Changements Climatiques

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Climat : la prétention ne fait pas la vérité

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Lors de la réunion du Conseil des ministres du 30 octobre, les leaders Européens se sont auto-satisfaits de leur position commune, qui permettrait à l’UE de conserver le « leadership » dans la lutte contre les changements climatiques.  Mais l’Europe prend ses rêves pour des réalités. Et comme l’ont montré les discussion à Barcelone du 2 au 6 novembre, avec un regard un peu moins occidentalo-centré, l’UE est bien moins brillante qu’elle ne veut le faire croire.

L’analyse de la situation sur les réductions d’émissions est alarmante, et l’UE a sa part de responsabilité. Le problème est similaire pour le financement.

Atténuation

L’UE, qui suit facilement les déclarations du G20, supporte l’objectif du +2°C en 2100. Ceci implique une atténuation des émissions mondiales d’au moins 50% en 2050 par rapport à 1990, et une atténuation de la part des pays développés comprise entre 80% et 95% en 2050, objectifs que l’UE partage. A priori, l’UE est « dans les clous ».

D’abord, rappelons qu’il y a quelques approximations dans ces affirmations largement relayées par les médias et globalement acceptées dans le cadre des discussions. Pour être précis, le GIEC indique que les réductions mondiales comprises entre 50 et 85% en 2050 (par rapport à 2000) sont nécessaires pour limiter l’accroissement de température entre 2°C et 2,4°C « à l’équilibre ».

Mais prenons l’objectif de 50% de réductions en 2050. Prenons également l’auto-objectif fixé par l’UE aux pays industrialisés de -80 à -95% en 2050. De ces deux chiffres, un troisième peut être déduit : ce qu’il reste pour les autres pays. Quelle parte de la « tarte carbone » leur reste-t-il ?

D’après le  South Center (voir la conf de presse), un think-tank international qui regroupe 51 pays en développement, une réduction de 80% par les pays développés implique une réduction nette de 20% pour les pays en développement, afin d’atteindre l’objectif de 2050. Si on prend en considération la croissance démographique, cela aboutirait à une réduction de 60% des émissions par tête. Ce qui est évidemment injuste, puisque les émissions par tête sont déjà actuellement très faibles en comparaisons de celles des pays développés (pour rappel, un Etats-Unien émet chaque année 19,8 tCO2 et un Chinois 4,6 tCO2), et qu’elles l’ont toujours été historiquement ! (Je n’ai  malheureusement pas de document écrit qui précise le détail de ces calculs…).

Mais comme si ce constat ne suffisait pas, on est loin d’avoir les garanties concernant la réduction de 80% en 2050 par les pays développés. En effet, si on regarde un objectif intermédiaire en 2020, largement discuté dans les négociations internationales, il y a de quoi être très inquiet.

En effet, le GIEC indique que, toujours pour le même objectif, il est nécessaire que les émissions mondiales atteignent leur maximum d’ici 2015 et que les pays développés passent par un point de passage compris entre 25 à 40% de leurs émissions en 2020 par rapport à 1990. Encore une fois, l’UE joue au bon élève en affichant 30% de réduction en cas d’accord international. Les petits-Etats îles et l’Afrique réclament des réductions de 40 à 45%.

Le problème est que ce chiffre doit être replacé dans son contexte : celui de tous les pays développés. Or, la plupart des pays développés ont vu leurs émissions fortement augmenté depuis 1990 (en dépit du protocole de Kyoto). Il leur est donc désormais impossible d’atteindre un objectif de -25% en 2020. Le cas symptomatique est celui des Etats-Unis, qui malgré une réduction de 20% des émissions par rapport à 2005 ne pourraient arriver qu’à un maigre -5% par rapport à 1990.

En somme, si on regroupe les promesses des pays développés, on obtient des réductions de leur part comprises entre 11 et 14% par rapport à 1990 (en incluant les Etats-Unis). On est loin des 25% minimums et encore plus loin des -40% demandé par les plus pauvres.

Quelle responsabilité de l’UE ? Evidemment l’UE n’est pas responsable des dérapages des autres pays développés. Mais en faisant « juste sa part du boulot » (et encore), elle sait très bien qu’il sera impossible pour l’ensemble des pays développés de réduire leurs émissions de 25%. L’UE a une responsabilité en terme de solidarité avec les autres pays développés. Il faut que l’UE réduise au delà de 30% pour laisser une chance aux pays développés d’atteindre 25% ou plus de réductions.

En l’état actuel des choses, on est très très loin de l’objectif officiel du +2°C, on est bien plus sur une trajectoire de 3°C.

Financement

La problématique est similaire pour ce qui est du financement. L’annonce de l’UE fait est à première vue ambitieuse, mais reste en réalité insuffisante par rapport aux besoins réels. Voir l‘article sur la question.

En conclusion

Toujours la même conclusion revient depuis des mois : il faut plus d’argent et plus de réductions d’émissions de la part des riches ! Et malgré son auto-satisfecit permanent, l’UE doit faire un pas supplémentaire, comme tout le monde.

Quelques infos sur les négociations internationales

Sur les négociations en général : note de décryptage de l’IEPF n°2 (note rédigée avant Barcelone) par P. Radanne, A. Mazounie, E. Diaz

Sur les discussions qui se sont déroulées à Barcelone : compte-rendus de l’IISD, interview de Pierre Radanne qui résume l’ensemble de la situation.

Climat : l’Afrique fait monter la pression à Barcelone

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Dès l’ouverture lundi à Barcelone du dernier round de négociation avant Copenhague, l’Afrique tape du point sur la table. Et fort, puisque les négociations sont partiellement bloquées. Explications.

Il faut commencer par un petit rappel du fonctionnement de la négociation. Celle-ci se déroule dans deux cadres institutionnels parallèles définis par la feuille de route de Bali (ou Bali Action Plan -BAP-) : l’Ad-hoc Working Group on Kyoto Protocol (AWG-KP) et l’Ad-hoc Worging Group on Long-term Cooperative Action (AWG-LCA).

Comme son nom l’indique, l’AWG-KP regroupe les pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto (Parties au protocole)… c’est à dire tout le monde, sauf les Etats-Unis. Comme son nom ne l’indique pas, l’AWG-LCA regroupe les parties qui ont ratifié la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques (UNFCCC), c’est à dire tout le monde, y compris les Etats-Unis (le Parties à la Convention). Dans les deux groupes AWG, des « groupes de contacts » par sujets se réunissent pour avancer sur le texte.

Le décor planté, rentrons dans le vive du sujet.

Le Protocole de Kyoto prévoit que la première période d’engagement (2008-2012) sera suivie d’une seconde période (2013-2017 ou 2020). Les Parties au protocole doivent discuter des futurs engagements, et en particulier les Pays de l’Annexe B (les pays industrialisés) doivent s’engager sur un nouveau chiffre global et des engagements individuels  d’atténuation. Ceci aurait dû être fait lors du premier semestre 2009, mais pour le moment toujours pas de chiffres. Et les négociations n’avancent pas sur ce sujet.

Ceci, parallèlement à d’autres déclarations, fait dire aux pays en développement que les pays développés veulent tuer le protocole de Kyoto. A la fin de Barcelone, l’UE avait par exemple annoncé son souhait de dépasser Kyoto… Or, dans Kyoto, il y a des acquis majeurs pour les pays en développements : le principe de responsabilité commune mais différenciée, le caractère contraignant des engagements de réductions… Mettre fin à Kyoto ne donne pas de garantie sur ce que serait le nouveau texte.

D’où la décision de taper du point sur la table pour les pays africains : ils ont déclaré lors de l’assemblée plénière lundi qu’ils souhaitent la suspension des discussions de tous les groupes de contacts du groupe AWG-KP tant que des chiffres de réductions dans le cadre du protocole de Kyoto ne seront pas négociés. Etant donné que toutes les Parties sont requises pour continuer les discussions, leur action implique obligatoirement la suspension des travaux dans tous les groupes (sauf un) de l’AWG-KP.

Lors de sa conférence de presse mardi (visible ici), le groupe afrique s’est expliqué de la démarche, fort logique au demeurant :

  • en premier lieu, comme déterminé par le Protocole lui-même et par le Plan d’action de Bali, il faut s’accorder sur les chiffres de réduction des pays développés inclus dans le Protocole de Kyoto. Cette discussion se déroule dans l’AWG-KP.
  • comme prévu par l’article 1) b) i) du plan d’action de Bali, nous devons avoir les engagements de tous les pays développés. Il faut donc élargir les chiffres fixés dans l’AWG-KP et inclure les Etats-Unis. Il faut renvoyer la discussion dans l’AWG-LCA.
  • ensuite, et seulement ensuite, on aborde l’article 1) b) ii) du plan d’action de Bali, afin de fixer des objectifs pour les pays émergents. La discussion se déroule toujours dans l’AWG-LCA.

Mettre la pression sur les engagements chiffrés d’atténuation est totalement logique : c’est un préalable à l’organisation d’un schéma global. En effet, les mécanismes de flexibilité ou la comptabilité liée au changement d’usage des sols (LULUCF) ou encore la déforestation, sont totalement dépendants de la contrainte initiale posée. Pour les mécanismes de flexibilité, c’est évident : il faut arriver à savoir si un projet d’atténuation des émissions dans un pays du sud, subventionné par un pays du nord, correspond à un mécanisme de flexibilité type MDP -et dans ce cas, il s’agit d’un « transfert du lieu de réduction des émissions » (la réduction est comptabilisée dans le pays développé) – ou si ce projet correspond à un soutien à l’atténuation per se dans les pays en développement (la réduction est comptabilisée dans le pays émergent). Tant qu’on n’a pas déterminé qui doit diminuer quoi, on ne peut pas déterminer les mécanismes d’échanges de contraintes.

Cette initiative du groupe Afrique est une offensive stratégique dans un contexte de faiblesse de l’engagement des pays développés. Rappelons que d’après les chiffres du secrétariat de l’UNFCCC, les engagements actuels des pays développés (hors Etats-Unis) conduisent à une atténuation comprise entre 17 et 23% des émissions d’ici 2020 (par rapport à 1990). Si on inclut les Etats-Unis, les chiffres tombent aux alentours de 10% de réduction. Et ceci alors que d’après le GIEC il est nécessaire de réduire entre 25% et 40%  les émissions des pays industrialisés d’ici 2020 (avec une déviation substantielle des émissions des pays en développement) pour pouvoir atteindre l’objectif du +2°C. Les pays africains réclament le haut de la fourchette (40%).

En termes de soutiens financiers, malgré l’auto-satisfecit de l’UE, la situation n’est pas non plus acceptable pour les pays africains (article à venir).

Le groupe Afrique a reçu le total soutien du G77 + Chine, qui a fait une déclaration claire lors de sa conférence de presse (visible ici). Les pays développés sont au pied du mur : ou bien il font vivre le protocole de Kyoto et s’engagent rapidement avec des chiffres de réduction sur la seconde période, ou bien ils continuent de vouloir le tuer… mais dans ce dernier cas, ils bloquent les discussions.

Actualisation le 3 nov. à 10h :

après de longues discussions de lundi soir et mardi, les pays développés ayant indiqué leur souhait d’avancer sur les chiffres de la seconde période de Kyoto, le groupe Afrique a décidé de lever le « boycott » afin que les discussions reprennent dans tous les groupes de discussion de l’AWG-KP.

Voir cette dépêche Reuters.