relation to temperature rises of 1.5 degrees Celsius.

Inscrire un tel objectif est louable, mais trompeur. On pourrait croire que cet objectif a des implications fortes et directes en termes de réductions des émissions de gaz à effet de serre, auquel cas son inscription relèverait effectivement d’un progrès. En réalité, le raisonnement est inversé et fausse cette appréciation.

En effet, à l’heure actuelle, du fait de la complexité du système climatique, les sciences sont incapable de nous dicter précisément le chemin qui permettrait d’atteindre avec certitude cet objectif en termes d’émissions globales. Il existe encore trop d’incertitudes et d’effets incompris ou non quantifiés (boucles de rétroactions, qu’elles soient positives ou négatives…) -et il est peu probable qu’on arrive un jour à une telle certitude-. En conséquence, les sciences ne peuvent que nous indiquer des probabilités d’atteindre un objectif de température en fonction d’un chemin d’émissions. Par exemple, avec une réduction de 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) en 2050 par rapport à 1990, on peut espérer atteindre l’objectif de +2°C avec 80% de chances (nota : en réalité, ce qui compte ne sont pas les émissions à une date donnée, mais l’ensemble des émissions cumulées sur toutes les années ; l’année 2050 est ici considérée comme un "point de passage" représentatif du chemin suivi).

Dans ces conditions d’incertitude, comment faut-il lire l’objectif de l’Accord de Copenhague ? Lorsque les pays s’engagent à préserver l’accroissement de température à moins de 2°C, est-ce avec 100% de chances ? 80% ? 50% ? 20% ? Il faudrait que la précision soit apportée pour en déduire un "budget d’émissions" mondial. Or ce n’est pas le cas, ce qui transforme l’objectif du 2°C est en un rideau de fumée. Une formulation qui aurait été honnête eut été quelque chose du style :

"nous nous engageons à réduire les émissions mondiales de W% en 2020, de X% en 2050 par rapport à 1990, de telle sorte que le budget global d’émissions mondiales soit de Y Gtonnes de Carbone. Ceci permettra à la communauté internationale d’atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C en 2100 avec une probabilité de 65% et à 2°C en 2100 avec une probabilité de 80% en l’état actuel des connaissances scientifiques"

Pourquoi les Etats ont-ils raisonné ainsi alors ? Ceci s’explique par le fait que le GIEC dans son dernier rapport (2007) propose une série d’indicateurs qui permettraient (conditionnel) d’atteindre l’objectif de 2°C. A cette époque, le GIEC ne disposait alors pas de quantification de probabilité, faute de données suffisantes. Les pays se sont donc reposés sur les chiffres clés suivants :

- réduction de 25 à 40% des émissions des pays industrialisés en 2020 par rapport à 1990, avec une déviation substantielle de tous les autres pays (exceptés les Pays les Moins Avancés) par rapport à leur tendance "business as usual" (soit une réduction de 15 à 30% par rapport à la trajectoire tendancielle)

- un maximum des émissions mondiales d’ici 2015

- réduction de 50 à 80% des émissions mondiales en 2050 par rapport à 1990.

On sait déjà que Copenhague n’a pas permis de fixer des objectifs comparables aux deux derniers points : tout au plus, il est mentionné que le maximum des émissions mondiales doit être atteint "aussi vite que possible" (sic). Le refus de fixer des réductions globales en 2050 a été porté par les pays émergents, qui veulent d’abord savoir à quoi s’engagent les pays développés pour savoir ce qu’il leur restera !

Aujourd’hui, nous pouvons comparer les engagements des pays sur le premier point (cf. paragraphe qui suit). Mais évidemment, se situer dans le haut ou dans le bas de la fourchette indiquée (25 ou 40%) a des conséquences en termes de probabilité d’atteindre l’objectif mondial ! Pourtant, les décideurs des pays développés se sont toujours contentés de vouloir atteindre le bas de la fourchette, comme si cela était aussi bien que d’atteindre le haut… Mais prenons acte de cet objectif  a minima ; est-on parti pour le respecter ?

Engagements dans le cadre de l’Accord : insuffisants pour les pays développés

Les pays avaient jusqu’au 31 janvier pour annoncer leur signature à l’Accord et leurs engagements de réductions ou d’actions nationales. Le Secrétariat a publié la liste en fin de journée.

Pas de bonne surprise : les engagements des pays industrialisés sont trop faibles pour atteindre le bas de la fourchette qui leur est fixée. D’après mes calculs (un premier ordre de grandeur), les engagements ne peuvent permettre une réduction agglomérée des pays industrialisés comprise entre 16% et 21%(*) par rapport à 1990, soit bien en-dessous de l’objectif minimum de -25%.

Concernant les pays en développement, les engagements respectifs de la Chine et du Brésil sont ambitieux : le Brésil veut réduire ses émissions de 36 à 39% par rapport à la trajectoire, tandis que la Chine veut (notamment) réduire son intensité énergétique de 40 à 45% d’ici 2020. L’Inde est moins ambitieuse avec une réduction de l’intensité énergétique de 20 à 25%, mais cela se comprend car ses émissions par tête sont bien moindres que celles du Brésil et de la Chine.

A noter que certains pays, tels que les Maldives, s’engagent à la neutralité carbone en 2020, soit une réduction de 100%.

Le monde se dirige sur un chemin bien loin de respecter l’objectif affiché de 2°C, par la faute des pays développés. De plus, l’objectif supposé de 1,5°C, que les Etats se disent prêts à envisager en 2015, ne sera plus atteignable à cette date, si les pays restent sur les trajectoires qu’ils affichent actuellement.

Copenhague est mort ! Vive… vive quoi ?

Rappelons que l’Accord de Copenhague est un processus bâtard : il a été décidé dans le cadre des négociations de la Convention Cadre des Nations Unies, mais il ne lui appartient pas car la Conférence des Parties a refusé de l’entériner. Très déçus par le blocage des discussions dans le cadre des Nations Unies, nombre de commentateurs ont appelé à une autre gouvernance internationale pour le climat ; on aurait pu espérer que l’Accord de Copenhague soit un premier pas dans ce sens.

Si les engagements obtenus avaient été significativement supérieurs à ceux envisagés dans le cadre des NU, on aurait pu apprécier la démarche. On même aurait pu comprendre les "sacrifices" imposés : mise au banc des trois-quarts de la communauté internationale, et en particulier des plus pauvres et des plus affectés par les changements climatiques. Mais il n’en est rien : l’Accord de Copenhague n’a rien permis d’obtenir de plus. Il a seulement participé à l’accroissement du manque de confiance entre les plus pauvres et les plus riches, entre les plus petits et les plus gros, entre les plus faibles et les plus puissants.

Et maintenant ? Nous sommes dans une situation embourbée. Il y a désormais 3 "trucs" qui organisent l’action internationale contre les changements climatiques. Je parle de "trucs" car on ne sait même pas s’ils sont engagements fermes ou processus de négociations. Il y a le Protocole de Kyoto, dont la suite et la survie sont négociés au sein des NU (groupe AWG-KP) ; il y a les négociations sur les engagements de long terme, toujours au sein des NU (groupe AWG-LCA) ; il y a l’Accord de Copenhague, mi-traité, mi-processus de négociations.

Notamment sous la pression du groupe BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine), les Nations unies devraient organiser des discussions d’ici juin prochain (prochaine réunion formelle à Bonn) et d’ici novembre (prochaine Conférence des Parties), toujours en suivant les deux processus de discussion (AWG-KP, AWG-LCA) organisés par le Plan d’Action de Bali. D’ailleurs les BASIC sèment le trouble : ils ont accepté de jouer le jeu des négociations parallèles à Copenhague, ils ont participé activement à l’écriture de l’Accord de Copenhague, mais ils réaffirment désormais que seules comptent les négociations au sein des Nations Unies et définies par le Plan d’Action de Bali !

Conclusions

L’action internationale est dans une situation très obscure ; les négociations à venir vont être d’une complexité inédite. Il y a fort à parier que les tensions entre Etat, déjà vives à Copenhague, vont être renforcées puisque les pays les plus pauvres et les plus vulnérables n’ont plus grand chose à perdre.

Encore une fois, la situation actuelle est le fait des pays développés, principaux responsables historiques, frileux à s’engager, peureux devant la reconduction du protocole de Kyoto, radins concernant l’aide internationale, anxieux face au développement des pays émergents. Bien triste monde.

(*) Edit 3 février : le WRI a produit une note qui réalise les calculs de manière plus précise et confirme l’ordre de grandeur des réductions indiqué dans cet article : les pays de l’Annexe I réduiraient de manière agglomérée de 12 à 19% leurs émissions en 2020 par rapport à 1990, suivant les hypothèses retenues (promesses hautes/basses, inclusion/exclusion du changement d’usage des sols).

Edit (2) : pour un autre constat de l’échec de Copenhague, voir le blog de Florent Baarsch.

Photo : source ici.

Copenhague : les vrais résultats dans deux jours

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Dans le fracas médiatique et sous le poids de la déception, on avait envie de refermer le chapitre "Copenhague" pour mieux regarder vers l’avenir. Et pourtant, Copenhague n’est pas fini ! En réalité, nous connaitrons dans deux jours la réelle valeur de cet accord "politiquement contraignant". Explications.

Rappelons d’abord que la Conférence des Parties (CdP) à la Convention Cadre des Nations unies n’a pas adopté de décision entérinant l’accord de Copenhague, mais a seulement "pris note" de cet accord. En effet, l’unanimité était requise pour une décision de la CdP, or au moins quatre pays se sont fermement opposé à une telle décision (Tuvalu, Soudan, Venezuela, Bolivie).

A la suite de demandes de la part des Etats, une note du Secrétariat de l’UNFCCC a donné les précisions concernant ce point (confirmant les explications d’observateurs avisés) :

The decision was adopted with the explicit understanding that the Accord would be attached to the decision and that the chapeau of the Accord would list Parties that wish to associate themselves with it. (…) I would invite those Parties (…) to transit this information to the secretariat by the 31 January 2010.

Autrement dit : pour le moment nous ne savons rien de la portée politique réelle de l’Accord car nous ne savons toujours pas qui l’a signé ! Comme le souligne le Conseil d’Analyse Stratégique, l’accord ayant été principalement négocié entre les deux géants chinois et américain, il est probable que les deux s’y associent. Comme d’ailleurs, l’ensemble des 26 pays présents lors du round final de négociation, ainsi que l’UE qui a été mise au pied du mur. Mais nous ne sommes pas à l’abri de surprises parmi ces probables signataires et surtout une grande inconnue pèse sur tous les autres pays (c’est à dire la majorité !). Le Secrétariat rappelle cependant qu’il actualisera la liste des pays signataires, y compris après le 31 janvier (pour qui loupe le train ou a envie de le prendre après tout le monde, ce sera encore possible).

De manière plus opérationnelle, exactement le même cas de figure se présente pour les engagements chiffrés de réduction des émissions de GES : les pays développés (dits annexe I) doivent fournir leurs engagements de réductions pour 2020 d’ici le 31 janvier, tout comme les pays en développement (dits non annexe I) doivent indiquer les actions nationales d’atténuation des émissions (dits NAMAs en anglais). En somme, le niveau réel d’engagement des pays, qui permettra d’évaluer le niveau de l’action globale, ne sera connu que dans quelques jours.

En réalité, nous avons déjà quelques idées grâce aux déclarations dans la presse (voir la fin de l’article pour les détails) : Etats-Unis, Japon, Norvège, Union Européenne vont garder leurs engagements (qu’on rappelle insuffisants : voir ici et ici). Première (très) désagréable surprise : le Canada ne va pas donner d’engagements (cela signifie-t-il qu’il ne signe pas l’Accord ?). Le Nigéria ne va pas signer l’Accord. Chine, Inde, Brésil n’ont pas encore communiqué leurs engagements, bien qu’ils aient affirmé leur volonté de respecter les délais.

Au passage, la notion "d’accord politique" est également précisée dans une seconde note du secrétariat, rédigée après des demandes (probablement énervées) de précision de certaines Parties concernant l’usage du terme par le Secrétariat dans la première note "In the light of the legal caracter of the Accord…" :

The phrase "In the light of the legal caracter of the Accord…" should be read in its context. (…) since the Conference of the Parties neither adopted or endorsed the Accord, but merely took note of it, its provision do not have any legal standing within the UNFCCC process even if some Parties decide to associate themselves with it.

L’accord de Copenhague est donc le début d’un nouveau processus d’action internationale, parallèle à l’UNFCCC, organisé par l’UNFCCC mais qui ne lui appartient pas ! Rappelons qu’actuellement et suite au Plan d’Action de Bali, il y a déjà deux processus parallèles de négociations, qui ont (heureusement -afin de sauvegarder le travail réalisé depuis deux ans-) été prolongés par la Conférence de Copenhague. Voila qui n’est pas pour clarifier le régime international de lutte contre les changements climatiques.

Le Secrétariat devrait publier rapidement après le 31 janvier le rapport de la COP. Ce sera le vrai moment de dénouement de Copenhague ; qui a envie pourra reboucher le champagne une seconde fois.

Etat des engagements annoncés dans la presse :

- USA : -17% par rapport à 2005

- Norvège : -30% par rapport à 1990, révisable à -40%

Canada : pas d’engagement pour l’instant. Question : cela signifie-t-il que le Canada ne va pas signer l’accord de Copenhague ?

- l’UE campe sur sa position : -20% par rapport à 1990, révisable à -40%

- Japon : -25% par rapport à 1990

- Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud se sont engagés à respecter les délais (donc implicitement à signer l’Accord). Mais pas d’information sur les engagements d’action nationales d’atténuation.

- Nigéria : ne signera probablement pas l’Accord de Copenhague avant le 31 janvier.

Photo : lepoint.fr

Copenhague : la note du Conseil d’Analyse Stratégique bien optimiste…

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Le Conseil d’Analyse Stratégique a produit une note d’analyse de l’accord de Copenhage. Intéressante à lire car elle fait plutôt un bon état des lieux, certains points de positionnement du CAS sont cependant inquiétants. Explications.

Sur la perte d’influence de l’UE, le CAS est assez objectif : l’accord de Copenhague s’est réalisé principalement par un dialogue sino-américain plus quelques émergents mais sans l’UE. Celle-ci s’est pris une claque et a été contrainte d’accepter l’accord "faute de mieux" (dixit le CAS). On peut dire merci aux Danois pour leur présidence calamiteuse et à la France pour la cacophonie (cacophonie que le CAS constate, sans désigner de coupable !).

Mais ce qui inquiète, c’est l’obstination du CAS à vouloir trouver des aspects positifs afin de pouvoir parler de "demi-succès". Comment parler de "demi succès" alors qu’on ne connaitra l’ampleur des engagements à agir de la part des pays que fin janvier, lorsque tous auront donné les engagements de réduction qu’ils veulent bien suivre ? Comment parler de demi succès alors qu’il n’y a pas d’objectifs globaux d’atténuation, ce qui est pourtant l’essence de l’action internationale contre les changements climatiques ?

Une petite remarque au passage : on peut avoir beau jeu de se fixer un objectif en terme de température (+2°C en 2100, comme dit l’accord de Copenhague), mais sans en tirer les conséquences en termes d’émissions, ca ne sert à rien ! Et puis, c’est une mauvaise facon de raisonner (mais j’y reviendrai dans un article à venir).

Et je crois que la palme de l’imbécilité dans l’accord de Copenhague est dans la petite phrase qui dit en résumé "on se fixe l’objectif de +2°C, et on verra plus tard si on rabaisse à +1,5°C"… On sait parfaitement que les années à venir sont absolument cruciales pour pouvoir atteindre un objectif aussi ambitieux que le +1,5°C, que c’est dans les 15 ans à venir que cet objectif se joue. Le fait de dire, "on verra plus tard", c’est rendre caduque la possibilité d’atteindre un tel objectif. Et puis, en toute logique, on devrait commencer par l’objectif plus ambitieux puis revoir à la baisse notre ambition si on s’aperçoit qu’on n’y arrive pas ou que cela est trop coûteux, non ? Bref, cette mention du "+1,5°C" sent à plein nez le chloroforme (pour endormir les plus pauvres : Afrique, PMA, petits Etats insulaires).

Revenons au "demi-succès" du CAS. Certes, America is back. Mais il était temps.

Certes, il y a un peu d’argent sur la table, mais pas beaucoup. Et dans les 30 md de $ pour 2010 à 2012, sont inclus les financements pour REDD plus… Et surtout, sur le long terme, on n’a toujours pas avancé sur le mécanisme de financement, sur la répartition des contributions etc. On est au point mort.

Certes un mécanisme technologique devrait voir le jour… Mais il est encore mal défini, et surtout il ne prend pour l’instant pas en compte les besoins particuliers des pays les plus vulnérables (on risque d’avoir un nouveau mécanisme qui favorise les pays émergents au détriment des PMA). Cependant, il faut reconnaître que c’est l’un des dossiers qui a le plus avancé.

Certes, il y a eu quelques avancées sur le MRV (monitoring, review, verification). Mais pas de mécanisme d’observance international.

Les "avancées" constatées par le CAS sont très maigres en comparaison des manques.

Mais surtout -là où je voulais en venir-, il y a quelques positionnements du CAS qui me font froid dans le dos :

  • dans le paragraphe qui s’intitule "Vers un leadership retrouvé de l’Union européenne dans les négociations climatiques", on peut lire ceci (je souligne) :
le réajustement de la stratégie de négociation européenne est nécessaire aussi bien sur la scène internationale que communautaire. Dès le début  de l’année 2010, l’une des questions les plus urgentes sur l’agenda communautaire sera de déterminer l’engagement de réduction des émissions européennes d’ici à 2020 qui sera proposé à la CNUCCC. L’Union devra en effet décider d’entériner ou non la hausse de l’objectif de réduction de ses émissions de – 20 % à – 30 % qu’elle avait envisagée lors du Conseil européen du printemps 2007 . Compte tenu de l’absence d’objectifs chiffrés dans l’accord de Copenhague, du refus de l’assemblée plénière des parties de l’adopter et de l’absence de taxe aux frontières, l’UE pourrait s’en tenir, dans un premier temps, à son objectif de - 20 %. Une décision future, de réduire de 30 % les émissions communautaires ne devrait en effet être prise qu’au regard de la  comparabilité en termes économiques des efforts envisagés par les différents pays développés.
Comment dire… "leadership retrouvé" = "20%" ?!… je ne comprends pas très bien la logique du CAS, si ce n’est une préparation du terrain pour que l’UE fasse comme les autres et joue en retrait. Et qu’elle fasse tout sauf du leadership.
  • Toujours dans le même chapitre, on peut lire ceci également :
Enfin, l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans les agendas du G-20 et du G-8 qui seront présidés par la France en 2011, pourrait constituer une opportunité supplémentaire de redonner l’initiative à l’Union européenne.
En 2011, vous dites ? Alors comme ca, l’accord global ne serait pas réglé en 2010 à Bonn puis Mexico ? On veut faire trainer la partie pour permettre à Papy-Nicolas (félicitations) de jouer le sauveur de la Terre avec les plus puissants ? Un peu de sérieux ! En 2011, on peut espérer que ce ne seront plus que les "détails" techniques qui soient négociés, pas un accord global. Or, des détails techniques, le G20 et le G8 n’ont que faire !
  • Dans la conclusion, on peut lire cela encore :

la conférence de Copenhague pourrait bien consacrer le dépassement de la gouvernance  onusienne sur le climat, qui repose sur le principe du consensus à 192. Si la logique de la conférence plénière a prévalu durant les premiers jours de la négociations, c’est bien celle du dialogue entre une trentaine de pays « délégués », puis entre les États-Unis et les pays émergents, qui aura finalement permis de parvenir à un compromis. Il est néanmoins difficile à l’heure actuelle d’entrevoir une réforme du suffrage ou du mode de représentation des États au sein de la CCNUCC (…)  Le régime du post-Kyoto pourrait donc être élaboré soit dans le cadre du G-20, qui présente l’avantage de regrouper les principaux émetteurs  de GES, mais l’inconvénient d’écarter les pays les moins avancées, les petits États insulaires et la plus grande partie de l’Afrique (hors l’Afrique du Sud), soit dans d’autres instances à définir.

Sur la limite de la procédure ONUsienne actuelle, on ne peut qu’être d’accord. Mais de là à proposer que la question soit réglée par le G20 !… Cette solution est tout simplement impossible car cela constituerait un vol supplémentaire des pays qui n’appartiennent pas au G20, les plus pauvres et qui ne sont pas responsables et pourtant durement frappés. Une telle éventualité s’apparenterait à une double spoliation même : on leur vole déjà leur part du bien commun qu’est le climat (même en cas d’accord ambitieux, ils seront affectés), et on leur volerait en plus le droit de participer au choix de notre avenir commun ?! Un règlement par le G20 serait trop scandaleux pour être acceptable et cela ne manquerait pas de créer une crise internationale majeure.

En conclusion, la note du CAS, bien que globalement intéressante, fait preuve d’un optimisme et d’analyses prospectives un peu surprenants !

Photo : récupérée ici.

J’ai choisi cette photo car elle représente, pour moi, le point de basculement de Copenhague. Le discours de B. Obama était très attendu : on savait que tout pouvait se débloquer s’il décidait de faire preuve de courage politique en allant au delà de ce que le Congrès prévoit pour l’instant pour la réduction des émissions. Les rumeurs circulaient : on espérait un -17% en 2020 par rapport à 1990 au lieu du -4% actuel (ce -17% serait possible avec l’usage de mécanismes de flexibilité notamment). Mais aucun chiffre nouveau n’est venu. A la place, un B. Obama très tendu, qui a fait un (mauvais) discours à destination des Américains et du Congrès. Imaginez ! devant une salle remplie de tous les pays du monde, il déclare que les Etats-Unis feront des réductions de GES car c’est "bon pour eux", car c’est bon pour leur "sécurité énergétique"…  En disant cela,  il signifiait  explicitement à ses "partenaires commerciaux" en matière d’énergie (pétrole, gaz) qu’il voudrait s’en défaire car il n’a pas confiance en eux ! Le discours était extrêmement mal écrit, avec des approximations en termes de chiffres (pas de citation d’année de référence par exemple). Bref, la déconfiture. J’étais dans le grand hall, devant une télévision, avec une trentaine de personnes, nos visages se sont décomposés, les quelques regards et mots échangés étaient pour dire "rien de nouveau, c’est fini". En fait, on gardait encore un espoir très mince qu’il n’avait pas annoncé de chiffres nouveaux pour pouvoir le faire pendant les négociations en conciliabules ou en tête à tête avec la Chine… La suite on la connaît : rien de nouveau, pas d’avancée.

Déblocage dans la journée à Copenhague ?

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Le billet d’hier a pu être rédigé car il y avait une longue attente… la réunion plénière de restitution des travaux du groupe LCA (perspectives de long terme) s’est déroulée à partir de 21h30 alors qu’elle était programmée initialement à 11h… Ayant fait une nuit blanche avant, je n’y ai pas assisté ; mais elle a permis l’adoption des textes évoqués également dans le billet d’hier. Mais toute la journée, comme ce matin, il ne s’est rien passé. Strictement rien d’officiel en termes de négociations, la Présidence du Danemark ne programmant rien.

J’ai de bonnes raisons de croire (rumeurs) que cela va changer dans la matinée : une COP et une COP/MOP (Protocole de Kyoto) pourrait se tenir dès qu’Yvo de Boer aura reussi a faire suspendre les discours des chefs d’Etat dans le High Level Segment. En effet, il n’est pas possible, procéduralement parlant, d’avoir les deux en même temps.

La COP et la COP/MOP devraient être très brèves pour autoriser l’établissement de deux "groupes de contacts" chargés de faire évoluer très rapidement les textes négociés depuis deux ans. Il faut arriver à lever rapidement les principaux points d’accrochage pour envisager une adoption de deux décision par la COP. Je ne sais pas dans quelle mesure ces discussions seraient techniques ou techniques guidées par des politiques, ni quelle sera la deadline de remise des textes retravaillés…

Ce qui est certain, c’est que ce choix de la Présidente redonne un semblant d’espoir : en renouant avec la procédure prévue par le Plan d’Action de Bali, elle pourrait permettre de faire avancer les discussions. Mais dans les couloirs, les craintes des pays en développement sont toujours très importantes de l’émergence d’un "texte" sorti de nul part, mais dont tout le monde parle. Un texte secret proposé par la Présidence au dernier moment. Cette éventualité est extrêment mal vue par les PED, qui souhaitent absolument l’aboutissement de la procédure prévue par Bali, à savoir la prolongation de Kyoto et un accord plus large incluant le long terme. Je crois qu’une action parallèle, unilatérale, de la Présidence danoise serait une erreur qui pourrait être fatale à tout accord digne de ce nom (il y aura très certainement une déclaration politique commune, quoi qu’il arrive, pour sauver la face… mais il se pourrait qu’elle soit absolument sans intérêt).

Le reste de la journée déterminera si ces rumeurs sont fondées…

Written by ToM

17 décembre 2009 at 10 h 42 mi

Copenhague : état critique des négociations sur le climat lors des dernières 24h passées

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Nous sommes dans l’avant dernier jour des réelles négociations. Le dernier jour ne compte pas, enfin c’est ce qui circule au sein des délégations. Il reste moins de 48h pour établir un accord. Explications sur les 24 dernières heures, vues de l’intérieur.

Hier devaient se conclure les travaux des deux groupes de travail initiés par le Plan d’Action de Bali (BAP en anglais) depuis deux ans maintenant. La clôture s’effectue lors de deux séances plénières distinctes. Initialement programmées en fin d’après-midi, elles ont été toutes deux reportées successivement dans la nuit. La première, sur la suite du Protocole de Kyoto, s’est conclue vers minuit avec un résultat très décevant (pas d’accord). Ce qui est inquiétant, car la prolongation du Protocole de Kyoto est une condition sine qua non pour les pays en développement pour signer un accord…

La seconde plénière, relative aux engagements de long terme et qui dépassent le cadre de Kyoto, s’est terminée ce matin vers 7h. La nuit a été longue. Je passe sur les détails des différents types de groupes constitués ces derniers jours pour faire avancer les discussions. Mais ils se sont prolongés bien au delà de ce qui était prévu. Et malgré une tentative de donner des “orientations politiques” susceptibles de faire évoluer les négociateurs en faisant intervenir les Ministres présents, le résultat des groupes de travail était très décevant : les textes étaient encore très longs, avec multitudes d’options, de parenthèses… ce qui les rendaient inexploitables.

Pour cette raison, hier dans la journée, le Président du Groupe, M. Cutajar, a pris l’initiative de proposer ses propres textes de synthèse, réalisé à partir des documents des groupes. Ce choix ultime était l’unique solution pour tenter de sauver les deux ans de travail écoulés.

A première lecture (vers minuit ?), j’ai trouvé que les textes apportaient de sérieux progrès par rapport à ceux qui étaient établis avant : textes courts, avec relativement peu d’options sur des points clés politiques que les ministres seraient à même de négocier. Le “package” était/est composé d’une décision principale, qui reprend l’ensemble des points du Plan d’action de Bali et des décisions subsidiaires, qui s’intéressent à chaque point pour donner des éléments plus précis. L’ensemble du Package devait être adopté par l’ensemble des pays lors de la séance plénière de conclusion du travail, afin d’être transféré à la Conférence des Parties qui se tient le lendemain et qui a le réel pouvoir politique.

C’était compter sans les Etats-Unis. L’Oncle Sam se croit au dessus de tous : il a donc fortement suggéré au Président du groupe, en privé, d’insérer quelques éléments et des “brackets” qui signifient qu’il n’y a pas d’accord sur le texte. Ils l’ont fait en particulier sur un point particulièrement sensible : l’engagement des pays développés à réduire leurs émissions (texte pourtant constitué de plusieurs options encore). Ces exigences allaient à l’encontre de la bonne conduite de la séance : si une Partie impose ses vues, pourquoi les autres n’en feraient pas autant ? Cela a été évidemment la réaction du G77, qui s’est senti spolié par rapport aux Etats-Unis. Le Président du groupe a passé une longue heure à expliquer sa démarche, ultime espoir de sauver le travail, et à écouter le G77.

Après délibération, celui-ci accepte d’utiliser ce texte comme point de départ pour la suite des discussions : dans ces conditions, ce n’était pas acquis. Un refus du G77 aurait conduit à une absence de tout texte du groupe de travail présenté à la conférence des Parties. Autrement dit un échec total qui aurait conduit probablement à une absence d’accord.

Vers 5h du matin, la séance plénière de conclusion est ouverte et le G77 impose des conditions : que les USA donnent publiquement leurs exigences, que d’autres pays en fassent autant. Et nous voilà partis sur une discussion détaillée de la décision principale… alors que ce n’était pas l’objectif. Les minutes, les heures passent. Il faut que le Président en appelle à l’indulgence des Parties pour pouvoir conclure une décision sur le package avant qu’il ne soit trop tard. La séance est levée vers 7h du matin. Le texte doit être présenté à 11h.

Le texte a été totalement modifié : insertion et surtout beaucoup beaucoup de “brackets” sur la décision principale. Il est donc mauvais, difficilement exploitable. Mais il existe. Il sera peut être renégocié dans les heures à venir, ou bien renvoyé uniquement devant les ministres…

Les Etats-Unis, soutenus par le Japon, ont imposé leur méthode au reste du monde ; ils ont marqué du mépris à l’intention du reste du monde. Et on ne discute même pas des chiffres, du fond ! On ne discute que de la procédure (qui, certes, a des implications sur le fond). Affligeant. Et inquiétant. Car il reste désormais très très peu de temps pour réussir à rendre ces textes opérationnels et utiles. On est passé très près de la catastrophe dans un des deux groupes, mais rien n’est encore joué.

Je ne suis pas certain que ce rapport rapidement écrit après une nuit blanche soit très limpide… mais c’est pour info.

La Conférence des Parties, qui rapporte les résultats des groupes de discussions, est visible sur le site de l’UNFCCC.

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