Changements Climatiques

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Etats-Unis et Russie redonnent quelques espoirs pour Copenhague

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Un officiel américain vient d’annoncer (voir ici également) que les Etats-Unis viendraient à Copenhague avec des objectifs chiffrés en termes d’émissions de gaz à effet de serre (et ce malgré l’impossibilité pour le Congrès de voter sur la loi relative au climat et à l’énergie d’ici le 7 décembre).

C’est une excellente nouvelle, un réel progrès dans un contexte morose. Une annonce contraire aurait définitivement clos tout espoir d’accord réel à Copenhague.

Comme Yvo de Boer avait supposé lors de la conclusion des discussions de Barcelone que cela arriverait, les Etats-Unis ont également indiqué que le chiffre porté par l’administration serait conforme aux objectifs devant le Congrès. Ce fameux chiffre semble faible (quelques % de réductions en 2020 par rapport à 1990,  ce qui est a priori insuffisant), mais il existe quelques marges de manoeuvre suivant que l’on prend les réductions d’émissions purement domestiques ou avec les mécanismes de flexibilité.

Cette annonce intervient peu de temps après l’annonce du Président Russe Medvedev que la Russie réhausse ses engagements de -10 ou -15% à -20 ou -25% en 2020 par rapport à 1990. Certes, cet objectif revient tout de même à une augmentation des émissions de GES de la Russie par rapport au niveau actuel (l’URSS ayant chu entre 1990 et aujourd’hui, et ses émissions avec*), mais c’est une moindre augmentation et un réel effort supplémentaire puisque moins de « hot air » (permis d’émissions gratuits), et donc moins de revenus potentiels pour la Russie. Je ne partage donc pas l’avis selon lequel ce ne serait que pur cynisme

Lorsqu’il existe de relatives bonnes nouvelles dans un contexte morose, sachons nous en réjouir ! :S

*les émissions russes étaient en 2007 de 34% inférieures à celles de 1990 si on ne compte par les changements d’usage des sols et de 40% inférieures à celles de 1990 si on les inclut.

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En route vers Copenhague : suivi des positions (6)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), (5), post sur la position de l’Afrique.

Résumé : la table ronde sur les changements climatiques organisée par l’ONU à New York mardi 22 , suivie de l’Assemblée générale du 23 -et jours suivants-, ont été l’occasion pour les chefs d’Etat et de gouvernement de faire le point sur leurs positions respectives. Force est de constatée que le blocage reste important : aucune annonce majeure n’a eue lieu, si ce n’est la confirmation par M. Hatoyama de l’accroissement des objectifs de réductions nippons. Les Etats-Unis et l’Inde campent sur leur position ; la Chine se veut plus consensuelle. Pas de changement fondamental, le blocage continue.

Les dernières annonces positives

  • Japon : le nouveau Premier Ministre Japonnais, M. Hatoyama, a confirmé lors son discours à New-York (table ronde sur le climat) le nouvel engagement de réduction de son pays. Les objectifs de réduction passeront de -8% à -25% en 2020 par rapport à 1990. Le chiffre de -25% est symbolique puisque c’est le bas de la fourchette -entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990) des recommandations du GIEC pour les pays industrialisés. En revenant au sein de cette fourchette, le Japon augmente les chances de dessiner une trajectoire mondiale des émissions compatible avec le respect de l’objectif « +2°C en 2100 ».
  • Norvège : la Norvège a annoncé envisager d’accroître ses objectifs de réduction d’émissions de GES, qui sont déjà à -30% en 2020 par rapport à 1990. Ce sera le cas si cela permet de faciliter un accord international (ce qu’il y a tout lieu de croire).
  • Business : à l’occasion de la conférence de New-York, une coalition de 500 entreprises internationales a appelé à un accord international qui permette des réductions « immédiates et importantes » des émissions de GES. La justification réside dans le fait qu’en cas d’absence d’accord, les investissements dans les technologies à faible intensité carbone seraient fortement réduits. De plus, les entreprises affirment que le développement économique ne sera possible que dans des conditions d’un climat stabilisé.
  • N. Stern : dans une tribune, N. Stern rappelle les conditions pour qu’un accord international soit effectif (mais contrairement au titre de l’article, il n’y a là rien de nouveau !).

Les dernières annonces négatives

  • Inde : M Krishna, ministre Indien des affaires étrangères, représentait l’Inde à New York lors de la table ronde de mardi 22 septembre. Dans son discours, M. Krishna rappelle d’abord que l’Inde fait face à un défi gigantesque de développement.

Il rappelle que l’Inde a tout intérêt à participer à une solution commne, même si elle n’est pas du tout cause du problème (!).

We have a major interest in ensuring a substantive and constructive outcome in Copenhagen and we will be part of the solution, even though India has not caused the problem in any way.

Il rappelle deux principes fondamentaux : la responsabilité partagée, mais différenciée et la responsabilité historique.

Il affirme un principe d’équité de tous les citoyens du monde à pouvoir utiliser les ressources de l’atmosphère.

It is imperative that this aspirational global goal includes an equitable burden sharing and that all citizens of the world have an equal right to the global resource of the atmosphere.

Et il demande que les pays développés relèvent leurs objectifs de réduction à au moins -40% en 2020 par rapport à 1990.

Il rappelle que la contribution de l’Inde au changement actuel est négligeable.

India’s per-capita emissions are only around 1 tonne of CO2 equivalent per annum, which is a quarter of the global average and half that of the developing countries as a whole. Moreover, our contribution to the stock of carbon dioxide is negligible.

Il rappelle les efforts importants réalisés par l’Inde dans ses politiques domestiques, et que cela passe par des engagements chiffrés au plan sectoriel.

Il demande la création de mécanismes pour le déblocage de financement et l’accès aux technologies pour Copenhague.

Il accepte des mécanismes de régulation internationaux mais pas pour ce qui concerne les politiques domestiques.

Naturally, efforts that are supported by external sources will be subject to international monitoring, but it is important that the ambition levels of domestic actions are not crimped by an international review obligation.

Il rappelle que parallèlement aux financements privés, les financements publics sont essentiels.

Il attaque clairement sur la responsabilité des pays développés :

Climate negotiations should be focusing on the developed countries from where the problem has emanated and who are reluctant even to meet their commitments on emission reduction, let alone provide technological and financial support to developing countries on the vast scale that is required.

Instead, the onus for action is sought to be shifted to developing countries, which have contributed little to the accumulation of greenhouse gasses and face the huge burden of adaptation.

Il fait directement référence aux menaces imposées par certains pays développés (tel l’ajustement aux frontières proposé par N Sarkozy) :

Protectionist trade and border tax response measures, which basically seek to protect their competitiveness, are being talked about in developed countries under the garb of climate change.

En somme, l’Inde campe toujours sur sa position de refus de se voir imposer des contraintes extérieures, exiger plus de la part des pays développés. Cette position très ferme n’est pas de nature à détendre les discussions, puisque l’Inde n’envisage toujours pas de faire de concessions apparemment.

  • Petits-Etats Iles : encore et toujours, les Petits Etats Iles appellent à l’aide et rappellent les enjeux d’un accord international pour eux… Rien de nouveau, rien que du très angoissant.
  • Russie : négatif par omission. Dans son discours général du 23 septembre, bien qu’il identifie le sujet comme faisant partie des débats des Nations Unies, M. Medvedev ne touche pas un mot des enjeux de réchauffements climatiques… Il en évoque d’autres -également cruciaux- comme la crise financière ou le désarmement, mais pas de climat en Russie !

Les dernières annonces mi-figue mi-raisin :

Tout d’abord, il est évident qu’Obama a voulu souligner le changement de ton opéré par l’administration américaine sur le sujet

    we can reverse it. John F. Kennedy once observed that « Our problems are man-made, therefore they may be solved by man. » It is true that for too many years, mankind has been slow to respond to or even recognize the magnitude of the climate threat. It is true of my own country as well. We recognize that. But this is a new day. It is a new era.

    Après un auto-satisfecit de la politique US sur les émissions de GES, Obama souligne que le plus difficile reste devant nous, notamment à Copenhague…

    It is work that will not be easy. As we head towards Copenhagen, there should be no illusions that the hardest part of our journey is in front of us.

    Tout en assumant la responsabilité historique des pays occidentaux, il rappelle que seul un travail de concert avec les pays à forte de croissance pourra permettre de relever ce challenge. Il pose là clairement une condition : il faut que les gros émergents prennent des « engagements », qu’il compare à ceux des pays développés, donc contraignants.

    But those rapidly-growing developing nations that will produce nearly all the growth in global carbon emissions in the decades ahead must do their part as well. Some of these nations have already made great strides with the development and deployment of clean energy. Still, they will need to commit to strong measures at home and agree to stand behind those commitments just as the developed nations must stand behind their own.

    Il se penche ensuite sur les pays en développement victimes des changements climatiques, qui ont impérativement besoin d’aide.

    That is why we have a responsibility to provide the financial and technical assistance needed to help these nations adapt to the impacts of climate change and pursue low-carbon development.

    Il semble que pour Obama, la solution soit technologique…

    We know that if we put the right rules and incentives in place, we will unleash the creative power of our best scientists, engineers, and entrepreneurs to build a better world. And so many nations have already taken the first steps on the journey towards that goal.

    La conclusion est consensuelle :

    But the journey is long. The journey is hard. And we don’t have much time left to make it. It is a journey that will require each of us to persevere through setback, and fight for every inch of progress, even when it comes in fits and starts. So let us begin.

    En somme, le discours d’Obama n’apporte rien de nouveau dans les debats internationaux : pas d’annonce de chiffres ou de concessions et réaffirmation de grands principes, en premier lieu duquel l’obligation pour les pays émergents d’accepter des objectifs de réductions contraignants… On sent également que le discours est destiné à l’intérieur des Etats-Unis, où le congrès tergiverse toujours à adopter la loi cadre de réduction des émissions.

    Hu Jintao amorce directement son discours sur les principes qui doivent guider l’action commune.

    Premièrement : réaffirmation du principe de responsabilité commune mais différenciée.  Rien de nouveau.

    Deuxièmement : affirmation de la nécessité de construire des politiques « gagnant-gagnant » entre pays développés et les autres. On sent là comme une pointe d’intérêt pour la Chine, qui est très liée à l’économie américaine…

    Developed countries should support developing countries in tackling climate change. This not only is their responsibility, but also serves their long-term interests.We should make our endeavor on climate change a win-win for both developed and developing countries and a win-win for both the interests of individual countries and the common interests of humanity.

    Troisièmement : l’effort doit être conçu dans une perspective de développement et de croissance économique.

    Quatrièmement : garantir les financements et le développement technologique est la clé de la réussite.

    Suit un satifecit des politiques nationales mises en oeuvre en quatre points.

    En somme, les déclaration de Hu Jintao n’apportent pas non plus grand chose dans les débats internationaux, puisque les principes posés pour un accord sont très généraux. Toujours pas de chiffres ou d’engagement à l’échelle internationale annoncés.

    Après un satisfecit des politiques nationales (décidément), il rappelle que les pays développés doivent se fixer des objectifs de réduction bien supérieurs à ceux d’aujourd’hui. Il rappelle le principe de responsabilité commune mais différenciée…

    Meanwhile, developed countries must set emission-reduction goals that go far beyond those tabled to date, which represent a mere fraction of the reductions recommended by the Intergovernmental Panel on Climate Change.

    • Emissions : l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a annoncé que les émissions de CO2 mondiales devraient diminuer de 2,6% cette année à l’échelle de la planète. Cette réduction majeure est l’une des plus importantes en un an… L’information est très bonne au premier degré… mais elle est très inquiétante en réalité : comme on le sait déjà au travers de l’expérience des pays de l’ex bloc de l’URSS, la seule façon de réduire fortement les émissions actuellement est une crise économique, c’est à dire une contraction du PIB. Or, cette contraction du PIB est cause de troubles sociaux importants, de réduction des recettes pour les Etats… qui se réfugient derrière cette conjoncture pour agir de manière moins forte et ne pas soutenir les plus pauvres. Là encore, rien de très nouveau, que du très angoissant.
    Meanwhile, developed countries must set emission-reduction goals that go far beyond those tabled to
    date, which represent a mere fraction of the reductions recommended by the Intergovernmental Panel
    on Climate Change.

    En route vers Copenhague : négociations informelles à Bonn pour une semaine

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    S’est ouvert hier, lundi 10 août, une session de négociations dites « informelles » (bien qu’organisée par l’ONU de manière très formelle !) qui se cloturera vendredi 14. Dans son papier décrivant un scénario de ce qu’il va se passer, le bureau de l’UNFCCC -Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques- annonce l’entrée dans une nouvelle phase des discussions pour une durée de 3 semaines. La prochaine session de négociations « formelles » aura lieu à Bangkok, du 28 septembre au 9 octobre. Les délégations sont appelées à travailler selon les objectifs fixés par le « plan d’action de Bali » (ou feuille de route) :

    – vision partagée : choisir des objectifs de long terme qui reflètent une équité acceptable par tous

    – adaptation : s’adapter aux conséquences des changements inévitables

    – atténuation : réduire les émissions pour atténuer les changements

    – développements et transferts de technologies

    – financement

    Les discussions, organisées par petits groupes informels coordonnées par le bureau de l’UNFCCC, travaillent à partir de la synthèse des propositions des délégations publiée en juin et qui fait 200 pages…

    Une session plénière de cloture aura lieu vendredi 14 ; on pourra avoir quelques éléments sur les résultats alors.

    Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (2)

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    Voir l’article précédent.

    • Des officiels chinois déclarent que la Chine considère que le monde ne peut pas se permettre un échec à Copenhague… mais elle réaffirme avec force que l’objectif de -40% par rapport à 1990 pour les pays industrialisés est un objectif équitable au regard de la responsabilité historique. La Chine rappelle se engagements en faveur de l’efficacité énergétique, des renouvelables, de la sensibilisation… mais n’a pas encore projeté le pic de ses émissions. L’engagement « mesurable et vérifiable » (terme officiel des négociations) de la Chine repose seulement  sur une diminution de l’intensité énergétique de son économie (quantité d’énergie par point de PIB) de 20% d’ici 2020.
    • La Corée du Sud annonce (voir également ici) qu’elle va s’engager dans une démarche favorable au climat en se fixant des objectifs volontaires. Le gouvernement décidera parmi trois objectifs potentiels : -4%, 0% ou +8% en 2020 par rapport à 2005. Cette annonce du pays de l’OCDE à la croissance la plus rapide des émissions est plutôt de bon augure puisqu’elle montre le chemin d’engagements volontaires est possibles… petit message envoyé à la Chine ?

    Rappelons que la Corée du Sud est le pays dont le plan de relance est le seul réellement vert (avec 2% du PIB investit en 5 ans dans l’économie verte -économies d’énergies, réseaux intelligents, renouvelables…-).

    • Des officiels de l’Afrique du Sud montent le ton : l’Afrique du Sud est l’un des pays leader du groupe des pays africains, qui tentent de s’unir (voir par exemple cet article) dans le cadre des négociations internationales.

    Dans une déclaration du 5 août, Alf Wills, un des responsable du ministère de l’environnement, déclare que s’il n’y a pas d’argent, il n’y aura pas d’accord avec les pays africains.  Le besoins représentent 1% du PIB global, qui devrait être dégagé par les pays développés. Il rappelle que l’Afrique est particulièrement affectée par les changements climatiques alors qu’elle est la moins responsable. Les pays en développement et les populations pauvres ont besoins de soutiens pour s’adapter et acquérir des technologies moins polluantes lors de leur développement.

    • Le Mexique, pays pro-actif dans les négociations internationales, annonce qu’il souhaite arriver à Copenhague avec un plan détaillé de réduction de la croissance de ses émissions d’ici 2020.
    • La Nouvelle-Zélande annonce un objectif de réduction compris entre -10 et -20% en 2020 par rapport à 1990 ; l’objectif sera fixé en fonction du résultat de l’accord international. Les émissions de la Nouvelle-Zélande ont explosé de 24% en 2008 par rapport à 1990, alors que l’accord de Kyoto prévoyait une stagnation des émissions ; la croissance serait principalement due aux émissions liées à l’agriculture (principalement à cause du méthane). Le gouvernement et le monde économique déclare que l’objectif est à la fois « ambitieux et réalisable », ce qui est vrai ; les environnementalistes disent qu’il n’est pas assez ambitieux, ce qui est également vrai (l’objectif pour les pays développés devrait se situer entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990)…
    • Lors d’un forum des chefs d’Etat du Pacifique en Australie, les petits Etats-îles du Pacifique réitèrent une fois de plus leur demande de réductions drastiques des émissions mondiales (-45% en 2020 et -85% en 2050 par rapport à 1990). L’Australie a annoncé une aide de 42 millions de $ US à destination des petits-Etats-îles du Pacifique pour assurer l’adaptation et la recherche notamment.
    • Déforestation : les données officielles du Brésil indiquent une accélération de la déforestation. Le taux de déforestation a été multiplié par 4 entre le mois de mai et celui de juin pour atteindre une destruction de 578 km² en un mois.
    • Le Ministre de l’environnement Péruvien a annoncé qu’il allait constituer un fonds pour pouvoir rémunérer les indiens pour la conservation de la forêt tropicale. Ce dispositif doit utiliser des ressources issues de REDD (en cours de négociations).