Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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Photovoltaïque, nucléaire, soutiens publics : l’hypocrisie du gouvernement français

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Le photovoltaïque serait une technologie « chère ». Pour sauvegarder le pouvoir d’achat du consommateur, il faut limiter son développement, d’après le gouvernement. Un diagramme fort simple suffit pourtant à comprendre l’hypocrisie des pouvoirs publics français.

Le Premier Ministre a voulu, mardi dernier devant le Conseil Economique, Social et Environnemental, clôturer les choix gouvernementaux concernant la filière photovoltaïque. La décision est prise : il y aura une limitation en volume d’installations annuelles (500 MW). Autant dire que le photovoltaïque est condamné à rester une énergie de décoration, sans développement d’ampleur et sans avenir en France, alors même que c’est une énergie renouvelable au potentiel extraordinaire  (mais je n’ai pas la place de développer ici).

Cette annonce fait suite à une campagne de communication gouvernementale visant à démontrer l’explosion des dépenses causées par le solaire (le fameux rapport Charpin). Car il est vrai que, le coût de production de l’électricité photovoltaïque est supérieur à celui du mix énergétique moyen actuel. Et il est également vrai que la plupart des panneaux installés en France aujourd’hui sont importés, notamment de Chine (mais pas uniquement). Mais se pose-t-on la question de savoir pourquoi cela ? L’essentiel de la réponse dans un graphique issu du dernier rapport du GIEC -qui tirait lui-même ses informations de l’Agence Internationale de l’Energie-.

Ci-dessous, la répartition des aides publiques à la Recherche et Développement, par type d’énergie, pour les 28 pays membres de l’Agence Internationale de l’Energie (i.e. les pays occidentaux) entre 1973 et 2003 :

On constate d’un simple coup d’oeil que :

  • La recherche dans la fission nucléaire (bleu clair) a reçu 47,3% des aides publiques à la R&D (134 milliards de dollars de 2004)
  • Les énergies renouvelables toutes confondues (jaune) ont reçu 8,1% des financements publics (24 milliards de dollars). Le photovoltaïque a eu droit quant à lui à 2,2% des subventions publiques (6 milliards de dollars).
  • Les renouvelables ont été moins financées que les énergies fossiles (12,7% soit 37 milliards) et même été moins que la fusion nucléaire (10,5% soit 31 milliards) !

Il est intéressant de rapporter cette répartition à celle de l’approvisionnement énergétique actuel (toujours selon l’AIE) :

  • La fission nucléaire fournit 5,8% des l’énergie primaire mondiale
  • Les renouvelables, malgré leur faible subventionnement, fournissent d’ores et déjà 12,9% de l’énergie primaire mondiale
  • La fusion nucléaire ne fournit aucun kWh et n’en fournira probablement pas avant la fin du siècle

Pour accentuer encore le diagnostic, il faut considérer que :

  • ces statistiques sont celles agrégées de tous les pays de l’AIE (incluant l’Allemagne et le Japon, champions du photovoltaïque). Il n’y a pas de peine à imaginer que dans le cas de la France, les différences de subventions ont été encore bien plus marquées en faveur du nucléaire
  • on n’a regardé ici que les subventions directes d’aide à la Recherche et Développement. Or les aides publiques au nucléaire et aux énergies conventionnelles sont en réalité bien plus importantes et très diversifiées (ce serait trop long à développer ici, mais c’est une chose bien connue).
  • on ne compte pas tous les coûts  « indirects » liés au nucléaire (déchets, risques terroristes etc. et aux ressources fossiles (émissions de gaz à effet de serre, pollutions locales etc.) qui sont évités par le photovoltaïque

C’est extraordinaire : le gouvernement souhaiterait que le photovoltaïque soit aussi compétitif que le nucléaire (qui représente 83% de notre mix électrique), alors que cette technologie a reçu 22 fois moins de subventions publiques dans les pays de l’AIE (et encore moins pour le cas de la France).

Les coûts de production du photovoltaïque ne font que décroître rapidement : d’ici 2020, il sera être compétitif avec l’électricité conventionnelle, ce qui annoncera le développement à grande échelle sans plus aucune subvention publique (constat auquel même le rapport Charpin, p7 s’accorde). Malheureusement, les panneaux seront toujours chinois, allemands, japonais ou américains… car aucune filière française n’aura pu se structurer vu le manque de soutien public pendant la phase d’amorçage. Et on continuera à dénoncer le déficit commercial lié au photovoltaïque, pour mieux supporter le tout nucléaire.

C’est bien dommage, car nous disposons en France d’excellents physiciens et industriels qui seraient en mesure de nous faire rattraper rapidement une grande partie du retard techno-scientifique, à condition qu’ils reçoivent autant de financements qu’ils en ont eu pour nucléaire au cours des 40 dernières années.

Il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut pas réformer les tarifs de rachats qui conduisent à des rentes superflues et des dépenses exagérées -personne ne dit cela-, mais il faudrait le faire de manière à permettre réellement la structuration d’une industrie locale (réduction progressive des tarifs d’achats, comme proposé par les acteurs de la filière et par la Ministre de l’Environnement). Et surtout, il ne faudrait pas s’arc-bouter sur une analyse hypocrite et malhonnête des coûts supposés pour la collectivité, qui ne considère qu’une partie de la réalité. En plus, ça risque de se voir.

 

Sources :

Assessment Report 4, IPCC, Working Group 3, Chap 13, Figure 13.1

– Et le détail chiffré dans le document de l’AIE : Renewable Energy, markets and policy trends in IEA countries, 2004

Atténuation des émissions de GES : l’UE doit faire plus, l’UE peut réduire de 40%

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Comme déjà écrit, les engagements des pays développés annoncés dans les promesses nationales sont insuffisants actuellement (la somme des promesses aboutit à des réductions de 10 à 24% en 2020 par rapport à 1990, alors qu’on a besoin de 25 à 40%… et plutot 40%). Au sein de ces promesses, celle de l’UE, au travers de son paquet climat-énergie, est de 30% de réduction en 2020 par rapport à 1990, sous réserve que les autres fassent des efforts comparables.

Le projet de loi examiné par le Congrès des Etats-Unis propose des engagements du même ordre de grandeur voire supérieurs à ceux de l’UE ; idem pour le Japon ; idem pour l’Australie (plan qui vient d’être rejeté par le Sénat malheureusement, mais qui sera représenté par le gouvernement)… Le problème est que tous ces Etats ont un train de retard, principalement à cause de leurs gouvernements climato-négationistes (celui de Bush en premier) ; seule l’Europe a su diminuer ses émissions de GES depuis 1990. Afin de pouvoir augmenter les réductions globales des pays développés, ce qui est nécessaire pour permettre un accord à Copenhague, l’UE doit accepter de maintenir son leadership en augmentant encore son objectif de réductions à 40%, ce qui « soulagerait » partiellement le groupe des pays industrialisés.

Le Stockholm Environment Institute vient de publier une étude qui montre qu’une telle ambition est tout à fait réaliste, et ce même en excluant les « fausse bonnes solutions ».

L’étude effectue une analyse secteur par secteur (industrie, transports, production d’électricité, bâtiments, agriculture, usage des sols…) des atténuations possibles. Elle réalise une estimation des coûts. L’étude s’intéresse également à la responsabilité financière de l’UE vis à vis des pays du sud.

Principaux résultats :

  • il est possible pour l’UE de réduire ses émissions de 40% en 2020 par rapport à 1990, puis de 90% en 2050.

Et ceci en remplissant les conditions suivantes :

– pas de nucléaire nouveau, sortie progressive du nucléaire actuel

– pas de production d’électricité à partir des énergies fossiles

– pas d’agrocarburants (européens ou étrangers)

– pas de CCS

– pas de mécanismes de compensation (offset) à l’étranger

– une approche bottom-up à partir des disponibles commercialement ou prochainement (2020-2030)

– exclusion de technologies encore trop incertaines (hydrogène, agro-carburants de seconde génération)

– réduction des inégalités entre les pays membres de l’Ue

– pleine coopération des pays membres et mise en place de politiques adaptées (ces mesures politiques sont détaillées par secteur).

  • il n’y a pas de récession économique. Dans le scénario d’atténuation, le PIB st multiplié par 1,6 en 2050 au lieu de 1,8 dans le scénario de base.

  • le coût incrémental serait, sur la période 2010-2020, de 2 000 milliards d’€, soit environ 2% du PIB de l’UE sur la même période. Les auteurs indiquent que d’autres études aux objectifs  similaires trouvent des coûts comparables (entre 1 et 3% du PIB cumulé). Cela revient à faire stagner le PIB pendant un an, puis le retour à une croissance normale ensuite.
  • Les auteurs estiment la part équitable de l’UE dans le financement destinés aux pays du sud à entre 150 et 450 milliards d’€ en 2020 (soit entre 1,1 et 3,3% du PIB projeté à cette date).

Ce scénario proposé par ce très sérieux institut de recherche offre des perspectives positives. L’approche globale (technologies, coûts, politiques, équité nord-sud), bottom-up et sectorielle est particulièrement intéressante.

Si elle veut vraiment être utile au climat tout en gardant son leadership affirmé, l’UE doit faire plus que ce qu’elle propose actuellement. Elle le peut.

Pour plus de détails méthodologiques, se reporter à l’étude directement (en anglais). Voir l’article d’Euractiv.

Rapport : l’avenir du photovoltaïque en Inde… et dans le monde

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Une bonne, une excellente nouvelle ! Dans un article du Monde, on apprend que l’Inde prévoit le développement massif du solaire photovoltaïque avec un plan de grand ampleur programmé à l’horizon 2050. Il n’est pas la peine de disserter plus, puisque le rapport n’est pas encore public -vivement septembre- ; l’article se suffit à lui-même !

L’Inde veut devenir un géant de l’énergie solaire

LE MONDE | 06.08.09 | 14h51  •  Mis à jour le 06.08.09 | 20h43

L’Inde pourrait investir 19 milliards de dollars (13 milliards d’euros) au cours des trente prochaines années pour accroître sa production d’énergie solaire. Un rapport, remis, lundi 3 août, au premier ministre Manmohan Singh, et auquel Le Monde a eu accès, fixe des objectifs de production de 20 000 mégawatts (MW) en 2020 et 200 000 MW en 2050, contre seulement 51 MW en 2009.

Le plan devrait être dévoilé en septembre, quelques semaines avant la conférence internationale de Copenhague sur le changement climatique, qui se tiendra en décembre. L’Inde, quatrième producteur mondial d’énergie éolienne, ne fournit que 0,1 % de l’énergie solaire du monde. Le pays, qui bénéficie pourtant de conditions d’ensoleillement avantageuses, produit ainsi cinquante fois moins d’énergie solaire que l’Allemagne, le leader mondial.

New Delhi n’encourage encore que timidement la promotion de l’énergie solaire. Le ministère indien des énergies renouvelables se contente actuellement de soutenir financièrement la construction de centrales solaires d’une capacité minimale de 50 MW. Le rapport remis au premier ministre préconise plutôt une politique de subvention des tarifs de rachat de l’énergie solaire, jusqu’à ce que ceux-ci se rapprochent de ceux du pétrole ou du charbon. Il est prévu qu’entre 2009 et 2020, le prix du kilowattheure solaire passe de 16 à 3 roupies (0,23 à 0,04 euro).

L’achat d’équipements solaires sera exempté de taxes, et les centrales solaires ne paieront pas d’impôts pendant dix ans. Les mesures prévues ne sont pas qu’incitatives : les grands complexes immobiliers auront l’obligation de s’équiper de panneaux solaires. Si les maisons individuelles choisissent cette alternative, l’Etat leur garantirait le rachat de leur surplus d’énergie. En cas de pannes de courant, fréquentes en Inde, les panneaux solaires pourraient alimenter les générateurs et faire économiser plus de 2 milliards de litres de diesel et de kérosène, par an. Un million de toits et 20 millions de foyers pourraient être équipés d’ici 2020.

Le solaire permettra de fournir de l’électricité à moindre coût aux populations isolées. Plus de la moitié des Indiens s’éclairent encore à la bougie ou aux générateurs. Et il est plus coûteux de raccorder un village isolé au réseau électrique que d’y installer une unité de production d’énergie solaire. Le gouvernement a promis d’électrifier l’ensemble du pays d’ici à 2012.

La Mission nationale solaire sera l’autorité centrale chargée de mettre en oeuvre cette nouvelle politique. Elle serait alimentée, dans un premier temps, par le budget de l’Etat, avant d’être financée directement par une taxe sur la vente d’énergies fossiles, comme le charbon ou le pétrole. Le gouvernement central compte aussi sur les Etats régionaux pour subventionner les tarifs de l’énergie solaire à hauteur de 30 %. Ils devront, sous peine d’amende, assurer une part plancher de leur consommation énergétique par le solaire. Tout dépassement de ce quota pourra être revendu à des Etats voisins sous forme de certificats.

Avec une prévision de ses besoins en électricité de l’ordre de 240 000 MW en 2020, l’Inde devrait couvrir 8,3 % du total de sa consommation grâce au solaire. Le pays, qui est actuellement le quatrième pollueur de la planète et tire 60 % de son énergie du charbon, réduirait ainsi sa production annuelle de dioxyde de carbone de 42 millions de tonnes d’ici à 2020. En 2007, il en a produit 430 millions de tonnes.

Avec l’avènement du solaire, la technologie deviendra le nerf de la guerre. Pour atteindre ses objectifs, l’Inde devra former environ 100 000 ingénieurs et techniciens. Le pays, déjà dépendant des importations de pétrole, ne veut pas se retrouver dans une nouvelle dépendance, à l’égard des brevets étrangers, cette fois.

En créant des parcs technologiques et en soutenant la recherche, la Mission nationale solaire veut encourager la naissance de champions nationaux, comme il en existe déjà dans l’éolien, avec Suzlon, cinquième constructeur mondial d’éoliennes. Douze entreprises, dont une filiale de Tata, devraient investir 11,4 milliards d’euros au cours des dix prochaines années, d’après les estimations du cabinet d’études RNCOS, basé à New Delhi.

« La réussite de ce plan va dépendre beaucoup de son financement. L’accès aux technologies solaires performantes risque de coûter cher. Nous avons besoin de l’assistance financière des pays riches », explique Sunita Narain, membre du Conseil indien du changement climatique.

Au sommet de Copenhague, l’Inde plaidera donc en faveur d’accords de transfert de technologie entre pays du Nord et du Sud, ceci afin de réussir sa reconversion dans les énergies propres. En revanche, New Delhi veut à tout prix éviter un engagement chiffré de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre.

Julien Bouissou

Article paru dans l’édition du 07.08.09.

Rapport : l’avenir du photovoltaïque en France

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Le député Serge Poignant a rendu public un rapport sur l’énergie photovoltaïque dans le cadre de la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale en date du 16 juillet 2009.

Après avoir rappelé le gigantesque potentiel de cette énergie (le schéma ci-dessous est explicite !), le député propose 10 bonnes raisons pour développer le photovoltaïque.

Les 10 raisons de développer le PV selon M Poignant :

1. Son carburant est gratuit. Le soleil est la seule ressource dont a besoin un panneau solaire. Et le soleil brillera jusqu’à la fin des temps. De plus, la plupart des cellules photovoltaïques sont fabriquées à base de silicium, un matériau abondant et non toxique (second matériau le plus abondant sur Terre).

2. L’énergie solaire photovoltaïque ne génère ni bruit, ni émissions nocives, ni gaz polluants.

La combustion de ressources naturelles pour fabriquer de l’énergie engendre de la fumée, provoque des pluies acides, pollue l’eau et l’air. Cela génère aussi du dioxyde de carbone (CO2), l’un des principaux gaz à effet de serre. L’électricité solaire utilise seulement l’énergie du soleil comme carburant. Elle ne crée aucun co-produit nocif et contribue activement à réduire le réchauffement climatique.

3. Les systèmes photovoltaïques sont très sûrs et d’une grande fiabilité. L’espérance de vie d’un module solaire est d’environ 30 ans. La performance des cellules photovoltaïques est généralement garantie par les fabricants pour une durée de 20 à 25 ans. Au-delà, la puissance d’une cellule reste néanmoins supérieure à 80 % de la puissance initiale. Le photovoltaïque est donc une technologie fiable sur le long terme. De plus, la fiabilité des produits est garantie aux consommateurs par des standards de qualité très élevés au niveau européen.

4. Les modules photovoltaïques sont recyclables et les matériaux utilisés pour leur production (silicium, verre, aluminium, etc.) peuvent être réutilisés. Le recyclage n’est pas seulement bénéfique pour l’environnement, il contribue également à réduire l’énergie nécessaire pour produire ces matériaux et ainsi à réduire leur coût de fabrication.

5. L’énergie solaire photovoltaïque exige peu de maintenance. Les modules solaires ne nécessitent pratiquement aucune maintenance et sont faciles à installer.

6. L’énergie solaire photovoltaïque fournit de l’électricité aux zones rurales les plus isolées. Les systèmes photovoltaïques apportent une valeur ajoutée aux zones rurales (en particulier dans les pays en développement où il n’y a pas de réseau électrique disponible). L’éclairage domestique, les systèmes de réfrigération des hôpitaux et le pompage de l’eau font partie des nombreuses applications possibles des systèmes non connectés au réseau. Les systèmes de télécommunications en zones isolées utilisent également des panneaux solaires.

7. L’énergie solaire photovoltaïque peut être intégrée de manière esthétique dans les bâtiments. Les modules solaires peuvent couvrir toits et façades, contribuant ainsi à l’autonomie énergétique des bâtiments. Ils sont silencieux et peuvent être intégrés de manière très esthétique. Les législations européennes sur les bâtiments sont en cours de révision afin d’intégrer des impératifs d’énergies renouvelables pour les édifices publics et les logements. Celles-ci permettent d’accélérer le développement des éco-bâtiments et des bâtiments à énergie positive et ouvrent la voie vers une meilleure intégration des systèmes photovoltaïques dans le bâti.

8. Le temps de retour énergétique d’un module diminue constamment. Cela signifie que le temps mis par un module photovoltaïque pour générer autant d’énergie qu’il en a fallu pour le produire est très court ; il varie entre 1,5 et 3 ans. Sur sa durée de vie, un module produit donc entre 6 et 18 fois plus d’énergie qu’il n’en faut pour le fabriquer

9. L’énergie solaire photovoltaïque permet la création de milliers d’emplois. Avec une croissance annuelle moyenne de 40 % ces dernières années, le secteur photovoltaïque contribue de plus en plus à la création de milliers d’emplois en Europe et dans le monde.

10. L’énergie solaire photovoltaïque contribue à améliorer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Pour répondre à 100 % de la demande européenne en électricité, il suffirait de recouvrir 2 % de la superficie totale de l’Europe de panneaux solaires. Le photovoltaïque peut donc jouer un rôle important dans l’amélioration de la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Europe.

Afin de développer la filière en France, le rapport propose 9 lignes directrices :

NEUF LIGNES DIRECTRICES POUR UN PROGRAMME NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT DE LA FILIÈRE PHOTOVOLTAÏQUE

1. Préparer l’échéance de la parité réseau

o Tracer dans la loi des axes stratégiques ambitieux et réalistes et confier au règlement la fixation des différents tarifs d’achat

o Poser une règle de dégressivité des tarifs et de correction automatique en fonction du volume de marché et de l’approche de la parité réseau

o Maintenir un statu quo tarifaire en Corse et dans les départements d’outre-mer

2. Prévenir les conflits d’usage et la captation des terres arables par des centrales solaires

o Faire établir par l’ADEME une liste des terres éligibles à l’installation de fermes solaires

o Exiger que les projets de fermes solaires aient un impact environnemental positif

o Instaurer une caution foncière pour éviter la spéculation

3. Intégrer à l’économie du secteur une réflexion sur l’aménagement du territoire

o Régionaliser le tarif d’achat en fonction de la variable d’ensoleillement

o Répartir les fermes solaires sur l’ensemble du territoire national

4. Miser sur l’intégration au bâti pour positionner la filière française

o Conserver les principes de fonctionnement du tarif d’achat et le seuil des 3 kWc

o Définir au niveau national des critères objectifs et précis « d’intégration au bâti »

o Instaurer un tarif d’achat intermédiaire pour l’équipement des bâtiments sans intégration

o Réfléchir à une définition juridique de l’intégration architecturale dans l’optique d’un bonus tarifaire

o Créer une commission de qualification des équipements

5. Adapter le cadre administratif au dynamisme du secteur

o Simplifier les formalités de raccordement et accélérer les délais exigés par ERDF

o Faire perdurer les dispositifs fiscaux de soutien à la filière

o Clarifier le régime administratif et fiscal des fermes solaires

o Instaurer des contrôles pour éviter des fraudes massives généralisées

6. Donner à la recherche française les moyens de la performance

o Privilégier l’énergie solaire dans les investissements publics en faveur des énergies nouvelles

o Soutenir l’ensemble des filières technologiques silicium, CIS et polymères

o Améliorer le passage de la recherche à l’application industrielle

o Coupler les recherches sur le photovoltaïque avec celles sur le stockage

o Poursuivre les recherches sur les concentrateurs et explorer leurs modalités d’exploitation

7. Assurer la consolidation du secteur industriel français

o Engager les fleurons nationaux de l’énergie et des matériaux à investir le secteur

o Faire émerger des entreprises françaises sur la totalité de la filière

o Edicter des normes exigeantes de qualité sur les équipements photovoltaïques

o Accentuer les investissements dans les capacités productives pour combler le retard français

o Mobiliser les crédits issus du grand emprunt national et du Fonds stratégique d’investissement

8. Mettre l’énergie photovoltaïque à disposition du grand public

o Poursuivre la tâche d’information et de communication entreprise par l’ADEME

o Mobiliser les compétences des métiers du bâtiment

o Ouvrir des formations qualifiantes, initiales et continues, à destination des professionnels

o Lier la production et la consommation d’électricité photovoltaïque aux progrès de la domotique

o Observer la bonne couverture des risques par les compagnies d’assurance

9. Introduire une composante photovoltaïque forte dans le plan solaire méditerranéen

Commentaires rapides

Heureux de voir un rapport officiel rappeler cette évidence pourtant généralement refusée : le photovoltaïque est l’énergie du futur, à marier avec d’autres renouvelables, mais qui pourra constituer le socle d’un système énergétique véritablement durable.

Pour ce que j’en ai lu, je n’ai rien à reprocher à ce rapport…

Article sur le rapport : actu-environnement

Desertec : le solaire international

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Résumé : produire de l’électricité avec le soleil du Sahara pour le Nord de l’Afrique et l’Europe  : une potentielle bonne idée.

Un groupe d’une douzaine d’entreprises principalement allemandes, dans le cadre de la fondation DESERTEC, vient de lancer un bureau d’étude chargé  d’analyser la faisabilité d’un projet de production d’énergies renouvelable gigantesque. Le principe est relativement simple : capter l’énergie du soleil du Sahara par de nombreuses unités de production thermo-dynamiques afin de produire de l’électricité, utilisée à la fois dans les pays producteurs et en Europe.

Le solaire thermo-dynamique ou solaire à concentration (à ne pas confondre avec le solaire thermique et le solaire photovoltaïque) permet de convertir l’énergie thermique du soleil en électricité. La lumière du soleil reflétée sur un miroir est transférée vers un liquide (dit « caloporteur »), qui récupère la chaleur, puis celle-ci est utilisée pour faire bouillir de l’eau afin de faire tourner un alternateur (production classique d’électricité). L’avantage majeur de cette technologie est qu’elle permet de stocker l’énergie afin d’assurer la continuité de la production, que ce soit le jour ou la nuit ou pour s’adapter à la demande (en base, ou en pic de consommation). La production peut également être adaptée soit à l’export (haute tension), soit à la consommation locale (basse tension).

Eléménts d’après le livre blanc du projet

Chaque kilomètre carré carré peut permettre de produire jusqu’à 250 GWh d’électrcitié par an en utilisant le solaire à concentration (p29). Irradiance proposée de 2400 kWh/m²/an, de plus1km² = 1000*1000 = 1O^6 m². Donc l’énergie primaire disponible par km² est de : 2400.10^6 = 2,4.10^9 kWh/an = 2 400 GWh/an. Le rendement de la technologie suggéré par les chiffres cités est de : 250/2400= 10,4%. (mais à la rigueur le rendement technique est sans véritable importance, puisque la ressource est inépuisable).

En prenant en compte les courbes d’apprentissages,  le solaire à concentration aurait un potentiel technique global de 630 000 TWh/an à long terme.

Le solaire à concentration, en service au Etats-Unis et en Espagne, serait compétitif avec la production d’électricité à partir de pétrole dès que le prix du baril atteint 50$ ; les perspectives d’amélioration pourrait faire descendre le seuil de rentabilité à l’équivalent de 25$ le baril.

La production de solaire à concentration peut être couplée à la production d’eau potable par désalinisation, ce qui permettrait de satisfaire une demande croissante dans les pays du nord de l’Afrique et du moyen-orient.

Les pertes sur réseau, du fait du transport très haute tension sur 3000 km, sont supposées être de 10%.

L’argumentaire développé repose sur la diversification du mix énergétique ; le scénario repose sur une forte réduction de la production d’électricité à partir de pétrole ou charbon, une suppression de la production d’origine nucléaire à partir de 2040, un réduction de la demande globale en Europe mais une forte augmentation de la demande d’électricité en Afrique du Nord. Dans ces conditions, le système pourrait permettre de satisfaire 15% de la demande électrique de l’Europe  en 2050 (attention, 15% de la demande électrique, ce n’est pas 15% de la demande d’énergie, comme cela a pu être écrit par de nombreux journalistes). Le coût de production serait très faible, de l’ordre de 5 c€/kWh.

Quelques commentaires

  • De l’intérêt du projet

Comme cela est suggéré dans le livre blanc, l’intérêt d’un tel projet est qu’il permet d’approvisioner l’Europe avec une électricité stockable… Ainsi, la constitution d’un système totalement approvisionné par des énergies renouvelables est facilitée : les énergies alternatives (éolien, solaire photovoltaïque, hydrolique au fil de l’eau) peuvent être facilement complétées par des énergies plus facilement stockables (biomasse, hydraulique en barrage, solaire thermo-dynamique).

Cette perspective technologique est une garantie de plus quant à la faisabilité d’un système électrique reposant totalement (ou presque) sur des renouvelables. On peut cependant s’interroger quant à son intérêt puisqu’il a été montré que cela était déjà faisable, à partir d’énergies renouvelables locales (expérience kombikraftwerk en Allemagne).

Une question essentielle pour comprendre l’intérêt du projet pour l’Europe serait donc : quelle est la part nécessaire d’énergie stockable nécessaire pour permettre au système électrique renouvelable d’être viable ? quelle proportion peut être assurée avec les ressources locales ?

La réponse n’est surement pas aisée à apporter ; elle dépend largement de  l’évolution de la demande, en quantité mais aussi en qualité (développement des réseaux électriques intelligents), des investissements réalisés dans les renouvelables locales…

  • Potentiel géophysique et rentabilité économique

Le potentiel physique de production énergétique massive à partir de l’énergie solaire est effectivement gigantesque (cela ne fait pas débat : nous consommons, toutes énergies confondues, de l’ordre de 1/10 000 de ce que la Terre reçoit par an). Toute la question est donc celle de la rentabilité économique. Il semblerait que la perspective de réduction des coûts de production soit réelle. Mais au-delà de l’analyse de premier ordre, si on prend en compte le renchérissement du pétrole et autres matières fossiles, si on prend en compte le caractère destabilisateur dans les relations internationales des dépendances en énergie fossile, si on prend en compte les impacts sur l’environnement, il semble raisonnable qu’un tel projet soit rentable.

  • Le bénéfice des pays producteurs ?

Il semble que les pays producteurs pourront bénéficier du système, avec un production énergétique et une production d’eau potable.

Mais il est frappant que seule l’Afrique du Nord bénéficie du système… encore une fois, on dirait bien que l’Afrique subsaharienne est totalement oubliée… alors même que c’est elle qui a les besoins les plus importants et pour des motifs les plus valables ! Clairement, cette conception d’une production énergétique uniquement autours de la Méditerranée est difficilement acceptable en termes d’équité.

  • Dépendance et effet réseau

La répartition des unités de production entre de nombreux pays permet d’éviter une totale dépendance à un pays ou bien que l’instabilité politique ne soit un danger majeur. Cependant, la constitution d’un si gros réseau est une faiblesse intrinsèque : à l’image des gazoducs et oléoducs actuels, ce réseau pourra faire l’objet d’attaques terroristes ou permettra à certains gouvernement d’exercer un chantage important.

On se situe dans une dynamique totalement inverse de la philosophie pronée par H. Sheer (député Allemand, promoteur des énergies renouvelables), qui cherche à décentraliser totalement la production et de la rapprocher le plus possible de la consommation afin d’assurer « l’autonomie » énergétique à toute échelle.

Premières conclusions

Un projet réaliste, qui offre donne un élan supplémentaire aux renouvelables, en ce qu’il les crédibilise. Une analyse plus détaillée des données chiffrées serait nécessaire pour avoir un point de vue sur la rentabilité économique du scénario proposé.

Un point faible majeur : l’oubli de l’Afrique subsaharienne…

Ce projet lance-t-il l’affrontement de deux philosophies autours des renouvelables (production locale, délocalisée)  ? Peut-être, mais il n’est pas dit que les deux philosophies ne soient pas complémentaires. Mixer production locale et production internationale est peut-être une combinaison particulièrement stable au plan politique, énergétique… et si elle est bien pensée, potentiellement source d’équité internationale.

Le projet est donc très politique ; d’ailleurs, le livre blanc met effectivement l’accent sur la nécessit de l’organisation d’un cadre politique. Ce  réalisme est un bon point de départ.

Written by ToM

14 juillet 2009 at 18 h 13 mi