Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

Archive for the ‘Afrique’ Category

Adaptation : deux notes conceptuelles

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Dans le cadre des « Development Days » organisés par l’Union européenne, voici une note (en anglais) sur le concept d’adaptation aux changements climatiques rédigée avec deux de mes collègues de master (Christelle Bakhache et Clément Féger).

Nous y traitons de la nécessité d’envisager l’adaptation comme un projet de développement qui doit se fonder sur des « politiques multidisciplinaires, intégrées, réflexives et heuristiques ». Nous nous appuyons sur le cas des pays du Sahel. Tout un programme…

Voir également l’intéressante note de nos collègues sur l’approche dite « sans regret », appliquée aux pays méditerranéens.

Afrique : déclaration finale de Ouagadougou 11 octobre 2009

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Six chefs d’Etat africains se sont accordés sur cette déclaration finale :

FORUM MONDIAL DU DEVELOPPEMENT DURABLE

REUNION DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT

DECLARATION DE OUAGADOUGOU

OUAGADOUGOU LE 11 OCTOBRE 2009

NOUS,

Chefs d’Etat et de Gouvernement, réunis au Forum Mondial du Développement Durable de Ouagadougou, le 11 octobre 2009.  Considérant que la quinzième Conférence des Parties (COP-15) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques constitue une étape cruciale pour l’établissement d’un nouveau régime climat (post-Kyoto 2012). Prenant en compte la déclaration ministérielle de New Dehli sur les changements climatiques et le développement durable à l’occasion de la huitième Conférence des Parties (COP-8) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques tenue, du 23 octobre au 1er novembre 2002. Considérant les grandes orientations de la feuille de route de Bali de 2007. Prenant en compte la conférence ministérielle sur la santé et l’environnement en Afrique, tenue à Libreville en 2008. Prenant en compte la plateforme d’Alger de novembre 2008, ainsi que la déclaration de Nairobi de mai 2009 sur le processus africain de lutte contre les changements climatiques. Considérant la création de la conférence des Chefs d’Etat africains sur les changements climatiques par l’Assemblée de l’Union Africaine à Syrte en juillet 2009. Considérant les recommandations de la déclaration de Dakar de mai 2009 adoptée par la conférence des Ministres africains chargés de la lutte contre l’érosion côtière. Reconnaissant que les changements climatiques constituent un défi  majeur  de l’humanité pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Etant entendu que la vulnérabilité à la fois à la variabilité du climat et aux changements climatiques influence fortement les capacités des pays, des individus et des systèmes de production à atteindre leurs objectifs de développement durable. Considérant la fréquence et la sévérité des événements climatiques extrêmes et leurs effets sociaux notamment les migrations, les conflits et les problèmes sanitaires. Considérant que l’énorme potentiel dont recèle l’Afrique en matière d’énergies renouvelables insuffisamment exploité, peut satisfaire largement ses besoins énergétiques. Notant que les importants efforts consentis au niveau international pour éliminer les substances appauvrissant la couche d’ozone en rapport avec les changements climatiques demeurent insuffisants. Considérant la nécessité pour les pays africains de saisir les opportunités de financement et d’investissements directs liés au marché offertes notamment par le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP). Considérant que l’accès et la mobilisation des financements est une condition indispensable pour la mise en œuvre des actions d’atténuation et d’adaptation. Considérant que la coopération Sud-Sud assure aussi un transfert de technologies qu’il appartient aux pays africains de renforcer. Considérant que le transfert de technologies est reconnu comme une condition indispensable aussi bien pour les actions d’atténuation que d’adaptation. Considérant la décision des Chefs d’Etat de l’Union Africaine relative à l’application des conclusions du 1er Forum Mondial du Développement Durable de l’Afrique, tenu à Brazzaville en octobre 2008. Considérant la nécessité d’intégrer les groupes vulnérables, notamment les femmes et les jeunes dans les stratégies nationales de développement durable. Prenant acte de la volonté de la communauté internationale de réduire de manière  significative les émissions de gaz à effet de serre et leurs effets sur le climat.

DECIDONS

1.  De promouvoir l’intégration de  l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques, programmes et stratégies de développement aux niveaux local, national et régional afin d’apporter une réponse globale aux défis posés par les changements climatiques et de saisir les opportunités offertes par ces derniers en termes de développement durable. 2.             De renforcer davantage les capacités des populations et des institutions à travers l’échange et la promotion d’expériences positives dans le cadre d’un partenariat capitalisant  l’expertise existante et la diffusion des bonnes pratiques 3.  De soutenir la feuille de route  de Bali qui vise à inclure dans les traités sur le climat post-Kyoto 2012, un mécanisme permettant de prendre en compte la Réduction des Emissions dues à la Dégradation et à la Déforestation des forêts (REDD) et plus récemment encore, les négociations incluant la gestion durable des forêts (REDD+), sous forme de financements directs des politiques nationales basées sur une approche sectorielle, avec la création d’un fonds intérimaire spécial principalement alimenté par les contributions des pays développés. 4.D’accroitre les puits de carbone à travers un vaste programme de reboisement et de conservation des écosystèmes forestiers. 5. De faire une réévaluation stratégique du soutien à l’agriculture africaine avant l’échéance des Objectifs du Millénaire pour le Développement, en vue d’une gestion durable des terres, des ressources en eau, des ressources animales et la promotion de l’agriculture écologiquement durable. 6. D’inscrire dans les options d’adaptation, des actions visant le renversement des tendances à la dégradation des ressources hydrauliques et terrestres, des bassins fluviaux et lacustres. 7.  De lancer un appel pour un soutien vigoureux à la lutte contre l’érosion côtière en Afrique 8. De renforcer les capacités locales, nationales et régionales en matière de gestion des substances appauvrissant la couche d’ozone et la  mise en place d’un observatoire africain sur le mouvement transfrontalier des déchets dangereux. 9.D’appuyer la position africaine qui préconise fortement le maintien des acquis de la Convention et du protocole de Kyoto, surtout sur les engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés et l’appui aux pays en développement pour l’adaptation, l’atténuation, l’accès à l’énergie propre, le transfert de technologie, le renforcement des capacités et les financements, à travers des projets  et des actions concrètes. 10.  De soutenir la prise des engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990 pour les pays industrialisés ainsi que l’adoption d’actions nationales appropriées d`atténuation pour les pays en développement. 11. De lancer un appel pour l’allègement des procédures et l’assouplissement des conditions d’accès des pays africains aux ressources du Mécanisme pour un Développement Propre afin de favoriser l’émergence d’une masse critique de projets appropriés. 12.  D’affirmer la position commune africaine qui plaide pour l’assouplissement des conditionnalités de financement, la rationalisation des fonds, la facilitation de l’accès direct et rapide aux ressources par les Gouvernements Parties en développement et la promotion d’un système d’allocation individuelle aux pays 13.  D’accélérer la création de la facilité africaine pour l’Environnement au niveau de la Banque Africaine de Développement (BAD) pour mobiliser les ressources destinées à l’adaptation et à l’atténuation. 14.  De mettre en œuvre la décision de l’Union Africaine qui recommandait à la Banque Africaine de Développement d’accélérer les études de faisabilité du Secrétariat Permanent et du Fonds Africain de Développement durable. 15.  D’insister sur la nécessité du financement du coût total des Programmes d’Actions Nationaux d’Adaptation (PANA) et de leur extension aux autres pays africains. 16.  D’accorder une attention particulière à la prise en charge des flux migratoires et la résorption des conflits sociaux consécutifs aux changements climatiques, à travers la mise en place de programmes locaux, nationaux et régionaux y relatifs. 17.  De soutenir la production massive d’énergies solaire, hydroélectrique et éolienne pour couvrir les besoins énergétiques de l’Afrique d’ici 2030. 18.  De privilégier des modes de transport moins émetteurs de gaz à effet de serre 19.        De promouvoir les modes de production et de consommation durable dans les secteurs de développement et particulièrement dans l’agriculture, les transports, la gestion des produits chimiques. 20.   De promouvoir l’utilisation  de technologies propres. 21.  D’engager rapidement des négociations pour un assouplissement des conditions d’accès aux technologies d’atténuation et d’adaptation sous brevets. 22.  D’identifier et mettre en œuvre de nouveaux types de projets susceptibles d’attirer les investissements et les financements innovants. 23. D’œuvrer à la mise en place d’une agence internationale d’assurance sur le climat dotée d’un mécanisme de financement pour la gestion des effets négatifs des phénomènes climatiques, sur la base de contributions volontaires. 24.   De lancer un appel à la communauté internationale pour soutenir le New Green Deal ou Nouveau Pacte Vert pour l’Afrique et les programmes de reverdissement et de reboisement de nos pays. 25. De lancer un appel au pays du Nord pour qu’ils contribuent davantage à la promotion des énergies à faible émission de carbone et le transfert de technologies propres, pour soutenir les pays les plus vulnérables aux changements climatiques, notamment ceux de l’Afrique. 26.   De s’engager à s’approprier le Forum Mondial du développement Durable, conformément à la résolution prise par l’Union Africaine en 2009.

DESIGNONS

Son Excellence Blaise COMPAORE, Président du Faso, pour prendre les dispositions nécessaires afin que cette déclaration alimente effectivement les discussions de la quinzième conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Invitons le Burkina Faso à envisager dès 2010 et dans l’accompagnement du Forum Mondial du Développement Durable de Ouagadougou, la tenue d’assises financières africaines à même de faire émerger les régulations économiques et les compensations indispensables à un développement durable du continent. Fait à Ouagadougou, BURKINA FASO

Le 11 octobre 2009

Written by ToM

12 octobre 2009 at 11 h 27 mi

En route vers Copenhague : suivi des positions (5)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), post sur la position de l’Afrique.

En résumé : Copenhague ? C’est foutu pour un accord global, préparons tout le monde à cela.

Malgré les appels à un succès à Copenhague de la part de quelques négociateurs de pays développés pro-actifs (tel celui de David Miliband), il faut commencer désormais à préparer l’opinion : Copenhague sera un échec. Ou plus exactement, ce ne sera pas un succès, c’est à dire un accord global permettant d’organiser l’action humaine sur les prochaines décennies. Des accords semi-satisfaisants sont encore possibles et restent de l’ordre du très probable : accords multilatéral pour repousser l’échéance des négociations, accords entre les volontaires, accords bilatéraux/multilatéraux..

Pour illustrer cette quasi-certitude, Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention des Nations unies sur les Changements Climatiques, a fait une annonce dans ce sens (dernière déclaration en date) : la réalisation d’un accord « complet » (« comprehensive » in english) n’est plus possible dans le temps qu’il reste pour négocier. Mais ce n’est pas « nécessaire » d’après lui… bien qu’il se soit battu depuis le début pour cela.

Parallèlement, Yvo de Boer appelle toujours à un leadership plus engagé de la part des pays industrialisés, se félicitant d’avancées grâce à l’alternance au Japon, à l’engagement de l’UE, aux discussions bilatérales de la Chine et des Etats-Unis. Yvo de Boer affirme qu’il n’y a pas assez d’argent mis sur la table par les pays développés en faveur des pays en développement.

Cette analyse d’une impossibilité d’avoir un accord global est partagée par la plupart des personnes qui sont engagées dans le suivi des négociations (j’ai eu l’occasion d’en discuter rapidement à l’IDDRI ou avec Pierre Radanne par exemple).

Faisons le point sur quelques éléments sur les positions des pays pour prendre la température du « moral international »…

  • Union européenne et pays membres

Alors qu’il se débattait su la taxe carbone interne, l’annonce par Nicolas Sarkozy de vouloir imposer une taxe aux frontières de l’UE sur les émissions de carbone des produits importés a jeté le froid dans la communauté internationale… Cela pourrait très bien bloquer les négociations, puisque ce serait un dispositif qui désavantageraient les pays émergents, alors que ceux-ci exigent toujours des engagements plus importants de la part des pays industrialisés -dont l’UE- afin de pouvoir atteindre l’objectif de « maximum +2°C ».

L’UE met la pression sur l’Afrique du Sud pour que la nation arc-en-ciel  les pays émergents à réduire leurs émissions… et s’inquiète de l’aboutissement de Copenhague.

L’UE a annoncé la semaine dernière qu’elle pourrait apporter 15 milliards d’Euros par an aux pays en développement. Cette offre est le premier élément chiffré dde soutien de la part de pays industrialisés. Mais cette annonce est loin de sembler suffisante (il n’y a qu’à voir les demandes de l’Afrique…), et elle est en recul par rapport au plan précédent (qui prévoyait 24 milliards par an), comme l’ont souligné WWF, Greenpeace ou Oxfam.

  • Etats-Unis

Les débats font toujours rage autours de la loi sur l’énergie. Le lobby énergétique (charbonnier principalement) offre des repas, des concerts gratuits afin de gagner l’opinion. Celle-ci reste globalement en faveur d’un système de cap and trade, mais ce n’est pas gagné…

Les avancées semblent faibles dans les discussions au Sénat et tout report de l’adoption de la loi pourrait être catastrophique pour les négociations internationales.

Todd Stern, en charge des négociations pour les Etats-Unis, a fait part des « difficultés » dans le cadre des négociations officielles, notamment par manque de temps.

Cependant, les Etats-Unis soignent leurs relations avec la Chine sur le dossier du climat, Nancy Pelosi déclarant que le monde avait beaucoup à apprendre sur le travail de Pékin concernant le climat (ce qui est sûrement vrai !).

  • Inde

L’Inde est un acteur absolument central des négociations… et continue de souffler le chaud et le froid.

Le gouvernement est prêt à s’engager sur des réductions volontaires, c’est à dire non obligatoires (ie. non sanctionnées en cas de non respect). M. Ramesh, Ministre de l’environnement, répète à l’envie : “we are proactive, constructive, we want a fair and equitable agreement in Copenhagen”. Il est vrai que l’Inde s’est doté de politiques domestiques très offensives, en termes d’énergies renouvelables par exemple. M. Ramesh évoque la possibilité d’une loi nationale afin d’organiser les politiques sectorielles. Mais le refus d’inscrire des obligations nationales dans des engagements internationaux est catégoriques. Ce qui fait dire à M. Ramesh que ce ne serait pas une catastrophe en cas d’échec à Copenhague…

M. Rasmussen, Premier Ministre Danois, a rencontré son homologue Indien (M. Sing) afin d’accentuer la pression diplomatique…

  • Chine

Le Premier Ministre Chinois appelle les Etats-Unis à prendre le leadership dans les négociations, tout en rappelant l’engagement du pays du soleil levant.

Encore et toujours, la Chine appelle les pays développés à se fixer des objectifs de réduction plus ambitieux.

  • Japon

Comme je l’écrivais dans un post précédent, l’alternance au Japon a donné un peu d’air aux négociations… mais insuffisamment pour tout débloquer.

  • Thailande

La Thailande refuse de se fixer des objectifs de réduction d’émission contraignants. Le pays souhaite une approche sectorielle des négociations.

  • Corée du Sud

Le Ministre de l’Environnement, M. Maanee Lee, a déclaré jeudi 10 septembre que Copenhague n’aboutira probablement à un accord, bien que les quatre plus grandes économies asiatiques joueront un rôle majeur de liaisons entre pays développés et en développement.

  • Nouvelle-Zélande

Le gouvernement néozélandais a annoncé une révision du système de permis d’émissions afin de diviser par deux son coût (par rapport au schéma élaboré par le précédent gouvernement dirigé par le Labour), tout en couvrant tous les secteurs et tous les gaz. La réduction des coûts passe par l’application d’une « phase de transition » lors de laquelle les réductions ne seront obligatoires qu’à 50% de ce qu’elles étaient au préalable, et avec un prix d’option fixe (achat de permis à un prix plafond). La réduction des coûts passe donc par une réduction des ambitions environnementales à court/moyen terme. L’objectif du gouvernement est de faire adopter le nouveau plan d’ici Copenhague.

  • Cuba

Cuba annonce son soutien aux positions défendues par les pays émergents (Chine, Inde), c’est à dire des objectifs de réductions de 40% des émissions des pays développés d’ici 2020 par rapport à 1990.

  • Brésil

Le Ministre de l’Environnement brésilien, M. Carlos Minc, a déclaré que les objectifs de réduction des Etats-Unis restent inacceptables et devraient se rapprocher de -20% en 2020 par rapport à 1990 (au lieu de -4%).

Le Ministre a également déclaré qu’il était modérément optimiste et qu’un accord ne serait pas facile.

Parallèlement, le Brésil a annoncé de nouvelle restrictions sur le secteur agricole afin de limiter la destruction de la fôret primaire.

  • Afrique du Sud

Le plan de lutte contre les émissions, annoncé par le gouvernement comme ne remettant pas en cause la croissance du pays,  fait débat et est critiqué par l’Alliance Démocratique.

  • Cameroun

Le Cameroun annonce attendre beaucoup de Copenhague

  • Aviation

L’Organisation Internationale de l’Aviation Civile veut croire en un accord sectoriel possible d’ici un mois (réunion à Montréal le 7-9 octobre).

Prochains RDV cruciaux : la réunion des Nations unies à New-York le 22 septembre ; le G20 de Pittsburg le 23 septembre.

Position de l’Afrique dans les négociations internationales : position de Zenawi ambitieuse et équilibrée

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Suite à l’article précédent sur la position de l’Afrique dans les négociations internationales.

Comme je l’écrivais et comme cela a été relevé par certains médias, la délégation commune pour l’Afrique a déclaré par l’intermédiaire du premier ministre Ethiopien Zenawy qu’elle serait prête à « quitter les discussions » si celles-ci sont inacceptables pour le continent.

Le discours de M. Zenawy est disponible ici… et le lire en entier donne un meilleur aperçu de la position de l’Afrique pour les discussions, qui est bien plus équilibré que la simple menace de quitter les discussions.

M. Zenawy déclare que, bien qu’ayant conscience de l’absence de responsabilité de l’Afrique dans le réchauffement actuel, la délégation refuse d’adopter une position de défense exclusive des intérêts africains, qui reposerait uniquement sur la réclamation de dédommagement correspondants aux dégats. L’Afrique s’apprête à peser de tout son poids pour atténuer autant que possible le réchauffement, au alentours de 2°C, dans un souci de « destinée commune de l’humanité ».  Si l’Afrique ne peut pas faire grand chose pour atteindre cet objectif, le continent noir refuse de jouer au « passager clandestin » (free riders), et veut agir là où il peut : sauvergarder les forêts équatoriales, replanter les lieux dégradés… Le développement souhaité est directement « vert », grâce à l’adoption des meilleures technologies immédiatement.

Certes, toutes ces paroles sont des déclarations de principes, lors d’un court discours. Mais le positionnement d’un quart des pays des Nations Unies n’est pas si radical et paraît plutôt équilibré au final.

Voir également le « Statement » issu de la réunion et qui sera adressé aux chefs d’Etat lors du prochain G20 à Pittsburg.

Position durcie de l’Afrique dans les négociations internationales sur le climat

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La situation de l’Afrique, dans les négociations internationale, est particulière : principale victime et peu responsable des émissions de gaz à effet de serre (GES), le continent noir vise un accord réellement ambitieux à Copenhague.

  • Lors d’une réunion à Addis Abeba lors de la dernière semaine d’août les gouvernements ont discuté de leurs besoins de financements. Il les estiment à 67 milliards de $ par an pour l’adaptation et à 200 milliards de $ par an pour l’atténuation (développement sans émissions de GES). Mais l’argent ne suffira pas : le transfert de technologie et les capacités de constructions doivent être également comprises dans l’accord, selon l’Union Africaine. Les mécanismes de financements actuels (issus du protocole de Kyoto) ne sont pas adaptés au continent : l’Afrique n’héberge que 32 des 1800 « Mécanismes de développement propres », sensés permettre des transferts de technologie.
  • Comme le rappelle cet article, malgré une position commune, les pays d’Afrique n’ont pas tous les mêmes intérêts. Par exemple, concernant le mécanisme REDD qui vise à permettre des transferts de capitaux en échange de préservation de la forêt, il est évident que le Congo est bien plus concerné que le Soudan… Les gains financiers potentiels découlants de ce mécanisme sont très disparates. Pourtant ils se sont mis d’accord pour une représentation unique afin d’être plus forts, ce qui indique le niveau d’inquiétude du continent.
  • Les données scientifiques en Afrique manquent cruellement : la connaissance des impacts du réchauffement climatique est malheureusement limitée et probablement sous-estimée. Et lorsque les connaissances s’améliorent, ce n’est généralement pas pour rassurer les Africains. Une étude  proposée par une entreprises d’analyse des risques globaux (Maplecroft) a classé les pays selon leur degré de risques liés aux changements climatiques. Sur les 28 pays classés dans « risques extrêmes », 22 sont Africains. En comparaison, la plupart des pays développés (responsables des émissions) sont classés dans les catégories « risques faibles »  ou « très faibles ».
  • Dans ce contexte, les pays africains font monter la pression (voir ici également ou cet article du monde). Lors d’une seconde réunion à Addis Abeba le 3 septembre (Forum de Partenariat Africain), le Premier Ministre Ethiopien Meles Zenawi a prévenu que l’Afrique ne validerait pas un accord ne correspondant pas aux exigences minimales du continent. Il a même menacé de quitter les négociations en cas de discussions dangereuses.

Peu de temps avant, lors d’une réunion spéciale de l’Union Africaine en Libye, les 53 membres de l’UA ont  décidé de confier à Meles Zenawi la direction de la délégation unique qui se rendra à Copenhague. Cette désignation qui devrait renforcer la voix de l’Afrique est le fruit de 7 ans de travail de l’Union Africaine.

La position défendue est celle élaborée depuis quelques mois/semaines :

– réductions des pays développés de 40% de leurs émissions en 2020 et de 80% en 2050 par rapport à 1990. Cette position est en accord avec les exigences portées par la Chine et l’Inde notamment et elle correspond au haut de la fourchette des besoins de réductions d’après le GIEC pour limiter le réchauffement à 2°C.

-67 milliards de dollars par an au titre de l’adaptation. (Pour comparaison, daprès le Graham Research Institute, le changement climatique pourrait coûte 30 milliards de$ par d’ici 2015 et entre 50 et 100 milliards par an d’ici 2030)

-200 milliards de dollars par an au titre de l’atténuation.

-modification du régime de propriété intellectuelle pour le solaire et autres technologies vertes afin de faciliter leur accessibilité.

Ces revendications ne semblent pas dépasser les besoins nécessaires, au regard des connaissances actuelles.

  • L’Afrique du Sud est en train d’élaborer sa stratégie de lutte contre le changement climatique (atténuation et adapation), qui sera progressivement mise en place entre 2010 et 2012.

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (3)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2). Voir les posts sur les discussions à Bonn : 1, 2

  • Australie : une semaine après l’échec de la loi fixant des objectifs de réduction d’émissions (voir ici), le Sénat australien a accepté la loi sur les énergies renouvelables. La loi fixe un objectif de 20% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2020, contre 8% actuellement. La loi doit maintenant être acceptée par la Chambre Basse. Si la nouvelle est plutôt bonne, elle reste modest puisque seule l’électricité est concernée (et pas la production énergétique dans son ensemble.
  • Maldives. Dommage collatéral de la crise financière : le Président des Maldives ne participera pas aux négociations de Copenhague, afin de réduire les dépenses du gouvernement. On peut vraiment dire que les petits Etats-îles paient la double peine infligée par les pays occidentaux (crise financière + crise climatique).
  • Toujours les suites de Bonn : l’UNFCCC s’inquiète du manque de temps pour boucler les discussions avant Copenhague (15 jours de négo restants). Cependant, contrairement aux réunions de juin, il semble que les Etats-Unis entrent véritablement dans la danse, ce qui pourrait faire changer le rythme des discussions.
  • Pays les moins avancés. A l’occasion d’un groupe de travail organisé en Éthiopie, les pays les moins avancés rappellent qu’ils ne peuvent mettre en place leur plan nationaux d’adaptation (pourtant prêts) faute de moyens… moyens qui devaient pourtant être fournis par les pays industrialisés.

Une nouvelle étude analyse les risques d’accroissement de la pauvreté sur certaines populations (urbaine des pays pauvres surtout) du fait du changement climatique.

  • Chine : suite au rapport publié la semaine dernière (voir ici) qui indique que les émissions chinoises pourraient atteindre leur maximum d’ici 2030, les officiels chinois envisagent la rédaction d’une résolution très prochainement sur le sujet. Si la Chine se fixait une trajectoire d’émission, cela pourrait faire substantiellement avancer les négociations. Enfin une bonne nouvelle (enfin on attend le texte…).

La motivation des gouvernants vient peut-être de cette étude actualisée qui souligne l’intérêt pour la Chine du marché des technologies à faible intensité carbone.

  • Inde & USA : Clinton est optimiste sur le fait que les Etats-Unis et l’Inde pourront trouver un accord sur un plan « pour changer drastiquement la façon de produire, consommer et stocker l’énergie » et plus généralement sur la réussite de Copenhague. Pendant ce temps, la loi sur les émissions de CO2 se fait sérieusement chahuter par les Sénateurs. Même With, démocrate et ancien négociateur sur le climat dans l’administration Clinton, critique la loi car elle aurait un impact trop large sur l’économie ; elle mériterait d’être revue à la baisse. Pourtant certaines grandes entreprises prennent cette affirmation à contre-pied et appellent à la mise en place d’une législation, afin de pouvoir préparer les investissements…
  • Travailleurs du monde : lors d’une réunion de la Confédération Internationale des Syndicats, les syndicats du monde ont formulé un avis qui supporte une très forte réduction des émissions de GES et la mutation vers une économie décarbonée. Bien que des débats existent, un consensus a été trouvé notamment grâce au fait qu’une économie décarbonée pourrait être l’occasion de créer de nombreux emplois et d’améliorer les conditions de travail.
  • Insuffisant : l’agence ClimateWorks qui réalise des analyses pour les Nations Unies prévient que les engagements financiers des gouvernements sont actuellement insuffisants. Elle estime qu’il faudra mobiliser entre 95 et 130 milliards d’euros par an entre 2010 et 2020. Ce chiffre est proche de l’analyse du WWF (112 milliards d’euros par an).

Desertec : le solaire international

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Résumé : produire de l’électricité avec le soleil du Sahara pour le Nord de l’Afrique et l’Europe  : une potentielle bonne idée.

Un groupe d’une douzaine d’entreprises principalement allemandes, dans le cadre de la fondation DESERTEC, vient de lancer un bureau d’étude chargé  d’analyser la faisabilité d’un projet de production d’énergies renouvelable gigantesque. Le principe est relativement simple : capter l’énergie du soleil du Sahara par de nombreuses unités de production thermo-dynamiques afin de produire de l’électricité, utilisée à la fois dans les pays producteurs et en Europe.

Le solaire thermo-dynamique ou solaire à concentration (à ne pas confondre avec le solaire thermique et le solaire photovoltaïque) permet de convertir l’énergie thermique du soleil en électricité. La lumière du soleil reflétée sur un miroir est transférée vers un liquide (dit « caloporteur »), qui récupère la chaleur, puis celle-ci est utilisée pour faire bouillir de l’eau afin de faire tourner un alternateur (production classique d’électricité). L’avantage majeur de cette technologie est qu’elle permet de stocker l’énergie afin d’assurer la continuité de la production, que ce soit le jour ou la nuit ou pour s’adapter à la demande (en base, ou en pic de consommation). La production peut également être adaptée soit à l’export (haute tension), soit à la consommation locale (basse tension).

Eléménts d’après le livre blanc du projet

Chaque kilomètre carré carré peut permettre de produire jusqu’à 250 GWh d’électrcitié par an en utilisant le solaire à concentration (p29). Irradiance proposée de 2400 kWh/m²/an, de plus1km² = 1000*1000 = 1O^6 m². Donc l’énergie primaire disponible par km² est de : 2400.10^6 = 2,4.10^9 kWh/an = 2 400 GWh/an. Le rendement de la technologie suggéré par les chiffres cités est de : 250/2400= 10,4%. (mais à la rigueur le rendement technique est sans véritable importance, puisque la ressource est inépuisable).

En prenant en compte les courbes d’apprentissages,  le solaire à concentration aurait un potentiel technique global de 630 000 TWh/an à long terme.

Le solaire à concentration, en service au Etats-Unis et en Espagne, serait compétitif avec la production d’électricité à partir de pétrole dès que le prix du baril atteint 50$ ; les perspectives d’amélioration pourrait faire descendre le seuil de rentabilité à l’équivalent de 25$ le baril.

La production de solaire à concentration peut être couplée à la production d’eau potable par désalinisation, ce qui permettrait de satisfaire une demande croissante dans les pays du nord de l’Afrique et du moyen-orient.

Les pertes sur réseau, du fait du transport très haute tension sur 3000 km, sont supposées être de 10%.

L’argumentaire développé repose sur la diversification du mix énergétique ; le scénario repose sur une forte réduction de la production d’électricité à partir de pétrole ou charbon, une suppression de la production d’origine nucléaire à partir de 2040, un réduction de la demande globale en Europe mais une forte augmentation de la demande d’électricité en Afrique du Nord. Dans ces conditions, le système pourrait permettre de satisfaire 15% de la demande électrique de l’Europe  en 2050 (attention, 15% de la demande électrique, ce n’est pas 15% de la demande d’énergie, comme cela a pu être écrit par de nombreux journalistes). Le coût de production serait très faible, de l’ordre de 5 c€/kWh.

Quelques commentaires

  • De l’intérêt du projet

Comme cela est suggéré dans le livre blanc, l’intérêt d’un tel projet est qu’il permet d’approvisioner l’Europe avec une électricité stockable… Ainsi, la constitution d’un système totalement approvisionné par des énergies renouvelables est facilitée : les énergies alternatives (éolien, solaire photovoltaïque, hydrolique au fil de l’eau) peuvent être facilement complétées par des énergies plus facilement stockables (biomasse, hydraulique en barrage, solaire thermo-dynamique).

Cette perspective technologique est une garantie de plus quant à la faisabilité d’un système électrique reposant totalement (ou presque) sur des renouvelables. On peut cependant s’interroger quant à son intérêt puisqu’il a été montré que cela était déjà faisable, à partir d’énergies renouvelables locales (expérience kombikraftwerk en Allemagne).

Une question essentielle pour comprendre l’intérêt du projet pour l’Europe serait donc : quelle est la part nécessaire d’énergie stockable nécessaire pour permettre au système électrique renouvelable d’être viable ? quelle proportion peut être assurée avec les ressources locales ?

La réponse n’est surement pas aisée à apporter ; elle dépend largement de  l’évolution de la demande, en quantité mais aussi en qualité (développement des réseaux électriques intelligents), des investissements réalisés dans les renouvelables locales…

  • Potentiel géophysique et rentabilité économique

Le potentiel physique de production énergétique massive à partir de l’énergie solaire est effectivement gigantesque (cela ne fait pas débat : nous consommons, toutes énergies confondues, de l’ordre de 1/10 000 de ce que la Terre reçoit par an). Toute la question est donc celle de la rentabilité économique. Il semblerait que la perspective de réduction des coûts de production soit réelle. Mais au-delà de l’analyse de premier ordre, si on prend en compte le renchérissement du pétrole et autres matières fossiles, si on prend en compte le caractère destabilisateur dans les relations internationales des dépendances en énergie fossile, si on prend en compte les impacts sur l’environnement, il semble raisonnable qu’un tel projet soit rentable.

  • Le bénéfice des pays producteurs ?

Il semble que les pays producteurs pourront bénéficier du système, avec un production énergétique et une production d’eau potable.

Mais il est frappant que seule l’Afrique du Nord bénéficie du système… encore une fois, on dirait bien que l’Afrique subsaharienne est totalement oubliée… alors même que c’est elle qui a les besoins les plus importants et pour des motifs les plus valables ! Clairement, cette conception d’une production énergétique uniquement autours de la Méditerranée est difficilement acceptable en termes d’équité.

  • Dépendance et effet réseau

La répartition des unités de production entre de nombreux pays permet d’éviter une totale dépendance à un pays ou bien que l’instabilité politique ne soit un danger majeur. Cependant, la constitution d’un si gros réseau est une faiblesse intrinsèque : à l’image des gazoducs et oléoducs actuels, ce réseau pourra faire l’objet d’attaques terroristes ou permettra à certains gouvernement d’exercer un chantage important.

On se situe dans une dynamique totalement inverse de la philosophie pronée par H. Sheer (député Allemand, promoteur des énergies renouvelables), qui cherche à décentraliser totalement la production et de la rapprocher le plus possible de la consommation afin d’assurer « l’autonomie » énergétique à toute échelle.

Premières conclusions

Un projet réaliste, qui offre donne un élan supplémentaire aux renouvelables, en ce qu’il les crédibilise. Une analyse plus détaillée des données chiffrées serait nécessaire pour avoir un point de vue sur la rentabilité économique du scénario proposé.

Un point faible majeur : l’oubli de l’Afrique subsaharienne…

Ce projet lance-t-il l’affrontement de deux philosophies autours des renouvelables (production locale, délocalisée)  ? Peut-être, mais il n’est pas dit que les deux philosophies ne soient pas complémentaires. Mixer production locale et production internationale est peut-être une combinaison particulièrement stable au plan politique, énergétique… et si elle est bien pensée, potentiellement source d’équité internationale.

Le projet est donc très politique ; d’ailleurs, le livre blanc met effectivement l’accent sur la nécessit de l’organisation d’un cadre politique. Ce  réalisme est un bon point de départ.

Written by ToM

14 juillet 2009 at 18 h 13 mi