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Réduction d’émissions : l’Inde parle de chiffres mais refuse d’être contrainte

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Actualisation en fin d’article

D’après Reuters, le gouvernement Indien devrait annoncer dans la journée du jeudi 3 décembre des objectifs chiffrés de réduction d’émissions de l’Inde, à partir de ces objectifs domestiques.

Toujours d’après Reuters, ces objectifs pourraient être une réduction de l’intensité carbone de l’économie (indicateur similaire à celui utilisé par la Chine) de 24% en 2020 par rapport à 2005 et de 37% en 2030.

Cependant, il n’est pas clair si le gouvernement annoncerait accepter une inscription de ces chiffres dans un accord international ou non.

Rappelons que la Chine parle de réduire son intensité carbone de 40 à 45% en 2020 par rapport à 2005. Rappelons également les émissions par tête de la Chine sont de l’ordre de 5 tCO2/pers/an et que celle de l’Inde sont de 1,5 tCO2/pers/an.

Il faut attendre confirmation de cette information ; et il est trop tot pour affirmer que cet engagement rentrerait dans le cadre des recommandations du GIEC pour obtenir une limitation du réchauffement à 2°C.

Actualisation à 16h30

D’après AP, qui résume les débats parlementaires sur le sujet et l’internvation du Premier Ministre, l’Inde serait prête à réduire son intensité carbone de 20 à 25% d’ici 2020 par rapport à 2005.

Contrairement à l’annonce chinoise, je n’ai pas connaissance d’éléments permettant d’indiquer si cet engagement permettrait d’atteindre l’objectif du GIEC de dévier les émissions de 25 à 30% par rapport au scénario « Business as usual ». Il est difficile de s’exprimer sur la valeur du chiffre avancé.

Mais l’Inde affirme explicitement refuser tout objectif chiffré contraignant à l’échelle internationale ou toute année de « pic » de ses émissions. Cette position intransigeante risque de poser de sérieux problèmes lors des négociations à Copenhague.

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Engagments chiffrés de la Chine sur la réductions des gaz à effet de serre : éléments d’analyse

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La Chine a annoncé, hier jeudi 26, des engagements chiffrés pour les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Parvenant peu de temps après l’annonce des Etats-Unis d’engagement chiffrés, elle-même parvenant après le renforcement des engagements de la Russie -voir le post-, cet engagement chinois a été largement salué sur la scène internationale. Mais que signifie cet engagement ?

L’annonce

L’annonce faite par Hu Jintao est la réduction de l’intensité carbone de l’économie chinoise de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2020.  Rappelons que l’intensité carbone d’une économie se définit comme la quantité moyenne de carbone nécessaire pour produire une unité de PIB. A titre de comparaison, l’intensité carbone de l’économie chinoise (2,68 kgCO2/US$) est à peu près dix fois supérieure à celle de la France (0,26 kgCO2/US$) et 5 fois supérieure à celle des Etats-Unis (0,51 kgCO2/US$).

Ce choix d’un chiffre relatif à l’activité économique s’explique par la volonté de ne pas accepter un volume fixe d’émissions à un horizon donné, qui impliquerait potentiellement de sacrifier de la croissance si celle-ci était très forte. L’incertitude concernant la croissance future de la Chine (contexte de crise, croissance démographique) pousse les décideurs à ne pas s’engager sur des scénarios de croissance et donc à refuser tout engagement en valeur absolue. Mais que signifie cet engagement ?

Ce que la Chine pourrait faire

L’excellent document d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique cite lui-même un rapport de l’Académie Chinoise des Sciences qui propose le scénario suivant:

-une croissance  constante de 6,8% par an entre 2005 et 2020

-une réduction de l’intensité carbone de 50% en 2020 par rapport à 2005

-un renforcement de l’efficacité énergétique de +40 à +60%, accompagné de transferts de technologies

Résultat : en 2020, les émissions chinoises augmenteraient de 34% (seulement) par rapport à 2005. Ceci est nettement moins qu’une demande de l’UE qui, par modélisation, arrive à une augmentation de 55% en 2020. On voit sur le graphique ci-dessous que le scénario « business as usual » conduirait à une augmentation de quasiment 100% en 2020 par rapport à 2005.

Le scénario proposé par l’Académie Chinoise des Sciences serait donc très satisfaisant, puisque la condition à remplir pour atteindre l’objectif « +2°C » d’après le GIEC est une « déviation substantielle » (on considère 15 à 30%) par rapport à la trajectoire Business As Usual.

On se permettra néanmoins de remettre (partiellement au moins) en question la pertinence des objectifs fixés par le GIEC en 2007, au regard des nouvelles données, qui tendent plutôt à faire croire que des objectifs encore plus ambitieux à l’échelle mondiale seraient nécessaire.

Ce que la Chine annonce qu’elle fera

Evidemment, ce scénario ne correspond pas à la proposition de Hu Jintao qui évoque une réduction de l’intensité carbone moindre. Mais cette dernière reste très significative et peut paraître assez satisfaisante.

Concernant la réduction de l’intensité énergétique, la Chine s’est déjà fixé des objectifs (ambitieux) dans le 11ème plan quinquennal : -20% en 2010 par rapport à 2005. Cependant cet objectif ne sera probablement pas atteint, puisque la baisse de l’intensité énergétique n’était que de 3,3% en 2008. Nul doute que la Chine prendra de nouveaux engagements internes sur cet indicateur lors de son prochain plan quinquennal. Reste à savoir combien à quel niveau et s’ils seront atteints.

Concernant les transferts de technologie, tout dépend de l’accord international (cela ne dépend pas de la Chine).  Pékin est progressivement en train de revoir sa position, même si elle soutien toujours les propositions du G77. La Chine considère de plus en plus sa capacité propre à l’innovation, ce qui l’oblige à avoir un nouveau regard sur les droits de propriété intellectuelle.

Le problème de fixer à la Chine un objectif en termes d’intensité carbone est que cela ne permet pas la comparaison des efforts entre pays, ce qui est pourtant un point important pour un accord international. Cela pourrait conduire indirectement à des injustices (inéquités), en fonction de la répartition de la croissance entre les pays.

La Chine fait déjà beaucoup

Occidentaux que nous sommes, nous avons facilement tendance à taper sur les méchants chinois pollueurs. Pourtant, Yvo de Boer (peu suspect de faire des déclarations intéressées ou influencées) a souligné, il a quelques semaines, l’extrême engagement des dirigeants chinois et l’importance des mesures nationales prises par la Chine.

L’action politique du gouvernement central est réelle, même s’il doit régulièrement faire face à des difficultés d’application des politiques puisque les gouvernements locaux sont généralement peu enclins, eux, à établir des mesures de protection de l’environnement.

Nous oublions également facilement que la pollution chinoise, ou comptabilisée comme telle, est en bonne partie due à des production de biens consommés par les occidentaux. Nous avons délocalisés nos pollutions en même temps que nos emplois.

Quelques réflexions

Les choses avancent avec les déclarations russes, américaines et chinoises.  Il manque l’Inde. Cependant, les avancées restent relativement limitées, car ce sont des annonces qu’on pouvait raisonnablement espérer. Si c’est une anticipation d’annonces encore plus ambitieuses à Copenhague, alors on peut se réjouir. En revanche, si chacun abat ses cartes de manière définitive, alors l’accord restera très difficile.

On peut espérer qu’il s’agisse de la première option puisque, par exemple, les Etats-Unis pourraient revoir sérieusement leurs objectifs à la hausse (à un niveau permettant un accord), s’ils incluent certains mécanismes de flexibilité. Mais là encore, cela pose de nouvelles questions : ces mécanismes de flexibilité seront-ils fiables ?

Et quel que soit l’accord, il ne faudra pas oublier de le remettre dans son contexte : la géophysique. S’il ne peut pas permettre d’atteindre le +2°C (ce qu’on peut sérieusement craindre, même dans le cas d’un accord jugé « ambitieux » en termes de relations internationales), il faudra l’assumer.

Bref, la porte de Copenhague ne s’est pas définitivement fermée, elle s’est même un peu rouverte.

EDIT : Le WRI semble tirer un constat similaire : lannonce de la Chine est relativement satisfaisante.

Le point sur les promesses d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des négociations sur le climat

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Une étude de Le Quéré et al. vient de paraître dans Nature Geoscience, indiquant que les émissions de CO2 d’origine énergétique ont augmenté de 48% entre 1990 et 2008. Mais surtout, l’étude indique, malgré une forte incertitude, une réduction des puits naturels de carbone (océan, biosphère), puisque le carbone émis restant dans l’atmosphère chaque année serait passé de 40% à 45% entre 1959 et 2008 (voir le résumé sur le blog Libé Sciences). Cette étude renforce les craintes de l’activation de « rétroactions positives », qui accentueraient/accélèreraient le changement climatique.

Toujours est-il que les petites négociations des petits humains continuent, afin de pouvoir ralentir et atténuer la catastrophe en cours. Il est peut-être nécessaire de faire le point sur l’état des engagements des pays développés (dits de « l’Annexe I »), élément clé de la négociation en cours.

Le GIEC a établi un scénario qui permettrait de limiter le « réchauffement à 2°C en 2100 », objectif politique maintenant largement repris (même si certains y renoncent), voir le post ici). En fait, pour être précis, le scénario du GIEC vise à limiter le réchauffement entre 2,1 et 2,4°C à long terme. Ce scénario oblige une déviation substantielle des pays émergents de leur scénario « business as usual » et une réduction de 25 à 40% des émissions des pays développés en 2020 par rapport à 1990. Sachant que même en respectant ce scénario, d’après plusieurs études, il y a environ une chance sur deux de dépasser l’objectif du 2°C en 2100. Il faudrait donc viser le haut de la fourchette.

L’insuffisance incontestable des engagements des pays industrialisés

Lors de la dernière séance de négociations, plusieurs chiffres ont circulé, relativement semblables et indiquant l’insuffisance des efforts des pays développés. Mais reprenons les plus officiels : ceux compilés par le secrétariat de la convention des Nations unies contre les changements climatiques (UNFCCC).

En agrégeant tous les engagements des pays développés (y compris les Etats-Unis), la réduction de leurs émissions n’atteindrait que 11 à 14% en 2020 par rapport à 1990. Ce qui serait très insuffisant en comparaison avec le scénario du GIEC (motif de blocage des négociations).

Une autre source est cet intéressant document du WRI, qui propose d’effectuer une comparaison en termes de réduction absolues, par tête et en intensité énergétique. Le premier indicateur permet de juger de l’efficacité environnementale des objectifs ; le second permet de juger de la tendance en termes d’équité ; le troisième permet de mesurer l’effort imposé à l’économie.

Ce qui est intéressant avec cette analyse est que concernant les Etats-Unis, elle ne considère pas uniquement les engagements obtenus par le système du cap and trade inclus dans la législation en cours de discussion devant le Congrès (ACESA ou CEJAPA, suivant quelle version considérée), mais également les réductions qui pourraient avoir lieu par ailleurs dans d’autres mesures (standards d’efficacité…) et par de la compensation (voir le détail de l’étude du WRI sur les Etats-Unis ici). Concernant la compensation, l’étude considère que celle-ci est bien effective et additionnelle aux réductions effectuées par les pays en développement.

L’étude prend pour chaque pays les engagements faibles et les engagements forts annoncés, ce qui permet d’établir des fourchettes.

Concernant les réductions absolues, les conclusions du WRI sont très similaires à celles du secrétariat, indiquant qu’elles n’atteindraient que 10% par rapport à 1990 (dans le cas des engagements faibles) et 24% (dans le cas d’engagements forts et d’inclusion du changement d’usage des sols). Dans le meilleur des cas, les pays développés n’atteignent pas même le minimum de la fourchette identifiée par le GIEC ; on est loin des 40% de réduction demandés par les pays pauvres afin de minimiser d’autant les risques d’un dépassement du 2°C.

Le choix de l’année de référence

Le choix de l’année de référence est source d’intenses négociations, certains pays voulant abandonner 1990 pour 2000 ou 2005. Cette bataille s’explique parce que la répartition des émissions de GES a évalué en 15 ans : la chute de l’URSS et l’administration Bush sont passées par là. L’ex URSS a intérêt à garder 1990 comme année de référence car cela permet une augmentation des émissions par rapport à aujourd’hui, tout en affichant une réduction par rapport à 1990 (les émissions s’étant effondrées entre temps). Inversement, les USA ont intérêt à ce que l’année de référence soit la plus tardive possible : leurs émissions ayant augmenté, le même objectif en valeur absolue se traduit par une plus forte réduction en pourcentage avec 2005 comme année de référence qu’avec 1990. Voir la comparaison ci-dessous (avec 2005 en année de référence, les Etats-Unis sont bien plus ambitieux en termes de réductions relatives que l’UE !).

Mais soyons honnête : il serait plus logique de garder 1990. D’abord parce que c’est l’année de référence du protocole de Kyoto, ensuite parce que le scénario du GIEC repose sur 1990 (il faudrait donc tout actualiser), enfin parce que -si on ne regarde que les réductions en %- il est logique de récompensé ceux qui n’ont pas attendu pour agir (l’UE en particulier).

Emissions par têtes

L’idée est qu’à long terme, les émissions par tête devraient tendre à s’égaliser, sur la base d’un principe simple : tous les humains ont droit de jouir à égalité de la ressource « atmosphère ».

Le tableau ci-dessous regroupe les émissions par têtes.

On remarque l’évolution des émissions par tête de la Russie, avec une forte augmentation par rapport à 2005… Clairement, l’engagement de la Russie n’est pas équitable.

Intensité carbone de l’économie

Afin de pouvoir comparer les économies, cet indicateur fait le ratio des émissions par la création de richesse.

Intensité carbone de l’économie (en GgCO2 équiv./million § de 1990)

On remarque la très faible intensité actuelle et future de la Norvège ; les Etats-Unis se rapprocheraient de l’intensité de l’UE ; la Russie verrait son intensité carbone diminuer significativement malgré un niveau encore élevé.

En conclusion

JL Borloo a raison de dire qu’on a un problème avec les Etats-Unis, si on considère uniquement les réductions domestiques par cap and trade, ce qu’on fait généralement. L’étude du WRI donne un peu d’espoir, en indiquant qu’en utilisant des mécanismes de flexibilité, les Etats-Unis peuvent aller plus loin, et presque rejoindre l’UE en termes de réductions par rapport à 1990. Mais dans ce cas, on peut considérer c’est l’UE qui ne va pas assez loin, puisque cette dernière n’a pas le retard accumulé par les Etats-Unis sous l’administration Bush.

Oui, les Etats-Unis n’ont pas annoncé d’objectifs chiffrés pour l’instant ; mais comme l’a souligné Yvo de Boer lors de la conclusion des discussions de Barcelone, ils pourraient venir avec un chiffre à Copenhague, il faut qu’ils le fassent. Et dans ce cas, l’UE ne sera plus forcément à son avantage avec son petit 30% de réductions…

Désolé pour la mauvaise qualité des tableaux et diagramme ci-dessus… vous pouvez les retrouver dans le document original.