Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

Changements climatiques : combien l’Europe doit-elle payer ?

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Actualisation en fin d’article.

Combien l’UE doit-elle débloquer d’argent pour faire avancer les négociations internationales ? Il n’est pas simple de répondre à la question, qui renvoie à de nombreuses hypothèses. Lançons-nous dans un scénario.

Il faut tout d’abord distinguer le financement de l’adaptation (s’adapter aux changements climatiques inévitables) et le financement de l’atténuation (réduire les émissions). Quels sont les besoins ?

Combien ?

D’après les Nations unies (UNFCCC), les besoins pour l’adaptation se situeraient à hauteur de « quelques dizaines de milliards de $ par an d’ici 2020 », et un chiffre est avancé : 28 à 67 milliards. D’autres études offrent des estimations relativement similaires : le PNUD dit 87 milliards, la Banque Mondiale dit 9 à 41 milliards, Oxfam di 50 milliards.

Je pense qu’il faudrait prendre les chiffres hauts, voire au-delà, car comme l’a montré une étude très récente (Pary et al., 2009), il y a une sous-évaluation chronique des besoins de financements pour l’adaptation dans ces études, qui ont toutes la même méthodologie. Cette sous-évaluation est due à des problèmes méthodologiques et à des manques de données (par exemple, les secteurs de l’énergie ou la biodiversité ne sont purement et simplement pas comptés !).

Donc prenons le chiffre de 100 milliards de $ par an d’ici 2030 nécessaires pour l’adaptation.

Pour l’atténuation, les chiffres sont plus connus : l’UNFCCC estime les besoins à 200 à 210 milliards d’investissements supplémentaires par an d’ici 2020.

Comment choisir les ressources ? Qui doit payer ?

La problématique n’est pas vraiment la même selon qu’on parle de l’atténuation ou de l’adaptation. En effet, l’adaptation est la conséquence des émissions passées, très largement dues aux pays développés. Il leur revient de dédommager ceux qui en sont victimes.

Donc, disons que pour l’adaptation, les ressources soient totalement publiques, de manière similaire mais supplémentaire à l’aide au développement traditionnelle. Dans ce cas, quelle part doit payer l’UE ?

Le calcul est simple : on veut 100 milliards de $ de la part des pays de l’annexe I (pays développés). On fait une approximation : pays de l’annexe I = OCDE. Le PIB de l’OCDE est de 40 000 milliards de $. Il faudrait donc que l’OCDE verse 0,25% de son PIB. Ce qui fait pour l’UE 45 milliards de $ = 30 milliards d’€.

Et pour le moment, les pays de l’UE ergotent pour savoir combien donner entre 2 et 15 milliards d’€ et comment se répartir le fardeau… On est loin du but.

D’où l’importance du résultat du sommet européen qui se conclut aujourd’hui. Si les pays mettent de l’argent sur la table, on peut espérer un accord. S’il ne le font pas, où à  un niveau ridiculement faible, Copenhague est mort.

Et pour l’atténuation ?

La problématique est différente : les pays développés ont certes une responsabilité importante, mais les pays émergent également. Il faudrait donc arriver à trouver un accord pour que les pays en développement participent au financement, en fonction de leurs capacités respectives. Actuellement, plusieurs propositions sont sur la table des négociations (dans le groupe de discussion chargé de ce dossier).

Prenons des besoins à 200 milliards de $ par an.

Les pays en développement soutiennent un financement totalement public. Mais cela parait vraiment difficilement acceptable par les pays développés, car trop lourd pour les finances publiques.

La proposition mexicaine propose un participation de tous les pays, dans un fonds multilatéral, en fonction des capacités, des émissions du pays, de la pauvreté etc. Mais la proposition n’est pas très claire : les pays en développement ne participeraient que volontairement ! Et elle est faible, puisque seulement 10 milliards de $ seraient mobilisés.

Autre solution : taxer l’aviation internationale et les transports maritimes. Très intéressant, car permettrait d’inciter à réduire des émissions qui ne sont pas comptabilisées dans les inventaires nationaux, donc pour lesquelles il n’existe pas de réelle politique (à l’exception de celle de l’UE qui incluera bientot les émissions des transports aériens dans sont système de permis). Permettrait de mobiliser entre 8 et 35 milliards de $.

Proposition suisse : une taxe de 2$ sur les émissions par tête au delà d’une franchise de 1,5 tonne de CO2/personne/an. Cela permettrait de faire payer les pollueurs : les pays développés paient plus, car ils polluent plus. Mais les pays émergents doivent éviter de monter trop haut. Recettes potentielles d’après la Suisse : 48 milliards de $ par an. Pour l’UE cela représenterait actuellement 8,5 milliards de $ par an, soit 5,7 milliards d’€.

Taxer les mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto : le problème est que les recettes sont très variables, suivant le niveau de demande de la part des pays développés. Cela pourrait aller de quelques dizaines de millions d’euros à 5 milliards. Mais guère plus. Et il faut que les pays développés cherchent à utiliser un max les mécanismes de flexibilité… donc à exporter leurs émissions.

Proposition d’une taxe sur les transferts financiers (taxe tobin) : pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards. Mais doit-on réguler la finance pour financer le climat ?… ca compliquerait encore et encore la gouvernance internationale.

Enfin, possibilité de mettre aux enchères de droits d’émissions internationaux (entre pays). Je n’ai pas trouvé d’évaluation des revenus possibles… cela dépend de combien de mise aux enchères dans quelle contexte de contrainte.

Résumons

pour l’adaptation, deux sources semblent particulièrement intéressantes : la taxation des transports aériens et maritimes + une taxation en fonction des émissions par tête. Elles rapportent beaucoup (en comparaison) et créent des incitations favorables.

Au total, cela ne rapporterait que 48 + 20 = env. 70 milliards de $ par an

Soit 35% des financements nécessaires. Mais pour compléter, il faut rappeler l’importance des financements privés. Actuellement 85% des flux de financements/investissements dans l’atténuation sont privés. On peut donc espérer qu’en mobilisant 35% des besoins avec de l’argent public, on arrive à mobiliser le complément en argent privé, par des politiques adaptées. Sans compter que d’autres sources publiques existent et sont importantes : transférer les investissements « climato-négatifs » vers des investissements « climato-positifs ». (Et on peut y adjoindre d’autres financements : proposition mexicaine, taxe sur les mécanismes de flexibilité…).

En conclusion

Il faut de l’argent sur la table, à nous de le mettre. Il n’y a pas d’alternative. Et pour arriver à Copenhague avec de quoi faire avancer les négo, l’UE doit débloquer 30 + 6 milliards d’euros, dès maintenant.

UPDATE

Avec les dernières infos (dépêche AP).

L’UE vient de s’accorder à fixer l’objectif à 100 milliards d’€ par an (et non 100 milliards de $, l’hypothèse qui m’a servi ci-dessus) l’objectif de soutien aux pays en développement ! L’UE (financements publics + privés) participerait à hauteur de40 milliards d’€ soit 60 milliards de $… soit plus que les résultats de la petite analyse ci-dessous. C’est un niveau très respectable, à la hauteur des enjeux. Cela pourrait faire avancer les discussions internationales. Correction : ces chiffres représentent l’ensemble des investissements européens (prives+publics) alors que l’analyse ci-dessus se focalise sur l’effort public. 40 Md€, cela veut dire 15 Md€ pour le public (d’après la commission). C’est donc très insuffisant.

Le problème est que l’UE n’a pas réussi à s’accorder sur le financement… donc si ce sont des engagements sans conséquences, cela n’a pas d’intérêt. Dans quelle mesure les pays en développement vont-ils y croire ? faire confiance ?… le problème reste important.

UPDATE : infos contradictoires sur la participation de l’UE aux 100 mds. La dernière dépêche AFP indique que l’UE ne dit rien sur sa participation, contrairement à ce que disait la dépêche AP. En n’affichant pas sa volonté de payer, l’UE continue le jeu du poker-menteur qui vaut depuis le début des négociations et dont on se demande s’il finira un jour. Ce n’est pas bon pour les discussions à Barcelone, qui débutent lundi.

Climat: l’UE refuse d’ouvrir son portefeuille en attendant Obama

BRUXELLES – Les pays de l’UE reconnaissent les besoins d’aide des pays pauvres face au réchauffement climatique mais refusent de mettre l’argent sur la table tant que Washington n’aura pas dévoilé ses intentions à Copenhague, une « tactique » jugée risquée par certains.

Un projet de texte final du sommet des dirigeants européens réunis en sommet à Bruxelles, soumis vendredi à la discussion, propose de négocier avec les autres pays développés et avec les économies émergentes sur la base d’un besoin pour les plus pauvres de 100 milliards d’euros par an entre 2013 et 2020.

Il évalue entre 22 et 50 milliards d’euros par an la part des contributions publiques et entre 5 et 7 milliards d’euros par an le soutien immédiat à accorder de 2010 à 2013.

Mais rien ne figure sur la contribution européenne. La Commission européenne plaidait pour un engagement de 15 milliards par an et un soutien immédiat de 1,5 milliards par an.

La chancelière allemande « Angela Merkel a refusé tout chiffrage » et l’a fait savoir assez sèchement, ont raconté les autres participants.

« Nous allons lier nos engagements au fait que d’autres pays prennent des engagements financiers similaires », a-t-elle expliqué vendredi.

La France et l’Italie, qui complètent le groupe des pays fondateurs de l’Europe, se sont rangées à cette position. « Nous avons besoin d’un engagement de tous les partenaires internationaux », a dit le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini

Les Danois, hôtes de la conférence de Copenhague, les Britanniques et les Belges, très volontaristes, se sont dits déçus vendredi par cette proposition « minimale », car tous ces chiffres sont connus depuis des mois et ne répondent pas aux attentes des plus pauvres.

« Sans argent, il n’y aura pas d’accord », soutient le commissaire à l’Environnement Stavros Dimas.

Berlin, Paris et Rome assurent vouloir le succès des négociations sur le climat à Copenhague en décembre. Leur position est « une tactique de négociation » pour ne pas dévoiler trop tôt ses cartes face aux Etats-Unis et à la Chine, assurent leurs représentants.

Elle sera mise à l’épreuve dès mardi prochain lors d’un sommet UE-Etats-Unis à Washington.

Ce refus de délier tout de suite les cordons de la bourse masque aussi de profondes divisions entre pays européens sur la répartition de la facture.

La position européenne insiste sur le fait qu’elle doit être fondée à la fois sur le niveau des émissions et la richesse.

« Nous parlons de lutte contre le réchauffement du climat et l’effort doit se porter sur les émissions, selon le principe du pollueur-payeur », a toutefois expliqué un négociateur français.

Neuf pays d’Europe de l’Est refusent cette formule car, étant souvent plus pollueurs qu’à l’Ouest, ils paieraient davantage. « On ne va pas donner notre accord a un mécanisme qui veut que celui qui émet le plus de CO2 paie le plus », a affirmé le Premier ministre polonais Donald Tusk.

Ils insistent pour que la richesse des Etats, supérieure à l’Ouest, soit prise en compte.

Un texte de compromis discuté vendredi indique que « les contributions des Etats devraient tenir compte de la capacité des moins prospères, au moyen d’un mécanisme d’ajustement interne ». En clair un retour financier comme le chèque britannique pour l’agriculture.

Il propose en outre que « l’UE et les Etats membres qui le peuvent assument leur part » du financement de l’aide d’urgence des trois premières années, « en fonction de leur situation économique et financière respective ».

Mais ces concessions étaient jugées insuffisantes par la délégation polonaise. Varsovie réclame davantage de garanties pour son rabais, a indiqué le ministre aux Affaires européennes Mikolaj Dowgielewicz.

(©AFP / 30 octobre 2009 11h26)

UPDATE @ 15h30 : voir dernier article

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