Changements Climatiques

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UE : sueurs froides d’un climat toujours plus chaud

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.


Lors du dernier Conseil Européen, les pays membres de l’UE se sont positionnés en vue de Cancun. Pas de surprise,  mauvaise surprise.

Le climat évolue lentement ; et les négociations sur le climat, pareillement. Lorsqu’un phénomène est lent, il est difficile de dire si la situation s’améliore ou non. Pourtant il est un moment où il est nécessaire de faire le point. Et lorsque l’on se penche sur l’Union Européenne, la situation n’est pas glorieuse.

Les dernières infos de l’UE

Lors du Conseil qui s’est clôturé vendredi 29 octobre, les Etats membres se sont accordé (voir les Conclusions)  sur un positionnement globalement conservateur et peu à mène de fournir des clés pour Cancun.

Dans un texte très général, le Conseil rappelle l’importance d’agir (blabla). Il souligne l’importance de parler d’une seule voix (silence dans les rangs). Il annonce une opération transparence sur les financements (ca va faire mal… on en reparlera sûrement sur ce blog). Il rappelle l’UE ouverte pour une seconde période d’engagement sous le protocole de Kyoto… sous conditions que les exigences établies par le Conseil des ministres de l’environnement du 14 octobre soient satisfaites (chapitre des négociations qui a totalement bloqué à Tianjin… justement à cause de ces exigences).

Il déclare ensuite que l’UE reste sur son engagement de réduction de 20% d’ici 2030 par rapport à 1990 et qu’il examinera après Cancun la possibilité d’aller à 30% (après qu’un nouveau document soit produit par le Conseil au printemps). Il n’y a rien de très nouveau, mais cela reste lamentable.

Entêtement européen

Peu importe de savoir que les émissions de 2009 se trouvent à un niveau inférieur de 17,9% par rapport à 1990 (voir les déclarations ici et ici de l’Agence Européenne de l’Environnement). Peu importe le document de la Commission Européenne qui poussait à un passage immédiat à 30% de réductions (avant que sa conclusion ne soit revue en sens inverse pour satisfaire certains Etats membres) et que certains Ministres (dont JL Borloo) se soient clairement positionnés en faveur de cet objectif  (voir ici par exemple). Peu importe de savoir que certaines études ont montré la possibilité d’aller à -40% dès 2020 (voir ici). Peu importe que le niveau aggloméré de promesses de réductions des pays développés soit clairement inférieur à ce qui est requis pour atteindre l’objectif que l’UE prétend vouloir atteindre (2°C de réchauffement en 2100) -et que cela est une pierre d’angle des négociations-.

Non, peu importe. L’Union Européenne restera fière à Cancun affirmant son leadership environnemental -qui n’est plus- et participera au blocage général. Blocage  qui est, en premier lieu, causé par le manque d’engagement d’atténuation des émissions des pays développés (même si, bien entendu, il existe d’autres questions difficiles). Reporter aussi clairement au printemps prochain l’éventualité d’un engagement à 30% revient à supprimer tout marge de manœuvre aux négociateurs ; c’est empêcher toute évolution ; c’est participer au blocage.

Cela est difficilement compréhensible, car l’UE est dans une position qui pourrait lui être bénéfique : du fait de son effort amorcé depuis le début des années 2000, elle pourrait sans peine prendre un réel leadership et construire dès maintenant l’économie du future -sur laquelle tout le monde s’accorde à dire qui faudra qu’elle existe-.

A Copenhague, je croyais que les positionnements opérés pendant les mois avant la conférence cachaient des positions en fait plus offensives qui seraient dévoilées lors des négociations finales. Mais il n’y a jamais eu de partie de poker menteur ultime : pas d’avancée majeure. Et il n’y a aucune raison qu’à Cancun celle-ci ait lieu, tant la pression est moindre et les attentes faibles.

Scénarios catastrophe pour Cancun ?

Le scénario catastrophe serait une absence de Décisions à cause d’un blocage qui s’expliquerait ainsi : tout le monde s’accorde sur la nécessité d’avancer de manière équilibrée sur tous les chapitres de discussions. Si quelque chose bloque tout bloque. Or le chapitre sur les réductions d’émissions bloque clairement (notamment à cause de l’UE).

Un scénario semi positif ? Que certains chapitres avancent plus que d’autres (les pays en développement lâchant du lest pour ne pas tout perdre).

Un scénario vraiment positif ? Une réelle série de décisions sur tous les chapitres des négociations. Inespéré.

Le récent succès de la conférence de Nagoya sur la biodiversité permet de croire encore à la possibilité d’avancer dans le cadre d’un processus multilatéral. En face de cela, une phrase du Conseil Européen n’est pas rassurante :

Tout en cherchant à obtenir un accord international, l’UE s’emploiera également à adopter une approche plus diversifiée pour la collaboration avec les principaux partenaires dans des domaines d’intérêt mutuel susceptibles de les aider à réduire leurs émissions.

En clair (dans sa compréhension la plus pessimiste) : l’UE commence à envisager d’autres manières d’organiser l’action internationale.

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Copenhague : la note du Conseil d’Analyse Stratégique bien optimiste…

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Le Conseil d’Analyse Stratégique a produit une note d’analyse de l’accord de Copenhage. Intéressante à lire car elle fait plutôt un bon état des lieux, certains points de positionnement du CAS sont cependant inquiétants. Explications.

Sur la perte d’influence de l’UE, le CAS est assez objectif : l’accord de Copenhague s’est réalisé principalement par un dialogue sino-américain plus quelques émergents mais sans l’UE. Celle-ci s’est pris une claque et a été contrainte d’accepter l’accord « faute de mieux » (dixit le CAS). On peut dire merci aux Danois pour leur présidence calamiteuse et à la France pour la cacophonie (cacophonie que le CAS constate, sans désigner de coupable !).

Mais ce qui inquiète, c’est l’obstination du CAS à vouloir trouver des aspects positifs afin de pouvoir parler de « demi-succès ». Comment parler de « demi succès » alors qu’on ne connaitra l’ampleur des engagements à agir de la part des pays que fin janvier, lorsque tous auront donné les engagements de réduction qu’ils veulent bien suivre ? Comment parler de demi succès alors qu’il n’y a pas d’objectifs globaux d’atténuation, ce qui est pourtant l’essence de l’action internationale contre les changements climatiques ?

Une petite remarque au passage : on peut avoir beau jeu de se fixer un objectif en terme de température (+2°C en 2100, comme dit l’accord de Copenhague), mais sans en tirer les conséquences en termes d’émissions, ca ne sert à rien ! Et puis, c’est une mauvaise facon de raisonner (mais j’y reviendrai dans un article à venir).

Et je crois que la palme de l’imbécilité dans l’accord de Copenhague est dans la petite phrase qui dit en résumé « on se fixe l’objectif de +2°C, et on verra plus tard si on rabaisse à +1,5°C »… On sait parfaitement que les années à venir sont absolument cruciales pour pouvoir atteindre un objectif aussi ambitieux que le +1,5°C, que c’est dans les 15 ans à venir que cet objectif se joue. Le fait de dire, « on verra plus tard », c’est rendre caduque la possibilité d’atteindre un tel objectif. Et puis, en toute logique, on devrait commencer par l’objectif plus ambitieux puis revoir à la baisse notre ambition si on s’aperçoit qu’on n’y arrive pas ou que cela est trop coûteux, non ? Bref, cette mention du « +1,5°C » sent à plein nez le chloroforme (pour endormir les plus pauvres : Afrique, PMA, petits Etats insulaires).

Revenons au « demi-succès » du CAS. Certes, America is back. Mais il était temps.

Certes, il y a un peu d’argent sur la table, mais pas beaucoup. Et dans les 30 md de $ pour 2010 à 2012, sont inclus les financements pour REDD plus… Et surtout, sur le long terme, on n’a toujours pas avancé sur le mécanisme de financement, sur la répartition des contributions etc. On est au point mort.

Certes un mécanisme technologique devrait voir le jour… Mais il est encore mal défini, et surtout il ne prend pour l’instant pas en compte les besoins particuliers des pays les plus vulnérables (on risque d’avoir un nouveau mécanisme qui favorise les pays émergents au détriment des PMA). Cependant, il faut reconnaître que c’est l’un des dossiers qui a le plus avancé.

Certes, il y a eu quelques avancées sur le MRV (monitoring, review, verification). Mais pas de mécanisme d’observance international.

Les « avancées » constatées par le CAS sont très maigres en comparaison des manques.

Mais surtout -là où je voulais en venir-, il y a quelques positionnements du CAS qui me font froid dans le dos :

  • dans le paragraphe qui s’intitule « Vers un leadership retrouvé de l’Union européenne dans les négociations climatiques », on peut lire ceci (je souligne) :
le réajustement de la stratégie de négociation européenne est nécessaire aussi bien sur la scène internationale que communautaire. Dès le début  de l’année 2010, l’une des questions les plus urgentes sur l’agenda communautaire sera de déterminer l’engagement de réduction des émissions européennes d’ici à 2020 qui sera proposé à la CNUCCC. L’Union devra en effet décider d’entériner ou non la hausse de l’objectif de réduction de ses émissions de – 20 % à – 30 % qu’elle avait envisagée lors du Conseil européen du printemps 2007 . Compte tenu de l’absence d’objectifs chiffrés dans l’accord de Copenhague, du refus de l’assemblée plénière des parties de l’adopter et de l’absence de taxe aux frontières, l’UE pourrait s’en tenir, dans un premier temps, à son objectif de – 20 %. Une décision future, de réduire de 30 % les émissions communautaires ne devrait en effet être prise qu’au regard de la  comparabilité en termes économiques des efforts envisagés par les différents pays développés.
Comment dire… « leadership retrouvé » = « 20% » ?!… je ne comprends pas très bien la logique du CAS, si ce n’est une préparation du terrain pour que l’UE fasse comme les autres et joue en retrait. Et qu’elle fasse tout sauf du leadership.
  • Toujours dans le même chapitre, on peut lire ceci également :
Enfin, l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans les agendas du G-20 et du G-8 qui seront présidés par la France en 2011, pourrait constituer une opportunité supplémentaire de redonner l’initiative à l’Union européenne.
En 2011, vous dites ? Alors comme ca, l’accord global ne serait pas réglé en 2010 à Bonn puis Mexico ? On veut faire trainer la partie pour permettre à Papy-Nicolas (félicitations) de jouer le sauveur de la Terre avec les plus puissants ? Un peu de sérieux ! En 2011, on peut espérer que ce ne seront plus que les « détails » techniques qui soient négociés, pas un accord global. Or, des détails techniques, le G20 et le G8 n’ont que faire !
  • Dans la conclusion, on peut lire cela encore :

la conférence de Copenhague pourrait bien consacrer le dépassement de la gouvernance  onusienne sur le climat, qui repose sur le principe du consensus à 192. Si la logique de la conférence plénière a prévalu durant les premiers jours de la négociations, c’est bien celle du dialogue entre une trentaine de pays « délégués », puis entre les États-Unis et les pays émergents, qui aura finalement permis de parvenir à un compromis. Il est néanmoins difficile à l’heure actuelle d’entrevoir une réforme du suffrage ou du mode de représentation des États au sein de la CCNUCC (…)  Le régime du post-Kyoto pourrait donc être élaboré soit dans le cadre du G-20, qui présente l’avantage de regrouper les principaux émetteurs  de GES, mais l’inconvénient d’écarter les pays les moins avancées, les petits États insulaires et la plus grande partie de l’Afrique (hors l’Afrique du Sud), soit dans d’autres instances à définir.

Sur la limite de la procédure ONUsienne actuelle, on ne peut qu’être d’accord. Mais de là à proposer que la question soit réglée par le G20 !… Cette solution est tout simplement impossible car cela constituerait un vol supplémentaire des pays qui n’appartiennent pas au G20, les plus pauvres et qui ne sont pas responsables et pourtant durement frappés. Une telle éventualité s’apparenterait à une double spoliation même : on leur vole déjà leur part du bien commun qu’est le climat (même en cas d’accord ambitieux, ils seront affectés), et on leur volerait en plus le droit de participer au choix de notre avenir commun ?! Un règlement par le G20 serait trop scandaleux pour être acceptable et cela ne manquerait pas de créer une crise internationale majeure.

En conclusion, la note du CAS, bien que globalement intéressante, fait preuve d’un optimisme et d’analyses prospectives un peu surprenants !

Photo : récupérée ici.

J’ai choisi cette photo car elle représente, pour moi, le point de basculement de Copenhague. Le discours de B. Obama était très attendu : on savait que tout pouvait se débloquer s’il décidait de faire preuve de courage politique en allant au delà de ce que le Congrès prévoit pour l’instant pour la réduction des émissions. Les rumeurs circulaient : on espérait un -17% en 2020 par rapport à 1990 au lieu du -4% actuel (ce -17% serait possible avec l’usage de mécanismes de flexibilité notamment). Mais aucun chiffre nouveau n’est venu. A la place, un B. Obama très tendu, qui a fait un (mauvais) discours à destination des Américains et du Congrès. Imaginez ! devant une salle remplie de tous les pays du monde, il déclare que les Etats-Unis feront des réductions de GES car c’est « bon pour eux », car c’est bon pour leur « sécurité énergétique »…  En disant cela,  il signifiait  explicitement à ses « partenaires commerciaux » en matière d’énergie (pétrole, gaz) qu’il voudrait s’en défaire car il n’a pas confiance en eux ! Le discours était extrêmement mal écrit, avec des approximations en termes de chiffres (pas de citation d’année de référence par exemple). Bref, la déconfiture. J’étais dans le grand hall, devant une télévision, avec une trentaine de personnes, nos visages se sont décomposés, les quelques regards et mots échangés étaient pour dire « rien de nouveau, c’est fini ». En fait, on gardait encore un espoir très mince qu’il n’avait pas annoncé de chiffres nouveaux pour pouvoir le faire pendant les négociations en conciliabules ou en tête à tête avec la Chine… La suite on la connaît : rien de nouveau, pas d’avancée.

Atténuation des émissions de GES : l’UE doit faire plus, l’UE peut réduire de 40%

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Comme déjà écrit, les engagements des pays développés annoncés dans les promesses nationales sont insuffisants actuellement (la somme des promesses aboutit à des réductions de 10 à 24% en 2020 par rapport à 1990, alors qu’on a besoin de 25 à 40%… et plutot 40%). Au sein de ces promesses, celle de l’UE, au travers de son paquet climat-énergie, est de 30% de réduction en 2020 par rapport à 1990, sous réserve que les autres fassent des efforts comparables.

Le projet de loi examiné par le Congrès des Etats-Unis propose des engagements du même ordre de grandeur voire supérieurs à ceux de l’UE ; idem pour le Japon ; idem pour l’Australie (plan qui vient d’être rejeté par le Sénat malheureusement, mais qui sera représenté par le gouvernement)… Le problème est que tous ces Etats ont un train de retard, principalement à cause de leurs gouvernements climato-négationistes (celui de Bush en premier) ; seule l’Europe a su diminuer ses émissions de GES depuis 1990. Afin de pouvoir augmenter les réductions globales des pays développés, ce qui est nécessaire pour permettre un accord à Copenhague, l’UE doit accepter de maintenir son leadership en augmentant encore son objectif de réductions à 40%, ce qui « soulagerait » partiellement le groupe des pays industrialisés.

Le Stockholm Environment Institute vient de publier une étude qui montre qu’une telle ambition est tout à fait réaliste, et ce même en excluant les « fausse bonnes solutions ».

L’étude effectue une analyse secteur par secteur (industrie, transports, production d’électricité, bâtiments, agriculture, usage des sols…) des atténuations possibles. Elle réalise une estimation des coûts. L’étude s’intéresse également à la responsabilité financière de l’UE vis à vis des pays du sud.

Principaux résultats :

  • il est possible pour l’UE de réduire ses émissions de 40% en 2020 par rapport à 1990, puis de 90% en 2050.

Et ceci en remplissant les conditions suivantes :

– pas de nucléaire nouveau, sortie progressive du nucléaire actuel

– pas de production d’électricité à partir des énergies fossiles

– pas d’agrocarburants (européens ou étrangers)

– pas de CCS

– pas de mécanismes de compensation (offset) à l’étranger

– une approche bottom-up à partir des disponibles commercialement ou prochainement (2020-2030)

– exclusion de technologies encore trop incertaines (hydrogène, agro-carburants de seconde génération)

– réduction des inégalités entre les pays membres de l’Ue

– pleine coopération des pays membres et mise en place de politiques adaptées (ces mesures politiques sont détaillées par secteur).

  • il n’y a pas de récession économique. Dans le scénario d’atténuation, le PIB st multiplié par 1,6 en 2050 au lieu de 1,8 dans le scénario de base.

  • le coût incrémental serait, sur la période 2010-2020, de 2 000 milliards d’€, soit environ 2% du PIB de l’UE sur la même période. Les auteurs indiquent que d’autres études aux objectifs  similaires trouvent des coûts comparables (entre 1 et 3% du PIB cumulé). Cela revient à faire stagner le PIB pendant un an, puis le retour à une croissance normale ensuite.
  • Les auteurs estiment la part équitable de l’UE dans le financement destinés aux pays du sud à entre 150 et 450 milliards d’€ en 2020 (soit entre 1,1 et 3,3% du PIB projeté à cette date).

Ce scénario proposé par ce très sérieux institut de recherche offre des perspectives positives. L’approche globale (technologies, coûts, politiques, équité nord-sud), bottom-up et sectorielle est particulièrement intéressante.

Si elle veut vraiment être utile au climat tout en gardant son leadership affirmé, l’UE doit faire plus que ce qu’elle propose actuellement. Elle le peut.

Pour plus de détails méthodologiques, se reporter à l’étude directement (en anglais). Voir l’article d’Euractiv.