Changements Climatiques

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Les coûts de l’adaptation aux changements climatiques drastiquement sous-estimée (étude)

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Un rapport (Assessing the costs of adaptation to climate change, a review of the UNFCCC and other recent estimates) publié par l’International Institute for Environment and Development sur le coût de l’adaptation aux changements climatiques affirme que ce dernier a été très largement sous-estimé.

Les auteurs discutent les résultats trouvés par l’UNFCCC lors de ses estimations concernant les coûts de l’adaptation réalisées en 2007 (Investment and financial flows relevant to the development of an effective and appropriate international response to Climate Change). L’UNFCCC a estimé les besoins à entre 49 et 171 milliards de dollars par an d’ici à 2030 (en dollars d’aujoud’hui, c’est à dire en valeur actualisée). Ce résultat correspond aux résultats des études précédentes (le rapport Stern (2006), la Banque mondiale (2006), Oxfam (2007) et l’UNDP (2007)). Les études précédentes à celle de l’UNFCCC donnent les résultats suivants :

Adaptation table1

Les auteurs soulignent que toutes ces études ont des résultats convergents, mais que cela s’explique parce qu’elles utilisent des analyses identiques (elles s’appuient les une sur les autres) et qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une « peer review » (analyses par des scientifiques/économistes du domaines mais indépendant). Elles utilisent également toutes la même méthode d’estimation : elles prennent les investissements actuels qui sont considérés comme sensibles au climat puis elles actualisent ces investissements par un facteur qui représente la variation du climat.

Voici comment se répartissent les besoins selon l’UNFCCC :

Adaptation table2

Les auteurs font les remarques suivantes :

  • Les informations relatives à l’adaptation aux futurs impacts sont rares. De ce fait, certains secteurs -et non des moindres- tels que les activités extractives et production manufacturière, l’énergie, le tourisme, le commerce, ne sont pas inclus dans l’étude de l’UNFCCC. Concernant les écosystèmes, une estimation a été tentée puis écartée de l’analyse finale, toujours par manque d’information. Concernant les secteurs inclus, l’analyse est parfois clairement partielle (pour le secteur de la santé, seules maladies liées à la diarrhée, la malaria et la malnutrition ont été étudiées et uniquement dans les pays à revenus moyens ou faibles).
  • Le principe de l’actualisation des flux d’investissements sensibles au climat n’a pas de raison d’être dans tous les domaines dans lesquels ils sont déjà insuffisants à l’heure actuelle pour faire face aux variations actuelles du climat (variations de pluviométrie, évènements extrêmes). Ces manques de moyens sont appelés « déficit d’adaptation ». et ils correspondent en fait à un manque de « développement ». Or l’UNFCCC s’est concentrée sur les coûts additionnels dûs auc changements climatiques uniquement. En conséquence, même en couvrant les besoins de l’adaptation déterminés par l’UNFCCC, les pays pauvres ne pourront faire face aux besoins dans le climat de demain.
  • Les auteurs de l’études estiment que pour dépasser les problèmes d’infrastructures et de logements représentent 315 milliards de dollars dans les 20 ans à venir, auxquels il faut ajouter 16 à 63 milliards de dollars liés aux coûts supplémentaires induits par les changements climatiques.
  • Une question clé est de savoir combien de dommages on souhaite éviter. En effet, les coûts des dommages ne progressent pas linéairement… Eviter les 10 premiers pour-cents du dommage est probablement bien moins onéreux que d’éviter les 10 derniers pour-cents.

En conséquence, il n’est pas possible de s’adapter à une partie des dommages (car ils seraient trop coûteux, ou bien c’est tout simplement impossible de les supprimer). Ils sont appelés « dommages résiduels ». L’UNFCCC ne dit pas clairement le niveau de dommages résiduels estimés… ils seront pourtant non négligeables (par exemple, ils sont estimés à 1/5 des impacts totaux sur l’agriculture en 2030). Evidemment, le niveau des dommages résiduels est fonction de l’atténuation des émissions.

  • L’UNFCCC ne s’intéresse apparemment pas suffisamment à l’adaptation dite « soft ». En effet, l’analyse de l’UNFCCC ne repose que sur une projection à partir de ce qui est fait actuellement ; or il serait beaucoup moins coûteux de s’adapter avec des systèmes différents et plus efficaces (par exemple pour les infrastructures relatives à l’eau).
  • Le coût de l’adaptation au delà de 2030 est un mystère (l’UNFCCC ne le cache pas) : comment évolueront les courbes de coûts ? Peut-être de manière quadratique pour certains secteurs, pour certains auteurs.

Conclusion : d’après ce qui a été dit, les auteurs du rapport estiment que les coûts sont sous-estimés de l’ordre de 2 à 3 fois, et ce uniquement pour les secteurs considérés. Evidemment le coût total serait encore bien plus important en incluant les autres secteurs (par exemple, la conservation des écosystèmes pourrait coûter entre 65 et 300 milliards de dollars par an).

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OCDE et pespectives environnementales

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Résumé : l’OCDE a publié son rapport sur les perspectives environnementales à l’horizon 2030… Rapport inquiétant.
L’OCDE (bien connue pour sa tendance hippie-anarcho-écolo) vient de publier son rapport sur les perspectives environnementales à l’horizon 2030. Le résumé (15 pages) ressemble beaucoup à celui qu’a publié le PNUE il y a quelques mois ou aux rapports du GIEC : il y a urgence à agir, le coût de l’inaction est plus important que le coût de l’action.
La lecture de ce nième rapport alarmant ne doit pas nous plomber le moral, mais nous donner une raison supplémentaire d’aller de l’avant, dès aujourd’hui !
Voici ci dessous quelques morceaux choisis de la synthèse :

Dans la mesure où les
investissements dans les infrastructures énergétiques « verrouilleront » les technologies, les
besoins en matière de combustibles et les émissions connexes dans les années à venir, un
cadre d’action approprié est désormais nécessaire afin de promouvoir les sources d’énergie
renouvelables (…) Il est urgent de promouvoir
des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports et de la
production d’électricité qui soient d’un bon rapport coût-efficacité

Investir dans la rénovation des batiments et dans les énergies renouvelables est écologiquement important… mais se justifie principalement par des impératifs économiques : de toute façon, ces investissements devront être réalisés. Donc plus on le fait tôt, plus la rentabilisation est importante !

Le prix des
transports reflète rarement l’intégralité de leurs coûts sociaux et environnementaux, ce qui se
traduit par une utilisation excessive et par des choix peu judicieux quant au mode de
transport à utiliser. La tarification des transports devrait tenir pleinement compte du coût des
atteintes à l’environnement et à la santé, par exemple par le biais de la fiscalité des carburants
(y compris la suppression des exonérations fiscales) et de la tarification routière. (…)
L’offre, la fréquence et la sécurité des transports publics devraient être renforcés, afin de
fournir une solution de remplacement viable aux voitures.
C’est la mobilité et l’accès qui doivent être assurés, non le « transport » proprement dit.

Autrement dit : oui, le coût des transports va encore augmenter (nouveau record du prix du baril de pétrole à Paris aujourd’hui : 105 dollars) et c’est logique. On peut même dire que c’est souhaitable pour la communauté à long terme. Mais évidemment les conséquences sociales sont importantes et lourdes. A nous de faire évoluer notre société en permettant l’épanouissement de chacun sans la nécessité de se déplacer autant que nous le faisons aujourd’hui ou avec moins besoin de ressources ! Et là-dessus, les pouvoirs locaux ont un rôle très important à jouer dès aujourd’hui.

Les Perspectives de l’environnement de l’OCDE démontrent que les solutions aux problèmes
d’environnement sont à la fois économiquement rationnelles et technologiquement réalisables. À
longue échéance, les coûts d’une action précoce sont bien inférieurs à ceux d’un report de l’action ;
plus nous agirons tôt, plus la tâche sera aisée et moins elle sera coûteuse. Les responsables de
l’élaboration des politiques, les entreprises et les consommateurs doivent tous jouer leur rôle dans la
mise en oeuvre des réformes ambitieuses qui permettront d’obtenir les améliorations de
l’environnement les plus efficaces par rapport aux coûts. De cette façon, les générations futures auront
la possibilité de choisir elles-mêmes les moyens d’améliorer leur bien-être.