Changements Climatiques

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Négociations sur le climat pour Copenhague (10) : l’Europe provoque un dangereux psychodrame à Bangkok

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La conférence internationale de négociations internationale sur les changements climatique de Bangkok s’est clôturée aujourd’hui. Que retenir à l’issue des conférences de presse finales de l’UNFCCC, de l’Inde, de la Chine, de l’UE, des Etats-Unis (vidéo ici) ?

  • L’Union Européenne veut « tuer » le protocole de Kyoto : « totalement inacceptable »

La structure juridique qui contiendra un éventuel accord à Copenhague est problématique et fait l’objet d’une vive polémique, dangereuse.

En effet, à Copenhague, l’accord pourra se trouver de trois manières possibles (d’après Yvo de Boer, secrétaire général de l’UNFCCC) :

– des engagements dans le cadre du PK sur la seconde période (qui débute en 2013) et l’inclusion des Etats-Unis (comment ?)

– un nouveau traité dans le cadre de l’UNFCCC, à l’image du Protocole de Kyoto (PK)

– la Conférence des Parties de l’UNFCCC réunie à Copenhague (COP15) prend une série de décisions visant à lancer des politiques

Si l’UNFCCC rappelle que ce qui est important ce sont les objectifs fixés et non le cadre légal, l’annonce par l’Union Européenne qu’elle voulait « move away » (s’éloigner) du PK a eu l’effet d’une bombe.

En effet, le PK est considéré par la plupart des pays (en particulier les pays émergents, qui sont parties au traité même s’ils n’ont pas de contraintes de réductions actuellement) comme le seul cadre légal contraignant existant et possible pour réguler le climat. Le problème majeur est que les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié et le ratifieront pas…

Ce qui fait dire à l’Union Européenne qu’il faut passer à autre chose. Elle affirme qu’elle veut « garder la structure » du PK mais aller vers une structure plus large et  renforcée pour avoir un « accord unique ». Mais cela est vécu comme une remise en question de certains acquis du PK, puisqu’il serait tout à fait possible de modifier le PK plutôt de créer un autre protocole. L’annonce est également vécue comme une trahison car l’UE a annoncé que cette décision a été prise il y a plus d’un an… mais n’a été explicitement révélée qu’hier.

Le G77 et la Chine sont très remontés et se disent « extrêmement inquiets » par cette annonce. La délégation indienne indique que les discussions dans le cadre du groupe AWG-KP (groupe de discussion sur le Protocole de Kyoto) se sont mal passées, du fait de manque de volonté de la part de certains pays développés. Le refus de la part des pays développés d’accepter de discuter de chiffres de réductions de leurs émissions pour la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto est vécu comme totalement « inacceptable » et un signe de la volonté d’abandon du PK.

L’UNFCCC considère le protocole de Kyoto comme indispensable.

  • Emissions per capita : l’UE encore fautive

La délégation de l’UE a déclaré il y a quelques jours que se focaliser sur des objectifs d’émissions par tête à long terme n’était pas une bonne façon de procéder (c’est pourtant un principe généralement accepté, position officielle défendue par la France par exemple). Questionné sur ce sujet, Yvo de Boer déclare qu’il ne partage pas cette position.

Ca fait beaucoup de provocations pour une seule délégation, non ? De surcroît, inutiles puisqu’elles ne font pas avancer le fond des discussions (financement, répartition de l’atténuation…).

  • Technologies et adaptation, sources de satisfaction et de signes encourageants

La délégation indienne indique sa satisfaction au regard de certaines avancées relatives à deux des cinq chapitres de la « feuille de route de Bali » à savoir l’adaptation et les technologies. Ces deux chapitres ont fait l’objet d’avancées importantes sur les textes, même s’il reste beaucoup à faire. Ce constat est partagé par le secrétariat de l’UNFCCC, très satisfaite que les questions de technologies soient pleinement rentrées dans les négociations depuis quelques années et qu’elles avancent vite.

Pour l’UNFCCC toujours, de nombreuses discussions ont eu lieu, ce qui a permis de clarifier des éléments tels que les classifications des pays (pays développés, pays développés émergents etc.). Les débats ne sont pas clos mais ont permis de clarifier la situation.

Les Etats-Unis estiment que les avancées sur les textes sont limitées mais que les discussions de fond ont été bonnes. Pour l’Union Européenne, c’est exactement l’inverse des progrès sur le texte, mais pas sur le fond. No comment.

  • Pas de chiffrages pour l’atténuation et les financements

Le président du groupe AWG-KP avait annoncé qu’il n’y aurait pas d’avancée majeure à Bangkok sur les chiffrages de l’atténuation et du financement, deux éléments clé mais douloureux. Il faut pour cela une volonté politique que les délégations nationales de négociateurs n’ont pas. Contrairement à l’Inde et au G77 il n’est donc pas inquiet de ce constat et estime que cela pourra évoluer à Barcelone (novembre) puis à Copenhague, avec la présence des leaders politiques.

L’Union Européenne demande aux pays émergents de montrer leurs cartes, afin de pouvoir avancer sur les chiffrages : combien sont-ils prêts à dévier de leur trajectoire ? Pour le moment, à part l’Indonésie, personne n’a annoncé de chiffre agrégé.

Pour Yvo de Boer (secrétaire général de l’UNFCCC), tous les ingrédients sont sur la table pour réussir un accord à Copenhague… Il faut maintenant que les leaders politiques choisissent l’action pour débloquer la situation.

La Norvège a annoncé qu’en cas d’accord international, elle relèverait son objectif de réduction à -40% en 2020 par rapport à 1990. Déclaration très appréciée.

  • Inde et Etats-Unis : la souveraineté nationale exacerbée

L’Inde a mis en place de nombreuses politiques nationales très ambitieuses concernant l’atténuation des émissions dans une perspective de développement, dotées d’objectifs chiffrés contraignants… Mais pas question pour l’Inde de formuler un chiffre unique d’atténuation nationale qui pourrait être inscrit dans un accord international contraignant. L’Inde refuse catégoriquement d’établir des accords bilatéraux en substitution à un accord global.

En réalité, la rhétorique indienne est très similaire à celle des Etats-Unis.  Lorsqu’elle parle politiques climatiques, la délégation américaine se place au niveau national en rappelant que l’action doit relever de la volonté interne. Mais bon, la souveraineté des pays en développement a ses limites : les USA exigent que tous les NAMAs (plans d’atténuation nationaux) fassent l’objet d’une vérification internationale, alors que l’UNFCCC indique que seuls les NAMAs financés par l’extérieur devraient faire l’objet de vérification extérieures.

Les Etats-Unis rappellent volontiers que leur projet de loi est bien plus puissant que les accords internationaux (perspective 2050, outils de contraintes…).

  • Copenhague suspendu à la bonne volonté du Sénat américain ?

Yvo de Boer croit, sur indication de J. Kerry, qu’il est possible que les Etats-Unis soient associés à un accord international même si la loi Waxman-Markey n’est pas encore adoptée par le Sénat. Ce serait très rassurant, puisque des officiels américains ont indiqué qu’il sera fort probable que la loi ne soit pas examinée avant Copenhague…

Petit problème : la délégation américaine dit exactement le contraire. Elle estime que si la loi n’est pas passée d’ici Copenhague, ce sera « nettement plus compliqué », notamment parce que les Etats-Unis ne pourront pas mettre de chiffres sur la table.

En conclusion, le G77 et la Chine appellent les citoyens européens et occidentaux en général à se mobiliser pour obliger leurs dirigeants à plus d’ambitions pour débloquer les négociations.

Dates à venir signalées :

– 21 oct. : réunion des ministres de l’économie et des finances de l’UE

– 22 oct. : réunion des ministres de l’environnement de l’UE

– 29 oct. : réunion des chefs d’Etat et de gouvernements de l’UE

Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9).

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En route vers Copenhague (9) : discussions à Bangkok

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8)

Les négociations continuent à Bangkok, dans les deux groupes de discussions parallèles (AWG-KP qui s’intéresse au protocole de Kyoto et AWG-LCA qui s’intéresse aux engagements des pays dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies). Les échanges deviennent de plus en plus conflictuels.

  • Passe d’armes publique inhabituelle (d’après l’agence de presse AP) entre les Etats-Unis et l’Union Européennes d’une part, et la Chine d’autre part lors d’une conférence de presse (voir la vidéo ici et ici).

L’échange a eu lieu sur la question de l’atténuation et de la répartition du fardeau. La Chine rappelle que l’équite oblige à ne pas envisager que tout le monde supporte le fardeau (argument de la responsabilité historique) ; l’UE et les US répondent qu’il ne sert à rien de parler ainsi et que les pays émergents doivent s’engager également. La position de Falkenberg (directeur général de l’environnement de la Commission) est surprenante :

« We know that consequences of climate change are seen more dramatically as of now in the developing world so continuing to argue (there is) almost a human right to pollution as I heard from my Chinese colleague is not the way we need to go about it, »

car cela revient à envisager une convergence des émissions per capita, solution qui semble pourtant la plus équitable. Inquiétant.

  • La veille, mardi soir tard, les représentants du G77 ont quitté un groupe de discussion informel rattaché au AWG-KP. Ils refusaient d’envisager la mort du protocole de Kyoto, solution promue par les pays développés (car cela remet à plat les choses… et permettrait d’intégrer les Etats-Unis). Là encore la position de l’UE est inquiétante :

« When looking at Kyoto, it has all the signs of being legally binding internationally but unfortunately the outcome is that since its entry into force we have seen emissions increase, » senior European Commission delegate Karl Falkenberg told reporters. « So Kyoto has not delivered the substantive results that we want. We can all continue to argue in favour of maintaining Kyoto. We think that’s not enough. We need to have a wider participation. We’re not convinced we will get this into the Kyoto Protocol as we know it. »

« If all we get is a second commitment period to the Kyoto Protocol, that’s all that’s on the table, there’s no balancing legally binding agreement from developing countries and the United States, then the risk will be that those countries inside the protocol with a commitment will either weaken their commitment, not take a commitment or not ratify. »

Qu’un accord plus large que le Kyoto actule soit conclu semble certes nécessaire, mais cela n’implique pas de refuser définitivement le cadre du protocole de Kyoto. Cette position de l’UE est d’autant plus étrange que c’est l’une des rares parties au Protocole a avoir satisfait ses objectifs de réductions. L’UE jouerait-elle le jeu des Etats-Unis ?… C’est ce que dit également le représentant du G77 dans une conférence de presse : il faut que les pays développés engagés (UE, Japon, Australie…) aident à élever les débats et non pas à se rapprocher des Etats-Unis.

Yvo de Boer a répondu rapidement en appelant à garder le protocole de Kyoto et à continuer de travailler dessus.

  • Les Etats-Unis sont fortement critiqués car ils n’avancent pas sur leurs engagements d’atténuation. Le Mexique accuse les US d’être un obstacle aux avancées.

Rapport AIE publié à Bangkok pour un scénario énergétique « 450 ppm-compatible » : tromperie ?

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Afin de stimuler les négociations à Bangkok, l’Agence Internationale de l’Energie a publié mardi 6 octobre une version abrégée de son rapport annuel (World Energy Outlook). Dans ce pre-rapport (How the energy sector can deliver on a climate agreement in Copenhagen), l’AIE expose un scénario énergétique qui permettrait d’atteindre l’objectif de stabilisation à 450 ppm eq. CO2, considéré comme compatible avec l’objectif de limitation du réchauffement à +2°C en 2100 par rapport à la période pré-industrielle.

Les conclusions de cette modélisations révèlent ce qu’on sait déjà : l’investissement doit être massif, ce sont les économies d’énergies et les énergies renouvelables qui seront les très loin largement les deux premières sources d’atténuation des émissions. Le nucléaire voit son développement atténué par rapport au scénario de référence du fait des politiques d’économies d’énergie. Mais là n’est pas le plus important.

AIE2009-1

Dans les quelques éléments de méthodologie proposés dans le document (on ne pourra voir le détail des informations que lors de la publication intégrale en novembre), voici ce qu’on peut lire :

The trajectory is an overshoot trajectory, i.e. concentrations peak at 510 ppm in 2035, they stay steady for around 10 years and the decline then decline to 450 ppm. Our analysis focuses on energy-related CO2 emissions to 2030, which peak just before 2020 at 30.9 Gt and decline steadily thereafter, reaching 26.4 Gt in 2030.

Là il y a un petit problème. Le scénario choisi par l’AIE n’est pas un scénario de stabilisation des émissions comme envisagé par le GIEC dans son dernier rapport, mais un scénario « overshoot » c’est à dire de dépassement temporaire de la concentration en GES. Ce n’est pas la même notion. Plusieurs questions en découlent :

  • Quel est l’horizon du retour à 450 ppm ? L’AIE ne dit rien, si ce n’est que la concentration est stabilisée à 510 ppm entre 2035 et 2045. Le retour à 450 ppm est peut-être envisageable à l’horizon 2100… mais ca mériterait quelques explications !
  • Dans quelle mesure ce scénario de retour à 450 ppm est-il réalisable au plan de la géophysique ? On sait qu’environ 50% du CO2 est absorbé par l’océan (et enlevé de l’atmosphère) en 30 ans environ, qu’il faut plusieurs siècles pour retirer 30% supplémentaires et plusieurs millénaires pour les derniers 20% (voir cet article qui résume la problématique). Un scénario d’overshoot implique donc une chute drastique des émissions afin de pouvoir avoir une « diminution » du stock de CO2. De plus, on ne connait pas les hypothèses retenues pour les GES d’origine non énergétiques.
  • Mais surtout, en admettant que ce scénario soit géophysiquement possible, est-ce que cela correspond aux recommandations du GIEC pour l’objectif de température ? On peut avoir de sérieux doutes, car en dépassant 450 ppm on dépasse le facteur Pouvoir de Réchauffement Global qui y est associé (utilisé par le GIEC pour ses recommandations), donc on franchit potentiellement des seuils qui activent des rétroactions positives.

Je serais intéressé pour avoir des commentaires sur le sujet et plus généralement sur la notion de « overshoot scenario »…

Et j’ai quelques doutes dans le fait que ce scénario puisse changer quelque chose dans les négo, puisque ce qui bloque est la répartition du fardeau (que les efforts soient faits dans les pays ou à l’étranger par l’intermédiaire des mécanismes de flexibilité). Répartition que l’AIE se garde bien de proposer !

En route vers Copenhague : suivi des positions (8), discussions à Bangkok

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5),  (6), (7)

Mauvaises nouvelles

  • Banque Mondiale : rapport sur les impacts des Changements climatiques sur les pays plus pauvres. Rien de bien réjouissant.
  • USA : d’après un officiel de l’administration américaine, il ne sera pas possible de faire passer la loi sur le climat et l’énergie aux Etats-Unis (dite Waxman-Markey) d’ici la fin de l’année 2009.

Cette déclaration intervient alors que deux bonnes nouvelles étaient annoncées peu avant. Les sénateurs Kerry et Boxer avaient annoncé vouloir que les objectifs de la loi soient relevés de 17% de réduction à 20% de réduction en 2020 par rapport à 2005. L’effort reste faible au regard de ce qui serait souhaitable dans l’absolu, mais il va dans le bon sens.

Parallèlement, l’agence fédérale de l’environnement -EPA- annonçait envisager de réglementer les émissions des plus gros pollueurs, comme il lui a été indirectement permis depuis un arrêt de la Court Suprême de 2007. L’EPA envisage d’obliger les gros émetteurs (+ 25 000 t CO2 par an) de se doter obligatoirement d’un permis d’exploitation, lequel ne serait délivré qu’à condition que les exploitations utilisent les meilleures technologies disponibles en termes d’atténuation des émissions. Ce qui est particulièrement drôle est que l’EPA propose une solution de réglementation drastique (il ne s’agit pas de décourager, par exemple par la mise en place d’une taxe mais d’interdire purement et simplement). Cette réglementation directe par les pouvoirs publics généralement qualifiée de « command and control », avec généralement un sens péjoratif car la solution est considérée aux Etats-Unis comme liberticide… La proposition d’une taxe aurait été très critiquée, alors que dire d’interdictions administratives ! La proposition de l’EPA vient donc fortement relativiser la critique des Conservateurs qui s’attaquent à la proposition de loi issue de la Maison blanche (sous le slogan « cap and tax », qui est dérivé du principe original de « cap and trade »).

L’annonce de l’impossibilité de faire passer la loi Waxman-Markey d’ici fin 2009 ne change pas fondamentalement les choses dans les discussions internationales : les Etats-Unis se disent toujours pro-actifs et les chiffres de réduction des émissions sont toujours les mêmes. Mais l’échec serait symbolique…

Obama annonçait lundi 5 oct. avoir ordonné à toutes les agences fédérales de prévoir un plan d’atténuation de leurs émissions à l’horizon 2020. Cette mesure est également à caractère symbolique… mais on a de quoi s’inquiéter de symboles si faibles  à quelque semaines de Copenhague.

Bonnes nouvelles

  • Grande-Bretagne : un Forum des Economies Majeures (MEF) se tiendra en Grande-Bretagne le 18 et 19 octobre prochain. Ceci ajoute une occasion potentielle pour les leaders politiques d’approfondir leurs engagements et de faire des annonces.

Discussions à Bangkok

A lieu jusqu’à vendredi la conférence de Bangkok, sous l’égide de l’UNFCCC, qui apporte le cadre des négociations internationales sur le climat.

En regardant les vidéos des séances plénières des deux groupes de négociations (AWG-KP et AWG-LCA) -vendredi 2 oct, à la fin de la première semaine de discussion-, on constate que certains rapporteurs sont relativement optimistes car font état de progrès substantiels dans les discussions (voir le communiqué officiel de l’UNFCCC).

Cependant, ce relatif optimisme est largement compensé par les inquiétudes des nombres de parties : les plus pauvres rappellent qu’en l’Etat les discussions ne permettront pas d’aboutir à un accord à la hauteur des enjeux, la Chine et d’autres s’interrogent sur la volonté politique réelle…

Depuis la Chine a réaffirmé ses inquiétudes en accusant les pays industrialisés de chercher à démanteler le protocole de Kyoto (PK) et modifier les règles (le principe de responsabilité partagée mais différenciée, obligation légale internationale…), alors qu’ils devraient avancer sur les chiffres de l’atténuation. Rappelons que les Etats-Unis ne sont pas Partie au PK et qu’il est très probable qu’ils ne le ratifieront pas. Donc un accord international pour Copenhague ne pourrait avoir lieu dans le cadre du PK (mais plutot dans le cadre d’un autre protocole par exemple). La forme juridique de l’accord à venir est toujours en débat.

Malgré certaines avancées techniques, on reste sur le problème majeur de l’atténuation : les efforts des pays industrialisés ne permettraient pour l’instant qu’une atténuation de 11 à 18% de leurs émissions en 2020 apr rapport à 1990… alors que ce l’objectif de 2°C maximum requiert une atténuation de 25 à 40% (préférablement 40%). Toujours et encore le même problème.

Le Conseil d’Analyse Stratégique, dans sa dernière note sur le sujet -très intéressante-,  propose un scénario de sortie positive où les Etats-Unis accepteraient une atténuation de 23% en 2020 par rapport à 1990 (au lieu d’environ 4 à 5% dans le projet de loi actuel), grâce à l’utilisation de moyen de compensation internationaux.

Remarquons que cette solution n’est viable pour l’environnement qu’à condition que les atténuations effectuées à l’étranger par les pays développés (dont les PED) soient additionnelles d’une trajectoire d’émissions qui permette déjà une déviation des pays émergents par rapport à leur tendance actuelle (condition pour qu’on atteigne l’objectif du +2°C d’après le GIEC). Il faudrait donc que les pays émergents s’engagent sur une trajectoire ambitieuse… tout en sachant qu’ils devront faire encore plus (même si aidés par les pays développés). Mais les émergents refusent de se voir soumis à contrainte tant que les pays développés ne s’engagent pas davantage dans leurs réductions. Le serpent se mort la queue… Sans compter qu’il faut que les engagements internationaux soient validés par les instances internes du pays (problème majeure de l’administration d’Obama actuellement… alors même que le texte prévoit une atténuation de 4 à 5%, très loin des -23% requis).

Tant que ce point crucial de l’atténuation ne sera pas réglé, malgré des avancées sectorielles et importantes, aucun accord ne pourra être conclu. On est donc suspendu au groupe de travail sur cette question (dans le cadre de l’AWG-LCA, pour inclure les USA) ; vendredi, la question des chiffres détaillés n’avait toujours pas été posée sur la table.

Des analyses plus fines sur les résultats de Bangkok à venir (fin de semaine).
Article rédigé depuis le Mali.