Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

Posts Tagged ‘copenhague

Négociations à Tianjin, état d’esprit

leave a comment »

Article publié initialement sur adopt a negotiator.

Copenhague était LE rendez-vous pour le climat. Copenhague a failli. Aujourd’hui, la situation est toujours problématique et les discussions internationales continuent. Ambiance gueule de bois (sans fête au préalable).

Copenhague, un sauvetage sous forme d’échec

Le naufrage complet de Copenhague a été évité « grâce » aux chefs d’Etat qui se sont réunis les derniers jours de la 15ème Conférence des Parties (COP15) de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) à Copenhague en décembre 2009. Non pas que les chefs d’Etat aient tranché les questions problématiques des discussions comme ils auraient pu le faire -cela aurait été faire de Copenhague un succès-, mais ils ont réussi à s’accorder sur un texte vague et incertain pour montrer leur « détermination politique ».

Mais le texte n’a pas été adopté par l’ensemble des pays, notamment parce que la procédure de son établissement avait privé la plupart des pays de toute expression ou participation. Pour sauver le texte de sauvetage (sic), il a été décidé que chaque pays donnerait plus tard (fin janvier 2010) son soutien à ce texte, ainsi que les engagements qu’il est prêt à prendre en matière de réduction des émissions. Voilà qui était intelligent : ce que nous nous disons ensemble conduit au désaccord, alors disons-le séparément et le désaccord disparaitra. Evidemment, ce texte, au statut juridique flou et qui n’a pas permis de dépasser les grands blocages, ne résout rien. Aujourd’hui l’avenir climatique du monde est toujours des plus incertains.

Pas de gouffre, mais une grande claque

Pour Copenhague, la société civile mondiale s’était mobilisée à un niveau sans précédent pour une question environnementale. Les actions symboliques ont été très nombreuses ; les ONG, syndicats, partis politiques ou simples citoyens ont fait monter la pression sur leurs dirigeants. Les médias étaient au rendez-vous. Copenhague était le symbole du « maintenant ou jamais », stratégie développée pour faire monter la tension dans l’espoir d’une mobilisation toujours plus grande. Dans l’imaginaire collectif, Copenhague marquait notre présence « au bord du gouffre ». Or les dirigeants n’ont pas réussi. Heureusement, nous ne sommes pas tombés dans le gouffre.

Mais la claque fut grande. Et les réactions diverses. On a vu, en cette année 2010, les mouvements négationnistes des changements climatiques prendre de l’essor : ils trouvaient une audience. Réflexe de protection : si nous n’arrivons pas à résoudre la situation, alors considérons la situation comme moins grave, et le problème disparaît. Pourtant rien n’a changé, les tendances géophysiques longues sont toujours là, soutenues par des évènements de court terme inquiétants (les feux de forêt en Russie, les inondations en Afrique de l’Ouest, Chine, Pakistan…).

Pour la société civile, le succès de mobilisation pré-Copenhague s’est transformé en gueule de bois magistrale : comment faire quand LE moment qui devait sauver le monde est passé et que rien n’est résolu ? En fait, en matière de climat, il n’y a pas de gouffre (les changements ne seront jamais brutaux à l’échelle de la vie humaine), mais seulement une pente qui descend de plus en plus vite. Nous sommes donc toujours sur la pente descendante.

Aujourd’hui, ce qu’il se dessine pour l’avenir

En décembre prochain, la Conférence des Parties (COP16) se réunit comme chaque année, à Cancun cette fois. Il est clair que la mobilisation de la société civile n’est pas de la même ampleur qu’il y a un an. Et pourtant l’avenir du climat est toujours en discussion. La société civile se mobilise de nouveau, dans une ambiance « chat échaudé craint l’eau froide ». Moins d’enthousiasme passionné, mais aussi plus de pragmatisme

La COP16 du Mexique ne sera pas celle de la délivrance : il n’y aura pas de traité global. Les discussions techniques, qui ont repris sur les bases des discussions laissées en friches à Copenhague, ont continué lors de réunions successives à Bonn les mois passés, avec morosité. La confiance entre de nombreux pays a été gravement atteinte à Copenhague.

L’un des objectifs principaux de la société civile est donc d’arriver à relancer une dynamique positive dans le processus de discussion multilatérale. Permettre que la confiance revienne et consolider les bases pour un accord à venir un an plus tard (lors de la COP17 de décembre 2011 en Afrique du Sud). L’enjeu est important : si la confiance ne revient pas, il est probable qu’on assistera à la déliquescence du processus multilatéral sous l’égide de l’ONU. Or il n’existe aujourd’hui aucun cadre alternatif satisfaisant.

Certains critiquent le processus des Nations Unies sur le climat car la CCNUCC semble tourner dans le vide depuis vingt ans sans permettre de réelle prise en main de l’avenir climatique. Mais quelles seraient les alternatives ? Toute décision des principaux forums mondiaux (G8, G20…) ou de forums ad-hoc (Forum sur l’Energie et le climat de New-York…) ont la particularité de ne représenter que les plus riches, les plus gros, les plus puissants ou les plus pollueurs. Toute décision prise dans un tel cadre exclurait de fait les plus pauvres, les plus faibles, les victimes et ne pourrait être que considérée que comme injuste (quand bien même, dans un élan d’altruisme peu probable, les riches-puissants-polluants auraient décidé de prendre une décision très ambitieuse et équitable). Sortir le climat des Nations Unies serait la marque d’un échec majeur de la gouvernance mondiale un tant soit peu équitable.

Cela ne veut pas dire que l’action décentralisée au niveau des pays, des régions, des villes, des entreprises, des ONG, des citoyens est sans valeur. Au contraire ! Cette action décentralisée est la preuve que le monde, au niveau du sol, veut avancer dans une direction positive. Cela est fondamental (et ne pas l’avoir serait inquiétant : sachons nous satisfaire des choses qui vont bien !). Mais cela ne permet pas pour autant de se passer d’une coordination internationale pour gérer le bien public mondial qu’est le climat, afin de garantir équité, justice et réelle durabilité pour l’humanité.

Lors de la réunion préparatoire de Tianjin, du 4 au 9 octobre, il faut clarifier les choses et pousser pour remettre les négociations sur de bonnes bases en vue des discussions au Mexique, qui elles-mêmes permettront une réussite majeure en Afrique du Sud en 2011. A n’en pas douter.

Written by ToM

22 novembre 2010 at 7 h 04 mi

En bref et en vrac sur l’actu des négo climat

leave a comment »

Quelques infos sur l’actualité du climat, en bref.

Débriefing Copenhague

  • Le gouvernement américain lance un site internet d’informations scientifiques sur le climat : http://www.climate.gov/. Il semble assez clair que le gouvernement cherche à contrer la vague « climato sceptique » qui déferle sur les Etats-Unis, mais également ailleurs (notamment au Royaume-Uni). Au delà du pseudo « climate gate » et autres critiques superficielles du GIEC, il y a peut être lieu de se demander si le « climato scepticisme » n’est pas en plein essor du fait de l’échec de Copenhague. La réaction consistant à adopter la politique de l’autruche (non non, y a rien à voir !) serait logique, puisqu’on anticipe de graves conséquences liées aux changements climatiques… et qu’on est incapable de se mettre d’accord.
  • Les Etats-Unis critiquent la Chine et l’Inde, qui ont tenu des propos  de remise en cause de l’accord de Copenhague, au profit des négociations formelles dans le cadre de l’UNFCCC. Les deux pays n’ont d’ailleurs pas signifié explicitement leur approbation de l’accord, bien qu’ils aient respecté le délai pour indiquer leurs objectifs de réductions d’émissions.

On peut comprendre l’agacement des Etats-Unis, tout comme celui des pays opposés à l’Accord de Copenhague : si cet accord existe, c’est bien que la Chine et l’Inde (notamment) ont accepté de mener des négo parallèles au processus officiel à Copenhague. Donc de faire un enfant dans le dos du G77. Et maintenant, les deux gros émergents réaffirment leur volonté d’être fidèle au mariage ! Y a comme qui dirait une légère ambiance malsaine…

  • Malgré tout, les « négociations parallèles » et groupes de discussions restreints semblent avoir un bel avenir devant elles : les Etats-Unis les privilégient pour l’opérationalisation de l’accord -notamment sur la question des transferts de technologies-, tandis que le Président Mexicain critique la règle de l’unanimité en vigueur pour les décisions de l’ONU.
  • On trouvera ici d ‘intéressantes analyses a posteriori des négociations de Copenhague, et notamment des relations sino-américaines.
  • Justement, concernant la position chinoise, cet article du Guardian (22 décembre) mérite le coup d’oeil : il critique vertement la position de la Chine. Personnellement, je ne partage pas toutes les analyses -plus exactement, je crois qu’il existe des arguments honnêtes explicatifs à la position chinoise et qui ne sont pas mentionnés dans l’article-, malgré tout cette description interne du déroulement de la réunion au sommet est très instructive. Un argument qui n’est pas évoqué est que l’engagement de réduction des émissions de la Chine est réel et important, qu’il rentre dans la fourchette du GIEC pour atteindre l’objectif du +2°C, alors que les engagements des pays développés sont très loin de rentrer dans la fourchette nécessaire. C’est un élément de poids tout de même…

A rebours des critiques britanniques contre la Chine, le Premier Ministre Danois Rasmussen se félicite du rôle de Pékin à Copenhague. En même temps, vu la gestion de la conférence par Rasmussen, on n’a plus trop envie de l’écouter celui-là.

  • Cet autre article du Guardian (11 février) relate l’existence d’un document d’analyse interne à l’administration chinoise. Celle-ci critique fortement l’action des pays développés qui auraient monté « une conspiration » pour diviser les pays en développement (pays émergents VS petits Etats iles et pays vulnérables). Encore une fois, la critique de la position chinoise (presque créditée de paranoïa) peut s’expliquer : pourquoi (mais pouquoi !?) les pays développés ont-il bloqué les négociations dans la suite du protocole de Kyoto ?… Cependant, il est vrai que la coalition du G77 ne pourra probablement pas durer indéfiniment, et que sa rupture de fera au détriment de la Chine.

Depuis Copenhague

  • Le Président chinois Hu Jintao réaffirme la volonté de la Chine de lutter contre les changements climatiques, notamment par une politique nationale ambitieuse. On rappelle que l’objectif phare de réduction de l’intensité énergétique de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2005 est un réel objectif ambitieux. Hu rappelle aussi la nécessité de continuer les négo dans le cadre de l’UNFCCC. Mais en même temps, le négociateur en chef pour la Chine, Yu Qingtai, déclare que les divergences sont très importantes et qu’un accord sera difficile : il ne s’attend pas à ce que les positions évoluent de manière significatives.
  • Du côté des Etats-Unis, on est toujours suspendu aux bonnes volontés du Sénat. Il semblerait qu’un projet de loi avance désormais rapidement. Rappelons qu’Obama a annoncé la semaine dernière un soutien pour la relance de la filière nucléaire, ainsi qu’au CCS (capture et séquestration du carbone), afin d’obtenir un soutien de la part des Républicains. Ces derniers sont vraiment des ****** (adjectif peu élogieux de votre choix) : après avoir fait déraper les émissions de GES des Etats-Unis pendant 10 ans sous l’ère Bush (ce qui conduit le monde sur un chemin de réchauffement bien supérieur à 2°C et avec d’innombrables complications dans les négociations internationales et des problèmes de justice internationale très importants), ils réussissent maintenant à pousser les Etats-Unis vers des solutions non durables et facteurs de nouveaux problèmes majeurs qui concerneront l’ensemble du monde (déchets nucléaires et prolifération etc.).
  • Suite des négos : les Nations Unies ont décidé d’une réunion à Bonn du 9 au 11 avril afin de déterminer le calendrier des négociations.

Copenhague est mort ! Vive…. vive quoi ?

with one comment

Nous en avons désormais la confirmation : malgré les paroles rassurantes des leaders maximo, le monde va vers un réchauffement climatique bien au-delà de 2°C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Les pays industrialisés sont clairement responsables de cette situation, qui s’avèrera dramatique pour des centaines de millions de personnes.

Le secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies contre les Changements Climatiques vient de publier les engagements de réduction de leurs émissions des pays industrialisés ainsi que les engagements d’actions nationales appropriées pour les pays en développement, comme le prévoyait l’Accord de Copenhague qui fixait la date limite de contribution au 31 janvier. A noter cependant que cette « date butoir » est considérée comme « flexible »…

Accord de Copenhague : un raisonnement inversé

Tout d’abord, avant d’analyser l’actualité, je me permets un petit commentaire sur la construction de l’Accord de Copenhague.

Les dirigeants avaient beau jeu d’affirmer qu’un grand progrès avait été réalisé par l’inscription de l’objectif « +2°C » en 2100 dans l’Accord de Copenhague ; il est même évoqué la possibilité de revoir à la baisse cet objectif à 1,5°C ! Miracle ? Non, mirage !

We agree that deep cuts in global emissions are required according to science, and as documented by the IPCC Fourth Assessment Report with a view to reduce global emissions so as to hold the increase in global temperature below 2 degrees Celsius, and take action to meet this objective consistent with science and on the basis of equity.
(…)
We call for an assessment of the implementation of this Accord to be completed by 2015, including in light of the Conventionís ultimate objective. This would include consideration of strengthening the long-term goal referencing various matters presented by the science, including in relation to temperature rises of 1.5 degrees Celsius.

Inscrire un tel objectif est louable, mais trompeur. On pourrait croire que cet objectif a des implications fortes et directes en termes de réductions des émissions de gaz à effet de serre, auquel cas son inscription relèverait effectivement d’un progrès. En réalité, le raisonnement est inversé et fausse cette appréciation.

En effet, à l’heure actuelle, du fait de la complexité du système climatique, les sciences sont incapable de nous dicter précisément le chemin qui permettrait d’atteindre avec certitude cet objectif en termes d’émissions globales. Il existe encore trop d’incertitudes et d’effets incompris ou non quantifiés (boucles de rétroactions, qu’elles soient positives ou négatives…) -et il est peu probable qu’on arrive un jour à une telle certitude-. En conséquence, les sciences ne peuvent que nous indiquer des probabilités d’atteindre un objectif de température en fonction d’un chemin d’émissions. Par exemple, avec une réduction de 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) en 2050 par rapport à 1990, on peut espérer atteindre l’objectif de +2°C avec 80% de chances (nota : en réalité, ce qui compte ne sont pas les émissions à une date donnée, mais l’ensemble des émissions cumulées sur toutes les années ; l’année 2050 est ici considérée comme un « point de passage » représentatif du chemin suivi).

Dans ces conditions d’incertitude, comment faut-il lire l’objectif de l’Accord de Copenhague ? Lorsque les pays s’engagent à préserver l’accroissement de température à moins de 2°C, est-ce avec 100% de chances ? 80% ? 50% ? 20% ? Il faudrait que la précision soit apportée pour en déduire un « budget d’émissions » mondial. Or ce n’est pas le cas, ce qui transforme l’objectif du 2°C est en un rideau de fumée. Une formulation qui aurait été honnête eut été quelque chose du style :

« nous nous engageons à réduire les émissions mondiales de W% en 2020, de X% en 2050 par rapport à 1990, de telle sorte que le budget global d’émissions mondiales soit de Y Gtonnes de Carbone. Ceci permettra à la communauté internationale d’atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C en 2100 avec une probabilité de 65% et à 2°C en 2100 avec une probabilité de 80% en l’état actuel des connaissances scientifiques »

Pourquoi les Etats ont-ils raisonné ainsi alors ? Ceci s’explique par le fait que le GIEC dans son dernier rapport (2007) propose une série d’indicateurs qui permettraient (conditionnel) d’atteindre l’objectif de 2°C. A cette époque, le GIEC ne disposait alors pas de quantification de probabilité, faute de données suffisantes. Les pays se sont donc reposés sur les chiffres clés suivants :

– réduction de 25 à 40% des émissions des pays industrialisés en 2020 par rapport à 1990, avec une déviation substantielle de tous les autres pays (exceptés les Pays les Moins Avancés) par rapport à leur tendance « business as usual » (soit une réduction de 15 à 30% par rapport à la trajectoire tendancielle)

– un maximum des émissions mondiales d’ici 2015

– réduction de 50 à 80% des émissions mondiales en 2050 par rapport à 1990.

On sait déjà que Copenhague n’a pas permis de fixer des objectifs comparables aux deux derniers points : tout au plus, il est mentionné que le maximum des émissions mondiales doit être atteint « aussi vite que possible » (sic). Le refus de fixer des réductions globales en 2050 a été porté par les pays émergents, qui veulent d’abord savoir à quoi s’engagent les pays développés pour savoir ce qu’il leur restera !

Aujourd’hui, nous pouvons comparer les engagements des pays sur le premier point (cf. paragraphe qui suit). Mais évidemment, se situer dans le haut ou dans le bas de la fourchette indiquée (25 ou 40%) a des conséquences en termes de probabilité d’atteindre l’objectif mondial ! Pourtant, les décideurs des pays développés se sont toujours contentés de vouloir atteindre le bas de la fourchette, comme si cela était aussi bien que d’atteindre le haut… Mais prenons acte de cet objectif  a minima ; est-on parti pour le respecter ?

Engagements dans le cadre de l’Accord : insuffisants pour les pays développés

Les pays avaient jusqu’au 31 janvier pour annoncer leur signature à l’Accord et leurs engagements de réductions ou d’actions nationales. Le Secrétariat a publié la liste en fin de journée.

Pas de bonne surprise : les engagements des pays industrialisés sont trop faibles pour atteindre le bas de la fourchette qui leur est fixée. D’après mes calculs (un premier ordre de grandeur), les engagements ne peuvent permettre une réduction agglomérée des pays industrialisés comprise entre 16% et 21%(*) par rapport à 1990, soit bien en-dessous de l’objectif minimum de -25%.

Concernant les pays en développement, les engagements respectifs de la Chine et du Brésil sont ambitieux : le Brésil veut réduire ses émissions de 36 à 39% par rapport à la trajectoire, tandis que la Chine veut (notamment) réduire son intensité énergétique de 40 à 45% d’ici 2020. L’Inde est moins ambitieuse avec une réduction de l’intensité énergétique de 20 à 25%, mais cela se comprend car ses émissions par tête sont bien moindres que celles du Brésil et de la Chine.

A noter que certains pays, tels que les Maldives, s’engagent à la neutralité carbone en 2020, soit une réduction de 100%.

Le monde se dirige sur un chemin bien loin de respecter l’objectif affiché de 2°C, par la faute des pays développés. De plus, l’objectif supposé de 1,5°C, que les Etats se disent prêts à envisager en 2015, ne sera plus atteignable à cette date, si les pays restent sur les trajectoires qu’ils affichent actuellement.

Copenhague est mort ! Vive… vive quoi ?

Rappelons que l’Accord de Copenhague est un processus bâtard : il a été décidé dans le cadre des négociations de la Convention Cadre des Nations Unies, mais il ne lui appartient pas car la Conférence des Parties a refusé de l’entériner. Très déçus par le blocage des discussions dans le cadre des Nations Unies, nombre de commentateurs ont appelé à une autre gouvernance internationale pour le climat ; on aurait pu espérer que l’Accord de Copenhague soit un premier pas dans ce sens.

Si les engagements obtenus avaient été significativement supérieurs à ceux envisagés dans le cadre des NU, on aurait pu apprécier la démarche. On même aurait pu comprendre les « sacrifices » imposés : mise au banc des trois-quarts de la communauté internationale, et en particulier des plus pauvres et des plus affectés par les changements climatiques. Mais il n’en est rien : l’Accord de Copenhague n’a rien permis d’obtenir de plus. Il a seulement participé à l’accroissement du manque de confiance entre les plus pauvres et les plus riches, entre les plus petits et les plus gros, entre les plus faibles et les plus puissants.

Et maintenant ? Nous sommes dans une situation embourbée. Il y a désormais 3 « trucs » qui organisent l’action internationale contre les changements climatiques. Je parle de « trucs » car on ne sait même pas s’ils sont engagements fermes ou processus de négociations. Il y a le Protocole de Kyoto, dont la suite et la survie sont négociés au sein des NU (groupe AWG-KP) ; il y a les négociations sur les engagements de long terme, toujours au sein des NU (groupe AWG-LCA) ; il y a l’Accord de Copenhague, mi-traité, mi-processus de négociations.

Notamment sous la pression du groupe BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine), les Nations unies devraient organiser des discussions d’ici juin prochain (prochaine réunion formelle à Bonn) et d’ici novembre (prochaine Conférence des Parties), toujours en suivant les deux processus de discussion (AWG-KP, AWG-LCA) organisés par le Plan d’Action de Bali. D’ailleurs les BASIC sèment le trouble : ils ont accepté de jouer le jeu des négociations parallèles à Copenhague, ils ont participé activement à l’écriture de l’Accord de Copenhague, mais ils réaffirment désormais que seules comptent les négociations au sein des Nations Unies et définies par le Plan d’Action de Bali !

Conclusions

L’action internationale est dans une situation très obscure ; les négociations à venir vont être d’une complexité inédite. Il y a fort à parier que les tensions entre Etat, déjà vives à Copenhague, vont être renforcées puisque les pays les plus pauvres et les plus vulnérables n’ont plus grand chose à perdre.

Encore une fois, la situation actuelle est le fait des pays développés, principaux responsables historiques, frileux à s’engager, peureux devant la reconduction du protocole de Kyoto, radins concernant l’aide internationale, anxieux face au développement des pays émergents. Bien triste monde.

(*) Edit 3 février : le WRI a produit une note qui réalise les calculs de manière plus précise et confirme l’ordre de grandeur des réductions indiqué dans cet article : les pays de l’Annexe I réduiraient de manière agglomérée de 12 à 19% leurs émissions en 2020 par rapport à 1990, suivant les hypothèses retenues (promesses hautes/basses, inclusion/exclusion du changement d’usage des sols).

Edit (2) : pour un autre constat de l’échec de Copenhague, voir le blog de Florent Baarsch.

Photo : source ici.

Copenhague : les vrais résultats dans deux jours

leave a comment »

Dans le fracas médiatique et sous le poids de la déception, on avait envie de refermer le chapitre « Copenhague » pour mieux regarder vers l’avenir. Et pourtant, Copenhague n’est pas fini ! En réalité, nous connaitrons dans deux jours la réelle valeur de cet accord « politiquement contraignant ». Explications.

Rappelons d’abord que la Conférence des Parties (CdP) à la Convention Cadre des Nations unies n’a pas adopté de décision entérinant l’accord de Copenhague, mais a seulement « pris note » de cet accord. En effet, l’unanimité était requise pour une décision de la CdP, or au moins quatre pays se sont fermement opposé à une telle décision (Tuvalu, Soudan, Venezuela, Bolivie).

A la suite de demandes de la part des Etats, une note du Secrétariat de l’UNFCCC a donné les précisions concernant ce point (confirmant les explications d’observateurs avisés) :

The decision was adopted with the explicit understanding that the Accord would be attached to the decision and that the chapeau of the Accord would list Parties that wish to associate themselves with it. (…) I would invite those Parties (…) to transit this information to the secretariat by the 31 January 2010.

Autrement dit : pour le moment nous ne savons rien de la portée politique réelle de l’Accord car nous ne savons toujours pas qui l’a signé ! Comme le souligne le Conseil d’Analyse Stratégique, l’accord ayant été principalement négocié entre les deux géants chinois et américain, il est probable que les deux s’y associent. Comme d’ailleurs, l’ensemble des 26 pays présents lors du round final de négociation, ainsi que l’UE qui a été mise au pied du mur. Mais nous ne sommes pas à l’abri de surprises parmi ces probables signataires et surtout une grande inconnue pèse sur tous les autres pays (c’est à dire la majorité !). Le Secrétariat rappelle cependant qu’il actualisera la liste des pays signataires, y compris après le 31 janvier (pour qui loupe le train ou a envie de le prendre après tout le monde, ce sera encore possible).

De manière plus opérationnelle, exactement le même cas de figure se présente pour les engagements chiffrés de réduction des émissions de GES : les pays développés (dits annexe I) doivent fournir leurs engagements de réductions pour 2020 d’ici le 31 janvier, tout comme les pays en développement (dits non annexe I) doivent indiquer les actions nationales d’atténuation des émissions (dits NAMAs en anglais). En somme, le niveau réel d’engagement des pays, qui permettra d’évaluer le niveau de l’action globale, ne sera connu que dans quelques jours.

En réalité, nous avons déjà quelques idées grâce aux déclarations dans la presse (voir la fin de l’article pour les détails) : Etats-Unis, Japon, Norvège, Union Européenne vont garder leurs engagements (qu’on rappelle insuffisants : voir ici et ici). Première (très) désagréable surprise : le Canada ne va pas donner d’engagements (cela signifie-t-il qu’il ne signe pas l’Accord ?). Le Nigéria ne va pas signer l’Accord. Chine, Inde, Brésil n’ont pas encore communiqué leurs engagements, bien qu’ils aient affirmé leur volonté de respecter les délais.

Au passage, la notion « d’accord politique » est également précisée dans une seconde note du secrétariat, rédigée après des demandes (probablement énervées) de précision de certaines Parties concernant l’usage du terme par le Secrétariat dans la première note « In the light of the legal caracter of the Accord… » :

The phrase « In the light of the legal caracter of the Accord… » should be read in its context. (…) since the Conference of the Parties neither adopted or endorsed the Accord, but merely took note of it, its provision do not have any legal standing within the UNFCCC process even if some Parties decide to associate themselves with it.

L’accord de Copenhague est donc le début d’un nouveau processus d’action internationale, parallèle à l’UNFCCC, organisé par l’UNFCCC mais qui ne lui appartient pas ! Rappelons qu’actuellement et suite au Plan d’Action de Bali, il y a déjà deux processus parallèles de négociations, qui ont (heureusement -afin de sauvegarder le travail réalisé depuis deux ans-) été prolongés par la Conférence de Copenhague. Voila qui n’est pas pour clarifier le régime international de lutte contre les changements climatiques.

Le Secrétariat devrait publier rapidement après le 31 janvier le rapport de la COP. Ce sera le vrai moment de dénouement de Copenhague ; qui a envie pourra reboucher le champagne une seconde fois.

Etat des engagements annoncés dans la presse :

USA : -17% par rapport à 2005

Norvège : -30% par rapport à 1990, révisable à -40%

– Canada : pas d’engagement pour l’instant. Question : cela signifie-t-il que le Canada ne va pas signer l’accord de Copenhague ?

l’UE campe sur sa position : -20% par rapport à 1990, révisable à -40%

Japon : -25% par rapport à 1990

Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud se sont engagés à respecter les délais (donc implicitement à signer l’Accord). Mais pas d’information sur les engagements d’action nationales d’atténuation.

Nigéria : ne signera probablement pas l’Accord de Copenhague avant le 31 janvier.

Photo : lepoint.fr

Copenhague : la note du Conseil d’Analyse Stratégique bien optimiste…

with one comment

Le Conseil d’Analyse Stratégique a produit une note d’analyse de l’accord de Copenhage. Intéressante à lire car elle fait plutôt un bon état des lieux, certains points de positionnement du CAS sont cependant inquiétants. Explications.

Sur la perte d’influence de l’UE, le CAS est assez objectif : l’accord de Copenhague s’est réalisé principalement par un dialogue sino-américain plus quelques émergents mais sans l’UE. Celle-ci s’est pris une claque et a été contrainte d’accepter l’accord « faute de mieux » (dixit le CAS). On peut dire merci aux Danois pour leur présidence calamiteuse et à la France pour la cacophonie (cacophonie que le CAS constate, sans désigner de coupable !).

Mais ce qui inquiète, c’est l’obstination du CAS à vouloir trouver des aspects positifs afin de pouvoir parler de « demi-succès ». Comment parler de « demi succès » alors qu’on ne connaitra l’ampleur des engagements à agir de la part des pays que fin janvier, lorsque tous auront donné les engagements de réduction qu’ils veulent bien suivre ? Comment parler de demi succès alors qu’il n’y a pas d’objectifs globaux d’atténuation, ce qui est pourtant l’essence de l’action internationale contre les changements climatiques ?

Une petite remarque au passage : on peut avoir beau jeu de se fixer un objectif en terme de température (+2°C en 2100, comme dit l’accord de Copenhague), mais sans en tirer les conséquences en termes d’émissions, ca ne sert à rien ! Et puis, c’est une mauvaise facon de raisonner (mais j’y reviendrai dans un article à venir).

Et je crois que la palme de l’imbécilité dans l’accord de Copenhague est dans la petite phrase qui dit en résumé « on se fixe l’objectif de +2°C, et on verra plus tard si on rabaisse à +1,5°C »… On sait parfaitement que les années à venir sont absolument cruciales pour pouvoir atteindre un objectif aussi ambitieux que le +1,5°C, que c’est dans les 15 ans à venir que cet objectif se joue. Le fait de dire, « on verra plus tard », c’est rendre caduque la possibilité d’atteindre un tel objectif. Et puis, en toute logique, on devrait commencer par l’objectif plus ambitieux puis revoir à la baisse notre ambition si on s’aperçoit qu’on n’y arrive pas ou que cela est trop coûteux, non ? Bref, cette mention du « +1,5°C » sent à plein nez le chloroforme (pour endormir les plus pauvres : Afrique, PMA, petits Etats insulaires).

Revenons au « demi-succès » du CAS. Certes, America is back. Mais il était temps.

Certes, il y a un peu d’argent sur la table, mais pas beaucoup. Et dans les 30 md de $ pour 2010 à 2012, sont inclus les financements pour REDD plus… Et surtout, sur le long terme, on n’a toujours pas avancé sur le mécanisme de financement, sur la répartition des contributions etc. On est au point mort.

Certes un mécanisme technologique devrait voir le jour… Mais il est encore mal défini, et surtout il ne prend pour l’instant pas en compte les besoins particuliers des pays les plus vulnérables (on risque d’avoir un nouveau mécanisme qui favorise les pays émergents au détriment des PMA). Cependant, il faut reconnaître que c’est l’un des dossiers qui a le plus avancé.

Certes, il y a eu quelques avancées sur le MRV (monitoring, review, verification). Mais pas de mécanisme d’observance international.

Les « avancées » constatées par le CAS sont très maigres en comparaison des manques.

Mais surtout -là où je voulais en venir-, il y a quelques positionnements du CAS qui me font froid dans le dos :

  • dans le paragraphe qui s’intitule « Vers un leadership retrouvé de l’Union européenne dans les négociations climatiques », on peut lire ceci (je souligne) :
le réajustement de la stratégie de négociation européenne est nécessaire aussi bien sur la scène internationale que communautaire. Dès le début  de l’année 2010, l’une des questions les plus urgentes sur l’agenda communautaire sera de déterminer l’engagement de réduction des émissions européennes d’ici à 2020 qui sera proposé à la CNUCCC. L’Union devra en effet décider d’entériner ou non la hausse de l’objectif de réduction de ses émissions de – 20 % à – 30 % qu’elle avait envisagée lors du Conseil européen du printemps 2007 . Compte tenu de l’absence d’objectifs chiffrés dans l’accord de Copenhague, du refus de l’assemblée plénière des parties de l’adopter et de l’absence de taxe aux frontières, l’UE pourrait s’en tenir, dans un premier temps, à son objectif de – 20 %. Une décision future, de réduire de 30 % les émissions communautaires ne devrait en effet être prise qu’au regard de la  comparabilité en termes économiques des efforts envisagés par les différents pays développés.
Comment dire… « leadership retrouvé » = « 20% » ?!… je ne comprends pas très bien la logique du CAS, si ce n’est une préparation du terrain pour que l’UE fasse comme les autres et joue en retrait. Et qu’elle fasse tout sauf du leadership.
  • Toujours dans le même chapitre, on peut lire ceci également :
Enfin, l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans les agendas du G-20 et du G-8 qui seront présidés par la France en 2011, pourrait constituer une opportunité supplémentaire de redonner l’initiative à l’Union européenne.
En 2011, vous dites ? Alors comme ca, l’accord global ne serait pas réglé en 2010 à Bonn puis Mexico ? On veut faire trainer la partie pour permettre à Papy-Nicolas (félicitations) de jouer le sauveur de la Terre avec les plus puissants ? Un peu de sérieux ! En 2011, on peut espérer que ce ne seront plus que les « détails » techniques qui soient négociés, pas un accord global. Or, des détails techniques, le G20 et le G8 n’ont que faire !
  • Dans la conclusion, on peut lire cela encore :

la conférence de Copenhague pourrait bien consacrer le dépassement de la gouvernance  onusienne sur le climat, qui repose sur le principe du consensus à 192. Si la logique de la conférence plénière a prévalu durant les premiers jours de la négociations, c’est bien celle du dialogue entre une trentaine de pays « délégués », puis entre les États-Unis et les pays émergents, qui aura finalement permis de parvenir à un compromis. Il est néanmoins difficile à l’heure actuelle d’entrevoir une réforme du suffrage ou du mode de représentation des États au sein de la CCNUCC (…)  Le régime du post-Kyoto pourrait donc être élaboré soit dans le cadre du G-20, qui présente l’avantage de regrouper les principaux émetteurs  de GES, mais l’inconvénient d’écarter les pays les moins avancées, les petits États insulaires et la plus grande partie de l’Afrique (hors l’Afrique du Sud), soit dans d’autres instances à définir.

Sur la limite de la procédure ONUsienne actuelle, on ne peut qu’être d’accord. Mais de là à proposer que la question soit réglée par le G20 !… Cette solution est tout simplement impossible car cela constituerait un vol supplémentaire des pays qui n’appartiennent pas au G20, les plus pauvres et qui ne sont pas responsables et pourtant durement frappés. Une telle éventualité s’apparenterait à une double spoliation même : on leur vole déjà leur part du bien commun qu’est le climat (même en cas d’accord ambitieux, ils seront affectés), et on leur volerait en plus le droit de participer au choix de notre avenir commun ?! Un règlement par le G20 serait trop scandaleux pour être acceptable et cela ne manquerait pas de créer une crise internationale majeure.

En conclusion, la note du CAS, bien que globalement intéressante, fait preuve d’un optimisme et d’analyses prospectives un peu surprenants !

Photo : récupérée ici.

J’ai choisi cette photo car elle représente, pour moi, le point de basculement de Copenhague. Le discours de B. Obama était très attendu : on savait que tout pouvait se débloquer s’il décidait de faire preuve de courage politique en allant au delà de ce que le Congrès prévoit pour l’instant pour la réduction des émissions. Les rumeurs circulaient : on espérait un -17% en 2020 par rapport à 1990 au lieu du -4% actuel (ce -17% serait possible avec l’usage de mécanismes de flexibilité notamment). Mais aucun chiffre nouveau n’est venu. A la place, un B. Obama très tendu, qui a fait un (mauvais) discours à destination des Américains et du Congrès. Imaginez ! devant une salle remplie de tous les pays du monde, il déclare que les Etats-Unis feront des réductions de GES car c’est « bon pour eux », car c’est bon pour leur « sécurité énergétique »…  En disant cela,  il signifiait  explicitement à ses « partenaires commerciaux » en matière d’énergie (pétrole, gaz) qu’il voudrait s’en défaire car il n’a pas confiance en eux ! Le discours était extrêmement mal écrit, avec des approximations en termes de chiffres (pas de citation d’année de référence par exemple). Bref, la déconfiture. J’étais dans le grand hall, devant une télévision, avec une trentaine de personnes, nos visages se sont décomposés, les quelques regards et mots échangés étaient pour dire « rien de nouveau, c’est fini ». En fait, on gardait encore un espoir très mince qu’il n’avait pas annoncé de chiffres nouveaux pour pouvoir le faire pendant les négociations en conciliabules ou en tête à tête avec la Chine… La suite on la connaît : rien de nouveau, pas d’avancée.

Déblocage dans la journée à Copenhague ?

leave a comment »

Le billet d’hier a pu être rédigé car il y avait une longue attente… la réunion plénière de restitution des travaux du groupe LCA (perspectives de long terme) s’est déroulée à partir de 21h30 alors qu’elle était programmée initialement à 11h… Ayant fait une nuit blanche avant, je n’y ai pas assisté ; mais elle a permis l’adoption des textes évoqués également dans le billet d’hier. Mais toute la journée, comme ce matin, il ne s’est rien passé. Strictement rien d’officiel en termes de négociations, la Présidence du Danemark ne programmant rien.

J’ai de bonnes raisons de croire (rumeurs) que cela va changer dans la matinée : une COP et une COP/MOP (Protocole de Kyoto) pourrait se tenir dès qu’Yvo de Boer aura reussi a faire suspendre les discours des chefs d’Etat dans le High Level Segment. En effet, il n’est pas possible, procéduralement parlant, d’avoir les deux en même temps.

La COP et la COP/MOP devraient être très brèves pour autoriser l’établissement de deux « groupes de contacts » chargés de faire évoluer très rapidement les textes négociés depuis deux ans. Il faut arriver à lever rapidement les principaux points d’accrochage pour envisager une adoption de deux décision par la COP. Je ne sais pas dans quelle mesure ces discussions seraient techniques ou techniques guidées par des politiques, ni quelle sera la deadline de remise des textes retravaillés…

Ce qui est certain, c’est que ce choix de la Présidente redonne un semblant d’espoir : en renouant avec la procédure prévue par le Plan d’Action de Bali, elle pourrait permettre de faire avancer les discussions. Mais dans les couloirs, les craintes des pays en développement sont toujours très importantes de l’émergence d’un « texte » sorti de nul part, mais dont tout le monde parle. Un texte secret proposé par la Présidence au dernier moment. Cette éventualité est extrêment mal vue par les PED, qui souhaitent absolument l’aboutissement de la procédure prévue par Bali, à savoir la prolongation de Kyoto et un accord plus large incluant le long terme. Je crois qu’une action parallèle, unilatérale, de la Présidence danoise serait une erreur qui pourrait être fatale à tout accord digne de ce nom (il y aura très certainement une déclaration politique commune, quoi qu’il arrive, pour sauver la face… mais il se pourrait qu’elle soit absolument sans intérêt).

Le reste de la journée déterminera si ces rumeurs sont fondées…

Written by ToM

17 décembre 2009 at 10 h 42 mi

Réduction d’émissions : l’Inde parle de chiffres mais refuse d’être contrainte

leave a comment »

Actualisation en fin d’article

D’après Reuters, le gouvernement Indien devrait annoncer dans la journée du jeudi 3 décembre des objectifs chiffrés de réduction d’émissions de l’Inde, à partir de ces objectifs domestiques.

Toujours d’après Reuters, ces objectifs pourraient être une réduction de l’intensité carbone de l’économie (indicateur similaire à celui utilisé par la Chine) de 24% en 2020 par rapport à 2005 et de 37% en 2030.

Cependant, il n’est pas clair si le gouvernement annoncerait accepter une inscription de ces chiffres dans un accord international ou non.

Rappelons que la Chine parle de réduire son intensité carbone de 40 à 45% en 2020 par rapport à 2005. Rappelons également les émissions par tête de la Chine sont de l’ordre de 5 tCO2/pers/an et que celle de l’Inde sont de 1,5 tCO2/pers/an.

Il faut attendre confirmation de cette information ; et il est trop tot pour affirmer que cet engagement rentrerait dans le cadre des recommandations du GIEC pour obtenir une limitation du réchauffement à 2°C.

Actualisation à 16h30

D’après AP, qui résume les débats parlementaires sur le sujet et l’internvation du Premier Ministre, l’Inde serait prête à réduire son intensité carbone de 20 à 25% d’ici 2020 par rapport à 2005.

Contrairement à l’annonce chinoise, je n’ai pas connaissance d’éléments permettant d’indiquer si cet engagement permettrait d’atteindre l’objectif du GIEC de dévier les émissions de 25 à 30% par rapport au scénario « Business as usual ». Il est difficile de s’exprimer sur la valeur du chiffre avancé.

Mais l’Inde affirme explicitement refuser tout objectif chiffré contraignant à l’échelle internationale ou toute année de « pic » de ses émissions. Cette position intransigeante risque de poser de sérieux problèmes lors des négociations à Copenhague.