Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

Réductions des GES : quelle probabilité de ne pas dépasser 2°C ?

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L’atténuation des émissions est l’un des éléments central des discussions pour Copenhague : combien réduira-t-on nos émissions mondiales ? qui doit faire quoi ? D’autres enjeux sont très importants (financement, adaptation, transfert de technologie en particulier), mais l’atténuation est le déterminant de l’avenir climatique planétaire et la source d’une redistribution des richesses. C’est un point de blocage crucial.

Alors que l’Inde souffle le chaud et le froid (le chef de la délégation semble s’opposer à son ministre sur la possibilité d’objectifs chiffrés), la Chine, les Etats-Unis et la Russie ont redonné des bribes d’espoirs qu’un accord peut être trouvé. Cependant la situation semble encore difficile : les pays développés ne font probablement pas assez d’efforts. Mais « pas assez d’efforts » par rapport à quoi ? Retour sur les objectifs et enjeux de l’atténuation.

Les données du GIEC sont la référence

Partant du principe qu’il faudrait réduire à 2°C l’accroissement de la température en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle (ce qui implique une stabilisation de la concentration en GES de 450 ppm équivalent CO2), les négociations se focalisent sur quelques chiffres identifiés par le GIEC dans son rapport de 2007 (AR4), chapitre 13, box 13.7 :

Les chiffres clés sont donc :

  • les émissions des pays industrialisés réduites de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990
  • les émissions des pays en développement « déviées substantiellement du scénario business as usual (BAU) » -on considère généralement que cela signifie une déviation de 15 à 30% par rapport à la courbe BAU-
  • les émissions mondiales réduites de 50 à 85% en 2050 par rapport à 1990, et pour cela que les émissions des pays industrialisés soient réduites de 80 à 95% en 2050

Tout d’abord rappelons que cet objectif du GIEC conduit à une stabilisation de la température entre à +2°C et +2,4°C et pas à « moins de 2°C » (ceci est rarement dit, même si l’UNFCCC ne l’oublie pas dans la Facts Sheet)…

Mais surtout, on constate que les chiffres exprimés sont des émissions, c’est à dire des flux ; or, ce qui importe dun point de vue géophysique, c’est la concentration en GES, donc le stock. D’un point de vue géophysique, il convient de regarder le stock : les conséquences en termes de flux en sont déduites, et non l’inverse, comme les négociations internationales pourraient pousser à le faire : tout le monde se focalise sur les émissions en 2020 et en 2050.

En effet, les pays développés font des promesses qui, jusqu’à présent en tout cas, ne permettraient pas d’atteindre le -25% d’émissions en 2020 (les estimations les plus optimistes arrivent à -24% dans le meilleur des cas). Et dans les déclarations politiques des pays développés, cette fourchette de -25 à -40% est souvent citée, mais sans jamais préciser que le résultat en termes de températures sera très différent selon qu’on se situe en haut ou en bas de la fourchette. D’ailleurs, les pays africains réclament -40%, les petits Etats insulaires demandent -45%. Ce constat est également vrai pour l’objectif en 2050, pour lequel les pays développés parlent d’une division par deux des émissions mondiales « au moins ».

Limites de ces chiffres

Notons également que cette analyse du GIEC est présente dans le rapport III -qui s’intéresse aux politiques- et non dans le rapport I -qui s’intéresse à la géophysique-. En effet, le groupe I ne disposait pas en 2007 des résultats de simulations des différents modèles en fonction des différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Pour obtenir son résultat, le groupe III a effectué une régression à partir des estimations de forçage radiatif en 2100 (induit par différentes concentrations en GES) pour déterminer le réchauffement conséquent.

L’étude de Meinshausen et al. (2009) permet d’aller plus loin en probabilisant les possibilités de dépasser un niveau de réchauffement en fonction d’un budget d’émissions totales de GES (i.e. en utilisant des résultats de scénarios qui manquaient en 2007). Cette probabilisation correspond à la prise en compte des incertitudes relatives à chacun des très nombreux paramètres qui déterminent la réponse du climat à une concentration en GES. Ces paramètres influent également sur la concentration en GES, en fonction des émissions, par l’intermédiaire de phénomènes de rétroactions positives ou négatives (réduction de l’absorption du CO2 par les océans à cause de l’acidification…).

Les résultats

Afin d’avoir une chance sur deux de ne pas dépasser +2°C, il faut limiter l’ensemble des émissions de GES (des six gaz inclus dans le protocole de Kyoto) à 1500 Gt eq. CO2 émis entre 2000 et 2050. Avec un budget de 2000 Gt eq. CO2 les chances de ne pas dépasser +2°C ne sont plus que de 25%.

On peut traduire cela en termes d’émissions en 2050. Une division par deux des émissions mondiales de GES par rapport à 1990 (soit 18 Gt eq. CO2 par an) offre une probabilité de 79% de ne pas dépasser l’objectif du +2°C. Mais la probabilité doit être remise dans son contexte : elle varie en fonction du chemin suivi pour diminuer les émissions entre 55% et 88%.

Les données en termes d’émissions en 2020 sont nettement moins certaines au plan géophysique ; pour voir les probabilités associées, se reporter au tableau ci-dessous.

Pour l’objectif en 2020, on note la très forte probabilité (74%) de dépasser l’objectif de 2°C si les émissions sont de 50 Gt CO2 eq. par an en 2020.

A titre de repère, en 2005, les seules émissions de CO2 étaient de 27,5 Gt (source : WRI). En 2007, les émissions (tous gaz) des pays industrialisés (source : UNFCCC) représentaient de l’ordre de 18 Gt eq. CO2.

Conclusions

Les chiffres utilisés dans les médias et, de fait, dans les négociations sont globalement corrects pour conduire vers une augmentation maximale de 2°C (proba de 79% pour le chiffre de 2050). Cependant, ces « points de passage » en 2020 et 2050 ne sont pas suffisants puisqu’ils ne disent rien sur la concentration et une réflexion en termes de « budget global » à se partager serait plus pertinente et moins incertaine. En choisissant ou refusant certaines cibles intermédiaires, les Etats pourraient faire chuter jusqu’à 55% la probabilité d’atteindre l’objectif du +2°C.

Référence : Meinshausen, M. et al., (2009) Greenhouse-gas emission targets for
limiting global warming to 2°C. Nature 458, 1158-1162.

2 Réponses

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  1. Article super interessant ! Merci Thomas !

    Benoit

    8 décembre 2009 at 20 h 12 mi

  2. […] arrive un jour à une telle certitude-. En conséquence, les sciences ne peuvent que nous indiquer des probabilités d’atteindre un objectif de température en fonction d’un chemin d’émissions. Par exemple, avec une réduction […]


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