Changements Climatiques

Les changements du monde par le climat

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La Chine annonce une auto-limitation de sa croissance dans un objectif environnemental !

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Dans un souci environnemental, la Chine préparerait une auto-limitation de sa croissance économique dans le cadre de son prochain plan quinquennal. Voilà une information apportée par The Guardian presque incroyable…

Dans un article du 28 février, qui reprend lui-même des extraits d’une interview du Premier Ministre chinois Wen Jiabao, The Guardian nous apprend que le prochain plan quinquennal chinois (2011-2015) viserait à limiter la croissance économique annuelle à 7%-8% du PIB. La croissance annuelle constatée entre 2000 et 2010 a été de 10,4%. La discussion politique sur le plan quinquennal est renforcée par la publication d’un rapport académique qui irait dans le même sens.

7% ou 8% reste très impressionnant (on en connaît qui se casseraient bien les dents pour arriver là…), en particulier compte-tenu du fait que la taille de l’économie (la seconde plus grosse). Pourtant, cette annonce est, je crois, historique pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’elle semble principalement motivée par des objectifs environnementaux :

« We absolutely cannot again sacrifice the environment as the cost for high-speed growth, to have blind development, and in that way to create overcapacity and put greater pressure on the environment and resources. That economic development is unsustainable. »

Traduction artisanale : « On ne peut absolument pas sacrifier à nouveau l’environnement en conséquence du coût d’une croissance à haute vitesse, à avoir un développement aveugle qui crée une surcapacité et exerce une pressions toujours plus importante sur l’environnement et les ressources. Ce développement économique n’est pas soutenable.« 

Une telle déclaration est une traduction politique d’un constat évident : la croissance économique ne fait pas tout et elle a même des effets néfastes. Ce constat est maintenant admis dans un nombre croissant de cercles intellectuels, mais il n’arrive jamais dans la bouche de politiques -surtout lorsqu’ils sont en fonction-. Justifier une auto-limitation de la croissance de la production humaine dans une perspective de respect de l’environnement est une évolution extraordinaire de la perception de ce que doit faire l’humanité !

Dans le cas des changements climatiques, ne pas limiter la croissance économique était le centre du discours chinois -et des autres pays en développement-. L’argument est simple et assez évident : les pays émergents ont des niveaux de vie (et des émissions) par habitant inférieurs à ceux des pays développés, ils refusent donc de sacrifier leur développement économique pour un problème qui a été causé historiquement par ceux qui sont maintenant les plus riches.

C’est cet argument qui a justifié que l’engagement chinois pris à Copenhague soit donné en termes d’intensité carbone de l’économie (et non pas en valeur absolue). Autrement dit : « ok pour faire un effort (très important au demeurant, ndlr), mais pas question d’avoir un maximum d’émissions en valeur absolue car en cas de croissance forte -ce qu’on espère-, on serait amené à le dépasser. »

Implicitement, la déclaration de Wen Jiabao revient totalement sur cet argument. En effet, si on connaît l’engagement en termes d’intensité carbone d’une économie et qu’on connaît également la taille de cette économie (dont on a limité la croissance), alors on peut déduire des émissions en valeur absolue… comme pour les pays développés ! Ca n’a peut être pas l’air de grand chose, mais -si ca se confirme- c’est probablement une nouvelle donne gigantesque dans les négociations sur le climat.

 

Cet enthousiasme affiché, apportons quelques éléments pour nous refroidir :

– 7% de croissance de la seconde économie mondiale, c’est toujours beaucoup (ce qu’on peut voir négativement pour l’environnement et positivement pour la majorité des chinois qui sont encore très pauvres)

– la justification environnementale est peut-être un affichage ; d’autres justifications peuvent exister (emballement macro-économiques).

– rien ne garantit que le plan quinquennal sera effectivement respecté ; la compétition inter-régionale à l’intérieur de la Chine fait rage, ce qui est très défavorable à toute limitation. Néanmoins, le pouvoir central semble vouloir faire usage de nouveaux outils de régulation, lesquels qui permettraient d’atteindre ces objectifs.

 

Malgré tout, si l’information se confirmait, voilà un tournant probable dans les négociations climat. Et peut-être plus généralement, peut-on espérer un début de changement d’évolution significative dans la relation humanité-biosphère ?…

Written by ToM

28 février 2011 at 19 h 23 mi

Non, l’atmosphère n’est pas brulée par le dragon chinois !

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Article publié initialement sur adopt a negotiator.

 

Edit : je renvoie ici vers le poste de ma collègue tracker Chine, qui publie une lettre ouverte d’ONG chinoises aux Etats-Unis. Instructif et complémentaire !

Il a été souligné dans les médias  que la Chine accueille pour la première fois une négociation sur le climat… avec généralement soit un commentaire pour indiquer que cela est un espoir, soit un commentaire pour pointer du doigt la responsabilité chinoise (voir par exemple ici). Si ce n’est pas vraiment l‘avis de Radio Chine International qui relaie largement les propos élogieux de Mme Figueres vis à vis de la Chine -propos certes réels mais prononcés dans un cadre très protocolaire-, cette croyance que le premier pollueur mondial est le principal coupable est facilement partagée dans l’opinion publique chez nous, en Europe (ou en Occident). Pourtant la situation n’est pas si simple. Eléments d’analyse.

Il est vrai que…

  • la Chine est passée premier émetteur mondial avec 24% des émissions mondiales en 2008 (contre 22% pour les USA, 12% pour l’UE, 8% pour l’Inde).
  • ses émissions ont doublé entre 1996 et 2006
  • en 2007, les émissions chinoises ont augmenté de 8% et ont été responsables des deux tiers de l’accroissement des émissions mondiales
  • la Chine est le premier marché mondial de voitures en 2009
  • la moitié du ciment mondial est produit en Chine (et compte pour 20% de ses émissions)
  • le charbon représente 83% de la production énergétique, avec une croissance de consommation de 6,8% en 2008

Mais…

De ce constat factuel clairement en défaveur de la Chine, il serait erroné de tirer des conséquences immédiates en termes de responsabilité et de nécessité d’action. Les vérités évidentes sont souvent trompeuses.

Car, si l’on accepte de réfléchir en termes d’équité, il est important de considérer :

  • la responsabilité historique : ce qui compte n’est pas le flux (les émissions), mais le stock d’espace atmosphérique consommé (les émissions cumulées depuis la moitié du XIXème siècle). De ce point de vue, les Etats-Unis sont responsables de 29% des émissions cumulées, soit plus de trois fois les émissions cumulées de la Chine (pour une « population cumulée » bien moindre aux Etats-Unis évidemment).
  • les émissions par tête : les émissions moyennes par tête sont de 4,5 tonnes de CO2, contre 19,8 tonne par personne aux Etats-Unis
  • la cause des émissions : les deux tiers des exports chinois sont destinés aux Etats-Unis, Japon, UE et Australie. La Chine émet donc des gaz à effet de serre pour le consommateur occidental (ce dernier n’en est-il pas au moins partiellement responsable en choisissant d’acheter moins cher et donc plus polluant?)

Il existe de grandes disparités entre les émissions individuelles, une grande partie de la population chinoise restant dans une grande pauvreté. Les données moyennes ne sont donc probablement pas les meilleures en termes d’équité individuelle, mais ce sont celles qui sont pertinentes en termes de négociations sur le climat puisque l’unité de base est le pays.

Alors, certes, on peut tenir le raisonnement selon lequel les Chinois étaient heureux avant et n’ont pas à avoir nécessairement un mode de consommation à l’occidental. On peut critiquer cette croissance économique à un rythme effréné.

Ces deux réactions reflètent probablement assez bien notre perception occidentale de la propriété : nous n’avions pas de problème lorsque vous n’étiez pas là, nous possédions l’espace atmosphérique (droit de propriété = usus, fructus, abusus), il n’y a pas de raison de le partager. Mais cela rentre en conflit avec un autre principe occidental majeur : les droits de l’homme (que nous défendons d’ailleurs, à juste titre, lorsqu’il s’agit des libertés politiques en Chine). En effet, rattacher l’accès à un bien commun mondial aux droits de l’homme semble plutôt raisonnable, non ? Et si le droit de propriété est inférieur aux droits de l’homme (nous sommes bien contre l’esclavage), alors nous devons logiquement partager l’atmosphère avec nos voisins chinois. Il s’agit simplement d’être cohérent avec nos valeurs. Il y a, de plus, l’argument de symétrie : appliquons aux autres les principes que nous nous appliquons à nous-mêmes (par exemple, nous nous accordons le droit à la croissance afin d’éradiquer la pauvreté). Etant donné que les Chinois ont eux-aussi une notion de l’équité, il faut enfin ajouter l’argument du réalisme : nous ne pouvons pas empêcher les Chinois d’émettre (pour que, nous, puissions nous continuer à polluer), sauf à employer la force.

Qu’en est-il de l’avenir ?

Après tout, de tels constats ne disent rien sur les négociations et le futur sur lequel elles se portent.

La Chine ne fait-elle aucun effort ? Il faut savoir que :

  • la Chine a mené une politique de remplacement de ses centrales à charbon avec les technologies de pointe (les centrales installées en Chine sont plus efficaces que celles des Etats-Unis)
  • la Chine est leader dans les énergies renouvelables (40% de la production mondiale de panneaux photovoltaïques, 3ème parc mondial éolien et celui avec la plus forte croissance…)
  • des investissements dans le futur : 7,3 milliards de dollars investis dans les réseaux intelligents (premier investissement mondial) afin d’économiser l’électricité et d’intégrer les renouvelables ; plus grand investisseur dans les énergies dites « propres » (35 milliards de dollars en 2009).
  • Transports : les standards chinois pour les véhicules sont parmi les plus stricts du monde ; un réseau de TGV de 4000 miles (le plus grand du monde), plus 6200 miles en construction.
  • Son plan de relance avait le volet « vert » le plus important du monde (221 mds de dollars, soit deux fois celui des Etats-Unis)

Evidemment, ce qui compte est l’engagement global. Actuellement, la position officielle, inflexible, est la suivante :

  • réduction de l’intensité carbone de la production de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2005
  • accroissement des énergies non fossiles à 15% de la production primaire
  • accroissement de la couverture forestière de 40 millions d’hectares en 2020 par rapport à 2005

Donc…

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : cela ne garantit pas que la Chine fasse suffisamment pour permettre de limiter l’accroissement de la température à 2°C en 2100… En particulier si on considère que d’autres pays ont droit à leur « part » d’espace atmosphérique alors qu’ils n’y touchent presque pas actuellement (les pays africains, les pays moins avancés).

On pourrait par exemple demander à la Chine :

  • une réduction accrue de l’usage du charbon (mais cela s’appliquerait aussi à l’Europe de l’Est, à l’Afrique du Sud, aux Etats-Unis… cela correspond à un abandon d’usage d’une ressource énergétique bon marché, comparable à la sortie du pétrole).
  • surtout, qu’elle accepte une limitation de ses émissions en valeur absolue, afin d’empêcher que la réduction de l’intensité carbone soit plus que compensée par sa croissance économique et démographique (ce qui est fort probable). Ceci permettrait d’offrir une réelle visibilité au monde et une justice accrue (là encore, attention ! Cette envie de justice n’est pas pour nous, occidentaux qui avons déjà largement consommé notre part, mais pour les plus pauvres !).

Sans simplement suivre la communication faite par la Chine sur ses propres mérites (on rappellera que le Danemark faisait de même à Copenhague), je voulais ici souligner qu’il faut se méfier sérieusement de la paille dans l’oeil du voisin. La Chine n’est surement pas un élève parfait, mais elle possède de sacrés arguments en termes d’équité et d’action politique… Malheureusement, en face d’elle, il n’existe personne  assez volontariste pour remettre en cause ces arguments par d’autres arguments plus solides (les pays occidentaux ne prévoient pas suffisamment de réductions d’émissions). Nous risquons donc un statu quo de la médiocrité…

Sources : les chiffres proviennent de plusieurs sources écrites directes et indirectes sérieuses… que je pourrais fournir en cas de besoin à qui le demanderait.

Réduction d’émissions : l’Inde parle de chiffres mais refuse d’être contrainte

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Actualisation en fin d’article

D’après Reuters, le gouvernement Indien devrait annoncer dans la journée du jeudi 3 décembre des objectifs chiffrés de réduction d’émissions de l’Inde, à partir de ces objectifs domestiques.

Toujours d’après Reuters, ces objectifs pourraient être une réduction de l’intensité carbone de l’économie (indicateur similaire à celui utilisé par la Chine) de 24% en 2020 par rapport à 2005 et de 37% en 2030.

Cependant, il n’est pas clair si le gouvernement annoncerait accepter une inscription de ces chiffres dans un accord international ou non.

Rappelons que la Chine parle de réduire son intensité carbone de 40 à 45% en 2020 par rapport à 2005. Rappelons également les émissions par tête de la Chine sont de l’ordre de 5 tCO2/pers/an et que celle de l’Inde sont de 1,5 tCO2/pers/an.

Il faut attendre confirmation de cette information ; et il est trop tot pour affirmer que cet engagement rentrerait dans le cadre des recommandations du GIEC pour obtenir une limitation du réchauffement à 2°C.

Actualisation à 16h30

D’après AP, qui résume les débats parlementaires sur le sujet et l’internvation du Premier Ministre, l’Inde serait prête à réduire son intensité carbone de 20 à 25% d’ici 2020 par rapport à 2005.

Contrairement à l’annonce chinoise, je n’ai pas connaissance d’éléments permettant d’indiquer si cet engagement permettrait d’atteindre l’objectif du GIEC de dévier les émissions de 25 à 30% par rapport au scénario « Business as usual ». Il est difficile de s’exprimer sur la valeur du chiffre avancé.

Mais l’Inde affirme explicitement refuser tout objectif chiffré contraignant à l’échelle internationale ou toute année de « pic » de ses émissions. Cette position intransigeante risque de poser de sérieux problèmes lors des négociations à Copenhague.

Engagments chiffrés de la Chine sur la réductions des gaz à effet de serre : éléments d’analyse

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La Chine a annoncé, hier jeudi 26, des engagements chiffrés pour les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Parvenant peu de temps après l’annonce des Etats-Unis d’engagement chiffrés, elle-même parvenant après le renforcement des engagements de la Russie -voir le post-, cet engagement chinois a été largement salué sur la scène internationale. Mais que signifie cet engagement ?

L’annonce

L’annonce faite par Hu Jintao est la réduction de l’intensité carbone de l’économie chinoise de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2020.  Rappelons que l’intensité carbone d’une économie se définit comme la quantité moyenne de carbone nécessaire pour produire une unité de PIB. A titre de comparaison, l’intensité carbone de l’économie chinoise (2,68 kgCO2/US$) est à peu près dix fois supérieure à celle de la France (0,26 kgCO2/US$) et 5 fois supérieure à celle des Etats-Unis (0,51 kgCO2/US$).

Ce choix d’un chiffre relatif à l’activité économique s’explique par la volonté de ne pas accepter un volume fixe d’émissions à un horizon donné, qui impliquerait potentiellement de sacrifier de la croissance si celle-ci était très forte. L’incertitude concernant la croissance future de la Chine (contexte de crise, croissance démographique) pousse les décideurs à ne pas s’engager sur des scénarios de croissance et donc à refuser tout engagement en valeur absolue. Mais que signifie cet engagement ?

Ce que la Chine pourrait faire

L’excellent document d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique cite lui-même un rapport de l’Académie Chinoise des Sciences qui propose le scénario suivant:

-une croissance  constante de 6,8% par an entre 2005 et 2020

-une réduction de l’intensité carbone de 50% en 2020 par rapport à 2005

-un renforcement de l’efficacité énergétique de +40 à +60%, accompagné de transferts de technologies

Résultat : en 2020, les émissions chinoises augmenteraient de 34% (seulement) par rapport à 2005. Ceci est nettement moins qu’une demande de l’UE qui, par modélisation, arrive à une augmentation de 55% en 2020. On voit sur le graphique ci-dessous que le scénario « business as usual » conduirait à une augmentation de quasiment 100% en 2020 par rapport à 2005.

Le scénario proposé par l’Académie Chinoise des Sciences serait donc très satisfaisant, puisque la condition à remplir pour atteindre l’objectif « +2°C » d’après le GIEC est une « déviation substantielle » (on considère 15 à 30%) par rapport à la trajectoire Business As Usual.

On se permettra néanmoins de remettre (partiellement au moins) en question la pertinence des objectifs fixés par le GIEC en 2007, au regard des nouvelles données, qui tendent plutôt à faire croire que des objectifs encore plus ambitieux à l’échelle mondiale seraient nécessaire.

Ce que la Chine annonce qu’elle fera

Evidemment, ce scénario ne correspond pas à la proposition de Hu Jintao qui évoque une réduction de l’intensité carbone moindre. Mais cette dernière reste très significative et peut paraître assez satisfaisante.

Concernant la réduction de l’intensité énergétique, la Chine s’est déjà fixé des objectifs (ambitieux) dans le 11ème plan quinquennal : -20% en 2010 par rapport à 2005. Cependant cet objectif ne sera probablement pas atteint, puisque la baisse de l’intensité énergétique n’était que de 3,3% en 2008. Nul doute que la Chine prendra de nouveaux engagements internes sur cet indicateur lors de son prochain plan quinquennal. Reste à savoir combien à quel niveau et s’ils seront atteints.

Concernant les transferts de technologie, tout dépend de l’accord international (cela ne dépend pas de la Chine).  Pékin est progressivement en train de revoir sa position, même si elle soutien toujours les propositions du G77. La Chine considère de plus en plus sa capacité propre à l’innovation, ce qui l’oblige à avoir un nouveau regard sur les droits de propriété intellectuelle.

Le problème de fixer à la Chine un objectif en termes d’intensité carbone est que cela ne permet pas la comparaison des efforts entre pays, ce qui est pourtant un point important pour un accord international. Cela pourrait conduire indirectement à des injustices (inéquités), en fonction de la répartition de la croissance entre les pays.

La Chine fait déjà beaucoup

Occidentaux que nous sommes, nous avons facilement tendance à taper sur les méchants chinois pollueurs. Pourtant, Yvo de Boer (peu suspect de faire des déclarations intéressées ou influencées) a souligné, il a quelques semaines, l’extrême engagement des dirigeants chinois et l’importance des mesures nationales prises par la Chine.

L’action politique du gouvernement central est réelle, même s’il doit régulièrement faire face à des difficultés d’application des politiques puisque les gouvernements locaux sont généralement peu enclins, eux, à établir des mesures de protection de l’environnement.

Nous oublions également facilement que la pollution chinoise, ou comptabilisée comme telle, est en bonne partie due à des production de biens consommés par les occidentaux. Nous avons délocalisés nos pollutions en même temps que nos emplois.

Quelques réflexions

Les choses avancent avec les déclarations russes, américaines et chinoises.  Il manque l’Inde. Cependant, les avancées restent relativement limitées, car ce sont des annonces qu’on pouvait raisonnablement espérer. Si c’est une anticipation d’annonces encore plus ambitieuses à Copenhague, alors on peut se réjouir. En revanche, si chacun abat ses cartes de manière définitive, alors l’accord restera très difficile.

On peut espérer qu’il s’agisse de la première option puisque, par exemple, les Etats-Unis pourraient revoir sérieusement leurs objectifs à la hausse (à un niveau permettant un accord), s’ils incluent certains mécanismes de flexibilité. Mais là encore, cela pose de nouvelles questions : ces mécanismes de flexibilité seront-ils fiables ?

Et quel que soit l’accord, il ne faudra pas oublier de le remettre dans son contexte : la géophysique. S’il ne peut pas permettre d’atteindre le +2°C (ce qu’on peut sérieusement craindre, même dans le cas d’un accord jugé « ambitieux » en termes de relations internationales), il faudra l’assumer.

Bref, la porte de Copenhague ne s’est pas définitivement fermée, elle s’est même un peu rouverte.

EDIT : Le WRI semble tirer un constat similaire : lannonce de la Chine est relativement satisfaisante.

En route vers Copenhague : suivi des positions (5)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2), (3), (4), post sur la position de l’Afrique.

En résumé : Copenhague ? C’est foutu pour un accord global, préparons tout le monde à cela.

Malgré les appels à un succès à Copenhague de la part de quelques négociateurs de pays développés pro-actifs (tel celui de David Miliband), il faut commencer désormais à préparer l’opinion : Copenhague sera un échec. Ou plus exactement, ce ne sera pas un succès, c’est à dire un accord global permettant d’organiser l’action humaine sur les prochaines décennies. Des accords semi-satisfaisants sont encore possibles et restent de l’ordre du très probable : accords multilatéral pour repousser l’échéance des négociations, accords entre les volontaires, accords bilatéraux/multilatéraux..

Pour illustrer cette quasi-certitude, Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention des Nations unies sur les Changements Climatiques, a fait une annonce dans ce sens (dernière déclaration en date) : la réalisation d’un accord « complet » (« comprehensive » in english) n’est plus possible dans le temps qu’il reste pour négocier. Mais ce n’est pas « nécessaire » d’après lui… bien qu’il se soit battu depuis le début pour cela.

Parallèlement, Yvo de Boer appelle toujours à un leadership plus engagé de la part des pays industrialisés, se félicitant d’avancées grâce à l’alternance au Japon, à l’engagement de l’UE, aux discussions bilatérales de la Chine et des Etats-Unis. Yvo de Boer affirme qu’il n’y a pas assez d’argent mis sur la table par les pays développés en faveur des pays en développement.

Cette analyse d’une impossibilité d’avoir un accord global est partagée par la plupart des personnes qui sont engagées dans le suivi des négociations (j’ai eu l’occasion d’en discuter rapidement à l’IDDRI ou avec Pierre Radanne par exemple).

Faisons le point sur quelques éléments sur les positions des pays pour prendre la température du « moral international »…

  • Union européenne et pays membres

Alors qu’il se débattait su la taxe carbone interne, l’annonce par Nicolas Sarkozy de vouloir imposer une taxe aux frontières de l’UE sur les émissions de carbone des produits importés a jeté le froid dans la communauté internationale… Cela pourrait très bien bloquer les négociations, puisque ce serait un dispositif qui désavantageraient les pays émergents, alors que ceux-ci exigent toujours des engagements plus importants de la part des pays industrialisés -dont l’UE- afin de pouvoir atteindre l’objectif de « maximum +2°C ».

L’UE met la pression sur l’Afrique du Sud pour que la nation arc-en-ciel  les pays émergents à réduire leurs émissions… et s’inquiète de l’aboutissement de Copenhague.

L’UE a annoncé la semaine dernière qu’elle pourrait apporter 15 milliards d’Euros par an aux pays en développement. Cette offre est le premier élément chiffré dde soutien de la part de pays industrialisés. Mais cette annonce est loin de sembler suffisante (il n’y a qu’à voir les demandes de l’Afrique…), et elle est en recul par rapport au plan précédent (qui prévoyait 24 milliards par an), comme l’ont souligné WWF, Greenpeace ou Oxfam.

  • Etats-Unis

Les débats font toujours rage autours de la loi sur l’énergie. Le lobby énergétique (charbonnier principalement) offre des repas, des concerts gratuits afin de gagner l’opinion. Celle-ci reste globalement en faveur d’un système de cap and trade, mais ce n’est pas gagné…

Les avancées semblent faibles dans les discussions au Sénat et tout report de l’adoption de la loi pourrait être catastrophique pour les négociations internationales.

Todd Stern, en charge des négociations pour les Etats-Unis, a fait part des « difficultés » dans le cadre des négociations officielles, notamment par manque de temps.

Cependant, les Etats-Unis soignent leurs relations avec la Chine sur le dossier du climat, Nancy Pelosi déclarant que le monde avait beaucoup à apprendre sur le travail de Pékin concernant le climat (ce qui est sûrement vrai !).

  • Inde

L’Inde est un acteur absolument central des négociations… et continue de souffler le chaud et le froid.

Le gouvernement est prêt à s’engager sur des réductions volontaires, c’est à dire non obligatoires (ie. non sanctionnées en cas de non respect). M. Ramesh, Ministre de l’environnement, répète à l’envie : “we are proactive, constructive, we want a fair and equitable agreement in Copenhagen”. Il est vrai que l’Inde s’est doté de politiques domestiques très offensives, en termes d’énergies renouvelables par exemple. M. Ramesh évoque la possibilité d’une loi nationale afin d’organiser les politiques sectorielles. Mais le refus d’inscrire des obligations nationales dans des engagements internationaux est catégoriques. Ce qui fait dire à M. Ramesh que ce ne serait pas une catastrophe en cas d’échec à Copenhague…

M. Rasmussen, Premier Ministre Danois, a rencontré son homologue Indien (M. Sing) afin d’accentuer la pression diplomatique…

  • Chine

Le Premier Ministre Chinois appelle les Etats-Unis à prendre le leadership dans les négociations, tout en rappelant l’engagement du pays du soleil levant.

Encore et toujours, la Chine appelle les pays développés à se fixer des objectifs de réduction plus ambitieux.

  • Japon

Comme je l’écrivais dans un post précédent, l’alternance au Japon a donné un peu d’air aux négociations… mais insuffisamment pour tout débloquer.

  • Thailande

La Thailande refuse de se fixer des objectifs de réduction d’émission contraignants. Le pays souhaite une approche sectorielle des négociations.

  • Corée du Sud

Le Ministre de l’Environnement, M. Maanee Lee, a déclaré jeudi 10 septembre que Copenhague n’aboutira probablement à un accord, bien que les quatre plus grandes économies asiatiques joueront un rôle majeur de liaisons entre pays développés et en développement.

  • Nouvelle-Zélande

Le gouvernement néozélandais a annoncé une révision du système de permis d’émissions afin de diviser par deux son coût (par rapport au schéma élaboré par le précédent gouvernement dirigé par le Labour), tout en couvrant tous les secteurs et tous les gaz. La réduction des coûts passe par l’application d’une « phase de transition » lors de laquelle les réductions ne seront obligatoires qu’à 50% de ce qu’elles étaient au préalable, et avec un prix d’option fixe (achat de permis à un prix plafond). La réduction des coûts passe donc par une réduction des ambitions environnementales à court/moyen terme. L’objectif du gouvernement est de faire adopter le nouveau plan d’ici Copenhague.

  • Cuba

Cuba annonce son soutien aux positions défendues par les pays émergents (Chine, Inde), c’est à dire des objectifs de réductions de 40% des émissions des pays développés d’ici 2020 par rapport à 1990.

  • Brésil

Le Ministre de l’Environnement brésilien, M. Carlos Minc, a déclaré que les objectifs de réduction des Etats-Unis restent inacceptables et devraient se rapprocher de -20% en 2020 par rapport à 1990 (au lieu de -4%).

Le Ministre a également déclaré qu’il était modérément optimiste et qu’un accord ne serait pas facile.

Parallèlement, le Brésil a annoncé de nouvelle restrictions sur le secteur agricole afin de limiter la destruction de la fôret primaire.

  • Afrique du Sud

Le plan de lutte contre les émissions, annoncé par le gouvernement comme ne remettant pas en cause la croissance du pays,  fait débat et est critiqué par l’Alliance Démocratique.

  • Cameroun

Le Cameroun annonce attendre beaucoup de Copenhague

  • Aviation

L’Organisation Internationale de l’Aviation Civile veut croire en un accord sectoriel possible d’ici un mois (réunion à Montréal le 7-9 octobre).

Prochains RDV cruciaux : la réunion des Nations unies à New-York le 22 septembre ; le G20 de Pittsburg le 23 septembre.

Négociations internationales vers Copenhague : suivi des positions (3)

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Voir les épisodes précédents : (1), (2). Voir les posts sur les discussions à Bonn : 1, 2

  • Australie : une semaine après l’échec de la loi fixant des objectifs de réduction d’émissions (voir ici), le Sénat australien a accepté la loi sur les énergies renouvelables. La loi fixe un objectif de 20% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2020, contre 8% actuellement. La loi doit maintenant être acceptée par la Chambre Basse. Si la nouvelle est plutôt bonne, elle reste modest puisque seule l’électricité est concernée (et pas la production énergétique dans son ensemble.
  • Maldives. Dommage collatéral de la crise financière : le Président des Maldives ne participera pas aux négociations de Copenhague, afin de réduire les dépenses du gouvernement. On peut vraiment dire que les petits Etats-îles paient la double peine infligée par les pays occidentaux (crise financière + crise climatique).
  • Toujours les suites de Bonn : l’UNFCCC s’inquiète du manque de temps pour boucler les discussions avant Copenhague (15 jours de négo restants). Cependant, contrairement aux réunions de juin, il semble que les Etats-Unis entrent véritablement dans la danse, ce qui pourrait faire changer le rythme des discussions.
  • Pays les moins avancés. A l’occasion d’un groupe de travail organisé en Éthiopie, les pays les moins avancés rappellent qu’ils ne peuvent mettre en place leur plan nationaux d’adaptation (pourtant prêts) faute de moyens… moyens qui devaient pourtant être fournis par les pays industrialisés.

Une nouvelle étude analyse les risques d’accroissement de la pauvreté sur certaines populations (urbaine des pays pauvres surtout) du fait du changement climatique.

  • Chine : suite au rapport publié la semaine dernière (voir ici) qui indique que les émissions chinoises pourraient atteindre leur maximum d’ici 2030, les officiels chinois envisagent la rédaction d’une résolution très prochainement sur le sujet. Si la Chine se fixait une trajectoire d’émission, cela pourrait faire substantiellement avancer les négociations. Enfin une bonne nouvelle (enfin on attend le texte…).

La motivation des gouvernants vient peut-être de cette étude actualisée qui souligne l’intérêt pour la Chine du marché des technologies à faible intensité carbone.

  • Inde & USA : Clinton est optimiste sur le fait que les Etats-Unis et l’Inde pourront trouver un accord sur un plan « pour changer drastiquement la façon de produire, consommer et stocker l’énergie » et plus généralement sur la réussite de Copenhague. Pendant ce temps, la loi sur les émissions de CO2 se fait sérieusement chahuter par les Sénateurs. Même With, démocrate et ancien négociateur sur le climat dans l’administration Clinton, critique la loi car elle aurait un impact trop large sur l’économie ; elle mériterait d’être revue à la baisse. Pourtant certaines grandes entreprises prennent cette affirmation à contre-pied et appellent à la mise en place d’une législation, afin de pouvoir préparer les investissements…
  • Travailleurs du monde : lors d’une réunion de la Confédération Internationale des Syndicats, les syndicats du monde ont formulé un avis qui supporte une très forte réduction des émissions de GES et la mutation vers une économie décarbonée. Bien que des débats existent, un consensus a été trouvé notamment grâce au fait qu’une économie décarbonée pourrait être l’occasion de créer de nombreux emplois et d’améliorer les conditions de travail.
  • Insuffisant : l’agence ClimateWorks qui réalise des analyses pour les Nations Unies prévient que les engagements financiers des gouvernements sont actuellement insuffisants. Elle estime qu’il faudra mobiliser entre 95 et 130 milliards d’euros par an entre 2010 et 2020. Ce chiffre est proche de l’analyse du WWF (112 milliards d’euros par an).

En route vers Copenhague : suite aux discussions de Bonn

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Quelques mots rapides pour compléter que les discussions à Bonn… rien de très positif.

  • Comme le disent les Nations unies (si si), les discussions ont faiblement progressé, les engagements des pays développés sont trop faibles et il est nécessaires qu’ils soient significativement accrus afin de pouvoir débloquer la situation (comme déjà écrit ici). Pas grand chose à ajouter.
  • La Chine annonce par la voix de Su Wei, officiel Chinois auprès du Financial Time, qu’elle est prête à faire en sorte que ses émissions « piquent » (atteignent leur maximum) d’ici 2050. La Chine refuse toujours de se voir astreindre à des contraintes chiffrées de limitations pour l’instant. On peut penser que cette position serait susceptible de changer à condition que les pays industrialisés se fixent des objectifs plus ambitieux (au moins 40% de réductions en 2020 par rapport à 2050).

Rappelons que, afin d’atteindre -potentiellement- l’objectif de maximum +2°C en 2100, il est nécessaire que les émissions mondiales atteignent leur maximum avant 2015, d’après le GIEC (voir groupe 3), et que la Chine est le premier émetteur en valeur absolue (depuis mi 2007)… autant dire que le « +2°c » est mal engagé.

Cette annonce de Su Wei est faite en même temps qu’une étude est publiée, indiquant qu’il serait tout à fait possible pour la Chine de voir ses émissions atteindre leur maximum d’ici 2030… soit un scénario bien plus compatible avec l’objectif « +2°C ».Voir la dépêche de Reuters sur la publication [après courte recherche sur google, je n’ai pas trouvé l’étude…].

Une autre étude (que je n’ai pas encore lue) publiée par le Tyndall Center for Climate Change Research, issue de 3 ans de recherches, montre qu’il serait possible pour la Chine de mener une politique qui permette d’atteindre l’objectif mondial de 450 ppm (objectif 2°C) tout en préservant le développement économique.