Changements Climatiques

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En route vers Copenhague : fin des discussions à Bonn

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L’UNFCCC vient de publier un communiqué de presse, lors de la conclusion de la semaine de discussions informelles à Bonn. Le mot d’Yvo de Boer, pour le moins mitigé, indique la situation inquiétante dans laquelle nous sommes actuellement. Il est désormais très probable qu’un accord à la hauteur des enjeux ne soit pas conclu à Copenhague en décembre prochain…

PRESS RELEASE

Negotiators Get Down to Practicalities at Bonn UNFCCC Meeting,
But Negotiations Have Yet to Pick up Speed

(Bonn, 14 August 2009) – A week-long informal negotiating session toward a new global
response to climate change concluded in Bonn Friday. The consultations, attended by around
2400 participants, were part of a series of UNFCCC gatherings this year designed to culminate in
an ambitious and effective international climate change deal in Copenhagen in December. The
Copenhagen outcome is to follow on the first phase of the Kyoto Protocol, which expires at the
end of 2012.

“At this meeting, only limited progress was made, although governments did get down to
some practicalities in the areas of adaptation, technology and capacity building,” said Yvo de
Boer, Executive Secretary of the UN Climate Change Secretariat. “So with only 15 days of
negotiating time left before Copenhagen, negotiations will need to considerably pick up speed for
the world to achieve a successful result at Copenhagen,” he added.

Whilst some progress in Bonn was made in narrowing down options in the negotiating
text, governments also discussed technical issues such as how mid-term (2020) emission
reduction pledges of industrialised countries could be translated into legally binding targets as a
key component of the Copenhagen deal.

“Industrialised countries need to show a greater level of ambition in agreeing to
meaningful mid-term emission reduction targets. The present level of ambition can be raised
domestically and by making use of international cooperation,” the UN’s top climate change official
said.” “We also need a clear indication of the finance and technology industrialised countries are
ready to provide to help developing countries green their economic growth and adapt to the
impacts of climate change.”

“In the context of the G8 and Major Economies Forum, I see a group of countries
considering actions that would allow them to profit from the boom in clean technology,” said Yvo
de Boer. “The question is how all nations can profit from this development. Poorer countries risk
being left by the wayside without access to technology and finance. International cooperation
needs to provide them with the means to enable them to green their economies and to adapt to
the inevitable effects of climate change. In order for that support to be financed, I believe that
countries need to be more specific about what they want supported and how,” he added.

Following the meeting in Bonn, work on the negotiating text will continue on 28
September in Bangkok at a two-week negotiating session. Delegates will then assemble for five
days of pre-Copenhagen negotiations in Barcelona 2 November.

A major opportunity for all Heads of State and Government of the world to provide clear
political guidance to negotiators ahead of the UN Climate Change Conference in Copenhagen will
be The UN Secretary-General’s Climate Change Summit for world leaders 22 September in New
York. The New York meeting will assemble Heads of State and Government  from all 192 Parties
to the UNFCCC.

Further upcoming UNFCCC meetings

Bangkok Climate Change Negotiations 2009
9th session of the AWG-KP and 7th session of the AWG-LCA – Monday, 28 September to Friday,
9 October 2009 United Nations Conference Centre (UNCC) of the United Nations Economic and
Social Commission for Asia and the Pacific (UNESCAP), Bangkok, Thailand. Full media facilities
and numerous press conferences. No side events (due to space limitations).

Barcelona Climate Change Negotiations
Resumed Seventh session of the AWG-LCA and resumed Ninth session of the AWG-KP – 2 to 6
November 2009  Barcelona, Spain, Fira Barcelona. Full media facilities, around 100 side events.

United Nations Climate Change Conference Copenhagen
COP 15 and CMP 5 – 7 to 8 December 2009, Bella Center, Copenhagen, Denmark. Numerous
press conferences, more than 200 side events.

Ajout : la version française ici

Sur le même sujet :

-Un article de libé : http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/08/climat-vers-un-ratage-total-%C3%A0-copenhague.html

-Un article du monde : http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/14/pour-greenpeace-le-risque-qu-aucun-accord-ne-soit-signe-a-copenhague-est-reel_1228671_3244.html

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En route vers Copenhague : les discussions à Bonn sont alarmantes

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Les discussions à Bonn continuent (jusqu’à demain vendredi). Les dépêches de presses et articles internationaux sont inquiétants pour la perspective de Copenhague.

  • John Ashe, qui dirige le travail en cours à Bonn, a déclaré que l’accord de Copenhague était probablement suspendu à des efforts supplémentaires de la part des pays riches, puisque ceux annoncés pour l’instant sont insuffisants. Les pays émergents (Chine-Inde) appellent à des réductions globales de 40% des émissions des pays industrialisés en 2020 par rapport à 1990, les petits Etats îles veulent 45%… alors que les promesses officielles ne permettraient qu’une réduction entre 15 et 21% (sans inclure les USA… qui font encore chuter la moyenne).

Les paroles d’Yvo de Boer se veulent rassurantes… mais on a du mal à partager cet optimisme.

  • Le plan Australien de réduction des émissions (entre 5 et 25% de réduction en 2020 par rapport à 2000) vient d’être rejeté par le Sénat, du fait du vote contre par les conservateurs, des indépendants et les verts. Les verts, qui possèdent 5 sièges cruciaux (le texte a été rejeté avc 7 voix de différences) souhaitent que le gouvernement s’engage vers plus d’énergies renouvelables. Ils promettent d’apporter leur voix dans le cadre d’un nouveau texte que le gouvernement voudrait présenter avant la fin de l’année (avant Copenhague).
  • Les Etats-Unis et d’autres pays industrialisés refuseraient purement et simplement de discuter du fonctionnement de la propriété intellectuelle dans le cadre des discussions de Bonn. Pourtant, afin de pouvoir réaliser des transferts de technologies vers les pays émergents, il est indispensable d’envisager une révision du régime de protection de l’innovation, très loin de favoriser la diffusion des innovations et technologies qui apportent effectivement des bénéfices pour tous.

Il ne reste plus que 4 semaines de négociations programmées avant la tenue de la conférence de Copenhague… soit très peu de temps. Le G8 à Pittsburg en septembre semble constituer l’un des rares moments qui pourrait faire avancer les choses : les pays industrialisés devraient annoncer des plans de financements pour soutenir les pays émergents et les pays les moins avancés. Si un plan de financement ambitieux est annoncé, cela pourrait faciliter les discussions.

Mais le problème majeur est celui des engagements de réduction des émissions… et là, ce sont des procédures nationales qui sont concernées (souvenez-vous du sketch pour le paquet climat-énergie en Europe, la loi des Etats-Unis n’est pas encore passée devant le Sénat et le lobbying fait rage…). Donc on voit mal comment les pays industrialisés pourront évoluer de manière massive (il faut doubler l’effort !) d’ici Copenhague.

La situation est critique. Il est nécessaire d’avoir un accord pour prendre le relai de Kyoto. Il est nécessaire d’avoir un accord pour faire « piquer » (maximum) les émissions mondiales d’ici 2015. Il faut des objectifs de long terme ambitieux (une réduction globale supérieure à 50% en 2050). Nous sommes loin, très loin du « +2°C » d’augmentation en 2100, malgré les engagements de nombreux pays pour cet objectif.

Vous avez envie de pleurer ? Moi aussi.

Alerte pour Copenhague : les discussions à Bonn montrent le manque d’engagement des pays industrialisés

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Les choses bougent dans le cadre des négociations « informelles » à Bonn…

L’analyse des données officielles (annonces par les gouvernements de leurs objectifs de réductions) réalisée par l’UNFCCC montre que, dans l’état actuel des choses, les pays industrialisés ne réduiraient leurs émissions que de 15 à 21% en 2020 par rapport à 1990. En considérant le changement d’usage des sols (agriculture notamment), le chiffre passe entre -13 et -20% en 2020 par rapport à 1990.

Ces chiffres n’incluent pas les Etats-Unis, puisqu’ils n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto… s’ils étaient inclus, ils ne feraient que diminuer encore la moyenne, puisque la loi Waxman-Markey prévoit une réduction de -14% en 2020 par rapport à 1990.

Quoi qu’il en soit, ces projections prouvent que les pays développés ne sont pas dans les clous : le rapport du GIEC projette un besoin de réduction compris entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990 pour les pays industrialisés, et une déviation significative pour les pays émergents par rapport à la tendance pour pouvoir espérer une atténuation du réchauffement à 2°C.

Pour une autre étude alarmante sur les engagements des pays, se reporter à cet article de Nature (Halfway to Copenhagen, no way to 2 degrees) paru au mois de juin.

Dans ces conditions, l’argumentaire de la Chine et de l’Inde selon lequel les pays industrialisés ne vont pas assez loin sort particulièrement renforcé.

Dépêche Reuteurs :

Rich nations offer 15-21 pct CO2 cuts by 2020-UN

By Alister Doyle, Environment Correspondent

BONN, Germany, Aug 11 (Reuters) – Industrialised nations excluding the United States are planning cuts in greenhouse gas emissions of between 15 and 21 percent below 1990 levels by 2020 under a new U.N. climate pact, official data showed on Tuesday.

The numbers, issued to delegates at Aug. 10-14 U.N. climate talks in Bonn, fall short of cuts of between 25 and 40 percent outlined by a U.N. panel of scientists to avert the worst of global warming such as heatwaves, floods and rising sea levels.

« Emissions … are expected to be between 15 and 21 percent below 1990 levels by 2020, » the U.N. Climate Secretariat said of the figures, compiled from widely differing plans by nations including Russia, Japan, Canada and European Union members.

Overall emissions by the 39 industrialised nations, based on the existing plans, would fall to the equivalent of between 10.71 and 9.86 billion tonnes of carbon dioxide in 2020 from 12.53 billion tonnes in 1990.

The data excludes the United States, the top greenhouse gas emitter after China, which is outside the current Kyoto Protocol obliging all other industrialised nations to cut emissions by an average of at least 5 percent below 1990 levels by 2008-12.

The 2020 numbers include a promise by New Zealand on Monday to cut emissions by 10-20 percent. Environmentalists criticised that goal for hinging on conditions such as agreement at U.N. talks in Copenhagen in December on a strong new climate deal.

The EU, Switzerland, Norway and Liechtenstein are offering the deepest cuts — some with strings attached — according to the plans. Canada, Japan, Belarus and Russia are among those planning smaller reductions.

Inclusion of the United States would reduce the overall ambition since President Barack Obama aims to return U.S. emissions to 1990 levels by 2020, a cut of about 14 percent from current levels after a sharp rise since 1990.

BUSH LEGACY

Former President George W. Bush said Kyoto would be too costly and wrongly excluded 2012 targets for developing nations such as China, India and Brazil.

National submissions use widely varying assumptions, such as the use of forests which soak up carbon dioxide as they grow. Including changes in land use and forestry, emissions would fall by between 13 and 20 percent by 2020, the data show.

Yvo de Boer, head of the U.N. Climate Change Secretariat, said earlier 2020 pledges were « miles away » from the ambition needed to meet a goal by Group of Eight leaders at a July summit in Italy to cut emissions by 80 percent by 2050.

He also told Reuters the Bonn talks among 180 nations had « got off to a good start » to address huge tasks such as shortening a contentious 200-page draft text for a global U.N. climate accord to succeed Kyoto in Copenhagen.

The chief climate negotiator for Sweden, which holds the rotating presidency of the European Union, saw signs of hope.

« I think we have a slightly positive dynamic, » Anders Turesson told Reuters. « On some issues I can sense some progress. »

He welcomed the fact major emitters at a summit last month in Italy, including the G8 and China and India, had backed a broad scientific view that global warming should be limited to below 2 Celsius (3.6 Fahrenheit) above pre-industrial times.

En route vers Copenhague : négociations informelles à Bonn pour une semaine

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S’est ouvert hier, lundi 10 août, une session de négociations dites « informelles » (bien qu’organisée par l’ONU de manière très formelle !) qui se cloturera vendredi 14. Dans son papier décrivant un scénario de ce qu’il va se passer, le bureau de l’UNFCCC -Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques- annonce l’entrée dans une nouvelle phase des discussions pour une durée de 3 semaines. La prochaine session de négociations « formelles » aura lieu à Bangkok, du 28 septembre au 9 octobre. Les délégations sont appelées à travailler selon les objectifs fixés par le « plan d’action de Bali » (ou feuille de route) :

– vision partagée : choisir des objectifs de long terme qui reflètent une équité acceptable par tous

– adaptation : s’adapter aux conséquences des changements inévitables

– atténuation : réduire les émissions pour atténuer les changements

– développements et transferts de technologies

– financement

Les discussions, organisées par petits groupes informels coordonnées par le bureau de l’UNFCCC, travaillent à partir de la synthèse des propositions des délégations publiée en juin et qui fait 200 pages…

Une session plénière de cloture aura lieu vendredi 14 ; on pourra avoir quelques éléments sur les résultats alors.

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (2)

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Voir l’article précédent.

  • Des officiels chinois déclarent que la Chine considère que le monde ne peut pas se permettre un échec à Copenhague… mais elle réaffirme avec force que l’objectif de -40% par rapport à 1990 pour les pays industrialisés est un objectif équitable au regard de la responsabilité historique. La Chine rappelle se engagements en faveur de l’efficacité énergétique, des renouvelables, de la sensibilisation… mais n’a pas encore projeté le pic de ses émissions. L’engagement « mesurable et vérifiable » (terme officiel des négociations) de la Chine repose seulement  sur une diminution de l’intensité énergétique de son économie (quantité d’énergie par point de PIB) de 20% d’ici 2020.
  • La Corée du Sud annonce (voir également ici) qu’elle va s’engager dans une démarche favorable au climat en se fixant des objectifs volontaires. Le gouvernement décidera parmi trois objectifs potentiels : -4%, 0% ou +8% en 2020 par rapport à 2005. Cette annonce du pays de l’OCDE à la croissance la plus rapide des émissions est plutôt de bon augure puisqu’elle montre le chemin d’engagements volontaires est possibles… petit message envoyé à la Chine ?

Rappelons que la Corée du Sud est le pays dont le plan de relance est le seul réellement vert (avec 2% du PIB investit en 5 ans dans l’économie verte -économies d’énergies, réseaux intelligents, renouvelables…-).

  • Des officiels de l’Afrique du Sud montent le ton : l’Afrique du Sud est l’un des pays leader du groupe des pays africains, qui tentent de s’unir (voir par exemple cet article) dans le cadre des négociations internationales.

Dans une déclaration du 5 août, Alf Wills, un des responsable du ministère de l’environnement, déclare que s’il n’y a pas d’argent, il n’y aura pas d’accord avec les pays africains.  Le besoins représentent 1% du PIB global, qui devrait être dégagé par les pays développés. Il rappelle que l’Afrique est particulièrement affectée par les changements climatiques alors qu’elle est la moins responsable. Les pays en développement et les populations pauvres ont besoins de soutiens pour s’adapter et acquérir des technologies moins polluantes lors de leur développement.

  • Le Mexique, pays pro-actif dans les négociations internationales, annonce qu’il souhaite arriver à Copenhague avec un plan détaillé de réduction de la croissance de ses émissions d’ici 2020.
  • La Nouvelle-Zélande annonce un objectif de réduction compris entre -10 et -20% en 2020 par rapport à 1990 ; l’objectif sera fixé en fonction du résultat de l’accord international. Les émissions de la Nouvelle-Zélande ont explosé de 24% en 2008 par rapport à 1990, alors que l’accord de Kyoto prévoyait une stagnation des émissions ; la croissance serait principalement due aux émissions liées à l’agriculture (principalement à cause du méthane). Le gouvernement et le monde économique déclare que l’objectif est à la fois « ambitieux et réalisable », ce qui est vrai ; les environnementalistes disent qu’il n’est pas assez ambitieux, ce qui est également vrai (l’objectif pour les pays développés devrait se situer entre -25 et -40% en 2020 par rapport à 1990)…
  • Lors d’un forum des chefs d’Etat du Pacifique en Australie, les petits Etats-îles du Pacifique réitèrent une fois de plus leur demande de réductions drastiques des émissions mondiales (-45% en 2020 et -85% en 2050 par rapport à 1990). L’Australie a annoncé une aide de 42 millions de $ US à destination des petits-Etats-îles du Pacifique pour assurer l’adaptation et la recherche notamment.
  • Déforestation : les données officielles du Brésil indiquent une accélération de la déforestation. Le taux de déforestation a été multiplié par 4 entre le mois de mai et celui de juin pour atteindre une destruction de 578 km² en un mois.
  • Le Ministre de l’environnement Péruvien a annoncé qu’il allait constituer un fonds pour pouvoir rémunérer les indiens pour la conservation de la forêt tropicale. Ce dispositif doit utiliser des ressources issues de REDD (en cours de négociations).

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (1)

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Où en sont les négociations internationales sur le climat ? 1er épisode d’un suivi régulier de l’actualité, au travers des déclarations publiques dans la presse internationale.

Rappel des épisodes précédents :

Le compte à rebours est lancé avant la conférence de Copenhague qui doit se tenir en décembre prochain. La situation des négociations internationales semble pouvoir se décrire en quelques mots ainsi : les Etats-Unis vivent une évolution majeure de leur position avec l’acceptation pleine et entière de la réalité du réchauffement climatique, de la causalité anthropique et du rôle historique des pays industrialisés (voir par exemple un court article de l’AFP). Leur nouvelle loi Waxman-Markey est en cours d’adoption par le Congrès (les représentants ont voté pour, les Sénateurs devront s’exprimer bientôt) : elle prévoit une réduction de leurs émissions de 17% en 2020 par rapport à 2005, soit une réduction par rapport à 1990 de 4%. L’Union Européenne, qui n’a pas perdu huit années avec une administration Bush calamiteuse, fait un effort comparable en termes de réduction mais possède une significative avance  par rapport aux Etats-Unis (réduction de 20% en 2020 par rapport à 1990, voire 30% en cas d’accord international positif). L’UE veut jouer le rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique : la Suède, qui Préside l’UE pour 6 mois, vient de lancer son plan d’action en faveur d’une économie efficace au plan énergétique. On devrait pouvoir compter sur le pays pour dynamiser les engagements de l’UE et coordonner les 27 en vue de Copenhague. En Australie, grâce au changement de majorité gouvernementale (démocrates au pouvoir), la situation semble également s’améliorer… bien que rien ne soit acquis : la bataille législative fait rage actuellement (l’opposition libérale, qui peut bloquer le processus de décision est divisée sur le sujet). De plus, il faut rappeler que les émissions australiennes ont dérapé depuis 2005, tout comme au Canada ou en Nouvelle-Zélande (ce qui fait dire au gouvernement Néo-Zélandais que l’objectif d’atténuation pour 2020 sera « une tâche difficile » à réaliser). Nouvelle-Zélande et Australie doivent prochainement rencontrer les autres nations du Pacifique lors d’une réunion du CAIRN, ce qui pourrait être un moment opportun pour faire avancer les négociations, selon Yvo De Boer (responsable des négociations internationales sur le climat). Au Japon, l’actuel gouvernement n’est prêt à s’engager qu’à une réduction de 15% en 2020 par rapport à 2005… mais une alternance historique pourrait avoir lieu au mois d’août à la faveur d’élections anticipées très favorables au l’actuelle opposition démocrate.

Mais la Chine ne cesse de rappeler les chiffres du GIEC : il faut que tous les pays industrialisés réduisent leurs émissions de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990 si on veut avoir une chance d’atteindre l’objectif de +2°C de réchauffement en 2100 par rapport à la période pré-industrielle. Or, seul l’engagement Européen permettrait d’atteindre cet objectif. L’Inde est dans une posture encore plus radicale que celle de la Chine. Les Pays les Moins Avancés, les petits Etats îles (OASIS), le G77 veulent des engagement très forts en termes de réductions (90% de réductions mondiales en 2050) et en termes d’aide à l’adaptation (ils sont les plus touchés…).

La guerre des nerfs se joue entre les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. L’UE essaie de fluidifier les relations et de passer pour le gentil-proactif…

Eléments lors des semaines du 20 et du 27 juillet :

l’Inde garde une position très ferme sur la scène internationale : lors d’une visite de deux jours de Hillary Clinton, le ministre de l’environnement Jairam Ramesh réaffirme que l’Inde n’est pas prête à s’engager à des réductions d’émissions obligatoires, alors qu’elle a un niveau d’émissions par tête très faible et que la responsabilité historique des Etats-Unis est sans commune mesure.

-Le Secrétaire au commerce  des Etats-Unis Gary Locke avait annoncé la semaine dernière que les consommateurs devaient payer pour le carbone compris dans leurs biens de consommation… les émissions liées à la production de biens exportés ne seraient plus de la responsabilité du pays producteur ; position position particulièrement intéressante pour la Chine (et qui ne paraît par complètement infondée au plan de la justice sociale). Mais dans une nouvelle déclaration, Gary Locke a rappelé que les pays développé engageaient beaucoup de moyens pour lutter contre le réchauffement climatique et que les pays émergents, comme la Chine, devaient faire de même. En résumé : « ils doivent payer comme nous ».

Mais il est difficile de lire dans ce genre de déclarations une évolution des positions officielles… et on retiendra plutôt la tenue d’une conférence de presse commune entre la Chine et les Etats-Unis il y a quelques semaines, ainsi que les déclarations rassurantes des négociateurs, tel Todd Stern. Ce qui est certain, c’est qu’un accord digne de ce nom devra se faire grâce aux deux géants.

-Ban Ki-moon, secrétaire général des NU, publie une tribune appelant les pays en développement, en particulier la Chine, à accroître encore ses efforts, et souligne le rôle crucial joué par ce pays dans les négociations internationales.

– Déforestation : tandis que la déforestation accélère encore (l’Indonésie pourrait perdre toute sa forêt primaire d’ici 2015) dans une tribune Wangari Maathai, Prix Nobel, appelle à la protection des forêts du continent Africain, tout en rappelant la nécessité de justice et d’aide aux plus pauvres, conditions sans lesquelles toute lutte contre le changement climatique serait veine. Rappelons que les pays Africains semblent désormais très concernés par les changements climatiques, mais qu’ils ont besoin d’aide, en particulier pour pouvoir s’adapter (alors que leurs besoins de réductions sont très faibles, vu le niveau de leurs émissions actuelles)…  Ils tentent de s’organiser de telle sorte que leur demande soit unique lors de Copenhague (le Président de Namibie rappelle cette nécessité.)

L’AIE appelle à une « révolution énergétique »

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Résumé : la très officielle Agence internationale de l’énergie appelle à des changements majeurs concernant le système énergétique mondial (juin 2008)

Dans son document Perspectives des technologies à l’horizon 2050 publié en juin 2008, l’AIE expose différents scénarios relatifs à l’avenir énergétique de la planète tout en considérant les effets en terme d’émissions de gaz à effet de serre.

Ce document, destiné aux décideurs du G8 et à l’OCDE, donc aux pays les plus développés, reste assez conventionnel dans le sens où il se fonde sur une demande énergétique en continuelle accroissement. La demande est satisfaite grâce aux améliorations technologiques ; aucun changement de « paradigme » envisagé.

Mais même avec ces restrictions très conventionnelles, le document est intéressant.

Deux types de scénarios sont considérés : ACT et BLUE. Les premiers permettent de stabiliser les émissions de GES à un niveau constant par rapport à 2005 ; ils sont donc tout à fait insuffisants en terme de lutte contre le réchauffement climatique. Les seconds permettent de diviser par deux (ou plus) les émissions, comme recommandé par le GIEC. Ce sont donc ces seconds scénarios qui sont les plus intéressants…

La tâche à accomplir est qualifiée de « véritable gageure ». Quelques chiffres pour résumer les scénarios BLUE :

-chaque tonne de CO2 évitée coûtera jusqu’à 200 dollars (US) en cas de développement favorable des technologies et jusqu’à 500 dollars en cas de développement moins favorable.

-les investissements supplémentaires nécessaires s’élèvent à 45 000 Milliards de dollars d’ici 2050 ; soit 1 100 Milliards de dollars par an, c’est à dire le PIB de l’Italie. Il est à noter que les 1,1% du PIB qui seraient investis n’aboutiraient pas forcement à une réduction du PIB, puisque les investissements réalisés auront des effets positifs sur la croissance mondiale.

-réduction de la demande de pétrole de 27% par rapport à aujourd’hui.

-comment se répartissent les efforts ? Le schémas ci-dessous compare le scénario de référence de l’AIE (courbe noire en haut) et le scénario BLUE (courbe noire en bas). Les couleurs entre les deux courbes correspondent aux « évitements d’émission » réalisés pour passer du scénario de référence au scénario BLUE.

Petit commentaire :

si le nucléaire civil est développé (32 GW construits par an) dans ce scénario, il est bon de le comparer aux énergies renouvelables : le nucléaire produit 25% de l’électricité en 2050 et permet d’éviter 6% des émissions. Les énergies renouvelables produisent 46% de l’électricité et de réduire de 21% les émissions de CO2. Ce qui fait une efficacité d’évitement (part de réduction divisé par la part dans la production) de 0,24 pour le nucléaire et de 0,46 pour les énergies renouvelables.

Une preuve de plus (très officielle celle-là) que les assertions du type « les énergies renouvelables, elles n’ont pas le potentiels » ou « elles augmentent les émissions de GES car elles ne sont pas continues » sont de belles âneries.