Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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Le point sur les promesses d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des négociations sur le climat

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Une étude de Le Quéré et al. vient de paraître dans Nature Geoscience, indiquant que les émissions de CO2 d’origine énergétique ont augmenté de 48% entre 1990 et 2008. Mais surtout, l’étude indique, malgré une forte incertitude, une réduction des puits naturels de carbone (océan, biosphère), puisque le carbone émis restant dans l’atmosphère chaque année serait passé de 40% à 45% entre 1959 et 2008 (voir le résumé sur le blog Libé Sciences). Cette étude renforce les craintes de l’activation de « rétroactions positives », qui accentueraient/accélèreraient le changement climatique.

Toujours est-il que les petites négociations des petits humains continuent, afin de pouvoir ralentir et atténuer la catastrophe en cours. Il est peut-être nécessaire de faire le point sur l’état des engagements des pays développés (dits de « l’Annexe I »), élément clé de la négociation en cours.

Le GIEC a établi un scénario qui permettrait de limiter le « réchauffement à 2°C en 2100 », objectif politique maintenant largement repris (même si certains y renoncent), voir le post ici). En fait, pour être précis, le scénario du GIEC vise à limiter le réchauffement entre 2,1 et 2,4°C à long terme. Ce scénario oblige une déviation substantielle des pays émergents de leur scénario « business as usual » et une réduction de 25 à 40% des émissions des pays développés en 2020 par rapport à 1990. Sachant que même en respectant ce scénario, d’après plusieurs études, il y a environ une chance sur deux de dépasser l’objectif du 2°C en 2100. Il faudrait donc viser le haut de la fourchette.

L’insuffisance incontestable des engagements des pays industrialisés

Lors de la dernière séance de négociations, plusieurs chiffres ont circulé, relativement semblables et indiquant l’insuffisance des efforts des pays développés. Mais reprenons les plus officiels : ceux compilés par le secrétariat de la convention des Nations unies contre les changements climatiques (UNFCCC).

En agrégeant tous les engagements des pays développés (y compris les Etats-Unis), la réduction de leurs émissions n’atteindrait que 11 à 14% en 2020 par rapport à 1990. Ce qui serait très insuffisant en comparaison avec le scénario du GIEC (motif de blocage des négociations).

Une autre source est cet intéressant document du WRI, qui propose d’effectuer une comparaison en termes de réduction absolues, par tête et en intensité énergétique. Le premier indicateur permet de juger de l’efficacité environnementale des objectifs ; le second permet de juger de la tendance en termes d’équité ; le troisième permet de mesurer l’effort imposé à l’économie.

Ce qui est intéressant avec cette analyse est que concernant les Etats-Unis, elle ne considère pas uniquement les engagements obtenus par le système du cap and trade inclus dans la législation en cours de discussion devant le Congrès (ACESA ou CEJAPA, suivant quelle version considérée), mais également les réductions qui pourraient avoir lieu par ailleurs dans d’autres mesures (standards d’efficacité…) et par de la compensation (voir le détail de l’étude du WRI sur les Etats-Unis ici). Concernant la compensation, l’étude considère que celle-ci est bien effective et additionnelle aux réductions effectuées par les pays en développement.

L’étude prend pour chaque pays les engagements faibles et les engagements forts annoncés, ce qui permet d’établir des fourchettes.

Concernant les réductions absolues, les conclusions du WRI sont très similaires à celles du secrétariat, indiquant qu’elles n’atteindraient que 10% par rapport à 1990 (dans le cas des engagements faibles) et 24% (dans le cas d’engagements forts et d’inclusion du changement d’usage des sols). Dans le meilleur des cas, les pays développés n’atteignent pas même le minimum de la fourchette identifiée par le GIEC ; on est loin des 40% de réduction demandés par les pays pauvres afin de minimiser d’autant les risques d’un dépassement du 2°C.

Le choix de l’année de référence

Le choix de l’année de référence est source d’intenses négociations, certains pays voulant abandonner 1990 pour 2000 ou 2005. Cette bataille s’explique parce que la répartition des émissions de GES a évalué en 15 ans : la chute de l’URSS et l’administration Bush sont passées par là. L’ex URSS a intérêt à garder 1990 comme année de référence car cela permet une augmentation des émissions par rapport à aujourd’hui, tout en affichant une réduction par rapport à 1990 (les émissions s’étant effondrées entre temps). Inversement, les USA ont intérêt à ce que l’année de référence soit la plus tardive possible : leurs émissions ayant augmenté, le même objectif en valeur absolue se traduit par une plus forte réduction en pourcentage avec 2005 comme année de référence qu’avec 1990. Voir la comparaison ci-dessous (avec 2005 en année de référence, les Etats-Unis sont bien plus ambitieux en termes de réductions relatives que l’UE !).

Mais soyons honnête : il serait plus logique de garder 1990. D’abord parce que c’est l’année de référence du protocole de Kyoto, ensuite parce que le scénario du GIEC repose sur 1990 (il faudrait donc tout actualiser), enfin parce que -si on ne regarde que les réductions en %- il est logique de récompensé ceux qui n’ont pas attendu pour agir (l’UE en particulier).

Emissions par têtes

L’idée est qu’à long terme, les émissions par tête devraient tendre à s’égaliser, sur la base d’un principe simple : tous les humains ont droit de jouir à égalité de la ressource « atmosphère ».

Le tableau ci-dessous regroupe les émissions par têtes.

On remarque l’évolution des émissions par tête de la Russie, avec une forte augmentation par rapport à 2005… Clairement, l’engagement de la Russie n’est pas équitable.

Intensité carbone de l’économie

Afin de pouvoir comparer les économies, cet indicateur fait le ratio des émissions par la création de richesse.

Intensité carbone de l’économie (en GgCO2 équiv./million § de 1990)

On remarque la très faible intensité actuelle et future de la Norvège ; les Etats-Unis se rapprocheraient de l’intensité de l’UE ; la Russie verrait son intensité carbone diminuer significativement malgré un niveau encore élevé.

En conclusion

JL Borloo a raison de dire qu’on a un problème avec les Etats-Unis, si on considère uniquement les réductions domestiques par cap and trade, ce qu’on fait généralement. L’étude du WRI donne un peu d’espoir, en indiquant qu’en utilisant des mécanismes de flexibilité, les Etats-Unis peuvent aller plus loin, et presque rejoindre l’UE en termes de réductions par rapport à 1990. Mais dans ce cas, on peut considérer c’est l’UE qui ne va pas assez loin, puisque cette dernière n’a pas le retard accumulé par les Etats-Unis sous l’administration Bush.

Oui, les Etats-Unis n’ont pas annoncé d’objectifs chiffrés pour l’instant ; mais comme l’a souligné Yvo de Boer lors de la conclusion des discussions de Barcelone, ils pourraient venir avec un chiffre à Copenhague, il faut qu’ils le fassent. Et dans ce cas, l’UE ne sera plus forcément à son avantage avec son petit 30% de réductions…

Désolé pour la mauvaise qualité des tableaux et diagramme ci-dessus… vous pouvez les retrouver dans le document original.

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Position de l’Afrique dans les négociations internationales : position de Zenawi ambitieuse et équilibrée

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Suite à l’article précédent sur la position de l’Afrique dans les négociations internationales.

Comme je l’écrivais et comme cela a été relevé par certains médias, la délégation commune pour l’Afrique a déclaré par l’intermédiaire du premier ministre Ethiopien Zenawy qu’elle serait prête à « quitter les discussions » si celles-ci sont inacceptables pour le continent.

Le discours de M. Zenawy est disponible ici… et le lire en entier donne un meilleur aperçu de la position de l’Afrique pour les discussions, qui est bien plus équilibré que la simple menace de quitter les discussions.

M. Zenawy déclare que, bien qu’ayant conscience de l’absence de responsabilité de l’Afrique dans le réchauffement actuel, la délégation refuse d’adopter une position de défense exclusive des intérêts africains, qui reposerait uniquement sur la réclamation de dédommagement correspondants aux dégats. L’Afrique s’apprête à peser de tout son poids pour atténuer autant que possible le réchauffement, au alentours de 2°C, dans un souci de « destinée commune de l’humanité ».  Si l’Afrique ne peut pas faire grand chose pour atteindre cet objectif, le continent noir refuse de jouer au « passager clandestin » (free riders), et veut agir là où il peut : sauvergarder les forêts équatoriales, replanter les lieux dégradés… Le développement souhaité est directement « vert », grâce à l’adoption des meilleures technologies immédiatement.

Certes, toutes ces paroles sont des déclarations de principes, lors d’un court discours. Mais le positionnement d’un quart des pays des Nations Unies n’est pas si radical et paraît plutôt équilibré au final.

Voir également le « Statement » issu de la réunion et qui sera adressé aux chefs d’Etat lors du prochain G20 à Pittsburg.

Position durcie de l’Afrique dans les négociations internationales sur le climat

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La situation de l’Afrique, dans les négociations internationale, est particulière : principale victime et peu responsable des émissions de gaz à effet de serre (GES), le continent noir vise un accord réellement ambitieux à Copenhague.

  • Lors d’une réunion à Addis Abeba lors de la dernière semaine d’août les gouvernements ont discuté de leurs besoins de financements. Il les estiment à 67 milliards de $ par an pour l’adaptation et à 200 milliards de $ par an pour l’atténuation (développement sans émissions de GES). Mais l’argent ne suffira pas : le transfert de technologie et les capacités de constructions doivent être également comprises dans l’accord, selon l’Union Africaine. Les mécanismes de financements actuels (issus du protocole de Kyoto) ne sont pas adaptés au continent : l’Afrique n’héberge que 32 des 1800 « Mécanismes de développement propres », sensés permettre des transferts de technologie.
  • Comme le rappelle cet article, malgré une position commune, les pays d’Afrique n’ont pas tous les mêmes intérêts. Par exemple, concernant le mécanisme REDD qui vise à permettre des transferts de capitaux en échange de préservation de la forêt, il est évident que le Congo est bien plus concerné que le Soudan… Les gains financiers potentiels découlants de ce mécanisme sont très disparates. Pourtant ils se sont mis d’accord pour une représentation unique afin d’être plus forts, ce qui indique le niveau d’inquiétude du continent.
  • Les données scientifiques en Afrique manquent cruellement : la connaissance des impacts du réchauffement climatique est malheureusement limitée et probablement sous-estimée. Et lorsque les connaissances s’améliorent, ce n’est généralement pas pour rassurer les Africains. Une étude  proposée par une entreprises d’analyse des risques globaux (Maplecroft) a classé les pays selon leur degré de risques liés aux changements climatiques. Sur les 28 pays classés dans « risques extrêmes », 22 sont Africains. En comparaison, la plupart des pays développés (responsables des émissions) sont classés dans les catégories « risques faibles »  ou « très faibles ».
  • Dans ce contexte, les pays africains font monter la pression (voir ici également ou cet article du monde). Lors d’une seconde réunion à Addis Abeba le 3 septembre (Forum de Partenariat Africain), le Premier Ministre Ethiopien Meles Zenawi a prévenu que l’Afrique ne validerait pas un accord ne correspondant pas aux exigences minimales du continent. Il a même menacé de quitter les négociations en cas de discussions dangereuses.

Peu de temps avant, lors d’une réunion spéciale de l’Union Africaine en Libye, les 53 membres de l’UA ont  décidé de confier à Meles Zenawi la direction de la délégation unique qui se rendra à Copenhague. Cette désignation qui devrait renforcer la voix de l’Afrique est le fruit de 7 ans de travail de l’Union Africaine.

La position défendue est celle élaborée depuis quelques mois/semaines :

– réductions des pays développés de 40% de leurs émissions en 2020 et de 80% en 2050 par rapport à 1990. Cette position est en accord avec les exigences portées par la Chine et l’Inde notamment et elle correspond au haut de la fourchette des besoins de réductions d’après le GIEC pour limiter le réchauffement à 2°C.

-67 milliards de dollars par an au titre de l’adaptation. (Pour comparaison, daprès le Graham Research Institute, le changement climatique pourrait coûte 30 milliards de$ par d’ici 2015 et entre 50 et 100 milliards par an d’ici 2030)

-200 milliards de dollars par an au titre de l’atténuation.

-modification du régime de propriété intellectuelle pour le solaire et autres technologies vertes afin de faciliter leur accessibilité.

Ces revendications ne semblent pas dépasser les besoins nécessaires, au regard des connaissances actuelles.

  • L’Afrique du Sud est en train d’élaborer sa stratégie de lutte contre le changement climatique (atténuation et adapation), qui sera progressivement mise en place entre 2010 et 2012.

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (2)

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Voir l’article précédent.

  • Des officiels chinois déclarent que la Chine considère que le monde ne peut pas se permettre un échec à Copenhague… mais elle réaffirme avec force que l’objectif de -40% par rapport à 1990 pour les pays industrialisés est un objectif équitable au regard de la responsabilité historique. La Chine rappelle se engagements en faveur de l’efficacité énergétique, des renouvelables, de la sensibilisation… mais n’a pas encore projeté le pic de ses émissions. L’engagement « mesurable et vérifiable » (terme officiel des négociations) de la Chine repose seulement  sur une diminution de l’intensité énergétique de son économie (quantité d’énergie par point de PIB) de 20% d’ici 2020.
  • La Corée du Sud annonce (voir également ici) qu’elle va s’engager dans une démarche favorable au climat en se fixant des objectifs volontaires. Le gouvernement décidera parmi trois objectifs potentiels : -4%, 0% ou +8% en 2020 par rapport à 2005. Cette annonce du pays de l’OCDE à la croissance la plus rapide des émissions est plutôt de bon augure puisqu’elle montre le chemin d’engagements volontaires est possibles… petit message envoyé à la Chine ?

Rappelons que la Corée du Sud est le pays dont le plan de relance est le seul réellement vert (avec 2% du PIB investit en 5 ans dans l’économie verte -économies d’énergies, réseaux intelligents, renouvelables…-).

  • Des officiels de l’Afrique du Sud montent le ton : l’Afrique du Sud est l’un des pays leader du groupe des pays africains, qui tentent de s’unir (voir par exemple cet article) dans le cadre des négociations internationales.

Dans une déclaration du 5 août, Alf Wills, un des responsable du ministère de l’environnement, déclare que s’il n’y a pas d’argent, il n’y aura pas d’accord avec les pays africains.  Le besoins représentent 1% du PIB global, qui devrait être dégagé par les pays développés. Il rappelle que l’Afrique est particulièrement affectée par les changements climatiques alors qu’elle est la moins responsable. Les pays en développement et les populations pauvres ont besoins de soutiens pour s’adapter et acquérir des technologies moins polluantes lors de leur développement.

  • Le Mexique, pays pro-actif dans les négociations internationales, annonce qu’il souhaite arriver à Copenhague avec un plan détaillé de réduction de la croissance de ses émissions d’ici 2020.
  • La Nouvelle-Zélande annonce un objectif de réduction compris entre -10 et -20% en 2020 par rapport à 1990 ; l’objectif sera fixé en fonction du résultat de l’accord international. Les émissions de la Nouvelle-Zélande ont explosé de 24% en 2008 par rapport à 1990, alors que l’accord de Kyoto prévoyait une stagnation des émissions ; la croissance serait principalement due aux émissions liées à l’agriculture (principalement à cause du méthane). Le gouvernement et le monde économique déclare que l’objectif est à la fois « ambitieux et réalisable », ce qui est vrai ; les environnementalistes disent qu’il n’est pas assez ambitieux, ce qui est également vrai (l’objectif pour les pays développés devrait se situer entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990)…
  • Lors d’un forum des chefs d’Etat du Pacifique en Australie, les petits Etats-îles du Pacifique réitèrent une fois de plus leur demande de réductions drastiques des émissions mondiales (-45% en 2020 et -85% en 2050 par rapport à 1990). L’Australie a annoncé une aide de 42 millions de $ US à destination des petits-Etats-îles du Pacifique pour assurer l’adaptation et la recherche notamment.
  • Déforestation : les données officielles du Brésil indiquent une accélération de la déforestation. Le taux de déforestation a été multiplié par 4 entre le mois de mai et celui de juin pour atteindre une destruction de 578 km² en un mois.
  • Le Ministre de l’environnement Péruvien a annoncé qu’il allait constituer un fonds pour pouvoir rémunérer les indiens pour la conservation de la forêt tropicale. Ce dispositif doit utiliser des ressources issues de REDD (en cours de négociations).