Changements Climatiques

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Limiter le réchauffement climatique à 2°C : bientôt un objectif éternelement inatteignable

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[après un long arrêt, le plaisir de partager, l’inquiétude relative à la situation me poussent à la reprise de ce blog, probablement de manière erratique. Que les lecteurs m’en excusent :)]

L’actualité politique française a surement occulté que le monde continue de tourner, et de se réchauffer. Que les Etats continuent de négocier pour orienter la trajectoire de l’humanité. Ou pour essayer. Des discussions ont repris à Bonn, dans le cadre de la Convention des Nations Unies, afin d’organiser la mise en place de la « Plateforme de Durban » (on y reviendra, à l’occasion…).

Pour l’instant, rien d’extraordinaire : on discute sur comment discute (quel calendrier ? comment finir les processus de discussions déjà engagés à la suite de Copenhague et de Cancun et qui doivent être aménagés pour s’adapter à la plate forme de Durban ?…).

La plateforme de Durban a un très grand avantage : elle semble permettre enfin de recentrer le débat sur LA question centrale : celle de l’équité et de la répartition de l’effort entre tous. Elle a un très grand désavantage : elle prévoit l’entrée en vigueur d’un mécanisme général en 2020. Et d’ici là ?

D’ici là, la porte de referme très sérieusement. C’est le sens d’une intervention d’un des directeurs de l’Agence Internationale de l’Energie à Bonn.

Les investissements en cours pour les moyens de production d’énergie (pétrole, gaz, charbon) laissent à penser que la « porte des 2°C est en train de se refermer et qu’elle sera fermée pour toujours ». En effet, si on considère que les investissements dans les moyens de production d’énergie seront utilisés comme ils se doivent (c’est à dire de manière à être rentabilisés), alors on peut en déduire la quantité de gaz à effet de serre qui sera émise. D’après l’AIE, ces émissions représenteraient d’ores et déjà 85% des émissions possibles à l’horizon 2035 si on souhaite limiter le réchauffement à 2°C.

En d’autres termes, tous les investissements supplémentaires entre maintenant et 2035 devraient être quasi décarbonés. Or, actuellement, si les énergies renouvelables explosent, les énergies fossiles gardent encore la tête haute.

Par ailleurs, l’AIE rappelle que les subventions pour les énergies fossiles représentaient 400 Md$ en 2010, et en 2012 660 Md$… soit exactement la tendance inverse à celle qui est nécessaire : supprimer les subventions pour soutenir l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Nous avions (avons encore pour quelques années) la capacité à maîtriser le réchauffement climatique à un niveau acceptable ; nous sommes en train de tuer cette opportunité, pour toujours. Plus que jamais, les générations futures nous observent.

 

http://in.reuters.com/article/2012/05/16/energy-summit-iea-idINDEE84F0F120120516

(Reuters) – The chance of limiting the rise in global temperatures to 2 degrees Celsius this century is getting slimmer and slimmer, the head of the International Energy Agency warned on Wednesday.

« What I see now with existing investments for plants under construction…we are seeing the door for a 2 degree Celsius target about to be closed and closed forever, » Fatih Birol, the IEA’s chief economist, told a Reuters’ Global Energy & Environment Summit.

« This door is getting slimmer and slimmer in terms of physical and economic possibility, » he warned.

The IEA said last November that around 80 percent of total energy-related carbon emissions permissible by 2035 to limit warming were already accounted for by existing power plants, buildings and factories, leaving little room for more.

In 2010, countries agreed that deep emissions cuts had to be made to keep an increase in global average temperature below 2 degrees Celsius above pre-industrial levels this century.

Scientists say that crossing the threshold risks an unstable climate in which weather extremes are common but efforts so far to cut greenhouse gas emissions are not seen as sufficient to stop a rise beyond 2 degrees.

A report this month by the Club of Rome think tank said rising carbon dioxide emissions will cause a 2 degree rise by 2052 and a 2.8 degree rise by 2080, though some other estimates are more conservative.

Some countries are focusing on domestic economic pressures, which could delay climate action and add to the cost of fighting climate change in the long-run.

« One dollar not invested now in reducing C02 will cost 4.6 dollars in the next decade to achieve the same effect, » Birol said.

FOSSIL SUBSIDIES

A major reason for rising carbon dioxide emissions was fossil fuel subsidies, he added.

In 2012, $630 billion was spent on fossil fuel subsidies globally, with half of this from the Middle East and the other half from the rest of the world, Birol said.

« By contrast, in 2010, fuel subsidies totalled $400 billion. We are going backwards, » he said.

Birol’s 2012 figure overshoots his forecast last year that fossil fuel subsidies would reach $660 billion by 2020, or 0.7 percent of global gross domestic product.

The pressure is on governments to phase out fossil fuel subsidies. Eliminating them by 2020 would cut global energy demand by 4 percent and considerably reduce carbon emissions growth, according to the IEA.

The G20 nations agreed in 2009 to phase out inefficient fossil fuel subsidies that encourage wasteful consumption over the medium term to foster green growth and an upcoming meeting in Mexico on June 18 and 19 may revisit the issue.

Phasing out such subsidies was also originally on the agenda for the Rio+20 sustainability summit in Brazil from June 20-22 but agreement on the issue seems unlikely.

EU climate commissioner Connie Hedegaard told Reuters on Tuesday that the subsidy outcome in Rio would depend on discussions at the preceding G20 meeting.

(Editing by Keiron Henderson)

 

Written by ToM

20 mai 2012 at 16 h 11 mi

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (3)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2). Voir les posts sur les discussions à Bonn : 1, 2

  • Australie : une semaine après l’échec de la loi fixant des objectifs de réduction d’émissions (voir ici), le Sénat australien a accepté la loi sur les énergies renouvelables. La loi fixe un objectif de 20% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2020, contre 8% actuellement. La loi doit maintenant être acceptée par la Chambre Basse. Si la nouvelle est plutôt bonne, elle reste modest puisque seule l’électricité est concernée (et pas la production énergétique dans son ensemble.
  • Maldives. Dommage collatéral de la crise financière : le Président des Maldives ne participera pas aux négociations de Copenhague, afin de réduire les dépenses du gouvernement. On peut vraiment dire que les petits Etats-îles paient la double peine infligée par les pays occidentaux (crise financière + crise climatique).
  • Toujours les suites de Bonn : l’UNFCCC s’inquiète du manque de temps pour boucler les discussions avant Copenhague (15 jours de négo restants). Cependant, contrairement aux réunions de juin, il semble que les Etats-Unis entrent véritablement dans la danse, ce qui pourrait faire changer le rythme des discussions.
  • Pays les moins avancés. A l’occasion d’un groupe de travail organisé en Éthiopie, les pays les moins avancés rappellent qu’ils ne peuvent mettre en place leur plan nationaux d’adaptation (pourtant prêts) faute de moyens… moyens qui devaient pourtant être fournis par les pays industrialisés.

Une nouvelle étude analyse les risques d’accroissement de la pauvreté sur certaines populations (urbaine des pays pauvres surtout) du fait du changement climatique.

  • Chine : suite au rapport publié la semaine dernière (voir ici) qui indique que les émissions chinoises pourraient atteindre leur maximum d’ici 2030, les officiels chinois envisagent la rédaction d’une résolution très prochainement sur le sujet. Si la Chine se fixait une trajectoire d’émission, cela pourrait faire substantiellement avancer les négociations. Enfin une bonne nouvelle (enfin on attend le texte…).

La motivation des gouvernants vient peut-être de cette étude actualisée qui souligne l’intérêt pour la Chine du marché des technologies à faible intensité carbone.

  • Inde & USA : Clinton est optimiste sur le fait que les Etats-Unis et l’Inde pourront trouver un accord sur un plan « pour changer drastiquement la façon de produire, consommer et stocker l’énergie » et plus généralement sur la réussite de Copenhague. Pendant ce temps, la loi sur les émissions de CO2 se fait sérieusement chahuter par les Sénateurs. Même With, démocrate et ancien négociateur sur le climat dans l’administration Clinton, critique la loi car elle aurait un impact trop large sur l’économie ; elle mériterait d’être revue à la baisse. Pourtant certaines grandes entreprises prennent cette affirmation à contre-pied et appellent à la mise en place d’une législation, afin de pouvoir préparer les investissements…
  • Travailleurs du monde : lors d’une réunion de la Confédération Internationale des Syndicats, les syndicats du monde ont formulé un avis qui supporte une très forte réduction des émissions de GES et la mutation vers une économie décarbonée. Bien que des débats existent, un consensus a été trouvé notamment grâce au fait qu’une économie décarbonée pourrait être l’occasion de créer de nombreux emplois et d’améliorer les conditions de travail.
  • Insuffisant : l’agence ClimateWorks qui réalise des analyses pour les Nations Unies prévient que les engagements financiers des gouvernements sont actuellement insuffisants. Elle estime qu’il faudra mobiliser entre 95 et 130 milliards d’euros par an entre 2010 et 2020. Ce chiffre est proche de l’analyse du WWF (112 milliards d’euros par an).

En route vers Copenhague : suite aux discussions de Bonn

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Quelques mots rapides pour compléter que les discussions à Bonn… rien de très positif.

  • Comme le disent les Nations unies (si si), les discussions ont faiblement progressé, les engagements des pays développés sont trop faibles et il est nécessaires qu’ils soient significativement accrus afin de pouvoir débloquer la situation (comme déjà écrit ici). Pas grand chose à ajouter.
  • La Chine annonce par la voix de Su Wei, officiel Chinois auprès du Financial Time, qu’elle est prête à faire en sorte que ses émissions « piquent » (atteignent leur maximum) d’ici 2050. La Chine refuse toujours de se voir astreindre à des contraintes chiffrées de limitations pour l’instant. On peut penser que cette position serait susceptible de changer à condition que les pays industrialisés se fixent des objectifs plus ambitieux (au moins 40% de réductions en 2020 par rapport à 2050).

Rappelons que, afin d’atteindre -potentiellement- l’objectif de maximum +2°C en 2100, il est nécessaire que les émissions mondiales atteignent leur maximum avant 2015, d’après le GIEC (voir groupe 3), et que la Chine est le premier émetteur en valeur absolue (depuis mi 2007)… autant dire que le « +2°c » est mal engagé.

Cette annonce de Su Wei est faite en même temps qu’une étude est publiée, indiquant qu’il serait tout à fait possible pour la Chine de voir ses émissions atteindre leur maximum d’ici 2030… soit un scénario bien plus compatible avec l’objectif « +2°C ».Voir la dépêche de Reuters sur la publication [après courte recherche sur google, je n’ai pas trouvé l’étude…].

Une autre étude (que je n’ai pas encore lue) publiée par le Tyndall Center for Climate Change Research, issue de 3 ans de recherches, montre qu’il serait possible pour la Chine de mener une politique qui permette d’atteindre l’objectif mondial de 450 ppm (objectif 2°C) tout en préservant le développement économique.

En route vers Copenhague : fin des discussions à Bonn

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L’UNFCCC vient de publier un communiqué de presse, lors de la conclusion de la semaine de discussions informelles à Bonn. Le mot d’Yvo de Boer, pour le moins mitigé, indique la situation inquiétante dans laquelle nous sommes actuellement. Il est désormais très probable qu’un accord à la hauteur des enjeux ne soit pas conclu à Copenhague en décembre prochain…

PRESS RELEASE

Negotiators Get Down to Practicalities at Bonn UNFCCC Meeting,
But Negotiations Have Yet to Pick up Speed

(Bonn, 14 August 2009) – A week-long informal negotiating session toward a new global
response to climate change concluded in Bonn Friday. The consultations, attended by around
2400 participants, were part of a series of UNFCCC gatherings this year designed to culminate in
an ambitious and effective international climate change deal in Copenhagen in December. The
Copenhagen outcome is to follow on the first phase of the Kyoto Protocol, which expires at the
end of 2012.

“At this meeting, only limited progress was made, although governments did get down to
some practicalities in the areas of adaptation, technology and capacity building,” said Yvo de
Boer, Executive Secretary of the UN Climate Change Secretariat. “So with only 15 days of
negotiating time left before Copenhagen, negotiations will need to considerably pick up speed for
the world to achieve a successful result at Copenhagen,” he added.

Whilst some progress in Bonn was made in narrowing down options in the negotiating
text, governments also discussed technical issues such as how mid-term (2020) emission
reduction pledges of industrialised countries could be translated into legally binding targets as a
key component of the Copenhagen deal.

“Industrialised countries need to show a greater level of ambition in agreeing to
meaningful mid-term emission reduction targets. The present level of ambition can be raised
domestically and by making use of international cooperation,” the UN’s top climate change official
said.” “We also need a clear indication of the finance and technology industrialised countries are
ready to provide to help developing countries green their economic growth and adapt to the
impacts of climate change.”

“In the context of the G8 and Major Economies Forum, I see a group of countries
considering actions that would allow them to profit from the boom in clean technology,” said Yvo
de Boer. “The question is how all nations can profit from this development. Poorer countries risk
being left by the wayside without access to technology and finance. International cooperation
needs to provide them with the means to enable them to green their economies and to adapt to
the inevitable effects of climate change. In order for that support to be financed, I believe that
countries need to be more specific about what they want supported and how,” he added.

Following the meeting in Bonn, work on the negotiating text will continue on 28
September in Bangkok at a two-week negotiating session. Delegates will then assemble for five
days of pre-Copenhagen negotiations in Barcelona 2 November.

A major opportunity for all Heads of State and Government of the world to provide clear
political guidance to negotiators ahead of the UN Climate Change Conference in Copenhagen will
be The UN Secretary-General’s Climate Change Summit for world leaders 22 September in New
York. The New York meeting will assemble Heads of State and Government  from all 192 Parties
to the UNFCCC.

Further upcoming UNFCCC meetings

Bangkok Climate Change Negotiations 2009
9th session of the AWG-KP and 7th session of the AWG-LCA – Monday, 28 September to Friday,
9 October 2009 United Nations Conference Centre (UNCC) of the United Nations Economic and
Social Commission for Asia and the Pacific (UNESCAP), Bangkok, Thailand. Full media facilities
and numerous press conferences. No side events (due to space limitations).

Barcelona Climate Change Negotiations
Resumed Seventh session of the AWG-LCA and resumed Ninth session of the AWG-KP – 2 to 6
November 2009  Barcelona, Spain, Fira Barcelona. Full media facilities, around 100 side events.

United Nations Climate Change Conference Copenhagen
COP 15 and CMP 5 – 7 to 8 December 2009, Bella Center, Copenhagen, Denmark. Numerous
press conferences, more than 200 side events.

Ajout : la version française ici

Sur le même sujet :

-Un article de libé : http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/08/climat-vers-un-ratage-total-%C3%A0-copenhague.html

-Un article du monde : http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/14/pour-greenpeace-le-risque-qu-aucun-accord-ne-soit-signe-a-copenhague-est-reel_1228671_3244.html

En route vers Copenhague : négociations informelles à Bonn pour une semaine

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S’est ouvert hier, lundi 10 août, une session de négociations dites « informelles » (bien qu’organisée par l’ONU de manière très formelle !) qui se cloturera vendredi 14. Dans son papier décrivant un scénario de ce qu’il va se passer, le bureau de l’UNFCCC -Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques- annonce l’entrée dans une nouvelle phase des discussions pour une durée de 3 semaines. La prochaine session de négociations « formelles » aura lieu à Bangkok, du 28 septembre au 9 octobre. Les délégations sont appelées à travailler selon les objectifs fixés par le « plan d’action de Bali » (ou feuille de route) :

– vision partagée : choisir des objectifs de long terme qui reflètent une équité acceptable par tous

– adaptation : s’adapter aux conséquences des changements inévitables

– atténuation : réduire les émissions pour atténuer les changements

– développements et transferts de technologies

– financement

Les discussions, organisées par petits groupes informels coordonnées par le bureau de l’UNFCCC, travaillent à partir de la synthèse des propositions des délégations publiée en juin et qui fait 200 pages…

Une session plénière de cloture aura lieu vendredi 14 ; on pourra avoir quelques éléments sur les résultats alors.