Changements Climatiques

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Copenhague : promesses des pays développés

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Suites aux articles déjà écrits sur le sujet sur ce modeste blog, je recommande activement l’utilisation de ce module interactif proposé par le World Ressource Institute et qui permet de visualiser les engagements des Pays de l’Annexe I

Written by ToM

9 décembre 2009 at 17 h 43 mi

Engagments chiffrés de la Chine sur la réductions des gaz à effet de serre : éléments d’analyse

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La Chine a annoncé, hier jeudi 26, des engagements chiffrés pour les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Parvenant peu de temps après l’annonce des Etats-Unis d’engagement chiffrés, elle-même parvenant après le renforcement des engagements de la Russie -voir le post-, cet engagement chinois a été largement salué sur la scène internationale. Mais que signifie cet engagement ?

L’annonce

L’annonce faite par Hu Jintao est la réduction de l’intensité carbone de l’économie chinoise de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2020.  Rappelons que l’intensité carbone d’une économie se définit comme la quantité moyenne de carbone nécessaire pour produire une unité de PIB. A titre de comparaison, l’intensité carbone de l’économie chinoise (2,68 kgCO2/US$) est à peu près dix fois supérieure à celle de la France (0,26 kgCO2/US$) et 5 fois supérieure à celle des Etats-Unis (0,51 kgCO2/US$).

Ce choix d’un chiffre relatif à l’activité économique s’explique par la volonté de ne pas accepter un volume fixe d’émissions à un horizon donné, qui impliquerait potentiellement de sacrifier de la croissance si celle-ci était très forte. L’incertitude concernant la croissance future de la Chine (contexte de crise, croissance démographique) pousse les décideurs à ne pas s’engager sur des scénarios de croissance et donc à refuser tout engagement en valeur absolue. Mais que signifie cet engagement ?

Ce que la Chine pourrait faire

L’excellent document d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique cite lui-même un rapport de l’Académie Chinoise des Sciences qui propose le scénario suivant:

-une croissance  constante de 6,8% par an entre 2005 et 2020

-une réduction de l’intensité carbone de 50% en 2020 par rapport à 2005

-un renforcement de l’efficacité énergétique de +40 à +60%, accompagné de transferts de technologies

Résultat : en 2020, les émissions chinoises augmenteraient de 34% (seulement) par rapport à 2005. Ceci est nettement moins qu’une demande de l’UE qui, par modélisation, arrive à une augmentation de 55% en 2020. On voit sur le graphique ci-dessous que le scénario « business as usual » conduirait à une augmentation de quasiment 100% en 2020 par rapport à 2005.

Le scénario proposé par l’Académie Chinoise des Sciences serait donc très satisfaisant, puisque la condition à remplir pour atteindre l’objectif « +2°C » d’après le GIEC est une « déviation substantielle » (on considère 15 à 30%) par rapport à la trajectoire Business As Usual.

On se permettra néanmoins de remettre (partiellement au moins) en question la pertinence des objectifs fixés par le GIEC en 2007, au regard des nouvelles données, qui tendent plutôt à faire croire que des objectifs encore plus ambitieux à l’échelle mondiale seraient nécessaire.

Ce que la Chine annonce qu’elle fera

Evidemment, ce scénario ne correspond pas à la proposition de Hu Jintao qui évoque une réduction de l’intensité carbone moindre. Mais cette dernière reste très significative et peut paraître assez satisfaisante.

Concernant la réduction de l’intensité énergétique, la Chine s’est déjà fixé des objectifs (ambitieux) dans le 11ème plan quinquennal : -20% en 2010 par rapport à 2005. Cependant cet objectif ne sera probablement pas atteint, puisque la baisse de l’intensité énergétique n’était que de 3,3% en 2008. Nul doute que la Chine prendra de nouveaux engagements internes sur cet indicateur lors de son prochain plan quinquennal. Reste à savoir combien à quel niveau et s’ils seront atteints.

Concernant les transferts de technologie, tout dépend de l’accord international (cela ne dépend pas de la Chine).  Pékin est progressivement en train de revoir sa position, même si elle soutien toujours les propositions du G77. La Chine considère de plus en plus sa capacité propre à l’innovation, ce qui l’oblige à avoir un nouveau regard sur les droits de propriété intellectuelle.

Le problème de fixer à la Chine un objectif en termes d’intensité carbone est que cela ne permet pas la comparaison des efforts entre pays, ce qui est pourtant un point important pour un accord international. Cela pourrait conduire indirectement à des injustices (inéquités), en fonction de la répartition de la croissance entre les pays.

La Chine fait déjà beaucoup

Occidentaux que nous sommes, nous avons facilement tendance à taper sur les méchants chinois pollueurs. Pourtant, Yvo de Boer (peu suspect de faire des déclarations intéressées ou influencées) a souligné, il a quelques semaines, l’extrême engagement des dirigeants chinois et l’importance des mesures nationales prises par la Chine.

L’action politique du gouvernement central est réelle, même s’il doit régulièrement faire face à des difficultés d’application des politiques puisque les gouvernements locaux sont généralement peu enclins, eux, à établir des mesures de protection de l’environnement.

Nous oublions également facilement que la pollution chinoise, ou comptabilisée comme telle, est en bonne partie due à des production de biens consommés par les occidentaux. Nous avons délocalisés nos pollutions en même temps que nos emplois.

Quelques réflexions

Les choses avancent avec les déclarations russes, américaines et chinoises.  Il manque l’Inde. Cependant, les avancées restent relativement limitées, car ce sont des annonces qu’on pouvait raisonnablement espérer. Si c’est une anticipation d’annonces encore plus ambitieuses à Copenhague, alors on peut se réjouir. En revanche, si chacun abat ses cartes de manière définitive, alors l’accord restera très difficile.

On peut espérer qu’il s’agisse de la première option puisque, par exemple, les Etats-Unis pourraient revoir sérieusement leurs objectifs à la hausse (à un niveau permettant un accord), s’ils incluent certains mécanismes de flexibilité. Mais là encore, cela pose de nouvelles questions : ces mécanismes de flexibilité seront-ils fiables ?

Et quel que soit l’accord, il ne faudra pas oublier de le remettre dans son contexte : la géophysique. S’il ne peut pas permettre d’atteindre le +2°C (ce qu’on peut sérieusement craindre, même dans le cas d’un accord jugé « ambitieux » en termes de relations internationales), il faudra l’assumer.

Bref, la porte de Copenhague ne s’est pas définitivement fermée, elle s’est même un peu rouverte.

EDIT : Le WRI semble tirer un constat similaire : lannonce de la Chine est relativement satisfaisante.

Vers Copenhague : suivi des positions (4)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2)(3).

  • Afrique. Lors d’une réunion qui se tiendra en Libye la semaine prochaine, les leaders africains se pencheront sur une position commune élaborée par l’Union Africaine qui demande au minimum 67 milliards de dollars par an (0.5% du PIB des pays industrialisés) afin d’aider à l’adaptation. Parallèlement les pays industrialisés devraient réduire leurs émissions de 40% en 2020 par rapport à 1990.

Voir également ici.

  • Inde et Chine. Toujours dans une position ferme sur la scène internationale, le ministre indien de l’environnement -Jairam Ramesh- lors d’une rencontre avec le leader chinois des négociations -Xie Zhenhua- a déclaré que l’Inde et la Chine ne sont pas des forces « négatives et obstructives », mais qu’elles souhaitent un accord international à Copenhague. Il a déclaré que les deux pays ont conscience de « faire partie de la solution » et qu’ils sauront « répondre très positivement » à tout changement de position de la part des pays industrialisés qui irait dans le sens des exigences de deux pays (revendication centrale : -40% d’émissions en 2020 par rapport à 1990).

Les deux pays discutent de savoir quand leurs émissions pourraient atteindre leur maximum.

Par ailleurs, l’Inde aurait besoin de 5 millards de $ par an entre 2012 et 2017, en plus de son plan d’investissement actuel, pour permettre une transition vers une économie décarbonée (étude de l’UNDP).

La Chine a commencé à travailler mardi dernier sur une résolution relative au climat qui pourrait accélérer l’action positive du gouvernement chinois. Bien que les termes soient très généraux pour l’instant, on peut espérer que ce sera l’occasion pour le Congrès National du Peuple de prendre en considération l’étude publiée il y a deux semaine (voir ici), indiquant que la Chine pourrait très bien voir ses émissions atteindre leur maximum en 2030.

  • Etats-Unis. La plus grande « organisation de business » demande à l’EPA (agence national pour l’environnement) de lancer un grande débat sur les fondements scientifiques concernant le changement climatique. Cette demande (qui pourrait donner lieu à un conflit devant les tribunaux) fait suite à la déclaration en Avril dernier par l’EPA que les gaz à effet de serre sont néfastes pour la santé et le bien-être publics.

Parallèlement, la mobilisation s’organise pour essayer de renforcer la loi sur le Climat, qui sera examinée prochainement par le Sénat américain. La pression internationale augmente également, avec les déclarations du ministre suédois de l’Environnement -Andrea Carlgren- qui souligne la nécessité que le Congrès valide la loi du le climat, afin de permettre l’avancée dans les négociations internationales.

  • France. Lors de la conférence annuelle des Ambassadeurs de France, Nicolas Sarkozy a rappelé l’importance d’une action forte des pays industrialisés pour permettre un accord à Copenhague (en nommant les Etats-Unis). Il a appelé à la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. Sur la question énergétique, il s’est (encore et toujours) fait le chantre du nucléaire civil.
  • Suisse. La Suisse a annoncé mercredi son engagement à une réduction de 20% de ses émissions en 2020 par rapport à 2050 et à 30% en cas d’accord international. En gros : la Suisse s’aligne sur l’Union Européenne. Et encore une fois, on peut dire : peut mieux faire (l’objectif des pays industrialisés devrait être fixé entre 25 et 40% de réductions afin d’atteindre l’objectif de max +2°C).

Une solution toute hélvétique serait la mobilisation massive de l’opinion publique (qui peut exiger la réalisation d’un référendum avec 100 000 signatures).

Edit :

  • Japon. La victoire historique des démocrates au Japon est de bon augure pour la politique nippone sur le climat : voir le post sur le sujet. On attend maintenant les prises de décisions…

Alerte pour Copenhague : les discussions à Bonn montrent le manque d’engagement des pays industrialisés

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Les choses bougent dans le cadre des négociations « informelles » à Bonn…

L’analyse des données officielles (annonces par les gouvernements de leurs objectifs de réductions) réalisée par l’UNFCCC montre que, dans l’état actuel des choses, les pays industrialisés ne réduiraient leurs émissions que de 15 à 21% en 2020 par rapport à 1990. En considérant le changement d’usage des sols (agriculture notamment), le chiffre passe entre -13 et -20% en 2020 par rapport à 1990.

Ces chiffres n’incluent pas les Etats-Unis, puisqu’ils n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto… s’ils étaient inclus, ils ne feraient que diminuer encore la moyenne, puisque la loi Waxman-Markey prévoit une réduction de -14% en 2020 par rapport à 1990.

Quoi qu’il en soit, ces projections prouvent que les pays développés ne sont pas dans les clous : le rapport du GIEC projette un besoin de réduction compris entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990 pour les pays industrialisés, et une déviation significative pour les pays émergents par rapport à la tendance pour pouvoir espérer une atténuation du réchauffement à 2°C.

Pour une autre étude alarmante sur les engagements des pays, se reporter à cet article de Nature (Halfway to Copenhagen, no way to 2 degrees) paru au mois de juin.

Dans ces conditions, l’argumentaire de la Chine et de l’Inde selon lequel les pays industrialisés ne vont pas assez loin sort particulièrement renforcé.

Dépêche Reuteurs :

Rich nations offer 15-21 pct CO2 cuts by 2020-UN

By Alister Doyle, Environment Correspondent

BONN, Germany, Aug 11 (Reuters) – Industrialised nations excluding the United States are planning cuts in greenhouse gas emissions of between 15 and 21 percent below 1990 levels by 2020 under a new U.N. climate pact, official data showed on Tuesday.

The numbers, issued to delegates at Aug. 10-14 U.N. climate talks in Bonn, fall short of cuts of between 25 and 40 percent outlined by a U.N. panel of scientists to avert the worst of global warming such as heatwaves, floods and rising sea levels.

« Emissions … are expected to be between 15 and 21 percent below 1990 levels by 2020, » the U.N. Climate Secretariat said of the figures, compiled from widely differing plans by nations including Russia, Japan, Canada and European Union members.

Overall emissions by the 39 industrialised nations, based on the existing plans, would fall to the equivalent of between 10.71 and 9.86 billion tonnes of carbon dioxide in 2020 from 12.53 billion tonnes in 1990.

The data excludes the United States, the top greenhouse gas emitter after China, which is outside the current Kyoto Protocol obliging all other industrialised nations to cut emissions by an average of at least 5 percent below 1990 levels by 2008-12.

The 2020 numbers include a promise by New Zealand on Monday to cut emissions by 10-20 percent. Environmentalists criticised that goal for hinging on conditions such as agreement at U.N. talks in Copenhagen in December on a strong new climate deal.

The EU, Switzerland, Norway and Liechtenstein are offering the deepest cuts — some with strings attached — according to the plans. Canada, Japan, Belarus and Russia are among those planning smaller reductions.

Inclusion of the United States would reduce the overall ambition since President Barack Obama aims to return U.S. emissions to 1990 levels by 2020, a cut of about 14 percent from current levels after a sharp rise since 1990.

BUSH LEGACY

Former President George W. Bush said Kyoto would be too costly and wrongly excluded 2012 targets for developing nations such as China, India and Brazil.

National submissions use widely varying assumptions, such as the use of forests which soak up carbon dioxide as they grow. Including changes in land use and forestry, emissions would fall by between 13 and 20 percent by 2020, the data show.

Yvo de Boer, head of the U.N. Climate Change Secretariat, said earlier 2020 pledges were « miles away » from the ambition needed to meet a goal by Group of Eight leaders at a July summit in Italy to cut emissions by 80 percent by 2050.

He also told Reuters the Bonn talks among 180 nations had « got off to a good start » to address huge tasks such as shortening a contentious 200-page draft text for a global U.N. climate accord to succeed Kyoto in Copenhagen.

The chief climate negotiator for Sweden, which holds the rotating presidency of the European Union, saw signs of hope.

« I think we have a slightly positive dynamic, » Anders Turesson told Reuters. « On some issues I can sense some progress. »

He welcomed the fact major emitters at a summit last month in Italy, including the G8 and China and India, had backed a broad scientific view that global warming should be limited to below 2 Celsius (3.6 Fahrenheit) above pre-industrial times.