Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

Négociations à Tianjin, état d’esprit

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.

Copenhague était LE rendez-vous pour le climat. Copenhague a failli. Aujourd’hui, la situation est toujours problématique et les discussions internationales continuent. Ambiance gueule de bois (sans fête au préalable).

Copenhague, un sauvetage sous forme d’échec

Le naufrage complet de Copenhague a été évité « grâce » aux chefs d’Etat qui se sont réunis les derniers jours de la 15ème Conférence des Parties (COP15) de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) à Copenhague en décembre 2009. Non pas que les chefs d’Etat aient tranché les questions problématiques des discussions comme ils auraient pu le faire -cela aurait été faire de Copenhague un succès-, mais ils ont réussi à s’accorder sur un texte vague et incertain pour montrer leur « détermination politique ».

Mais le texte n’a pas été adopté par l’ensemble des pays, notamment parce que la procédure de son établissement avait privé la plupart des pays de toute expression ou participation. Pour sauver le texte de sauvetage (sic), il a été décidé que chaque pays donnerait plus tard (fin janvier 2010) son soutien à ce texte, ainsi que les engagements qu’il est prêt à prendre en matière de réduction des émissions. Voilà qui était intelligent : ce que nous nous disons ensemble conduit au désaccord, alors disons-le séparément et le désaccord disparaitra. Evidemment, ce texte, au statut juridique flou et qui n’a pas permis de dépasser les grands blocages, ne résout rien. Aujourd’hui l’avenir climatique du monde est toujours des plus incertains.

Pas de gouffre, mais une grande claque

Pour Copenhague, la société civile mondiale s’était mobilisée à un niveau sans précédent pour une question environnementale. Les actions symboliques ont été très nombreuses ; les ONG, syndicats, partis politiques ou simples citoyens ont fait monter la pression sur leurs dirigeants. Les médias étaient au rendez-vous. Copenhague était le symbole du « maintenant ou jamais », stratégie développée pour faire monter la tension dans l’espoir d’une mobilisation toujours plus grande. Dans l’imaginaire collectif, Copenhague marquait notre présence « au bord du gouffre ». Or les dirigeants n’ont pas réussi. Heureusement, nous ne sommes pas tombés dans le gouffre.

Mais la claque fut grande. Et les réactions diverses. On a vu, en cette année 2010, les mouvements négationnistes des changements climatiques prendre de l’essor : ils trouvaient une audience. Réflexe de protection : si nous n’arrivons pas à résoudre la situation, alors considérons la situation comme moins grave, et le problème disparaît. Pourtant rien n’a changé, les tendances géophysiques longues sont toujours là, soutenues par des évènements de court terme inquiétants (les feux de forêt en Russie, les inondations en Afrique de l’Ouest, Chine, Pakistan…).

Pour la société civile, le succès de mobilisation pré-Copenhague s’est transformé en gueule de bois magistrale : comment faire quand LE moment qui devait sauver le monde est passé et que rien n’est résolu ? En fait, en matière de climat, il n’y a pas de gouffre (les changements ne seront jamais brutaux à l’échelle de la vie humaine), mais seulement une pente qui descend de plus en plus vite. Nous sommes donc toujours sur la pente descendante.

Aujourd’hui, ce qu’il se dessine pour l’avenir

En décembre prochain, la Conférence des Parties (COP16) se réunit comme chaque année, à Cancun cette fois. Il est clair que la mobilisation de la société civile n’est pas de la même ampleur qu’il y a un an. Et pourtant l’avenir du climat est toujours en discussion. La société civile se mobilise de nouveau, dans une ambiance « chat échaudé craint l’eau froide ». Moins d’enthousiasme passionné, mais aussi plus de pragmatisme

La COP16 du Mexique ne sera pas celle de la délivrance : il n’y aura pas de traité global. Les discussions techniques, qui ont repris sur les bases des discussions laissées en friches à Copenhague, ont continué lors de réunions successives à Bonn les mois passés, avec morosité. La confiance entre de nombreux pays a été gravement atteinte à Copenhague.

L’un des objectifs principaux de la société civile est donc d’arriver à relancer une dynamique positive dans le processus de discussion multilatérale. Permettre que la confiance revienne et consolider les bases pour un accord à venir un an plus tard (lors de la COP17 de décembre 2011 en Afrique du Sud). L’enjeu est important : si la confiance ne revient pas, il est probable qu’on assistera à la déliquescence du processus multilatéral sous l’égide de l’ONU. Or il n’existe aujourd’hui aucun cadre alternatif satisfaisant.

Certains critiquent le processus des Nations Unies sur le climat car la CCNUCC semble tourner dans le vide depuis vingt ans sans permettre de réelle prise en main de l’avenir climatique. Mais quelles seraient les alternatives ? Toute décision des principaux forums mondiaux (G8, G20…) ou de forums ad-hoc (Forum sur l’Energie et le climat de New-York…) ont la particularité de ne représenter que les plus riches, les plus gros, les plus puissants ou les plus pollueurs. Toute décision prise dans un tel cadre exclurait de fait les plus pauvres, les plus faibles, les victimes et ne pourrait être que considérée que comme injuste (quand bien même, dans un élan d’altruisme peu probable, les riches-puissants-polluants auraient décidé de prendre une décision très ambitieuse et équitable). Sortir le climat des Nations Unies serait la marque d’un échec majeur de la gouvernance mondiale un tant soit peu équitable.

Cela ne veut pas dire que l’action décentralisée au niveau des pays, des régions, des villes, des entreprises, des ONG, des citoyens est sans valeur. Au contraire ! Cette action décentralisée est la preuve que le monde, au niveau du sol, veut avancer dans une direction positive. Cela est fondamental (et ne pas l’avoir serait inquiétant : sachons nous satisfaire des choses qui vont bien !). Mais cela ne permet pas pour autant de se passer d’une coordination internationale pour gérer le bien public mondial qu’est le climat, afin de garantir équité, justice et réelle durabilité pour l’humanité.

Lors de la réunion préparatoire de Tianjin, du 4 au 9 octobre, il faut clarifier les choses et pousser pour remettre les négociations sur de bonnes bases en vue des discussions au Mexique, qui elles-mêmes permettront une réussite majeure en Afrique du Sud en 2011. A n’en pas douter.

Written by ToM

22 novembre 2010 à 7 h 04 mi

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