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Climat : bilan de la réunion à Tianjin, une histoire de petite cuillère

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Conciliabule informel des négociateurs (pour débloquer la situation) lors de la séance plénière du groupe AWG-LCA à Tianjin, 9 oct 2010

 

Article publié initialement sur adopt a negotiator.

 

A Tianjin, en Chine, se tenait jusqu’au samedi 9 octobre la dernière séance intermédiaire de négociations avant la Conférence des Parties à la Convention qui se tiendra à Cancún en décembre prochain. Le résultat est très mitigé. Tentative d’explications.

Situation générale

Après la claque de Copenhague (où, rappelons-le, il n’a été produit en décembre qu’un texte à caractère politique non approuvé par tous les pays), les réunions qui se sont tenues à Bonn en juin puis à Tianjin la semaine dernière avaient pour objectif de continuer à travailler dans le cadre du processus de négociation du Plan d’Action de Bali (2007). Les négociations sont organisées dans selon deux voies parallèles dites AWG-KP et AWG-LCA : la première doit permettre la suite du protocole de Kyoto tandis que la seconde doit permettre une coopération plus large et de long terme (en intégrant les Etats-Unis et les grands pays émergents dans les efforts de réduction des émissions).

A Copenhague, les textes des deux groupes KP et LCA avaient été sauvés d’un abandon total afin de ne pas perdre deux ans de travail. Dans le LCA, lors des réunions de Bonn de juin dernier, les textes de négociation avaient beaucoup enflé car les pays ont tenu à inclure toutes leurs positions et ont rejeté des textes plus concis proposés à deux reprises par la Présidence. Or, l’objectif est d’arriver à Cancún avec des textes suffisamment courts et clairs afin que des choix politiques puissent être réalisés. A Tianjin, l’objectif était donc de couper, réorganiser, concentrer les textes afin de permettre l’adoption de Décisions qui constitueraient le socle de construction d’un (ou plusieurs) traité(s) pour la COP17 à en Afrique du Sud de 2011.

Avancer de manière « équilibrée »

« Balanced » (équilibré) aura été le mot dans toutes les bouches de cette réunion de Tianjin. La notion d’équilibre est difficile à décrypter, mais l’idée principale semble être que les négociations internes à chaque groupe de discussion (KP et LCA) doivent avancer de manière cohérente sur les principaux chapitres… mais aussi que les deux groupes doivent avancer tous les deux de manières coordonnées.

Par exemple actuellement, d’après Paul Watkinson (chef de délégation de la France), pour l’Union Européenne le LCA est en retard sur le KP. L’idée est la suivante : les discussions sur la prolongation du protocole de Kyoto qui engagent les pays développés (hors Etats-Unis) ne peuvent aboutir qu’à la condition qu’il y ait une visibilité claire de ce qu’il se passe concernant les Etats-Unis et les pays émergents dans le LCA. Cette visibilité concerne le niveau d’engagement de réductions, mais aussi le caractère contraignant de ces engagements et les règles générales qui s’appliquent. L’UE exige d’avoir des garanties sur ces deux points avant de s’engager elle-même.

Le problème est que chaque groupe de Parties a sa propre définition de ce qu’être « équilibré » : l’Union Européenne a esquissé une liste d’éléments dans un document interne, le G77+Chine a fait de même. La Présidence a proposé une série d’éléments qui pourraient constituer un paquet de décisions équilibré, sans recevoir de soutien particulièrement enthousiaste de l’ensemble des Parties.

Ce qui a bloqué

Or, actuellement, le LCA n’avance pas sur deux chapitres essentiels (dits « 1bi » et « 1bii ») qui concernent la réduction des émissions des pays développés d’une part et celle des pays en développement d’autre part. A Tianjin, les négociateurs n’ont même pas travaillé réellement sur le texte. Lors de la séance plénière de conclusion du LCA, chaotique, la Présidence du groupe a proposé une note décrivant les différentes positions entendues lors de débats… Mais cette note a été assez mal accueillie (erreurs, formulations explosives, interrogation sur son statut juridique…). Au final elle a été acceptée comme un aide-mémoire des débats passés, mais sans résoudre du tout le problème de l’absence de texte.

Un autre chapitre bloquant, directement en lien avec les précédents, est celui dit du « MRV » (pour « measurable, verifiable, reportable ») : il s’agit cette fois de trouver un système international qui permette d’établir transparence et confiance sur la réalité des actions entreprises pour réduire les émissions. Ce chapitre est très lié à la question des financements, puisque le MRV peut également s’appliquer au contrôle des financements effectivement dégagés par les pays développés. Ce problème du MRV n’est pas nouveau, il avait été très présent à Copenhague ; la Chine semble montrer très peu de flexibilité pour tout système de vérification qui interviendrait sur son sol… à moins que ce ne soient les Etats-Unis qui exigent des contrôles trop importants ?

Des discussions de procédure et des blocages difficilement compréhensibles dans KP

Sur l’autre voie de négociation relative au protocole de Kyoto, on a assisté tout au long de la semaine des échanges assez virulents sur le respect des procédures. En effet, les discussions actuelles sont encadrées par un mandat ; or celui-ci ne comprend pas certains aspects que pourtant certains pays exigent de régler avant d’avancer sur le chiffrage des réductions d’émissions. Ces points problématiques sont, grosso modo, les règles de comptabilité des émissions de GES et la gestion du surplus d’unités d’émissions de la première période. L’UE, mais aussi l’Australie, le Japon veulent l’établissement clair de ces règles, pour pouvoir ensuite prendre des engagements. Ce qui paraît assez logique (on peut en effet modifier substantiellement la nature d’un engagement chiffré en modifiant les règles du jeu a posteriori).

Mais le Brésil et la Chine mettent un point d’honneur à vouloir s’en tenir de manière étroite au mandat initial du groupe de travail, c’est à dire uniquement le chiffrage sans discussion sur les règles. Résultat : les discussions s’enchaînent et se répètent sur la procédure, sans que rien ne bouge sur le fonds.

Il est assez difficile de comprendre la dynamique qui est derrière ce blocage. Les pays en développement n’ont de cesse de répéter qu’ils exigent la survie du protocole de Kyoto. En jouant sur la procédure comme ils l’ont fait à Tianjin, le Brésil et la Chine réduisent les chances de progrès et donc, in fine, d’un accord à Cancún.

Inversement, pourquoi les pays développés exigent-ils de dépasser le mandat de Bali ? N’auraient-ils pas anticipé, lors de l’établissement du mandat de travail, les questions qu’ils mettent aujourd’hui sur la table ? Ce serait étonnant, tant chaque position est pesée et pensée à long terme… Y aurait-il donc un piège tendu par les pays développés ?

A moins que la discussion sur les règles ne soit pas appréciée par le Brésil et la Chine, simplement par défense de leurs intérêts. On sait qu’il faudra une cohérence des règles entre le KP et le LCA. Ainsi, les pays en développement auraient peur de discuter de ces règles (dont ils savent qu’elles devront s’appliquer au moins partiellement à eux) tant que d’autres points ne sont pas éclaircis dans le cadre du LCA.

Tout ceci n’est que suppositions. Mais le fait est que les négociations sur la seconde période d’engagement, qui doit commencer en 2013, n’ont pas avancé à Tianjin.

Les points qui ont avancé

Sur les autres chapitres, en revanche, les discussions semblent avoir été constructives globalement. Par exemple, sur les financements à long terme, des brouillons de décisions ont été discuté, ce qui indique un niveau avancé de négociation. D’ailleurs on peut espérer l’établissement à Cancún d’un « fonds vert » par une Décision. Celle-ci organisera également le processus de « faisabilité » de ce fonds pour 2011, c’est à dire la réflexion sur la concrétisation du fonds (choix institutionnels, organisation concrète, levée des fonds…), afin d’une mise en place dans les années qui suivent.

De manière similaire, la question des transferts de technologies a continué d’avancer : la création d’un Comité Exécutif des Technologies doublé d’un réseau de centres régionaux de soutien aux transferts de technologies pourrait être décidée. Les autres chapitres plutôt encourageants sont ceux relatifs l’adaptation, à la protection des forêts (mécanisme dit REDD+).

Chemin vers Cancún : garder de l’optimisme

La question principale est donc : les deux mastodontes (Etats-Unis et Chine) vont-ils bouger à Cancún ? Il faut absolument que la question du « MRV »  trouve une issue rapidement. A priori, comme pour Copenhague, cette question ne peut pas être réglée au niveau des négociateurs : il faut qu’elle le soit au niveau politique.

Les Etats-Unis ont annoncé et répété leur volonté d’aller vers un engagement contraignant. Jonathan Pershing (chef de délégation) a affirmé avec vigueur que son pays garde une forte volonté d’agir en interne par la réglementation, mais qu’en aucun cas la situation interne à son pays ne peut justifier un blocage de la part des autres pays.

En face, la Chine, notamment en accueillant pour la première fois une réunion de l’UNFCCC, a également voulu démontrer sa volonté d’avancer : elle a rappelé ses engagements nationaux – qui sont réellement importants-, ainsi que la réalité de ses politiques nationales.

Mais concernant l’atténuation des émissions, il existe un réel problème : les engagements des pays développés sont, pris ensemble, trop faibles pour permettre le respect de l’engagement dit du « 2°C » (i.e. pas de réchauffement supérieur à 2°C en 2100 par rapport à la période préindustrielle). L’accroissement de ces engagements paraît indispensable aux yeux des pays en développement… Or pour cela, il n’y a pas a priori de réserves de réductions : nous sommes aujourd’hui sur des promesses d’engagements qui sont fixes par rapport à il y a un an. Et il n’y a rien qui laisse penser que les pays développés ont l’intention de bouger pour aller plus loin.

Au-delà du fond, il y a également une sérieuse inquiétude à avoir : il est à craindre que les textes des deux chapitres problématiques du LCA soient encore bien trop longs (et mal organisés) pour pouvoir permettre d’aboutir à une conclusion à Cancún. Or, en respect du principe d’équilibre sur lequel tout le monde s’accorde, si ces chapitres bloquent, c’est tout le reste qui coince également !

Une absence de tout résultat à Cancún serait sérieusement inquiétante : cela pourrait mettre davantage en péril le processus des Nations unies (déjà décrit par de certains acteurs comme « malade »).

On retiendra cependant l’optimisme de Mme Figueres, la secrétaire générale de la Convention : elle croit tout à fait en une possible réussite et rappelle qu’il n’existe pas d’alternative aux Nations unies. Elle rappelle qu’elle n’a entendu aucune Partie s’opposer à l’idée d’un accord contraignant, et que de nombreuses Parties se sont  même exprimées en sa faveur. Elle dédramatise la situation en la remettant en perspective : l’humanité fait face à un changement d’une ampleur inédite dans toute son histoire. Il est donc normal que cela soit compliqué, difficile.

Mme Figueres n’est pas une adepte des grands soirs : pour elle, changer le monde se fait avec une petite cuillère. Je ne peux m’empêcher de vouloir y croire, tout en ayant peur que la cuillère serve plus à le ramasser, ce monde, plutôt à qu’à le changer…

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Written by ToM

22 novembre 2010 at 7 h 19 mi

Financements pour le climat : une introduction générale

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.

 

Pourquoi de l’argent pour le climat ? Pourquoi de l’argent vite ?

 

Justification générales

La mobilisation d’argent afin de lutter contre les changements climatiques se justifie à deux niveaux. D’une part, la mobilisation de fonds correspond à un soutien des pays développés -responsables principaux en terme d’émissions cumulées- aux autres pays pour les coûts liés à l’adaptation. Il s’agit d’une sorte de paiement de dette environnementale, de solidarité internationale (comparable à l’Aide Publique au Développement). L’autre justification se trouve au niveau de la mobilisation de financements pour réduire les émissions (atténuation) : on sait qu’il faut mobiliser de l’argent au travers le monde pour pouvoir effectuer les changements technologiques nécessaires (investissements). Etant donné que les émissions ont des conséquences mondiales, tous les pays ont intérêt à ce que les investissements nécessaires soient réalisés effectivement.

 

On le sait, il est désormais clair qu’il n’y aura pas d’accord global à Cancun (pas de traité). Cependant, tout le monde espère (ou dit espérer) la réalisation de « building blocks » (qu’on pourrait traduire par blocs en construction), avec comme principe d’être « balanced » (équilibrés). Ces blocs, qui pourraient permettre la suite des négociations pour la COP17, prendraient probablement la forme d’une série de Décisions de la COP.

La notion d’équilibrage signifie, a priori, que l’ensemble des décisions devra permettre une avancée harmonisée des différents enjeux… mais cette notion, que tout le monde emploie ici, revêt à peu près autant de significations que d’interlocuteur. Pas facile de s’y retrouver. Quoi qu’il en soit, le financement sera l’un des blocs essentiel à Cancun, et elle semble être l’un des chapitres sur lequel les discussions sont prometteuses.

Combien d’argent est-il nécessaire de mobiliser à long terme ?

L’accord de Copenhague prévoit la constitution d’un « fonds vert de Copenhague » qui sera approvisionné par 100 mds de dollars par an d’ici 2020. Les pays développés se tiennent à ce chiffre, sans beaucoup plus de précisions.

Les pays en développement ont leur propres estimations. Comme ils l’ont rappelé lors de la session d’ouverture du groupe AWG-LCA lundi 4 octobre, le Groupe Afrique et le Groupe des Pays les Moins Avancés réclament 1,5% du PIB des pays de l’Annexe I (pays développés) transférés par an d’ici 2020, soit environ 600 milliards de dollars par an (sur la base du PIB de 2008).

Au passage, une remarque sur les incohérences actuelles qui caractérisent les discussions. L’Accord de Copenhague a été signé (puis exactement, ils s’y « associent ») par de nombreux pays qui sont membres du groupe PMA et/ou du groupe Afrique. Or, on sait que les décisions au sein des groupes de Parties ne se prennent qu’à l’unanimité. Quelle est donc la réelle position de ces pays sur la question du financement : 100 mds ou 600 mds de $ ? Des membres d’une délégation africaine m’ont expliqué qu’ils considèrent le 100 mds de $ comme un minimum acquis, mais qui ne préjuge en rien du montant réel qu’ils exigent.

Il est assez difficile de savoir ce qu’il serait « idéalement » nécessaire à long terme, car les estimations reposent sur des projections relativement incertaines (beaucoup d’hypothèses), aux définitions  variables (investissements privés et/ou publics, au nord et/ou au sud???) et horizons temporel multiples (2020, 2030…). Dans un rapport sur les besoins d’investissements, l’UNFCCC estime nécessaire de mobiliser pour l’adaptation « plusieurs dizaines voire centaines de milliards de dollars » par an en plus que ce qui est réalisé actuellement. Pour l’atténuation, les investissements supplémentaires sont estimés entre 200 et 210 mds de dollars d’ici 2030 (même document). Les besoins en transferts nets nord-sud pour l’adaptation et l’atténuation retenu par l’UNFCCC (cité dans la note de décryptage de Futur Facteur 4) sont de 245 mds de dollars par an d’ici 2030.

Les ONG réclament globalement de l’ordre d’au moins 150 à 200 mds de dollars par an (voir CAN-international, Oxfam).

Retenons donc un ordre de grandeur : une à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Retenons aussi qu’il faudra surement ajuster dans le temps le montant exact.

Dans l’attente de la mise en place d’un financement de cet ordre de grandeur (cela ne peut que prendre des années), il était malgré tout nécessaire de mobiliser des fonds capables de répondre à des besoins réels et de satisfaire les pays en développement.

Le fast start : un moyen pour reconstruire la confiance

L’accord de Copenhague prévoit la mise en place d’un financement rapide (ou précoce) pour les années 2010 à 2012 de 30 milliards de dollars fournis par les pays développés.

Le respect de leurs engagements financiers par les pays développés est l’une des conditions essentielles à la reconstruction de la confiance entre les pays. C’est en tout cas ce que certaines Parties affichent haut et fort. En effet, la confiance mutuelle a été largement entamée en décembre dernier du fait de la procédure bafouée par les puissants pour aboutir à un texte ; les pays en développement veulent désormais des preuves de la bonne volonté des pays développés.

Il y a cependant un paradoxe de la part des pays en développement à être exigeants sur cette promesse : ils ne reconnaissent généralement pas, dans le reste des négociations, la valeur de l’Accord de Copenhague (pour les mêmes raisons qui ont causé la perte de confiance et parce que environ un quart des pays n’ont pas apporté leur soutien). Cette attitude donne un argument de poids aux Etats-Unis et à l’UE : si vous voulez l’argent, il faut prendre l’ensemble du paquet (de Copenhague). C’est ce qu’a fait entendre aujourd’hui avec force et agacement M. Pershing, le leader de la délégation américaine, lors de la séance plénière du groupe AWG-LCA.

La question du fast start fait actuellement dans les débats sur le financement à long terme (toujours au sein du LCA), pour savoir s’il y a besoin d’une Décision adoptée par la COP à Cancun. Brièvement résumée, l’idée est qu’avec une Décision, le financement rapide serait validé par tout le monde (contrairement à l’Accord de Copenhague) et pourrait donner un caractère plus contraignant aux promesses. Dans les faits, il y a probablement peu de chances que décision ou pas, les choses changent…

Un premier problème : le manque de transparence

Actuellement, les moyens de distribution de l’aide sont multiples : fonds pour l’environnement mondial (UNFCCC), fonds pour les pays les moins avancés (UNFCCC), fonds spécial pour le changement climatique (UNFCCC), forest carbon partnership facility (initiative multilatérale), climate investment funds (banque mondiale), cool earth partnership (Japon), GCCA (commission européenne)…

Il n’existe ni registre, ni règles de compte. Il existe bien des obligations de publications (au travers des « communications nationales » dans le cadre de l’UNFCCC ou au travers d’enquêtes de l’OCDE), mais celles-ci sont incomplètes, non harmonisées donc peu comparables..

Il y a aujourd’hui des tentatives de renforcement de la transparence. L’initiative la plus remarquable est celle des Pays-Bas, qui ont lancé avec le soutien d’autres gouvernements (Costa-Rica, Colombie, Danemark, Allemagne, Indonésie, Iles Marshall, Mexique, Norvège, Royaume-Uni et Vietnam) un site internet dont le but est de référencer tous les financements dédiés au fast start, sur la base des informations fournies par les gouvernements. Le site à le mérite d’essayer de donner des éléments détaillés sur les engagements, les critères de distribution, les réalisations… De plus, au delà des informations issues des donateurs, il cherche à fournir des données provenant des bénéficiaires des fonds. L’objectif est de disposer d’ici Cancun des informations sur 80 à 90% des Parties. Les Etats-Unis ont annoncé il y a deux semaines leur décision d’y participer (courant octobre), ce qui a été accueilli comme une marque de volontarisme et d’acceptation de transparence. Cependant, quant on navigue sur le site, il s’avère que pour la plupart des pays (dont la France, nous y reviendrons), les données sont parcellaires.

Le WRI propose également un outil d’analyse, avec une relative standardisation de l’information afin de permettre les comparaisons. Le WRI se base sur les déclarations publiques des pays, et compte sur les réactions des gouvernements pour corriger les éventuelles erreurs. Les données sont un peu plus détaillées et permettent une analyse plus critique. (notamment sur les définitions de l’additionalité -cf. ci-dessous- retenues).

Un second problème : l’additionalité

L’accord de Copenhague prévoit que les fonds seront « nouveaux et additionnels »… Cette expression est présente dans l’article 4.3 de la Convention (écrite en 1992), mais n’a jamais eu de définition exacte. Ce qui revient, de fait, à laisser chaque pays donateur le soin de se fixer les règles qu’il entend pour le respect de son propre engagement.

Généralement, l’additionalité est considérée par rapport à l’Aide Publique au Développement. Cela peut se faire par rapport au niveau actuel d’Aide Publique au Développement. Autrement dit, les fonds supplémentaires débloqués pour le climat sont aussi comptés dans l’objectif de 0,7% du PIB versé au titre de l’APD. Cela peut paraître du double comptage (les pays en développement l’affirment), mais peut correspondre à une logique : le développement est une forme d’adaptation et doit se faire dans l’objectif d’adaptation. C’est bien sûr la position des Etats-Unis et partiellement du Royaume-Uni (ces derniers acceptent cet argument pour seulement 10% des financements).

On peut aussi considérer que l’additionalité ne se fait qu’au dessus de l’engagement d’APD de 0,7%du PIB. C’est la position de la plupart des pays en développement.

Remarquons que nous pourrions avoir le même raisonnement avec les budgets environnementaux (et pas uniquement l’APD) : additionalité vis-à-vis de la préservation de la biodiversité par exemple. Mais a priori aucune Partie n’a développé cette position… ce sont donc d’autres enjeux environnementaux qui pourraient trinquer (transferts de budgets environnementaux divers vers la lutte contre les changements climatiques) !

D’autres pays ont des définitions de l’additionalité soit inexistante (Japon), soit totalement choisie sur mesure (nous y reviendrons). Pour avoir plus d’information la multitude de définitions de l’additionalité, lire le document du WRI sur la question.

 

Climat : l’UE bouge encore

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Malgré l’énorme claque qu’elle s’est prise à Copenhague, l’Union Européenne reste déterminée à être leader et acteur important de la lutte contre les changements climatiques.

La Commission vient de publier ce qui semble être tout à la fois une analyse et une feuille de route. Elle est dans les grandes lignes en accord avec la résolution du Parlement Européen sur les résultats de Copenhague ; cette dernière est cependant plus volontariste sur l’action interne de l’UE, et réclame notamment le passage unilatéral à 30% de réduction sur la base d’une analyse coûts-bénéfices.

L’UE est assez clairvoyante sur ses échecs (manque d’unité… c’est le moins que l’on puisse dire) et veut croire en ses atouts (seul groupe d’Etats à s’être engagé sérieusement sur le chemin de Kyoto, législation déjà adoptée pour le régime futur…) pour revenir dans la course et être le leader mondial de l’action. On verra bien si le couple sino-américain aura envie d’ouvrir le cercle.

L’UE souligne habilement les grands problèmes du Protocole de Kyoto : existence de surplus de quotas (Russie et Ukraine) reportables sur l’avenir et susceptibles de saper l’effort des pays développés, problème de comptabilité du changement d’usage des sols. Et de conclure que la Commission va faire une analyse des effets de différents régimes légaux, y compris une seconde période d’engagement dans le cadre du protocole de Kyoto. On se demande pourquoi une telle analyse n’a pas été réalisée avant Copenhague (ou alors ce que va apporter la prochaine analyse !). Sans lien explicite, il est également rappelé l’exigence d’inclure les Etats-Unis et les grands émergents dans le régime. Sous-entendu très fort de l’UE : le protocole de Kyoto en l’état actuel des choses va mourir en 2012.

Ce point est pourtant un casus belli avec le G77+Chine, qui s’arcboute sur Kyoto… et, il faut bien le dire, parfois de manière irrationnelle (de nombreux pays au sein du G77 auraient intérêt à une remise à plat de l’ensemble du régime). Mais on peut comprendre : le niveau de confiance est tellement bas que chaque acquis est défendu avec rage et que la cohésion du groupe est vécu comme une priorité absolue pour pouvoir exister au sein des négociations. Et l’UE est particulièrement coupable de cette confiance quasi-inexistante : la Présidence danoise de Copenhague a été calamiteuse et les traitrises réelles. On récolte ce que l’on sème.

Mais ce qu’on retiendra le plus est la pertinente analyse de la Commission sur les engagements de réduction des émissions des pays développés, qui sont très clairement insuffisants (pour atteindre l’objectif affiché de limiter le réchauffement à 2°C). On a en déjà parlé ailleurs. L’UE en fait le constat amer ; et l’amertume est renforcée avec les faiblesses du protocole de Kyoto. Mais l’UE s’arrête au constat. Et ne propose pas de voie pour faire évoluer cet état de fait, pourtant le coeur du problème. Elle oublie également de parler des engagements des pays en développement (Brésil, Chine) qui sont, eux, au niveau nécessaire pour atteindre l’objectif du +2°C. Bref, l’UE invente la politique de l’autruche qui a un oeil dehors : en savoir un peu, mais ne pas trop réfléchir et se voiler la face malgré tout.

Bon aller, on va essayer de finir avec une note positive : nos technos préférés de la Commission vont élaborer des schémas pour une politique de réduction de 30% des émissions en 2020, et pour des chemins vers 2050. Ces études sont nécessaires et permettent de se projeter dans l’avenir. On les attends avec impatience : les trucs techno c’est pas très sexy, mais de toute façon il y a longtemps qu’on abandonné l’idée d’avoir des rêves politiques avec l’UE. Alors faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Et que la Terre nous pardonne.

Edit : ok ce constat est un peu sévère et il y aurait des raisons de dresser un tableau un peu plus clair…

En bref et en vrac sur l’actu des négo climat

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Quelques infos sur l’actualité du climat, en bref.

Débriefing Copenhague

  • Le gouvernement américain lance un site internet d’informations scientifiques sur le climat : http://www.climate.gov/. Il semble assez clair que le gouvernement cherche à contrer la vague « climato sceptique » qui déferle sur les Etats-Unis, mais également ailleurs (notamment au Royaume-Uni). Au delà du pseudo « climate gate » et autres critiques superficielles du GIEC, il y a peut être lieu de se demander si le « climato scepticisme » n’est pas en plein essor du fait de l’échec de Copenhague. La réaction consistant à adopter la politique de l’autruche (non non, y a rien à voir !) serait logique, puisqu’on anticipe de graves conséquences liées aux changements climatiques… et qu’on est incapable de se mettre d’accord.
  • Les Etats-Unis critiquent la Chine et l’Inde, qui ont tenu des propos  de remise en cause de l’accord de Copenhague, au profit des négociations formelles dans le cadre de l’UNFCCC. Les deux pays n’ont d’ailleurs pas signifié explicitement leur approbation de l’accord, bien qu’ils aient respecté le délai pour indiquer leurs objectifs de réductions d’émissions.

On peut comprendre l’agacement des Etats-Unis, tout comme celui des pays opposés à l’Accord de Copenhague : si cet accord existe, c’est bien que la Chine et l’Inde (notamment) ont accepté de mener des négo parallèles au processus officiel à Copenhague. Donc de faire un enfant dans le dos du G77. Et maintenant, les deux gros émergents réaffirment leur volonté d’être fidèle au mariage ! Y a comme qui dirait une légère ambiance malsaine…

  • Malgré tout, les « négociations parallèles » et groupes de discussions restreints semblent avoir un bel avenir devant elles : les Etats-Unis les privilégient pour l’opérationalisation de l’accord -notamment sur la question des transferts de technologies-, tandis que le Président Mexicain critique la règle de l’unanimité en vigueur pour les décisions de l’ONU.
  • On trouvera ici d ‘intéressantes analyses a posteriori des négociations de Copenhague, et notamment des relations sino-américaines.
  • Justement, concernant la position chinoise, cet article du Guardian (22 décembre) mérite le coup d’oeil : il critique vertement la position de la Chine. Personnellement, je ne partage pas toutes les analyses -plus exactement, je crois qu’il existe des arguments honnêtes explicatifs à la position chinoise et qui ne sont pas mentionnés dans l’article-, malgré tout cette description interne du déroulement de la réunion au sommet est très instructive. Un argument qui n’est pas évoqué est que l’engagement de réduction des émissions de la Chine est réel et important, qu’il rentre dans la fourchette du GIEC pour atteindre l’objectif du +2°C, alors que les engagements des pays développés sont très loin de rentrer dans la fourchette nécessaire. C’est un élément de poids tout de même…

A rebours des critiques britanniques contre la Chine, le Premier Ministre Danois Rasmussen se félicite du rôle de Pékin à Copenhague. En même temps, vu la gestion de la conférence par Rasmussen, on n’a plus trop envie de l’écouter celui-là.

  • Cet autre article du Guardian (11 février) relate l’existence d’un document d’analyse interne à l’administration chinoise. Celle-ci critique fortement l’action des pays développés qui auraient monté « une conspiration » pour diviser les pays en développement (pays émergents VS petits Etats iles et pays vulnérables). Encore une fois, la critique de la position chinoise (presque créditée de paranoïa) peut s’expliquer : pourquoi (mais pouquoi !?) les pays développés ont-il bloqué les négociations dans la suite du protocole de Kyoto ?… Cependant, il est vrai que la coalition du G77 ne pourra probablement pas durer indéfiniment, et que sa rupture de fera au détriment de la Chine.

Depuis Copenhague

  • Le Président chinois Hu Jintao réaffirme la volonté de la Chine de lutter contre les changements climatiques, notamment par une politique nationale ambitieuse. On rappelle que l’objectif phare de réduction de l’intensité énergétique de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2005 est un réel objectif ambitieux. Hu rappelle aussi la nécessité de continuer les négo dans le cadre de l’UNFCCC. Mais en même temps, le négociateur en chef pour la Chine, Yu Qingtai, déclare que les divergences sont très importantes et qu’un accord sera difficile : il ne s’attend pas à ce que les positions évoluent de manière significatives.
  • Du côté des Etats-Unis, on est toujours suspendu aux bonnes volontés du Sénat. Il semblerait qu’un projet de loi avance désormais rapidement. Rappelons qu’Obama a annoncé la semaine dernière un soutien pour la relance de la filière nucléaire, ainsi qu’au CCS (capture et séquestration du carbone), afin d’obtenir un soutien de la part des Républicains. Ces derniers sont vraiment des ****** (adjectif peu élogieux de votre choix) : après avoir fait déraper les émissions de GES des Etats-Unis pendant 10 ans sous l’ère Bush (ce qui conduit le monde sur un chemin de réchauffement bien supérieur à 2°C et avec d’innombrables complications dans les négociations internationales et des problèmes de justice internationale très importants), ils réussissent maintenant à pousser les Etats-Unis vers des solutions non durables et facteurs de nouveaux problèmes majeurs qui concerneront l’ensemble du monde (déchets nucléaires et prolifération etc.).
  • Suite des négos : les Nations Unies ont décidé d’une réunion à Bonn du 9 au 11 avril afin de déterminer le calendrier des négociations.