Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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Copenhague : promesses des pays développés

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Suites aux articles déjà écrits sur le sujet sur ce modeste blog, je recommande activement l’utilisation de ce module interactif proposé par le World Ressource Institute et qui permet de visualiser les engagements des Pays de l’Annexe I

Written by ToM

9 décembre 2009 at 17 h 43 mi

Atténuation des émissions de GES : l’UE doit faire plus, l’UE peut réduire de 40%

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Comme déjà écrit, les engagements des pays développés annoncés dans les promesses nationales sont insuffisants actuellement (la somme des promesses aboutit à des réductions de 10 à 24% en 2020 par rapport à 1990, alors qu’on a besoin de 25 à 40%… et plutot 40%). Au sein de ces promesses, celle de l’UE, au travers de son paquet climat-énergie, est de 30% de réduction en 2020 par rapport à 1990, sous réserve que les autres fassent des efforts comparables.

Le projet de loi examiné par le Congrès des Etats-Unis propose des engagements du même ordre de grandeur voire supérieurs à ceux de l’UE ; idem pour le Japon ; idem pour l’Australie (plan qui vient d’être rejeté par le Sénat malheureusement, mais qui sera représenté par le gouvernement)… Le problème est que tous ces Etats ont un train de retard, principalement à cause de leurs gouvernements climato-négationistes (celui de Bush en premier) ; seule l’Europe a su diminuer ses émissions de GES depuis 1990. Afin de pouvoir augmenter les réductions globales des pays développés, ce qui est nécessaire pour permettre un accord à Copenhague, l’UE doit accepter de maintenir son leadership en augmentant encore son objectif de réductions à 40%, ce qui « soulagerait » partiellement le groupe des pays industrialisés.

Le Stockholm Environment Institute vient de publier une étude qui montre qu’une telle ambition est tout à fait réaliste, et ce même en excluant les « fausse bonnes solutions ».

L’étude effectue une analyse secteur par secteur (industrie, transports, production d’électricité, bâtiments, agriculture, usage des sols…) des atténuations possibles. Elle réalise une estimation des coûts. L’étude s’intéresse également à la responsabilité financière de l’UE vis à vis des pays du sud.

Principaux résultats :

  • il est possible pour l’UE de réduire ses émissions de 40% en 2020 par rapport à 1990, puis de 90% en 2050.

Et ceci en remplissant les conditions suivantes :

– pas de nucléaire nouveau, sortie progressive du nucléaire actuel

– pas de production d’électricité à partir des énergies fossiles

– pas d’agrocarburants (européens ou étrangers)

– pas de CCS

– pas de mécanismes de compensation (offset) à l’étranger

– une approche bottom-up à partir des disponibles commercialement ou prochainement (2020-2030)

– exclusion de technologies encore trop incertaines (hydrogène, agro-carburants de seconde génération)

– réduction des inégalités entre les pays membres de l’Ue

– pleine coopération des pays membres et mise en place de politiques adaptées (ces mesures politiques sont détaillées par secteur).

  • il n’y a pas de récession économique. Dans le scénario d’atténuation, le PIB st multiplié par 1,6 en 2050 au lieu de 1,8 dans le scénario de base.

  • le coût incrémental serait, sur la période 2010-2020, de 2 000 milliards d’€, soit environ 2% du PIB de l’UE sur la même période. Les auteurs indiquent que d’autres études aux objectifs  similaires trouvent des coûts comparables (entre 1 et 3% du PIB cumulé). Cela revient à faire stagner le PIB pendant un an, puis le retour à une croissance normale ensuite.
  • Les auteurs estiment la part équitable de l’UE dans le financement destinés aux pays du sud à entre 150 et 450 milliards d’€ en 2020 (soit entre 1,1 et 3,3% du PIB projeté à cette date).

Ce scénario proposé par ce très sérieux institut de recherche offre des perspectives positives. L’approche globale (technologies, coûts, politiques, équité nord-sud), bottom-up et sectorielle est particulièrement intéressante.

Si elle veut vraiment être utile au climat tout en gardant son leadership affirmé, l’UE doit faire plus que ce qu’elle propose actuellement. Elle le peut.

Pour plus de détails méthodologiques, se reporter à l’étude directement (en anglais). Voir l’article d’Euractiv.

Réductions des GES : quelle probabilité de ne pas dépasser 2°C ?

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L’atténuation des émissions est l’un des éléments central des discussions pour Copenhague : combien réduira-t-on nos émissions mondiales ? qui doit faire quoi ? D’autres enjeux sont très importants (financement, adaptation, transfert de technologie en particulier), mais l’atténuation est le déterminant de l’avenir climatique planétaire et la source d’une redistribution des richesses. C’est un point de blocage crucial.

Alors que l’Inde souffle le chaud et le froid (le chef de la délégation semble s’opposer à son ministre sur la possibilité d’objectifs chiffrés), la Chine, les Etats-Unis et la Russie ont redonné des bribes d’espoirs qu’un accord peut être trouvé. Cependant la situation semble encore difficile : les pays développés ne font probablement pas assez d’efforts. Mais « pas assez d’efforts » par rapport à quoi ? Retour sur les objectifs et enjeux de l’atténuation.

Les données du GIEC sont la référence

Partant du principe qu’il faudrait réduire à 2°C l’accroissement de la température en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle (ce qui implique une stabilisation de la concentration en GES de 450 ppm équivalent CO2), les négociations se focalisent sur quelques chiffres identifiés par le GIEC dans son rapport de 2007 (AR4), chapitre 13, box 13.7 :

Les chiffres clés sont donc :

  • les émissions des pays industrialisés réduites de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990
  • les émissions des pays en développement « déviées substantiellement du scénario business as usual (BAU) » -on considère généralement que cela signifie une déviation de 15 à 30% par rapport à la courbe BAU-
  • les émissions mondiales réduites de 50 à 85% en 2050 par rapport à 1990, et pour cela que les émissions des pays industrialisés soient réduites de 80 à 95% en 2050

Tout d’abord rappelons que cet objectif du GIEC conduit à une stabilisation de la température entre à +2°C et +2,4°C et pas à « moins de 2°C » (ceci est rarement dit, même si l’UNFCCC ne l’oublie pas dans la Facts Sheet)…

Mais surtout, on constate que les chiffres exprimés sont des émissions, c’est à dire des flux ; or, ce qui importe dun point de vue géophysique, c’est la concentration en GES, donc le stock. D’un point de vue géophysique, il convient de regarder le stock : les conséquences en termes de flux en sont déduites, et non l’inverse, comme les négociations internationales pourraient pousser à le faire : tout le monde se focalise sur les émissions en 2020 et en 2050.

En effet, les pays développés font des promesses qui, jusqu’à présent en tout cas, ne permettraient pas d’atteindre le -25% d’émissions en 2020 (les estimations les plus optimistes arrivent à -24% dans le meilleur des cas). Et dans les déclarations politiques des pays développés, cette fourchette de -25 à -40% est souvent citée, mais sans jamais préciser que le résultat en termes de températures sera très différent selon qu’on se situe en haut ou en bas de la fourchette. D’ailleurs, les pays africains réclament -40%, les petits Etats insulaires demandent -45%. Ce constat est également vrai pour l’objectif en 2050, pour lequel les pays développés parlent d’une division par deux des émissions mondiales « au moins ».

Limites de ces chiffres

Notons également que cette analyse du GIEC est présente dans le rapport III -qui s’intéresse aux politiques- et non dans le rapport I -qui s’intéresse à la géophysique-. En effet, le groupe I ne disposait pas en 2007 des résultats de simulations des différents modèles en fonction des différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Pour obtenir son résultat, le groupe III a effectué une régression à partir des estimations de forçage radiatif en 2100 (induit par différentes concentrations en GES) pour déterminer le réchauffement conséquent.

L’étude de Meinshausen et al. (2009) permet d’aller plus loin en probabilisant les possibilités de dépasser un niveau de réchauffement en fonction d’un budget d’émissions totales de GES (i.e. en utilisant des résultats de scénarios qui manquaient en 2007). Cette probabilisation correspond à la prise en compte des incertitudes relatives à chacun des très nombreux paramètres qui déterminent la réponse du climat à une concentration en GES. Ces paramètres influent également sur la concentration en GES, en fonction des émissions, par l’intermédiaire de phénomènes de rétroactions positives ou négatives (réduction de l’absorption du CO2 par les océans à cause de l’acidification…).

Les résultats

Afin d’avoir une chance sur deux de ne pas dépasser +2°C, il faut limiter l’ensemble des émissions de GES (des six gaz inclus dans le protocole de Kyoto) à 1500 Gt eq. CO2 émis entre 2000 et 2050. Avec un budget de 2000 Gt eq. CO2 les chances de ne pas dépasser +2°C ne sont plus que de 25%.

On peut traduire cela en termes d’émissions en 2050. Une division par deux des émissions mondiales de GES par rapport à 1990 (soit 18 Gt eq. CO2 par an) offre une probabilité de 79% de ne pas dépasser l’objectif du +2°C. Mais la probabilité doit être remise dans son contexte : elle varie en fonction du chemin suivi pour diminuer les émissions entre 55% et 88%.

Les données en termes d’émissions en 2020 sont nettement moins certaines au plan géophysique ; pour voir les probabilités associées, se reporter au tableau ci-dessous.

Pour l’objectif en 2020, on note la très forte probabilité (74%) de dépasser l’objectif de 2°C si les émissions sont de 50 Gt CO2 eq. par an en 2020.

A titre de repère, en 2005, les seules émissions de CO2 étaient de 27,5 Gt (source : WRI). En 2007, les émissions (tous gaz) des pays industrialisés (source : UNFCCC) représentaient de l’ordre de 18 Gt eq. CO2.

Conclusions

Les chiffres utilisés dans les médias et, de fait, dans les négociations sont globalement corrects pour conduire vers une augmentation maximale de 2°C (proba de 79% pour le chiffre de 2050). Cependant, ces « points de passage » en 2020 et 2050 ne sont pas suffisants puisqu’ils ne disent rien sur la concentration et une réflexion en termes de « budget global » à se partager serait plus pertinente et moins incertaine. En choisissant ou refusant certaines cibles intermédiaires, les Etats pourraient faire chuter jusqu’à 55% la probabilité d’atteindre l’objectif du +2°C.

Référence : Meinshausen, M. et al., (2009) Greenhouse-gas emission targets for
limiting global warming to 2°C. Nature 458, 1158-1162.

« Diagnostic pour Copenhague » : piqure de rappel scientifique

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Un document de synthèse sur les avancées en termes de connaissance vient d’être publié : il est glaçant tant la situation est plus grave qu’anticipée. Cela est particulièrement visible concernant les effets observés (augmentation du niveau de la mer de 80% supérieur à celui anticipé par le GIEC par exemple) ; mais à la veille de Copenhague, on s’intéresse à la partie relatives aux politiques d’atténuation.

Ce rapport intitulé « Copenhagen diagnosis » est une publication type « peer-review » (revue par les pairs), exactement comme les publications du GIEC : il ne s’agit pas de nouvelles données, mais d’un résumé cohérent et transversal des connaissances. L’objectif des auteurs est de produire un document d’étape depuis la dernière publication du GIEC (2007) et avant la prochaine (qui aura lieu en 2013 au plus tôt). Résumé en français ici.

+7°C en 2100 ?

Les dernières estimations donnent un réchauffement moyen en 2100 supérieur aux précédentes estimations en cas de « business as usual » (on continue sans rien faire) : en 2100 la température moyenne du globe serait de 4 à 7°C à celle de l’ère pré-industrielle.

Les auteurs rappellent deux éléments bien connus :

– l’augmentation de température ne sera pas régulière (à cause de cycles de durée plus courte, 11 ans pour le soleils, irruptions volcaniques…).

– le pic de température ne sera probablement pas atteint avant des siècles après le pic des émissions, du fait de l’inertie du système Terre (principalement due aux océans).

L’urgence de l’action

La température d’équilibre dépend en premier lieu de la quantité totale de CO2 injectée dans le système, puisque c’est un gaz à effet de serre à longue durée de vie.

Quelles seraient des trajectoires compatibles avec l’objectif +2°C en 2100 ?

Si nous émettons un total de 1000 Gt de CO2 entre 2000 et 2050, la probabilité d’atteindre cet objectif est de 75%.

Or, nous avons déjà émis 350 Gt de CO2 ; il ne reste donc plus que 650 Gt de CO2 à consommer et à se partager.

Voici différentes trajectoires compatibles avec un scénario d’émissions de 750 Gt CO2, (67% de chances de ne pas dépasser le +2°C) :

Ces trajectoires seront extrêmement difficiles à suivre, tant les réductions sont importantes et urgentes.

La courbe verte impliquerait un pic en 2011 et des émissions de 4 Gt de CO2 en 2050, soit moins de 0,5 tCO2 par an et par personne (avec 9 milliards d’humains), ce qui est extrêmement faible (rappelons qu’actuellement les émissions d’un américain ou canadien ou australien sont de l’ordre de 20 tCO2/an/pers ; celles d’un européen de 11 tCO2/an/pers ; celles d’un Chinois de 5 tCO2/an/pers ; celles d’un Indien de 1,5 tCO2/an/pers.).

Les deux autres courbes, plus réalistes en termes de pic des émissions mondiales, impliquent d’atteindre un bilan carbone neutre entre 2040 et 2050.

Rappelons que les objectifs politiques affichés (officiellement par l’UE notamment) sont de réduire les émissions mondiales « d’au moins 50% en 2050 » (par rapport à 1990). Cet objectif impliquerait un très fort dépassement du budget 1000 Gt de CO2 et réduirait d’autant les chances d’atteindre le 2°C max en 2100. Et pourtant les promesses actuelles des pays développés ne permettraient même pas de réaliser l’effort nécessaire qui leur incombe pour atteindre une (petite) réduction de 50% à l’échelle mondiale.

Pessimisme

En somme, on peut actuellement dire qu’il est presque impossible d’atteindre l’objectif de 2°C. C’est difficile de se l’avouer, mais en réalité on le savait déjà quelques temps. Espérons que cela donnera un coup de fouet aux pays à Copenhague. On peut toujours rêver.

(Si j’ai un peu de temps, je reviendrai sur les autres parties de cette étude relatives aux effets des changements).

Rapport AIE publié à Bangkok pour un scénario énergétique « 450 ppm-compatible » : tromperie ?

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Afin de stimuler les négociations à Bangkok, l’Agence Internationale de l’Energie a publié mardi 6 octobre une version abrégée de son rapport annuel (World Energy Outlook). Dans ce pre-rapport (How the energy sector can deliver on a climate agreement in Copenhagen), l’AIE expose un scénario énergétique qui permettrait d’atteindre l’objectif de stabilisation à 450 ppm eq. CO2, considéré comme compatible avec l’objectif de limitation du réchauffement à +2°C en 2100 par rapport à la période pré-industrielle.

Les conclusions de cette modélisations révèlent ce qu’on sait déjà : l’investissement doit être massif, ce sont les économies d’énergies et les énergies renouvelables qui seront les très loin largement les deux premières sources d’atténuation des émissions. Le nucléaire voit son développement atténué par rapport au scénario de référence du fait des politiques d’économies d’énergie. Mais là n’est pas le plus important.

AIE2009-1

Dans les quelques éléments de méthodologie proposés dans le document (on ne pourra voir le détail des informations que lors de la publication intégrale en novembre), voici ce qu’on peut lire :

The trajectory is an overshoot trajectory, i.e. concentrations peak at 510 ppm in 2035, they stay steady for around 10 years and the decline then decline to 450 ppm. Our analysis focuses on energy-related CO2 emissions to 2030, which peak just before 2020 at 30.9 Gt and decline steadily thereafter, reaching 26.4 Gt in 2030.

Là il y a un petit problème. Le scénario choisi par l’AIE n’est pas un scénario de stabilisation des émissions comme envisagé par le GIEC dans son dernier rapport, mais un scénario « overshoot » c’est à dire de dépassement temporaire de la concentration en GES. Ce n’est pas la même notion. Plusieurs questions en découlent :

  • Quel est l’horizon du retour à 450 ppm ? L’AIE ne dit rien, si ce n’est que la concentration est stabilisée à 510 ppm entre 2035 et 2045. Le retour à 450 ppm est peut-être envisageable à l’horizon 2100… mais ca mériterait quelques explications !
  • Dans quelle mesure ce scénario de retour à 450 ppm est-il réalisable au plan de la géophysique ? On sait qu’environ 50% du CO2 est absorbé par l’océan (et enlevé de l’atmosphère) en 30 ans environ, qu’il faut plusieurs siècles pour retirer 30% supplémentaires et plusieurs millénaires pour les derniers 20% (voir cet article qui résume la problématique). Un scénario d’overshoot implique donc une chute drastique des émissions afin de pouvoir avoir une « diminution » du stock de CO2. De plus, on ne connait pas les hypothèses retenues pour les GES d’origine non énergétiques.
  • Mais surtout, en admettant que ce scénario soit géophysiquement possible, est-ce que cela correspond aux recommandations du GIEC pour l’objectif de température ? On peut avoir de sérieux doutes, car en dépassant 450 ppm on dépasse le facteur Pouvoir de Réchauffement Global qui y est associé (utilisé par le GIEC pour ses recommandations), donc on franchit potentiellement des seuils qui activent des rétroactions positives.

Je serais intéressé pour avoir des commentaires sur le sujet et plus généralement sur la notion de « overshoot scenario »…

Et j’ai quelques doutes dans le fait que ce scénario puisse changer quelque chose dans les négo, puisque ce qui bloque est la répartition du fardeau (que les efforts soient faits dans les pays ou à l’étranger par l’intermédiaire des mécanismes de flexibilité). Répartition que l’AIE se garde bien de proposer !

En route vers Copenhague : suite aux discussions de Bonn

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Quelques mots rapides pour compléter que les discussions à Bonn… rien de très positif.

  • Comme le disent les Nations unies (si si), les discussions ont faiblement progressé, les engagements des pays développés sont trop faibles et il est nécessaires qu’ils soient significativement accrus afin de pouvoir débloquer la situation (comme déjà écrit ici). Pas grand chose à ajouter.
  • La Chine annonce par la voix de Su Wei, officiel Chinois auprès du Financial Time, qu’elle est prête à faire en sorte que ses émissions « piquent » (atteignent leur maximum) d’ici 2050. La Chine refuse toujours de se voir astreindre à des contraintes chiffrées de limitations pour l’instant. On peut penser que cette position serait susceptible de changer à condition que les pays industrialisés se fixent des objectifs plus ambitieux (au moins 40% de réductions en 2020 par rapport à 2050).

Rappelons que, afin d’atteindre -potentiellement- l’objectif de maximum +2°C en 2100, il est nécessaire que les émissions mondiales atteignent leur maximum avant 2015, d’après le GIEC (voir groupe 3), et que la Chine est le premier émetteur en valeur absolue (depuis mi 2007)… autant dire que le « +2°c » est mal engagé.

Cette annonce de Su Wei est faite en même temps qu’une étude est publiée, indiquant qu’il serait tout à fait possible pour la Chine de voir ses émissions atteindre leur maximum d’ici 2030… soit un scénario bien plus compatible avec l’objectif « +2°C ».Voir la dépêche de Reuters sur la publication [après courte recherche sur google, je n’ai pas trouvé l’étude…].

Une autre étude (que je n’ai pas encore lue) publiée par le Tyndall Center for Climate Change Research, issue de 3 ans de recherches, montre qu’il serait possible pour la Chine de mener une politique qui permette d’atteindre l’objectif mondial de 450 ppm (objectif 2°C) tout en préservant le développement économique.

Objectifs de réduction et équité : étude publiée par le PNAS

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Dans un article pulié par le PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America), des chercheurs proposent un système équitable de répartition des réductions d’émissions. Un système intéressant, mais qui n’est pas encore abouti.

Référence : Sharing global CO2 emission reductions among one billion high emitters, PNAS, 2009

Les discussions sur l’équité des réductions d’émissions sont plétores ; la notion de justice environnementale est inscrite dans la convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, avec la notion de « responsabilité partagée mais différenciée » qui indique que la responsabilité historique des pays n’est pas la même. Par ailleurs, il se dégage globalement un accord sur la notion de « convergence » à long terme des émissions par têtes, toujours au nom de la justice environnementale (certains pays souhaitent que la convergence par tête soit également basée sur les émissions historiques).

La proposition de Chakravarty (et alii) est intéressante en ce qu’elle vise à construire un système de transition.

L’idée est relativement simple : étant donné les inégalités de revenus au sein des pays, il ne suffit plus de regarder les émissions moyennes de chaque pays, mais il faut regarder la répartition des émissions. Il faut que les gros émetteurs (individuels), quelle que soit leur localisation, fassent le plus d’efforts. En mettant la responsabilité de la réduction sur les plus gros émetteurs de CO2, le système propose de faire reposer la charge de changement global sur les plus riches.

Un scénario est proposé pour 2030 : l’objectif des 30 GtCO2 d’émissions à cette date (notons immédiatement que cet objectif ne permettrait pas d’atteindre l’objectif de 2°C de réchauffement…). Pour arriver à ce niveau d’émissions, il suffirait que les 1,30 milliards de personnes les plus polluantes descendent leurs émissions à un niveau de 9,6 tCO2 par an ; pendant ce temps, les 2,7 milliards de personnes les moins émettrices pourraient augmenter leurs émissions jusqu’à 1 tCO2 par an (alors qu’elles émettraient moins sinon). Les populations intermédiaires, qui sont situées entre 1 tCO2/an et 9,6 tCO2/an sont considérées comme restant à leur niveau d’émission « normal » (c’est à dire correspondant au business as usual).

Evolution des émissions par personnes, article de Chakravarty, 2009, PNAS

Evolution des émissions par personne, article de Chakravarty, 2009, PNAS

Commentaires

En reposant sur les émissions individuelles à partir des projections pays par pays de la consommation et de la répartition du revenu, cet article propose une vision intéressante de l’équité, plus susceptible d’être acceptée par les pays en développement.

Cependant, l’article n’indique aucun moyen concret pour arriver à cibler les « gros émetteurs » et pour donner au « très petits émetteurs » les moyens d’augmenter leurs émissions. L’article reste à un niveau extrèmement général d’analyse de l’équité. De plus, le système repose sur des projections, fortement susceptibles d’évoluer ; si celles-ci peuvent être modifiées, il n’en reste pas moins que le système repose sur des conjectures.

L’article ne dit rien sur les catégories intermédiaires (entre le plancher et le plafond d’émissions). Or celles-ci sont cruciales : les catégories intermédiaires doivent être pleinement intégrées puisque ce sont elles dont le taux de croissance des émissions est le plus important, avec l’accession à la consommation de masse et le désire d’accéder à la catégorie sociale supérieure.

Enfin, l’analyse propose un objectif de 30 GtCO2 par an… ce qui est très insuffisant si on vise une stabilisation des émissions à 450 ppm. Si on réduit les objectifs de réductions de manière plus drastique, une part bien plus importante de la population est affectée par les réductions (ce qui est logique) : ceci affaiblit sérieusement l’argument selon lequel il suffit de toucher les riches pour sauver la planète.

Ultime remarque : toutes ces analyses ne portent que sur le CO2 et les autres GES sont laissés de côtés… car le niveau d’émission est peu corrélé au niveau de revenu. Ce point est une limite sérieuse à l’analyse.