Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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« Diagnostic pour Copenhague » : piqure de rappel scientifique

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Un document de synthèse sur les avancées en termes de connaissance vient d’être publié : il est glaçant tant la situation est plus grave qu’anticipée. Cela est particulièrement visible concernant les effets observés (augmentation du niveau de la mer de 80% supérieur à celui anticipé par le GIEC par exemple) ; mais à la veille de Copenhague, on s’intéresse à la partie relatives aux politiques d’atténuation.

Ce rapport intitulé « Copenhagen diagnosis » est une publication type « peer-review » (revue par les pairs), exactement comme les publications du GIEC : il ne s’agit pas de nouvelles données, mais d’un résumé cohérent et transversal des connaissances. L’objectif des auteurs est de produire un document d’étape depuis la dernière publication du GIEC (2007) et avant la prochaine (qui aura lieu en 2013 au plus tôt). Résumé en français ici.

+7°C en 2100 ?

Les dernières estimations donnent un réchauffement moyen en 2100 supérieur aux précédentes estimations en cas de « business as usual » (on continue sans rien faire) : en 2100 la température moyenne du globe serait de 4 à 7°C à celle de l’ère pré-industrielle.

Les auteurs rappellent deux éléments bien connus :

– l’augmentation de température ne sera pas régulière (à cause de cycles de durée plus courte, 11 ans pour le soleils, irruptions volcaniques…).

– le pic de température ne sera probablement pas atteint avant des siècles après le pic des émissions, du fait de l’inertie du système Terre (principalement due aux océans).

L’urgence de l’action

La température d’équilibre dépend en premier lieu de la quantité totale de CO2 injectée dans le système, puisque c’est un gaz à effet de serre à longue durée de vie.

Quelles seraient des trajectoires compatibles avec l’objectif +2°C en 2100 ?

Si nous émettons un total de 1000 Gt de CO2 entre 2000 et 2050, la probabilité d’atteindre cet objectif est de 75%.

Or, nous avons déjà émis 350 Gt de CO2 ; il ne reste donc plus que 650 Gt de CO2 à consommer et à se partager.

Voici différentes trajectoires compatibles avec un scénario d’émissions de 750 Gt CO2, (67% de chances de ne pas dépasser le +2°C) :

Ces trajectoires seront extrêmement difficiles à suivre, tant les réductions sont importantes et urgentes.

La courbe verte impliquerait un pic en 2011 et des émissions de 4 Gt de CO2 en 2050, soit moins de 0,5 tCO2 par an et par personne (avec 9 milliards d’humains), ce qui est extrêmement faible (rappelons qu’actuellement les émissions d’un américain ou canadien ou australien sont de l’ordre de 20 tCO2/an/pers ; celles d’un européen de 11 tCO2/an/pers ; celles d’un Chinois de 5 tCO2/an/pers ; celles d’un Indien de 1,5 tCO2/an/pers.).

Les deux autres courbes, plus réalistes en termes de pic des émissions mondiales, impliquent d’atteindre un bilan carbone neutre entre 2040 et 2050.

Rappelons que les objectifs politiques affichés (officiellement par l’UE notamment) sont de réduire les émissions mondiales « d’au moins 50% en 2050 » (par rapport à 1990). Cet objectif impliquerait un très fort dépassement du budget 1000 Gt de CO2 et réduirait d’autant les chances d’atteindre le 2°C max en 2100. Et pourtant les promesses actuelles des pays développés ne permettraient même pas de réaliser l’effort nécessaire qui leur incombe pour atteindre une (petite) réduction de 50% à l’échelle mondiale.

Pessimisme

En somme, on peut actuellement dire qu’il est presque impossible d’atteindre l’objectif de 2°C. C’est difficile de se l’avouer, mais en réalité on le savait déjà quelques temps. Espérons que cela donnera un coup de fouet aux pays à Copenhague. On peut toujours rêver.

(Si j’ai un peu de temps, je reviendrai sur les autres parties de cette étude relatives aux effets des changements).

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Etude de WWF et Allianz sur les conséquences du franchissement de quatre effet de seuil

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Il est toujours intéressant de regarder ce que couvrent les assureurs. Par exemple, il est courant que dans un contrat d’assurance de carte bancaire de bas, il soit fait explicitement mention d’une catastrophe nucléaire (parfois exprimée en des termes cachés tels « rayonnement ionisants ») civile ou militaire est une close suspensive de toute garantie. Si, si, regardez votre contrat ! De manière similaire, il est symptomatique que les assureurs refusent d’apporter des garanties à l’utilisation de produits OGMs. Dans les deux cas, le risque est tel qu’il n’est pas quantifiable et ne peut donc pas faire l’objet d’une couverture assurancielle.

Ce que publient WWF et Allianz aujourd’hui (voir ici le rapport complet) est donc particulièrement intéressant. Les auteurs s’attachent à quantifier les conséquences du franchissement de seuils critiques lors du réchauffement climatique. Ils prennent quatre exemples (montée du niveau de la mer avec anomalie sur la côte est nord-américaine, modifications du régime de mousson indienne, dépérissement et inondations en Amazonie, aridité dans le sud-ouest de l’Amérique du nord) et analysent les conséquences économiques du franchissement d’un « seuil de basculement ».

Très brièvement (faute de temps), un résultat : la modification de la mousson indienne pourrait conduire à une augmentation des sécheresses, pour un coût par décade de 42 milliards de $ aux alentours de 2050 (en dollars d’aujourd’hui). Cette somme n’est pas négligeable. Et les assureurs le savent bien.

Les coûts de l’adaptation aux changements climatiques drastiquement sous-estimée (étude)

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Un rapport (Assessing the costs of adaptation to climate change, a review of the UNFCCC and other recent estimates) publié par l’International Institute for Environment and Development sur le coût de l’adaptation aux changements climatiques affirme que ce dernier a été très largement sous-estimé.

Les auteurs discutent les résultats trouvés par l’UNFCCC lors de ses estimations concernant les coûts de l’adaptation réalisées en 2007 (Investment and financial flows relevant to the development of an effective and appropriate international response to Climate Change). L’UNFCCC a estimé les besoins à entre 49 et 171 milliards de dollars par an d’ici à 2030 (en dollars d’aujoud’hui, c’est à dire en valeur actualisée). Ce résultat correspond aux résultats des études précédentes (le rapport Stern (2006), la Banque mondiale (2006), Oxfam (2007) et l’UNDP (2007)). Les études précédentes à celle de l’UNFCCC donnent les résultats suivants :

Adaptation table1

Les auteurs soulignent que toutes ces études ont des résultats convergents, mais que cela s’explique parce qu’elles utilisent des analyses identiques (elles s’appuient les une sur les autres) et qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une « peer review » (analyses par des scientifiques/économistes du domaines mais indépendant). Elles utilisent également toutes la même méthode d’estimation : elles prennent les investissements actuels qui sont considérés comme sensibles au climat puis elles actualisent ces investissements par un facteur qui représente la variation du climat.

Voici comment se répartissent les besoins selon l’UNFCCC :

Adaptation table2

Les auteurs font les remarques suivantes :

  • Les informations relatives à l’adaptation aux futurs impacts sont rares. De ce fait, certains secteurs -et non des moindres- tels que les activités extractives et production manufacturière, l’énergie, le tourisme, le commerce, ne sont pas inclus dans l’étude de l’UNFCCC. Concernant les écosystèmes, une estimation a été tentée puis écartée de l’analyse finale, toujours par manque d’information. Concernant les secteurs inclus, l’analyse est parfois clairement partielle (pour le secteur de la santé, seules maladies liées à la diarrhée, la malaria et la malnutrition ont été étudiées et uniquement dans les pays à revenus moyens ou faibles).
  • Le principe de l’actualisation des flux d’investissements sensibles au climat n’a pas de raison d’être dans tous les domaines dans lesquels ils sont déjà insuffisants à l’heure actuelle pour faire face aux variations actuelles du climat (variations de pluviométrie, évènements extrêmes). Ces manques de moyens sont appelés « déficit d’adaptation ». et ils correspondent en fait à un manque de « développement ». Or l’UNFCCC s’est concentrée sur les coûts additionnels dûs auc changements climatiques uniquement. En conséquence, même en couvrant les besoins de l’adaptation déterminés par l’UNFCCC, les pays pauvres ne pourront faire face aux besoins dans le climat de demain.
  • Les auteurs de l’études estiment que pour dépasser les problèmes d’infrastructures et de logements représentent 315 milliards de dollars dans les 20 ans à venir, auxquels il faut ajouter 16 à 63 milliards de dollars liés aux coûts supplémentaires induits par les changements climatiques.
  • Une question clé est de savoir combien de dommages on souhaite éviter. En effet, les coûts des dommages ne progressent pas linéairement… Eviter les 10 premiers pour-cents du dommage est probablement bien moins onéreux que d’éviter les 10 derniers pour-cents.

En conséquence, il n’est pas possible de s’adapter à une partie des dommages (car ils seraient trop coûteux, ou bien c’est tout simplement impossible de les supprimer). Ils sont appelés « dommages résiduels ». L’UNFCCC ne dit pas clairement le niveau de dommages résiduels estimés… ils seront pourtant non négligeables (par exemple, ils sont estimés à 1/5 des impacts totaux sur l’agriculture en 2030). Evidemment, le niveau des dommages résiduels est fonction de l’atténuation des émissions.

  • L’UNFCCC ne s’intéresse apparemment pas suffisamment à l’adaptation dite « soft ». En effet, l’analyse de l’UNFCCC ne repose que sur une projection à partir de ce qui est fait actuellement ; or il serait beaucoup moins coûteux de s’adapter avec des systèmes différents et plus efficaces (par exemple pour les infrastructures relatives à l’eau).
  • Le coût de l’adaptation au delà de 2030 est un mystère (l’UNFCCC ne le cache pas) : comment évolueront les courbes de coûts ? Peut-être de manière quadratique pour certains secteurs, pour certains auteurs.

Conclusion : d’après ce qui a été dit, les auteurs du rapport estiment que les coûts sont sous-estimés de l’ordre de 2 à 3 fois, et ce uniquement pour les secteurs considérés. Evidemment le coût total serait encore bien plus important en incluant les autres secteurs (par exemple, la conservation des écosystèmes pourrait coûter entre 65 et 300 milliards de dollars par an).

Une rétroaction positive liée au méthane océanique enclenchée mise en évidence par une nouvelle étude

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Une étude (de Westbrook et al.), publiée dans la Geophysical Research Letters, sur le dégagement de méthane (gaz à effet de serre puissant – pour plus d »explication, voir par exemple le chapitre 1 de ce document) sur la marge continentale Ouest du Spitsbergen. Cette étude est inquiétante car elle indique que certains mécanismes de « rétroactions positives » sont déjà enclenchés : le changement climatique pourrait s’accélérer.

Extrait de l’article :

methane fig 1 westbrook GRL 2009 changements climatiques rétroaction positive
Figure 1. (a) Location of survey area west of Svalbard; IBCAO bathymetry [Jakobsson et al., 2008]. ((b) Positions of plumes acoustically imaged with the EK60 sonar, depicted by “pins”, superimposed on perspective view of the bathymetry of part of the area of plume occurrence. Bathymetry is from EM120 multibeam survey of cruise JR211 gridded at 20-m resolution, combined with high-resolution survey data from the Norwegian Hydrographic Service for the shallower-than-200-m part of the map. The 396-m isobath is the expected landward limit of the GHSZ. (c) Part of record from an EK60 acoustic survey from JR211, showing examples of observed plumes. Amplitude of acoustic response is given by the colour of the “bubbles”. All plumes show a deflection towards the north caused by the West Svalbard Current. The seabed, at around 240-m depth, is shown by the strong (red) response. The position of CTD cast 10 is indicated by vertical red arrow.

Des zones d’émissions importantes de méthane (plus de 250 trainées de bulles ont été observée dans une profondeur inférieur à 400m)  ont été repérées dans cette région où passe le courant de Spitzbergen. La source de l’émission de méthane est, au moins en partie, la dissolution d’hydrates de gaz dans les sédiments marins.

La dissolution des hydrates est gouvernée soit par une variation de la pression, soit par un réchauffement de l’eau. En l’occurrence, la pression restant constante, le réchauffement du courant de Spitzbergen (+1°C sur les 30 dernières années) est à l’origine des dissolutions des hydrates.

Les hydrates se sont accumulés sur le long terme dans les couches sédimentaires. Certaines études ont invoqué les hydrates de gaz comme une des causes  des réchauffements passés du climat.

Extrait de l’article :

methane fig 3 westbrook 2009 changements climatiques rétroaction positive

Figure 3. (a) Migrating methane gas is restricted from reaching the seabed in the GHSZ by its conversion to hydrate and by the overall reduction in permeability caused by the growth of hydrate at the base of the GHSZ, which may divert a proportion of the gas to flow up slope. Methane gas escaping from the seabed beyond the GHSZ rises as bubbles through the seawater. Most of the methane appears to dissolve in the water. Some dissolved methane will enter the atmosphere by equilibration. (b) An increase in the temperature of the seawater causes the GHSZ to contract down slope, dissociating hydrate to methane and water. The time-dependence of this process is illustrated in the auxiliary material. Where the GHSZ is removed entirely, all the released gas is free to move to the seabed, guided by local variation in lithology and structure. Where a thinner GHSZ remains, gas from the dissociated hydrate at its base can migrate into the GHSZ to form hydrate again and may also migrate up slope.

Les émissions de la zone pourraient s’élever à 20 Tg/an (ou Gt/an). A titre de comparaison, les émissions mondiales de méthane seraient de l’ordre 500 à 600 Tg/an (flux naturels). Si le méthane issu des hydrates n’atteint pas forcément l’atmosphère, il contribue à l’augmentation de la concentration atmosphérique puisqu’il augmente la concentration en méthane dissout dans les eaux de surfaces (or les eaux de surfaces et l’atmosphère sont en équilibre en termes de pression partielle).

Enfin l’oxydation du méthane dans l’océan participe à l’acidification, avec des conséquences importantes sur la biodiversité, donc la « pompe biologique » qui absorbe et stocke le CO2…  Et cette  première« rétroaction positive » entraine une seconde rétroaction positive.

L’étude indique que davantage d’analyses sont nécessaires afin d’établir avec précision les émissions mondiales de méthane dont l’origine sont des hydrates.

Cette étude est une étude inquiétante de plus concernant l’état du climat mondial, puisqu’elle souligne l’accélération du réchauffement probablement déjà enclenchée.

Référence :

Westbrook, G. K., et al. (2009), Escape of methane gas from the seabed along the West Spitsbergen continental margin, Geophys. Res. Lett., 36, L15608, doi:10.1029/2009GL039191.

L’article est visible en intégralité ici.

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (3)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2). Voir les posts sur les discussions à Bonn : 1, 2

  • Australie : une semaine après l’échec de la loi fixant des objectifs de réduction d’émissions (voir ici), le Sénat australien a accepté la loi sur les énergies renouvelables. La loi fixe un objectif de 20% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2020, contre 8% actuellement. La loi doit maintenant être acceptée par la Chambre Basse. Si la nouvelle est plutôt bonne, elle reste modest puisque seule l’électricité est concernée (et pas la production énergétique dans son ensemble.
  • Maldives. Dommage collatéral de la crise financière : le Président des Maldives ne participera pas aux négociations de Copenhague, afin de réduire les dépenses du gouvernement. On peut vraiment dire que les petits Etats-îles paient la double peine infligée par les pays occidentaux (crise financière + crise climatique).
  • Toujours les suites de Bonn : l’UNFCCC s’inquiète du manque de temps pour boucler les discussions avant Copenhague (15 jours de négo restants). Cependant, contrairement aux réunions de juin, il semble que les Etats-Unis entrent véritablement dans la danse, ce qui pourrait faire changer le rythme des discussions.
  • Pays les moins avancés. A l’occasion d’un groupe de travail organisé en Éthiopie, les pays les moins avancés rappellent qu’ils ne peuvent mettre en place leur plan nationaux d’adaptation (pourtant prêts) faute de moyens… moyens qui devaient pourtant être fournis par les pays industrialisés.

Une nouvelle étude analyse les risques d’accroissement de la pauvreté sur certaines populations (urbaine des pays pauvres surtout) du fait du changement climatique.

  • Chine : suite au rapport publié la semaine dernière (voir ici) qui indique que les émissions chinoises pourraient atteindre leur maximum d’ici 2030, les officiels chinois envisagent la rédaction d’une résolution très prochainement sur le sujet. Si la Chine se fixait une trajectoire d’émission, cela pourrait faire substantiellement avancer les négociations. Enfin une bonne nouvelle (enfin on attend le texte…).

La motivation des gouvernants vient peut-être de cette étude actualisée qui souligne l’intérêt pour la Chine du marché des technologies à faible intensité carbone.

  • Inde & USA : Clinton est optimiste sur le fait que les Etats-Unis et l’Inde pourront trouver un accord sur un plan « pour changer drastiquement la façon de produire, consommer et stocker l’énergie » et plus généralement sur la réussite de Copenhague. Pendant ce temps, la loi sur les émissions de CO2 se fait sérieusement chahuter par les Sénateurs. Même With, démocrate et ancien négociateur sur le climat dans l’administration Clinton, critique la loi car elle aurait un impact trop large sur l’économie ; elle mériterait d’être revue à la baisse. Pourtant certaines grandes entreprises prennent cette affirmation à contre-pied et appellent à la mise en place d’une législation, afin de pouvoir préparer les investissements…
  • Travailleurs du monde : lors d’une réunion de la Confédération Internationale des Syndicats, les syndicats du monde ont formulé un avis qui supporte une très forte réduction des émissions de GES et la mutation vers une économie décarbonée. Bien que des débats existent, un consensus a été trouvé notamment grâce au fait qu’une économie décarbonée pourrait être l’occasion de créer de nombreux emplois et d’améliorer les conditions de travail.
  • Insuffisant : l’agence ClimateWorks qui réalise des analyses pour les Nations Unies prévient que les engagements financiers des gouvernements sont actuellement insuffisants. Elle estime qu’il faudra mobiliser entre 95 et 130 milliards d’euros par an entre 2010 et 2020. Ce chiffre est proche de l’analyse du WWF (112 milliards d’euros par an).