Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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A project for the world ou plan justice-climat proposé par la France avant Copenhague

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Mediapart vient de rendre public le texte du plan « A project for the world » (16 pages à télécharger), également appelé « plan justice-climat » dans les média, que Borloo promeut partout dans le monde afin d’esquisser une solution aux négociations mal engagées. Premiers éléments d’analyse.

Jean-Louis Borloo, photo Sipa

Les points positifs

  • Le plan fait la distinction entre quatre types de pays : le pays industrialisés, les pays les moins avancés (deux catégories déjà présentes dans les négo), les pays en développement peu émetteurs et les pays émergents.

Ces deux dernières catégories permettent de distinguer les pays dont les émissions par tête sont faibles et inférieure au seuil de 2 tCO2/an/personne (par exemple l’Inde) de ceux dont les émissions sont supérieures à ce seuil (par exemple la Chine).

Cette nouvelle distinction pourrait permettre d’ajuster le schéma global afin qu’il soit plus équitable. Mais encore faut-il qu’elle soit acceptée dans les négociations, ce qui est loin d’être fait.

  • Une organisation mondiale de l’environnement (OME) : le retour de cette idée, portée par Chirac puis reprise par Sarkozy, est sûrement une bonne chose. Une OME serait un moyen d’organiser de manière cohérente la gouvernance mondiale de l’environnement, bien commun de l’humanité. Elle pourrait permettre de réguler les politiques de l’OMC au regard de critères environnementaux.

Cependant, on voit assez mal pourquoi inclure cette idée dans le cadre des négo sur le climat. En effet, les discussions actuelles s’effectuent dans le cadre de mandats très précis, définis notamment par la Convention des Nations unies contre les changements climatiques. Il semble impossible d’inscrire dans un texte la mise en place d’un « comité » qui se transformera en OME d’ici 2010 ! Cette formulation sent la naïveté apparente…

Pour établir une OME, il faudra de nouvelles discutions, spécialement dédiées. Et d’ici là, il faudra qu’un régime de gouvernance viable et acceptable soit établi à Copenhague afin de garantir l’effectivité des engagements. De cela, le plan ne dit rien, or les discussions actuelles sur le sujet sont très loin d’être abouties.

  • Plan pour l’énergie en Afrique qui ferait du continent noir le premier continent 100% énergies renouvelables avec un taux d’accès à 100% : voila un objectif politique qui fait plaisir !

Les points négatifs

  • d’après le GIEC, afin de respecter le scénario « 2°C max », les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum (pic) en 2015, pas en 2020 comme affirmé par le plan.

  • les objectifs assignés pour les pays industrialisés sont impossibles pour 2020 : on demande au Canada de faire du -25% alors qu’il est aujourd’hui à +50% ! Cela paraît impossible. Idem pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande (même si l’écart est moins grand).

En revanche, pour l’UE, le plan demande du -30% (ce qu’a prévu le plan énergie climat) alors qu’on est déjà à -6%. Donc, les objectifs chiffrés pour l’atténuation des pays développés sont partiellement irréalistes et minimisent l’action de l’UE. Il faut demander un peu moins aux pays qui ont dérapé à court terme pour leur laisser le temps de revevenir (en fixant un objectif à 2030 par exemple) et il faut faire plus dans l’UE pour compenser ce retard.

  • l’inclusion des USA pose toujours problème. Le chiffre suggéré par le plan, -15 à 25% en 2020 par rapport à 1990, sera également difficile à atteindre, alors même qu’il conditionnera de beaucoup le résultat des réductions agrégées des pays développés. D’ailleurs le plan ne fait pas d’estimation agrégée des efforts demandés, seul chiffre qui pourrait pourtant donner un repère par rapport à la fourchette du GIEC -25 à -40%.

  • sur le financement, au mieux le plan n’est pas très clair, au pire fait preuve de cynisme. Il annonce en effet les besoins à 100 mds d’€ par an d’ici 2020, soit 150 mds de $ (chiffre qui correspondent à l’estimation de l’UE). Pourtant, le plan « justice-climat », consacré aux pays les moins avancés, avant le chiffre de 410 mds de $ sur 20 ans, soit 20 mds de $, soit 13% des besoins totaux de financements annuels estimés.

Si on ajoute les financements pour les pays en développement faiblement émetteurs, le plan estime les besoins à 490 mds $ sur 20 ans, soit annuellement 16% des besoins de financements totaux estimés. Autrement dit, 84% des besoins de financements seraient pour les pays industrialisés et les pays émergents ?  Pas exactement : dans ces 84%, il y a aussi les investissements privés qui peuvent intervenir dans les PMA et PED.

Et il y a certes un point majeur les 490 mds de $ pour les PMA et pays en développement sont issus des « finances publiques », tandis que les financements restants proviendront des finances publiques des pays et des investissements privés.

Quoi qu’il en soit, avec 20 mds de $ par an, on est très, très loin des demandes des PMA, G77, groupe Afrique… qui sont comprises entre 0,25% et 2% du PIB des pays industrialisés (annexe I) soit 100 à 800 mds de $ par an.

  • concernant les solutions pour mobiliser les financements, celles proposées dans le plan sont déjà sur la table des négociations depuis longtemps. Il n’y a absolument rien de nouveau sous le soleil, et le plan en oublie même certaines options (taxe sur billets d’avion). Le plan n’est pas précis sur le montage financier : cela peut se comprendre dans un souci de laisser des marges de manoeuvres lors des discussions, mais cela est regrettable car ne permet pas d’avoir une solution « clé en main » qui pourrait être amendée.

En somme, après une première lecture, le plan français est moins bien ficelé qu’on pouvait l’espérer. Il apporte certes des éléments innovants et surtout une vision politique plutôt cohérente, mais il reste assez flou malgré tout et n’est probablement pas de nature à changer le cours des choses.

Points négatifs
-d’après le GIEC, les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum en 2015, pas en
2020 comme affirmé par le plan.
-les objectifs assignés pour les pays industrialisés sont impossibles pour 2020 : on
demande au Canada de faire du -25% alors qu’il est aujourd’hui à +50% ! Ca paraît
impossible. Idem pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande (mm si l’écart est moins grand).
En revanche, pour l’UE on demande du -30% alors qu’on est déjà à -6%.
Conclusion : les objectifs chiffrés pour l’atténuation des pays développés sont
partiellement irréalistes et minimisent l’action de l’UE. Il faut demander moins aux pays
qui ont dérapé à court terme pour leur laisser le tmps de revevenir et faire plus dans
l’UE pour compenser ce retard.-l’inclusion des USA pose tjs problème-sur le financement : je comprends rien à leur chiffrage. Les 410 md$ sur 20 ans sont-ils
supplémentaires de 100 md? par an comme il semble être indiqué en bas p13 ? Auquel cas,
d’accord. Sinon 410md$, ca fait 20 md par an, ce qui est ridicule.-les solutions de financement proposées sont déjà sur la table des négo depuis longtemps.
Rien de nouveau sous le soleil, le plan en oublie même certaines (taxe sur billets
d’avion). Le plan n’est pas précis sur le montage financier.

Le point sur les promesses d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des négociations sur le climat

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Une étude de Le Quéré et al. vient de paraître dans Nature Geoscience, indiquant que les émissions de CO2 d’origine énergétique ont augmenté de 48% entre 1990 et 2008. Mais surtout, l’étude indique, malgré une forte incertitude, une réduction des puits naturels de carbone (océan, biosphère), puisque le carbone émis restant dans l’atmosphère chaque année serait passé de 40% à 45% entre 1959 et 2008 (voir le résumé sur le blog Libé Sciences). Cette étude renforce les craintes de l’activation de « rétroactions positives », qui accentueraient/accélèreraient le changement climatique.

Toujours est-il que les petites négociations des petits humains continuent, afin de pouvoir ralentir et atténuer la catastrophe en cours. Il est peut-être nécessaire de faire le point sur l’état des engagements des pays développés (dits de « l’Annexe I »), élément clé de la négociation en cours.

Le GIEC a établi un scénario qui permettrait de limiter le « réchauffement à 2°C en 2100 », objectif politique maintenant largement repris (même si certains y renoncent), voir le post ici). En fait, pour être précis, le scénario du GIEC vise à limiter le réchauffement entre 2,1 et 2,4°C à long terme. Ce scénario oblige une déviation substantielle des pays émergents de leur scénario « business as usual » et une réduction de 25 à 40% des émissions des pays développés en 2020 par rapport à 1990. Sachant que même en respectant ce scénario, d’après plusieurs études, il y a environ une chance sur deux de dépasser l’objectif du 2°C en 2100. Il faudrait donc viser le haut de la fourchette.

L’insuffisance incontestable des engagements des pays industrialisés

Lors de la dernière séance de négociations, plusieurs chiffres ont circulé, relativement semblables et indiquant l’insuffisance des efforts des pays développés. Mais reprenons les plus officiels : ceux compilés par le secrétariat de la convention des Nations unies contre les changements climatiques (UNFCCC).

En agrégeant tous les engagements des pays développés (y compris les Etats-Unis), la réduction de leurs émissions n’atteindrait que 11 à 14% en 2020 par rapport à 1990. Ce qui serait très insuffisant en comparaison avec le scénario du GIEC (motif de blocage des négociations).

Une autre source est cet intéressant document du WRI, qui propose d’effectuer une comparaison en termes de réduction absolues, par tête et en intensité énergétique. Le premier indicateur permet de juger de l’efficacité environnementale des objectifs ; le second permet de juger de la tendance en termes d’équité ; le troisième permet de mesurer l’effort imposé à l’économie.

Ce qui est intéressant avec cette analyse est que concernant les Etats-Unis, elle ne considère pas uniquement les engagements obtenus par le système du cap and trade inclus dans la législation en cours de discussion devant le Congrès (ACESA ou CEJAPA, suivant quelle version considérée), mais également les réductions qui pourraient avoir lieu par ailleurs dans d’autres mesures (standards d’efficacité…) et par de la compensation (voir le détail de l’étude du WRI sur les Etats-Unis ici). Concernant la compensation, l’étude considère que celle-ci est bien effective et additionnelle aux réductions effectuées par les pays en développement.

L’étude prend pour chaque pays les engagements faibles et les engagements forts annoncés, ce qui permet d’établir des fourchettes.

Concernant les réductions absolues, les conclusions du WRI sont très similaires à celles du secrétariat, indiquant qu’elles n’atteindraient que 10% par rapport à 1990 (dans le cas des engagements faibles) et 24% (dans le cas d’engagements forts et d’inclusion du changement d’usage des sols). Dans le meilleur des cas, les pays développés n’atteignent pas même le minimum de la fourchette identifiée par le GIEC ; on est loin des 40% de réduction demandés par les pays pauvres afin de minimiser d’autant les risques d’un dépassement du 2°C.

Le choix de l’année de référence

Le choix de l’année de référence est source d’intenses négociations, certains pays voulant abandonner 1990 pour 2000 ou 2005. Cette bataille s’explique parce que la répartition des émissions de GES a évalué en 15 ans : la chute de l’URSS et l’administration Bush sont passées par là. L’ex URSS a intérêt à garder 1990 comme année de référence car cela permet une augmentation des émissions par rapport à aujourd’hui, tout en affichant une réduction par rapport à 1990 (les émissions s’étant effondrées entre temps). Inversement, les USA ont intérêt à ce que l’année de référence soit la plus tardive possible : leurs émissions ayant augmenté, le même objectif en valeur absolue se traduit par une plus forte réduction en pourcentage avec 2005 comme année de référence qu’avec 1990. Voir la comparaison ci-dessous (avec 2005 en année de référence, les Etats-Unis sont bien plus ambitieux en termes de réductions relatives que l’UE !).

Mais soyons honnête : il serait plus logique de garder 1990. D’abord parce que c’est l’année de référence du protocole de Kyoto, ensuite parce que le scénario du GIEC repose sur 1990 (il faudrait donc tout actualiser), enfin parce que -si on ne regarde que les réductions en %- il est logique de récompensé ceux qui n’ont pas attendu pour agir (l’UE en particulier).

Emissions par têtes

L’idée est qu’à long terme, les émissions par tête devraient tendre à s’égaliser, sur la base d’un principe simple : tous les humains ont droit de jouir à égalité de la ressource « atmosphère ».

Le tableau ci-dessous regroupe les émissions par têtes.

On remarque l’évolution des émissions par tête de la Russie, avec une forte augmentation par rapport à 2005… Clairement, l’engagement de la Russie n’est pas équitable.

Intensité carbone de l’économie

Afin de pouvoir comparer les économies, cet indicateur fait le ratio des émissions par la création de richesse.

Intensité carbone de l’économie (en GgCO2 équiv./million § de 1990)

On remarque la très faible intensité actuelle et future de la Norvège ; les Etats-Unis se rapprocheraient de l’intensité de l’UE ; la Russie verrait son intensité carbone diminuer significativement malgré un niveau encore élevé.

En conclusion

JL Borloo a raison de dire qu’on a un problème avec les Etats-Unis, si on considère uniquement les réductions domestiques par cap and trade, ce qu’on fait généralement. L’étude du WRI donne un peu d’espoir, en indiquant qu’en utilisant des mécanismes de flexibilité, les Etats-Unis peuvent aller plus loin, et presque rejoindre l’UE en termes de réductions par rapport à 1990. Mais dans ce cas, on peut considérer c’est l’UE qui ne va pas assez loin, puisque cette dernière n’a pas le retard accumulé par les Etats-Unis sous l’administration Bush.

Oui, les Etats-Unis n’ont pas annoncé d’objectifs chiffrés pour l’instant ; mais comme l’a souligné Yvo de Boer lors de la conclusion des discussions de Barcelone, ils pourraient venir avec un chiffre à Copenhague, il faut qu’ils le fassent. Et dans ce cas, l’UE ne sera plus forcément à son avantage avec son petit 30% de réductions…

Désolé pour la mauvaise qualité des tableaux et diagramme ci-dessus… vous pouvez les retrouver dans le document original.

En route vers Copenhague : suivi des positions (12)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9), (10), (11)

Depuis la conférence de Barcelone, qui a permis que les négociations de l’UNFCCC continuent d’avancer dans un cadre dit « informel » avant le début de  la conférence de Copenhague, les annonces de négociations bilatérales et multilatérales se multiplient.

Chine-Etats-Unis

Obama en Chine : Jintao et Obama ont déclaré vouloir un succès à Copenhague et un accord  « à effet opérationnel immédiat ». Le ministre Danois Rasmussen s’en réjouit.

A priori, cette annonce est effectivement positive puisque semble synonyme de volonté politique et un refus d’un « déclaration politique » ou d’un « accord partiel » .

Cependant, cette petite expression « effet opérationnel immédiat » n’est pas très claire à interpréter… ce n’est même pas très logique, puisque l’accord qui doit intervenir vise à s’appliquer à partir de 2013 et que, comme tout traité international, il ne peut s’appliquer directement et doit être ratifié par les Parlements des pays. D’ailleurs, comme pour le protocole de Kyoto, il semble raisonnable de penser que tous les « détails » opérationnels seront négocier après Copenhague…

Soit Obama a glissé cette expression par mégarde ou pour donner quelque chose à se mettre sous la dent aux journalistes sans qu’il n’y ait de signification particulière…

Soit l’expression a été soigneusement choisie, ce qu’on peut raisonnablement supposer. Mais comment trouver un accord opérationnel immédiatement, alors que, clairement, les négociations techniques ne sont pas assez avancées (en guise de preuve, allez voir les « non papers » qui constituent la base de négo du groupe AWG-LCA) ? La logique est exactement inverse de celle présente dans la dernière déclaration de Ban ki Moon qui demande « du politique maintenant, du technique plus tard ».

Une interprétation optimiste serait la suivante : la déclaration d’Obama de Jintao serait un signe pour affirmer que les deux pays sont prêts à prendre des engagements politiques contraignants à Copenhague. Ils refuseraient l’idée de repousser la conclusion d’un accord global lors de la Conférence des Parties n°16 de décembre 2010 ou lors d’une Conférence des Parties « n°15 bis » en juin ou juillet 2010 (scénario largement envisagé désormais). Mais pourquoi diable une telle expression ?

Une interprétation pessimiste serait qu’Obama et Jintao nous mènent en bateau et que les divergences sont encore trop grandes pour même savoir où nous allons.

Réunion au Danemark

Parallèlement, 44 se sont retrouvés au Danemark, sur invitation du gouvernement danois, afin de faire avancer les discussions. Ce sommet est probablement une bonne chose car il réunit les leaders précisément sur la question du climat. Les négociateurs qui interviennent dans le cadre des négociations de l’UNFCCC ne possèdent pas le pouvoir politique, contrairement aux chefs de gouvernements. Malheureusement, ceux-ci se sont déjà largement réunis sur la question (lors des G20 par exemple) et peu de choses avaient évolué.

L’APEC inquiète, la Russie rassure

L’APEC s’est également réunie et a proposé une déclaration finale sur la question… cette dernière est très décevante puisque les engagements chiffrés sur le long terme ont été retirés à la dernière minute. Cela est inquiétant, car les chiffres incriminés déterminent un avenir global commun (une « vision partagée »)… Or si même là-dessus, les divergences sont encore importantes, il paraît encore plus difficile de trouver un accord qui répartisse l’effort à fournir.

En revanche, la bonne surprise vient de la Russie, avec Medvedev qui affirme en marge de l’APEC que les conséquences des changements climatiques pourraient être « catastrophiques ». Jusqu’à présent, la Russie était discrète, voire antipathique concernant les négociations sur le climat. Cette déclaration est donc plutôt rassurante.

Super Borloo ?

Et il y a eu la déclaration commune France-Brésil (voir le post pour le texte). Déclaration plutôt intéressante, bien que pas révolutionnaire. Cette déclaration est à replacer dans le contexte de l’activisme de Borloo, qui souhaite proposer un scénario positif à Copenhague avec le soutien de pays pauvres et en développement, tout en déclarant que « Washington est le principal frein » pour un accord. Cette affirmation est rare de franchise, mais sur le fond, elle n’est pas contestable.

Il y a malheureusement très peu (pour ne pas dire aucune) information sur le plan élaboré par Borloo, à part les déclarations politiques occasionnelles. Et comme déjà dit ailleurs, ce plan doit s’inscrire dans un cadre de négociations plus global, ce qui ne paraît pas aisé.

La société civile doit soutenir et pousser les exécutifs

En somme, la tension monte, comme le relatent de nombreux journaux. Il est difficile d’y voir clair, dans cette situation paradoxale (est-ce vraiment paradoxal ?) dans laquelle tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut agir, fort et maintenant, mais où le consensus est très difficile à trouver.

Tout repose entre les mains des dirigeants des exécutifs nationaux : seuls eux pourront décider de l’effort que leur pays est prêt à réaliser. Et seul un accroissement de ces efforts permettra un accord à la hauteur des enjeux. En ce sens, il semble que la société civile a un rôle important à jouer en montrant son soutien actif aux gouvernements à des décisions ambitieuses, même si ce n’est pas dans son intérêt.

(photo : TIAN LI/GAMMA PEKIN/Eyedea Press)

Climat : la prétention ne fait pas la vérité

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Lors de la réunion du Conseil des ministres du 30 octobre, les leaders Européens se sont auto-satisfaits de leur position commune, qui permettrait à l’UE de conserver le « leadership » dans la lutte contre les changements climatiques.  Mais l’Europe prend ses rêves pour des réalités. Et comme l’ont montré les discussion à Barcelone du 2 au 6 novembre, avec un regard un peu moins occidentalo-centré, l’UE est bien moins brillante qu’elle ne veut le faire croire.

L’analyse de la situation sur les réductions d’émissions est alarmante, et l’UE a sa part de responsabilité. Le problème est similaire pour le financement.

Atténuation

L’UE, qui suit facilement les déclarations du G20, supporte l’objectif du +2°C en 2100. Ceci implique une atténuation des émissions mondiales d’au moins 50% en 2050 par rapport à 1990, et une atténuation de la part des pays développés comprise entre 80% et 95% en 2050, objectifs que l’UE partage. A priori, l’UE est « dans les clous ».

D’abord, rappelons qu’il y a quelques approximations dans ces affirmations largement relayées par les médias et globalement acceptées dans le cadre des discussions. Pour être précis, le GIEC indique que les réductions mondiales comprises entre 50 et 85% en 2050 (par rapport à 2000) sont nécessaires pour limiter l’accroissement de température entre 2°C et 2,4°C « à l’équilibre ».

Mais prenons l’objectif de 50% de réductions en 2050. Prenons également l’auto-objectif fixé par l’UE aux pays industrialisés de -80 à -95% en 2050. De ces deux chiffres, un troisième peut être déduit : ce qu’il reste pour les autres pays. Quelle parte de la « tarte carbone » leur reste-t-il ?

D’après le  South Center (voir la conf de presse), un think-tank international qui regroupe 51 pays en développement, une réduction de 80% par les pays développés implique une réduction nette de 20% pour les pays en développement, afin d’atteindre l’objectif de 2050. Si on prend en considération la croissance démographique, cela aboutirait à une réduction de 60% des émissions par tête. Ce qui est évidemment injuste, puisque les émissions par tête sont déjà actuellement très faibles en comparaisons de celles des pays développés (pour rappel, un Etats-Unien émet chaque année 19,8 tCO2 et un Chinois 4,6 tCO2), et qu’elles l’ont toujours été historiquement ! (Je n’ai  malheureusement pas de document écrit qui précise le détail de ces calculs…).

Mais comme si ce constat ne suffisait pas, on est loin d’avoir les garanties concernant la réduction de 80% en 2050 par les pays développés. En effet, si on regarde un objectif intermédiaire en 2020, largement discuté dans les négociations internationales, il y a de quoi être très inquiet.

En effet, le GIEC indique que, toujours pour le même objectif, il est nécessaire que les émissions mondiales atteignent leur maximum d’ici 2015 et que les pays développés passent par un point de passage compris entre 25 à 40% de leurs émissions en 2020 par rapport à 1990. Encore une fois, l’UE joue au bon élève en affichant 30% de réduction en cas d’accord international. Les petits-Etats îles et l’Afrique réclament des réductions de 40 à 45%.

Le problème est que ce chiffre doit être replacé dans son contexte : celui de tous les pays développés. Or, la plupart des pays développés ont vu leurs émissions fortement augmenté depuis 1990 (en dépit du protocole de Kyoto). Il leur est donc désormais impossible d’atteindre un objectif de -25% en 2020. Le cas symptomatique est celui des Etats-Unis, qui malgré une réduction de 20% des émissions par rapport à 2005 ne pourraient arriver qu’à un maigre -5% par rapport à 1990.

En somme, si on regroupe les promesses des pays développés, on obtient des réductions de leur part comprises entre 11 et 14% par rapport à 1990 (en incluant les Etats-Unis). On est loin des 25% minimums et encore plus loin des -40% demandé par les plus pauvres.

Quelle responsabilité de l’UE ? Evidemment l’UE n’est pas responsable des dérapages des autres pays développés. Mais en faisant « juste sa part du boulot » (et encore), elle sait très bien qu’il sera impossible pour l’ensemble des pays développés de réduire leurs émissions de 25%. L’UE a une responsabilité en terme de solidarité avec les autres pays développés. Il faut que l’UE réduise au delà de 30% pour laisser une chance aux pays développés d’atteindre 25% ou plus de réductions.

En l’état actuel des choses, on est très très loin de l’objectif officiel du +2°C, on est bien plus sur une trajectoire de 3°C.

Financement

La problématique est similaire pour ce qui est du financement. L’annonce de l’UE fait est à première vue ambitieuse, mais reste en réalité insuffisante par rapport aux besoins réels. Voir l‘article sur la question.

En conclusion

Toujours la même conclusion revient depuis des mois : il faut plus d’argent et plus de réductions d’émissions de la part des riches ! Et malgré son auto-satisfecit permanent, l’UE doit faire un pas supplémentaire, comme tout le monde.

Quelques infos sur les négociations internationales

Sur les négociations en général : note de décryptage de l’IEPF n°2 (note rédigée avant Barcelone) par P. Radanne, A. Mazounie, E. Diaz

Sur les discussions qui se sont déroulées à Barcelone : compte-rendus de l’IISD, interview de Pierre Radanne qui résume l’ensemble de la situation.

Climat : l’Afrique fait monter la pression à Barcelone

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Dès l’ouverture lundi à Barcelone du dernier round de négociation avant Copenhague, l’Afrique tape du point sur la table. Et fort, puisque les négociations sont partiellement bloquées. Explications.

Il faut commencer par un petit rappel du fonctionnement de la négociation. Celle-ci se déroule dans deux cadres institutionnels parallèles définis par la feuille de route de Bali (ou Bali Action Plan -BAP-) : l’Ad-hoc Working Group on Kyoto Protocol (AWG-KP) et l’Ad-hoc Worging Group on Long-term Cooperative Action (AWG-LCA).

Comme son nom l’indique, l’AWG-KP regroupe les pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto (Parties au protocole)… c’est à dire tout le monde, sauf les Etats-Unis. Comme son nom ne l’indique pas, l’AWG-LCA regroupe les parties qui ont ratifié la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques (UNFCCC), c’est à dire tout le monde, y compris les Etats-Unis (le Parties à la Convention). Dans les deux groupes AWG, des « groupes de contacts » par sujets se réunissent pour avancer sur le texte.

Le décor planté, rentrons dans le vive du sujet.

Le Protocole de Kyoto prévoit que la première période d’engagement (2008-2012) sera suivie d’une seconde période (2013-2017 ou 2020). Les Parties au protocole doivent discuter des futurs engagements, et en particulier les Pays de l’Annexe B (les pays industrialisés) doivent s’engager sur un nouveau chiffre global et des engagements individuels  d’atténuation. Ceci aurait dû être fait lors du premier semestre 2009, mais pour le moment toujours pas de chiffres. Et les négociations n’avancent pas sur ce sujet.

Ceci, parallèlement à d’autres déclarations, fait dire aux pays en développement que les pays développés veulent tuer le protocole de Kyoto. A la fin de Barcelone, l’UE avait par exemple annoncé son souhait de dépasser Kyoto… Or, dans Kyoto, il y a des acquis majeurs pour les pays en développements : le principe de responsabilité commune mais différenciée, le caractère contraignant des engagements de réductions… Mettre fin à Kyoto ne donne pas de garantie sur ce que serait le nouveau texte.

D’où la décision de taper du point sur la table pour les pays africains : ils ont déclaré lors de l’assemblée plénière lundi qu’ils souhaitent la suspension des discussions de tous les groupes de contacts du groupe AWG-KP tant que des chiffres de réductions dans le cadre du protocole de Kyoto ne seront pas négociés. Etant donné que toutes les Parties sont requises pour continuer les discussions, leur action implique obligatoirement la suspension des travaux dans tous les groupes (sauf un) de l’AWG-KP.

Lors de sa conférence de presse mardi (visible ici), le groupe afrique s’est expliqué de la démarche, fort logique au demeurant :

  • en premier lieu, comme déterminé par le Protocole lui-même et par le Plan d’action de Bali, il faut s’accorder sur les chiffres de réduction des pays développés inclus dans le Protocole de Kyoto. Cette discussion se déroule dans l’AWG-KP.
  • comme prévu par l’article 1) b) i) du plan d’action de Bali, nous devons avoir les engagements de tous les pays développés. Il faut donc élargir les chiffres fixés dans l’AWG-KP et inclure les Etats-Unis. Il faut renvoyer la discussion dans l’AWG-LCA.
  • ensuite, et seulement ensuite, on aborde l’article 1) b) ii) du plan d’action de Bali, afin de fixer des objectifs pour les pays émergents. La discussion se déroule toujours dans l’AWG-LCA.

Mettre la pression sur les engagements chiffrés d’atténuation est totalement logique : c’est un préalable à l’organisation d’un schéma global. En effet, les mécanismes de flexibilité ou la comptabilité liée au changement d’usage des sols (LULUCF) ou encore la déforestation, sont totalement dépendants de la contrainte initiale posée. Pour les mécanismes de flexibilité, c’est évident : il faut arriver à savoir si un projet d’atténuation des émissions dans un pays du sud, subventionné par un pays du nord, correspond à un mécanisme de flexibilité type MDP -et dans ce cas, il s’agit d’un « transfert du lieu de réduction des émissions » (la réduction est comptabilisée dans le pays développé) – ou si ce projet correspond à un soutien à l’atténuation per se dans les pays en développement (la réduction est comptabilisée dans le pays émergent). Tant qu’on n’a pas déterminé qui doit diminuer quoi, on ne peut pas déterminer les mécanismes d’échanges de contraintes.

Cette initiative du groupe Afrique est une offensive stratégique dans un contexte de faiblesse de l’engagement des pays développés. Rappelons que d’après les chiffres du secrétariat de l’UNFCCC, les engagements actuels des pays développés (hors Etats-Unis) conduisent à une atténuation comprise entre 17 et 23% des émissions d’ici 2020 (par rapport à 1990). Si on inclut les Etats-Unis, les chiffres tombent aux alentours de 10% de réduction. Et ceci alors que d’après le GIEC il est nécessaire de réduire entre 25% et 40%  les émissions des pays industrialisés d’ici 2020 (avec une déviation substantielle des émissions des pays en développement) pour pouvoir atteindre l’objectif du +2°C. Les pays africains réclament le haut de la fourchette (40%).

En termes de soutiens financiers, malgré l’auto-satisfecit de l’UE, la situation n’est pas non plus acceptable pour les pays africains (article à venir).

Le groupe Afrique a reçu le total soutien du G77 + Chine, qui a fait une déclaration claire lors de sa conférence de presse (visible ici). Les pays développés sont au pied du mur : ou bien il font vivre le protocole de Kyoto et s’engagent rapidement avec des chiffres de réduction sur la seconde période, ou bien ils continuent de vouloir le tuer… mais dans ce dernier cas, ils bloquent les discussions.

Actualisation le 3 nov. à 10h :

après de longues discussions de lundi soir et mardi, les pays développés ayant indiqué leur souhait d’avancer sur les chiffres de la seconde période de Kyoto, le groupe Afrique a décidé de lever le « boycott » afin que les discussions reprennent dans tous les groupes de discussion de l’AWG-KP.

Voir cette dépêche Reuters.

En route vers Copenhague : suivi des positions (11)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9), (10).

Aujourd’hui, je fais bref et incomplet dans ce résumé des positions/négo : les choses vont tellement mal qu’on est parfois tenté de mener une politique de l’autruche vis à vis de la réalité…

Les bonnes nouvelles

Les mauvaises nouvelles

  • Aux Nations unies, on ne croit plus à un accord contraignant à Copenhague ; et on prépare des discussions post-Copenhague.
  • L’Union Européenne n’arrive pas à se mettre d’accord sur les financements débloqués pour l’aide à l’adaptation (conseil des ministres des finances du 20 octobre). La question est renvoyée au sommet européenne du 29 et 30 décembre. Elle est cruciale pour espérer obtenir un accord : pas d’argent, pas d’accord.

Prochaines étapes : Conseil européen du 29 et 30 octobre, la conférence de Barcelone du 2 au 6 novembre.

Négociations sur le climat pour Copenhague (10) : l’Europe provoque un dangereux psychodrame à Bangkok

with one comment

La conférence internationale de négociations internationale sur les changements climatique de Bangkok s’est clôturée aujourd’hui. Que retenir à l’issue des conférences de presse finales de l’UNFCCC, de l’Inde, de la Chine, de l’UE, des Etats-Unis (vidéo ici) ?

  • L’Union Européenne veut « tuer » le protocole de Kyoto : « totalement inacceptable »

La structure juridique qui contiendra un éventuel accord à Copenhague est problématique et fait l’objet d’une vive polémique, dangereuse.

En effet, à Copenhague, l’accord pourra se trouver de trois manières possibles (d’après Yvo de Boer, secrétaire général de l’UNFCCC) :

– des engagements dans le cadre du PK sur la seconde période (qui débute en 2013) et l’inclusion des Etats-Unis (comment ?)

– un nouveau traité dans le cadre de l’UNFCCC, à l’image du Protocole de Kyoto (PK)

– la Conférence des Parties de l’UNFCCC réunie à Copenhague (COP15) prend une série de décisions visant à lancer des politiques

Si l’UNFCCC rappelle que ce qui est important ce sont les objectifs fixés et non le cadre légal, l’annonce par l’Union Européenne qu’elle voulait « move away » (s’éloigner) du PK a eu l’effet d’une bombe.

En effet, le PK est considéré par la plupart des pays (en particulier les pays émergents, qui sont parties au traité même s’ils n’ont pas de contraintes de réductions actuellement) comme le seul cadre légal contraignant existant et possible pour réguler le climat. Le problème majeur est que les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié et le ratifieront pas…

Ce qui fait dire à l’Union Européenne qu’il faut passer à autre chose. Elle affirme qu’elle veut « garder la structure » du PK mais aller vers une structure plus large et  renforcée pour avoir un « accord unique ». Mais cela est vécu comme une remise en question de certains acquis du PK, puisqu’il serait tout à fait possible de modifier le PK plutôt de créer un autre protocole. L’annonce est également vécue comme une trahison car l’UE a annoncé que cette décision a été prise il y a plus d’un an… mais n’a été explicitement révélée qu’hier.

Le G77 et la Chine sont très remontés et se disent « extrêmement inquiets » par cette annonce. La délégation indienne indique que les discussions dans le cadre du groupe AWG-KP (groupe de discussion sur le Protocole de Kyoto) se sont mal passées, du fait de manque de volonté de la part de certains pays développés. Le refus de la part des pays développés d’accepter de discuter de chiffres de réductions de leurs émissions pour la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto est vécu comme totalement « inacceptable » et un signe de la volonté d’abandon du PK.

L’UNFCCC considère le protocole de Kyoto comme indispensable.

  • Emissions per capita : l’UE encore fautive

La délégation de l’UE a déclaré il y a quelques jours que se focaliser sur des objectifs d’émissions par tête à long terme n’était pas une bonne façon de procéder (c’est pourtant un principe généralement accepté, position officielle défendue par la France par exemple). Questionné sur ce sujet, Yvo de Boer déclare qu’il ne partage pas cette position.

Ca fait beaucoup de provocations pour une seule délégation, non ? De surcroît, inutiles puisqu’elles ne font pas avancer le fond des discussions (financement, répartition de l’atténuation…).

  • Technologies et adaptation, sources de satisfaction et de signes encourageants

La délégation indienne indique sa satisfaction au regard de certaines avancées relatives à deux des cinq chapitres de la « feuille de route de Bali » à savoir l’adaptation et les technologies. Ces deux chapitres ont fait l’objet d’avancées importantes sur les textes, même s’il reste beaucoup à faire. Ce constat est partagé par le secrétariat de l’UNFCCC, très satisfaite que les questions de technologies soient pleinement rentrées dans les négociations depuis quelques années et qu’elles avancent vite.

Pour l’UNFCCC toujours, de nombreuses discussions ont eu lieu, ce qui a permis de clarifier des éléments tels que les classifications des pays (pays développés, pays développés émergents etc.). Les débats ne sont pas clos mais ont permis de clarifier la situation.

Les Etats-Unis estiment que les avancées sur les textes sont limitées mais que les discussions de fond ont été bonnes. Pour l’Union Européenne, c’est exactement l’inverse des progrès sur le texte, mais pas sur le fond. No comment.

  • Pas de chiffrages pour l’atténuation et les financements

Le président du groupe AWG-KP avait annoncé qu’il n’y aurait pas d’avancée majeure à Bangkok sur les chiffrages de l’atténuation et du financement, deux éléments clé mais douloureux. Il faut pour cela une volonté politique que les délégations nationales de négociateurs n’ont pas. Contrairement à l’Inde et au G77 il n’est donc pas inquiet de ce constat et estime que cela pourra évoluer à Barcelone (novembre) puis à Copenhague, avec la présence des leaders politiques.

L’Union Européenne demande aux pays émergents de montrer leurs cartes, afin de pouvoir avancer sur les chiffrages : combien sont-ils prêts à dévier de leur trajectoire ? Pour le moment, à part l’Indonésie, personne n’a annoncé de chiffre agrégé.

Pour Yvo de Boer (secrétaire général de l’UNFCCC), tous les ingrédients sont sur la table pour réussir un accord à Copenhague… Il faut maintenant que les leaders politiques choisissent l’action pour débloquer la situation.

La Norvège a annoncé qu’en cas d’accord international, elle relèverait son objectif de réduction à -40% en 2020 par rapport à 1990. Déclaration très appréciée.

  • Inde et Etats-Unis : la souveraineté nationale exacerbée

L’Inde a mis en place de nombreuses politiques nationales très ambitieuses concernant l’atténuation des émissions dans une perspective de développement, dotées d’objectifs chiffrés contraignants… Mais pas question pour l’Inde de formuler un chiffre unique d’atténuation nationale qui pourrait être inscrit dans un accord international contraignant. L’Inde refuse catégoriquement d’établir des accords bilatéraux en substitution à un accord global.

En réalité, la rhétorique indienne est très similaire à celle des Etats-Unis.  Lorsqu’elle parle politiques climatiques, la délégation américaine se place au niveau national en rappelant que l’action doit relever de la volonté interne. Mais bon, la souveraineté des pays en développement a ses limites : les USA exigent que tous les NAMAs (plans d’atténuation nationaux) fassent l’objet d’une vérification internationale, alors que l’UNFCCC indique que seuls les NAMAs financés par l’extérieur devraient faire l’objet de vérification extérieures.

Les Etats-Unis rappellent volontiers que leur projet de loi est bien plus puissant que les accords internationaux (perspective 2050, outils de contraintes…).

  • Copenhague suspendu à la bonne volonté du Sénat américain ?

Yvo de Boer croit, sur indication de J. Kerry, qu’il est possible que les Etats-Unis soient associés à un accord international même si la loi Waxman-Markey n’est pas encore adoptée par le Sénat. Ce serait très rassurant, puisque des officiels américains ont indiqué qu’il sera fort probable que la loi ne soit pas examinée avant Copenhague…

Petit problème : la délégation américaine dit exactement le contraire. Elle estime que si la loi n’est pas passée d’ici Copenhague, ce sera « nettement plus compliqué », notamment parce que les Etats-Unis ne pourront pas mettre de chiffres sur la table.

En conclusion, le G77 et la Chine appellent les citoyens européens et occidentaux en général à se mobiliser pour obliger leurs dirigeants à plus d’ambitions pour débloquer les négociations.

Dates à venir signalées :

– 21 oct. : réunion des ministres de l’économie et des finances de l’UE

– 22 oct. : réunion des ministres de l’environnement de l’UE

– 29 oct. : réunion des chefs d’Etat et de gouvernements de l’UE

Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9).