Engagments chiffrés de la Chine sur la réductions des gaz à effet de serre : éléments d’analyse
La Chine a annoncé, hier jeudi 26, des engagements chiffrés pour les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Parvenant peu de temps après l’annonce des Etats-Unis d’engagement chiffrés, elle-même parvenant après le renforcement des engagements de la Russie -voir le post-, cet engagement chinois a été largement salué sur la scène internationale. Mais que signifie cet engagement ?

L’annonce
L’annonce faite par Hu Jintao est la réduction de l’intensité carbone de l’économie chinoise de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2020. Rappelons que l’intensité carbone d’une économie se définit comme la quantité moyenne de carbone nécessaire pour produire une unité de PIB. A titre de comparaison, l’intensité carbone de l’économie chinoise (2,68 kgCO2/US$) est à peu près dix fois supérieure à celle de la France (0,26 kgCO2/US$) et 5 fois supérieure à celle des Etats-Unis (0,51 kgCO2/US$).
Ce choix d’un chiffre relatif à l’activité économique s’explique par la volonté de ne pas accepter un volume fixe d’émissions à un horizon donné, qui impliquerait potentiellement de sacrifier de la croissance si celle-ci était très forte. L’incertitude concernant la croissance future de la Chine (contexte de crise, croissance démographique) pousse les décideurs à ne pas s’engager sur des scénarios de croissance et donc à refuser tout engagement en valeur absolue. Mais que signifie cet engagement ?
Ce que la Chine pourrait faire
L’excellent document d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique cite lui-même un rapport de l’Académie Chinoise des Sciences qui propose le scénario suivant:
-une croissance constante de 6,8% par an entre 2005 et 2020
-une réduction de l’intensité carbone de 50% en 2020 par rapport à 2005
-un renforcement de l’efficacité énergétique de +40 à +60%, accompagné de transferts de technologies
Résultat : en 2020, les émissions chinoises augmenteraient de 34% (seulement) par rapport à 2005. Ceci est nettement moins qu’une demande de l’UE qui, par modélisation, arrive à une augmentation de 55% en 2020. On voit sur le graphique ci-dessous que le scénario “business as usual” conduirait à une augmentation de quasiment 100% en 2020 par rapport à 2005.
Le scénario proposé par l’Académie Chinoise des Sciences serait donc très satisfaisant, puisque la condition à remplir pour atteindre l’objectif “+2°C” d’après le GIEC est une “déviation substantielle” (on considère 15 à 30%) par rapport à la trajectoire Business As Usual.
On se permettra néanmoins de remettre (partiellement au moins) en question la pertinence des objectifs fixés par le GIEC en 2007, au regard des nouvelles données, qui tendent plutôt à faire croire que des objectifs encore plus ambitieux à l’échelle mondiale seraient nécessaire.
Ce que la Chine annonce qu’elle fera
Evidemment, ce scénario ne correspond pas à la proposition de Hu Jintao qui évoque une réduction de l’intensité carbone moindre. Mais cette dernière reste très significative et peut paraître assez satisfaisante.
Concernant la réduction de l’intensité énergétique, la Chine s’est déjà fixé des objectifs (ambitieux) dans le 11ème plan quinquennal : -20% en 2010 par rapport à 2005. Cependant cet objectif ne sera probablement pas atteint, puisque la baisse de l’intensité énergétique n’était que de 3,3% en 2008. Nul doute que la Chine prendra de nouveaux engagements internes sur cet indicateur lors de son prochain plan quinquennal. Reste à savoir combien à quel niveau et s’ils seront atteints.
Concernant les transferts de technologie, tout dépend de l’accord international (cela ne dépend pas de la Chine). Pékin est progressivement en train de revoir sa position, même si elle soutien toujours les propositions du G77. La Chine considère de plus en plus sa capacité propre à l’innovation, ce qui l’oblige à avoir un nouveau regard sur les droits de propriété intellectuelle.
Le problème de fixer à la Chine un objectif en termes d’intensité carbone est que cela ne permet pas la comparaison des efforts entre pays, ce qui est pourtant un point important pour un accord international. Cela pourrait conduire indirectement à des injustices (inéquités), en fonction de la répartition de la croissance entre les pays.
La Chine fait déjà beaucoup
Occidentaux que nous sommes, nous avons facilement tendance à taper sur les méchants chinois pollueurs. Pourtant, Yvo de Boer (peu suspect de faire des déclarations intéressées ou influencées) a souligné, il a quelques semaines, l’extrême engagement des dirigeants chinois et l’importance des mesures nationales prises par la Chine.
L’action politique du gouvernement central est réelle, même s’il doit régulièrement faire face à des difficultés d’application des politiques puisque les gouvernements locaux sont généralement peu enclins, eux, à établir des mesures de protection de l’environnement.
Nous oublions également facilement que la pollution chinoise, ou comptabilisée comme telle, est en bonne partie due à des production de biens consommés par les occidentaux. Nous avons délocalisés nos pollutions en même temps que nos emplois.
Quelques réflexions
Les choses avancent avec les déclarations russes, américaines et chinoises. Il manque l’Inde. Cependant, les avancées restent relativement limitées, car ce sont des annonces qu’on pouvait raisonnablement espérer. Si c’est une anticipation d’annonces encore plus ambitieuses à Copenhague, alors on peut se réjouir. En revanche, si chacun abat ses cartes de manière définitive, alors l’accord restera très difficile.
On peut espérer qu’il s’agisse de la première option puisque, par exemple, les Etats-Unis pourraient revoir sérieusement leurs objectifs à la hausse (à un niveau permettant un accord), s’ils incluent certains mécanismes de flexibilité. Mais là encore, cela pose de nouvelles questions : ces mécanismes de flexibilité seront-ils fiables ?
Et quel que soit l’accord, il ne faudra pas oublier de le remettre dans son contexte : la géophysique. S’il ne peut pas permettre d’atteindre le +2°C (ce qu’on peut sérieusement craindre, même dans le cas d’un accord jugé “ambitieux” en termes de relations internationales), il faudra l’assumer.
Bref, la porte de Copenhague ne s’est pas définitivement fermée, elle s’est même un peu rouverte.
“Diagnostic pour Copenhague” : piqure de rappel scientifique
Un document de synthèse sur les avancées en termes de connaissance vient d’être publié : il est glaçant tant la situation est plus grave qu’anticipée. Cela est particulièrement visible concernant les effets observés (augmentation du niveau de la mer de 80% supérieur à celui anticipé par le GIEC par exemple) ; mais à la veille de Copenhague, on s’intéresse à la partie relatives aux politiques d’atténuation.
Ce rapport intitulé “Copenhagen diagnosis” est une publication type “peer-review” (revue par les pairs), exactement comme les publications du GIEC : il ne s’agit pas de nouvelles données, mais d’un résumé cohérent et transversal des connaissances. L’objectif des auteurs est de produire un document d’étape depuis la dernière publication du GIEC (2007) et avant la prochaine (qui aura lieu en 2013 au plus tôt). Résumé en français ici.
+7°C en 2100 ?
Les dernières estimations donnent un réchauffement moyen en 2100 supérieur aux précédentes estimations en cas de “business as usual” (on continue sans rien faire) : en 2100 la température moyenne du globe serait de 4 à 7°C à celle de l’ère pré-industrielle.
Les auteurs rappellent deux éléments bien connus :
- l’augmentation de température ne sera pas régulière (à cause de cycles de durée plus courte, 11 ans pour le soleils, irruptions volcaniques…).
- le pic de température ne sera probablement pas atteint avant des siècles après le pic des émissions, du fait de l’inertie du système Terre (principalement due aux océans).
L’urgence de l’action
La température d’équilibre dépend en premier lieu de la quantité totale de CO2 injectée dans le système, puisque c’est un gaz à effet de serre à longue durée de vie.
Quelles seraient des trajectoires compatibles avec l’objectif +2°C en 2100 ?
Si nous émettons un total de 1000 Gt de CO2 entre 2000 et 2050, la probabilité d’atteindre cet objectif est de 75%.
Or, nous avons déjà émis 350 Gt de CO2 ; il ne reste donc plus que 650 Gt de CO2 à consommer et à se partager.
Voici différentes trajectoires compatibles avec un scénario d’émissions de 750 Gt CO2, (67% de chances de ne pas dépasser le +2°C) :
Ces trajectoires seront extrêmement difficiles à suivre, tant les réductions sont importantes et urgentes.
La courbe verte impliquerait un pic en 2011 et des émissions de 4 Gt de CO2 en 2050, soit moins de 0,5 tCO2 par an et par personne (avec 9 milliards d’humains), ce qui est extrêmement faible (rappelons qu’actuellement les émissions d’un américain ou canadien ou australien sont de l’ordre de 20 tCO2/an/pers ; celles d’un européen de 11 tCO2/an/pers ; celles d’un Chinois de 5 tCO2/an/pers ; celles d’un Indien de 1,5 tCO2/an/pers.).
Les deux autres courbes, plus réalistes en termes de pic des émissions mondiales, impliquent d’atteindre un bilan carbone neutre entre 2040 et 2050.
Rappelons que les objectifs politiques affichés (officiellement par l’UE notamment) sont de réduire les émissions mondiales “d’au moins 50% en 2050″ (par rapport à 1990). Cet objectif impliquerait un très fort dépassement du budget 1000 Gt de CO2 et réduirait d’autant les chances d’atteindre le 2°C max en 2100. Et pourtant les promesses actuelles des pays développés ne permettraient même pas de réaliser l’effort nécessaire qui leur incombe pour atteindre une (petite) réduction de 50% à l’échelle mondiale.
Pessimisme
En somme, on peut actuellement dire qu’il est presque impossible d’atteindre l’objectif de 2°C. C’est difficile de se l’avouer, mais en réalité on le savait déjà quelques temps. Espérons que cela donnera un coup de fouet aux pays à Copenhague. On peut toujours rêver.
(Si j’ai un peu de temps, je reviendrai sur les autres parties de cette étude relatives aux effets des changements).
Etats-Unis et Russie redonnent quelques espoirs pour Copenhague
Un officiel américain vient d’annoncer (voir ici également) que les Etats-Unis viendraient à Copenhague avec des objectifs chiffrés en termes d’émissions de gaz à effet de serre (et ce malgré l’impossibilité pour le Congrès de voter sur la loi relative au climat et à l’énergie d’ici le 7 décembre).
C’est une excellente nouvelle, un réel progrès dans un contexte morose. Une annonce contraire aurait définitivement clos tout espoir d’accord réel à Copenhague.
Comme Yvo de Boer avait supposé lors de la conclusion des discussions de Barcelone que cela arriverait, les Etats-Unis ont également indiqué que le chiffre porté par l’administration serait conforme aux objectifs devant le Congrès. Ce fameux chiffre semble faible (quelques % de réductions en 2020 par rapport à 1990, ce qui est a priori insuffisant), mais il existe quelques marges de manoeuvre suivant que l’on prend les réductions d’émissions purement domestiques ou avec les mécanismes de flexibilité.
Cette annonce intervient peu de temps après l’annonce du Président Russe Medvedev que la Russie réhausse ses engagements de -10 ou -15% à -20 ou -25% en 2020 par rapport à 1990. Certes, cet objectif revient tout de même à une augmentation des émissions de GES de la Russie par rapport au niveau actuel (l’URSS ayant chu entre 1990 et aujourd’hui, et ses émissions avec*), mais c’est une moindre augmentation et un réel effort supplémentaire puisque moins de “hot air” (permis d’émissions gratuits), et donc moins de revenus potentiels pour la Russie. Je ne partage donc pas l’avis selon lequel ce ne serait que pur cynisme…
Lorsqu’il existe de relatives bonnes nouvelles dans un contexte morose, sachons nous en réjouir ! :S
*les émissions russes étaient en 2007 de 34% inférieures à celles de 1990 si on ne compte par les changements d’usage des sols et de 40% inférieures à celles de 1990 si on les inclut.
A project for the world ou plan justice-climat proposé par la France avant Copenhague
Mediapart vient de rendre public le texte du plan “A project for the world” (16 pages à télécharger), également appelé “plan justice-climat” dans les média, que Borloo promeut partout dans le monde afin d’esquisser une solution aux négociations mal engagées. Premiers éléments d’analyse.

Les points positifs
- Le plan fait la distinction entre quatre types de pays : le pays industrialisés, les pays les moins avancés (deux catégories déjà présentes dans les négo), les pays en développement peu émetteurs et les pays émergents.
Ces deux dernières catégories permettent de distinguer les pays dont les émissions par tête sont faibles et inférieure au seuil de 2 tCO2/an/personne (par exemple l’Inde) de ceux dont les émissions sont supérieures à ce seuil (par exemple la Chine).
Cette nouvelle distinction pourrait permettre d’ajuster le schéma global afin qu’il soit plus équitable. Mais encore faut-il qu’elle soit acceptée dans les négociations, ce qui est loin d’être fait.
- Une organisation mondiale de l’environnement (OME) : le retour de cette idée, portée par Chirac puis reprise par Sarkozy, est sûrement une bonne chose. Une OME serait un moyen d’organiser de manière cohérente la gouvernance mondiale de l’environnement, bien commun de l’humanité. Elle pourrait permettre de réguler les politiques de l’OMC au regard de critères environnementaux.
Cependant, on voit assez mal pourquoi inclure cette idée dans le cadre des négo sur le climat. En effet, les discussions actuelles s’effectuent dans le cadre de mandats très précis, définis notamment par la Convention des Nations unies contre les changements climatiques. Il semble impossible d’inscrire dans un texte la mise en place d’un “comité” qui se transformera en OME d’ici 2010 ! Cette formulation sent la naïveté apparente…
Pour établir une OME, il faudra de nouvelles discutions, spécialement dédiées. Et d’ici là, il faudra qu’un régime de gouvernance viable et acceptable soit établi à Copenhague afin de garantir l’effectivité des engagements. De cela, le plan ne dit rien, or les discussions actuelles sur le sujet sont très loin d’être abouties.
- Plan pour l’énergie en Afrique qui ferait du continent noir le premier continent 100% énergies renouvelables avec un taux d’accès à 100% : voila un objectif politique qui fait plaisir !
Les points négatifs
- d’après le GIEC, afin de respecter le scénario “2°C max”, les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum (pic) en 2015, pas en 2020 comme affirmé par le plan.
- les objectifs assignés pour les pays industrialisés sont impossibles pour 2020 : on demande au Canada de faire du -25% alors qu’il est aujourd’hui à +50% ! Cela paraît impossible. Idem pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande (même si l’écart est moins grand).
En revanche, pour l’UE, le plan demande du -30% (ce qu’a prévu le plan énergie climat) alors qu’on est déjà à -6%. Donc, les objectifs chiffrés pour l’atténuation des pays développés sont partiellement irréalistes et minimisent l’action de l’UE. Il faut demander un peu moins aux pays qui ont dérapé à court terme pour leur laisser le temps de revevenir (en fixant un objectif à 2030 par exemple) et il faut faire plus dans l’UE pour compenser ce retard.
- l’inclusion des USA pose toujours problème. Le chiffre suggéré par le plan, -15 à 25% en 2020 par rapport à 1990, sera également difficile à atteindre, alors même qu’il conditionnera de beaucoup le résultat des réductions agrégées des pays développés. D’ailleurs le plan ne fait pas d’estimation agrégée des efforts demandés, seul chiffre qui pourrait pourtant donner un repère par rapport à la fourchette du GIEC -25 à -40%.
- sur le financement, au mieux le plan n’est pas très clair, au pire fait preuve de cynisme. Il annonce en effet les besoins à 100 mds d’€ par an d’ici 2020, soit 150 mds de $ (chiffre qui correspondent à l’estimation de l’UE). Pourtant, le plan “justice-climat”, consacré aux pays les moins avancés, avant le chiffre de 410 mds de $ sur 20 ans, soit 20 mds de $, soit 13% des besoins totaux de financements annuels estimés.
Si on ajoute les financements pour les pays en développement faiblement émetteurs, le plan estime les besoins à 490 mds $ sur 20 ans, soit annuellement 16% des besoins de financements totaux estimés. Autrement dit, 84% des besoins de financements seraient pour les pays industrialisés et les pays émergents ? Pas exactement : dans ces 84%, il y a aussi les investissements privés qui peuvent intervenir dans les PMA et PED.
Et il y a certes un point majeur les 490 mds de $ pour les PMA et pays en développement sont issus des “finances publiques”, tandis que les financements restants proviendront des finances publiques des pays et des investissements privés.
Quoi qu’il en soit, avec 20 mds de $ par an, on est très, très loin des demandes des PMA, G77, groupe Afrique… qui sont comprises entre 0,25% et 2% du PIB des pays industrialisés (annexe I) soit 100 à 800 mds de $ par an.
- concernant les solutions pour mobiliser les financements, celles proposées dans le plan sont déjà sur la table des négociations depuis longtemps. Il n’y a absolument rien de nouveau sous le soleil, et le plan en oublie même certaines options (taxe sur billets d’avion). Le plan n’est pas précis sur le montage financier : cela peut se comprendre dans un souci de laisser des marges de manoeuvres lors des discussions, mais cela est regrettable car ne permet pas d’avoir une solution “clé en main” qui pourrait être amendée.
En somme, après une première lecture, le plan français est moins bien ficelé qu’on pouvait l’espérer. Il apporte certes des éléments innovants et surtout une vision politique plutôt cohérente, mais il reste assez flou malgré tout et n’est probablement pas de nature à changer le cours des choses.
-d’après le GIEC, les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum en 2015, pas en
2020 comme affirmé par le plan.
-les objectifs assignés pour les pays industrialisés sont impossibles pour 2020 : on
demande au Canada de faire du -25% alors qu’il est aujourd’hui à +50% ! Ca paraît
impossible. Idem pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande (mm si l’écart est moins grand).
En revanche, pour l’UE on demande du -30% alors qu’on est déjà à -6%.
Conclusion : les objectifs chiffrés pour l’atténuation des pays développés sont
partiellement irréalistes et minimisent l’action de l’UE. Il faut demander moins aux pays
qui ont dérapé à court terme pour leur laisser le tmps de revevenir et faire plus dans
l’UE pour compenser ce retard.-l’inclusion des USA pose tjs problème-sur le financement : je comprends rien à leur chiffrage. Les 410 md$ sur 20 ans sont-ils
supplémentaires de 100 md? par an comme il semble être indiqué en bas p13 ? Auquel cas,
d’accord. Sinon 410md$, ca fait 20 md par an, ce qui est ridicule.-les solutions de financement proposées sont déjà sur la table des négo depuis longtemps.
Rien de nouveau sous le soleil, le plan en oublie même certaines (taxe sur billets
d’avion). Le plan n’est pas précis sur le montage financier.
Le point sur les promesses d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des négociations sur le climat
Une étude de Le Quéré et al. vient de paraître dans Nature Geoscience, indiquant que les émissions de CO2 d’origine énergétique ont augmenté de 48% entre 1990 et 2008. Mais surtout, l’étude indique, malgré une forte incertitude, une réduction des puits naturels de carbone (océan, biosphère), puisque le carbone émis restant dans l’atmosphère chaque année serait passé de 40% à 45% entre 1959 et 2008 (voir le résumé sur le blog Libé Sciences). Cette étude renforce les craintes de l’activation de “rétroactions positives”, qui accentueraient/accélèreraient le changement climatique.
Toujours est-il que les petites négociations des petits humains continuent, afin de pouvoir ralentir et atténuer la catastrophe en cours. Il est peut-être nécessaire de faire le point sur l’état des engagements des pays développés (dits de “l’Annexe I”), élément clé de la négociation en cours.
Le GIEC a établi un scénario qui permettrait de limiter le “réchauffement à 2°C en 2100″, objectif politique maintenant largement repris (même si certains y renoncent), voir le post ici). En fait, pour être précis, le scénario du GIEC vise à limiter le réchauffement entre 2,1 et 2,4°C à long terme. Ce scénario oblige une déviation substantielle des pays émergents de leur scénario “business as usual” et une réduction de 25 à 40% des émissions des pays développés en 2020 par rapport à 1990. Sachant que même en respectant ce scénario, d’après plusieurs études, il y a environ une chance sur deux de dépasser l’objectif du 2°C en 2100. Il faudrait donc viser le haut de la fourchette.
L’insuffisance incontestable des engagements des pays industrialisés
Lors de la dernière séance de négociations, plusieurs chiffres ont circulé, relativement semblables et indiquant l’insuffisance des efforts des pays développés. Mais reprenons les plus officiels : ceux compilés par le secrétariat de la convention des Nations unies contre les changements climatiques (UNFCCC).
En agrégeant tous les engagements des pays développés (y compris les Etats-Unis), la réduction de leurs émissions n’atteindrait que 11 à 14% en 2020 par rapport à 1990. Ce qui serait très insuffisant en comparaison avec le scénario du GIEC (motif de blocage des négociations).
Une autre source est cet intéressant document du WRI, qui propose d’effectuer une comparaison en termes de réduction absolues, par tête et en intensité énergétique. Le premier indicateur permet de juger de l’efficacité environnementale des objectifs ; le second permet de juger de la tendance en termes d’équité ; le troisième permet de mesurer l’effort imposé à l’économie.
Ce qui est intéressant avec cette analyse est que concernant les Etats-Unis, elle ne considère pas uniquement les engagements obtenus par le système du cap and trade inclus dans la législation en cours de discussion devant le Congrès (ACESA ou CEJAPA, suivant quelle version considérée), mais également les réductions qui pourraient avoir lieu par ailleurs dans d’autres mesures (standards d’efficacité…) et par de la compensation (voir le détail de l’étude du WRI sur les Etats-Unis ici). Concernant la compensation, l’étude considère que celle-ci est bien effective et additionnelle aux réductions effectuées par les pays en développement.
L’étude prend pour chaque pays les engagements faibles et les engagements forts annoncés, ce qui permet d’établir des fourchettes.
Concernant les réductions absolues, les conclusions du WRI sont très similaires à celles du secrétariat, indiquant qu’elles n’atteindraient que 10% par rapport à 1990 (dans le cas des engagements faibles) et 24% (dans le cas d’engagements forts et d’inclusion du changement d’usage des sols). Dans le meilleur des cas, les pays développés n’atteignent pas même le minimum de la fourchette identifiée par le GIEC ; on est loin des 40% de réduction demandés par les pays pauvres afin de minimiser d’autant les risques d’un dépassement du 2°C.
Le choix de l’année de référence
Le choix de l’année de référence est source d’intenses négociations, certains pays voulant abandonner 1990 pour 2000 ou 2005. Cette bataille s’explique parce que la répartition des émissions de GES a évalué en 15 ans : la chute de l’URSS et l’administration Bush sont passées par là. L’ex URSS a intérêt à garder 1990 comme année de référence car cela permet une augmentation des émissions par rapport à aujourd’hui, tout en affichant une réduction par rapport à 1990 (les émissions s’étant effondrées entre temps). Inversement, les USA ont intérêt à ce que l’année de référence soit la plus tardive possible : leurs émissions ayant augmenté, le même objectif en valeur absolue se traduit par une plus forte réduction en pourcentage avec 2005 comme année de référence qu’avec 1990. Voir la comparaison ci-dessous (avec 2005 en année de référence, les Etats-Unis sont bien plus ambitieux en termes de réductions relatives que l’UE !).
Mais soyons honnête : il serait plus logique de garder 1990. D’abord parce que c’est l’année de référence du protocole de Kyoto, ensuite parce que le scénario du GIEC repose sur 1990 (il faudrait donc tout actualiser), enfin parce que -si on ne regarde que les réductions en %- il est logique de récompensé ceux qui n’ont pas attendu pour agir (l’UE en particulier).
Emissions par têtes
L’idée est qu’à long terme, les émissions par tête devraient tendre à s’égaliser, sur la base d’un principe simple : tous les humains ont droit de jouir à égalité de la ressource “atmosphère”.
Le tableau ci-dessous regroupe les émissions par têtes.
On remarque l’évolution des émissions par tête de la Russie, avec une forte augmentation par rapport à 2005… Clairement, l’engagement de la Russie n’est pas équitable.
Intensité carbone de l’économie
Afin de pouvoir comparer les économies, cet indicateur fait le ratio des émissions par la création de richesse.
Intensité carbone de l’économie (en GgCO2 équiv./million § de 1990)
On remarque la très faible intensité actuelle et future de la Norvège ; les Etats-Unis se rapprocheraient de l’intensité de l’UE ; la Russie verrait son intensité carbone diminuer significativement malgré un niveau encore élevé.
En conclusion
JL Borloo a raison de dire qu’on a un problème avec les Etats-Unis, si on considère uniquement les réductions domestiques par cap and trade, ce qu’on fait généralement. L’étude du WRI donne un peu d’espoir, en indiquant qu’en utilisant des mécanismes de flexibilité, les Etats-Unis peuvent aller plus loin, et presque rejoindre l’UE en termes de réductions par rapport à 1990. Mais dans ce cas, on peut considérer c’est l’UE qui ne va pas assez loin, puisque cette dernière n’a pas le retard accumulé par les Etats-Unis sous l’administration Bush.
Oui, les Etats-Unis n’ont pas annoncé d’objectifs chiffrés pour l’instant ; mais comme l’a souligné Yvo de Boer lors de la conclusion des discussions de Barcelone, ils pourraient venir avec un chiffre à Copenhague, il faut qu’ils le fassent. Et dans ce cas, l’UE ne sera plus forcément à son avantage avec son petit 30% de réductions…
Désolé pour la mauvaise qualité des tableaux et diagramme ci-dessus… vous pouvez les retrouver dans le document original.
En route vers Copenhague : suivi des positions (12)
Depuis la conférence de Barcelone, qui a permis que les négociations de l’UNFCCC continuent d’avancer dans un cadre dit “informel” avant le début de la conférence de Copenhague, les annonces de négociations bilatérales et multilatérales se multiplient.

Chine-Etats-Unis
Obama en Chine : Jintao et Obama ont déclaré vouloir un succès à Copenhague et un accord “à effet opérationnel immédiat”. Le ministre Danois Rasmussen s’en réjouit.
A priori, cette annonce est effectivement positive puisque semble synonyme de volonté politique et un refus d’un “déclaration politique” ou d’un “accord partiel” .
Cependant, cette petite expression “effet opérationnel immédiat” n’est pas très claire à interpréter… ce n’est même pas très logique, puisque l’accord qui doit intervenir vise à s’appliquer à partir de 2013 et que, comme tout traité international, il ne peut s’appliquer directement et doit être ratifié par les Parlements des pays. D’ailleurs, comme pour le protocole de Kyoto, il semble raisonnable de penser que tous les “détails” opérationnels seront négocier après Copenhague…
Soit Obama a glissé cette expression par mégarde ou pour donner quelque chose à se mettre sous la dent aux journalistes sans qu’il n’y ait de signification particulière…
Soit l’expression a été soigneusement choisie, ce qu’on peut raisonnablement supposer. Mais comment trouver un accord opérationnel immédiatement, alors que, clairement, les négociations techniques ne sont pas assez avancées (en guise de preuve, allez voir les “non papers” qui constituent la base de négo du groupe AWG-LCA) ? La logique est exactement inverse de celle présente dans la dernière déclaration de Ban ki Moon qui demande “du politique maintenant, du technique plus tard”.
Une interprétation optimiste serait la suivante : la déclaration d’Obama de Jintao serait un signe pour affirmer que les deux pays sont prêts à prendre des engagements politiques contraignants à Copenhague. Ils refuseraient l’idée de repousser la conclusion d’un accord global lors de la Conférence des Parties n°16 de décembre 2010 ou lors d’une Conférence des Parties “n°15 bis” en juin ou juillet 2010 (scénario largement envisagé désormais). Mais pourquoi diable une telle expression ?
Une interprétation pessimiste serait qu’Obama et Jintao nous mènent en bateau et que les divergences sont encore trop grandes pour même savoir où nous allons.
Réunion au Danemark
Parallèlement, 44 se sont retrouvés au Danemark, sur invitation du gouvernement danois, afin de faire avancer les discussions. Ce sommet est probablement une bonne chose car il réunit les leaders précisément sur la question du climat. Les négociateurs qui interviennent dans le cadre des négociations de l’UNFCCC ne possèdent pas le pouvoir politique, contrairement aux chefs de gouvernements. Malheureusement, ceux-ci se sont déjà largement réunis sur la question (lors des G20 par exemple) et peu de choses avaient évolué.
L’APEC inquiète, la Russie rassure
L’APEC s’est également réunie et a proposé une déclaration finale sur la question… cette dernière est très décevante puisque les engagements chiffrés sur le long terme ont été retirés à la dernière minute. Cela est inquiétant, car les chiffres incriminés déterminent un avenir global commun (une “vision partagée”)… Or si même là-dessus, les divergences sont encore importantes, il paraît encore plus difficile de trouver un accord qui répartisse l’effort à fournir.
En revanche, la bonne surprise vient de la Russie, avec Medvedev qui affirme en marge de l’APEC que les conséquences des changements climatiques pourraient être “catastrophiques”. Jusqu’à présent, la Russie était discrète, voire antipathique concernant les négociations sur le climat. Cette déclaration est donc plutôt rassurante.
Super Borloo ?
Et il y a eu la déclaration commune France-Brésil (voir le post pour le texte). Déclaration plutôt intéressante, bien que pas révolutionnaire. Cette déclaration est à replacer dans le contexte de l’activisme de Borloo, qui souhaite proposer un scénario positif à Copenhague avec le soutien de pays pauvres et en développement, tout en déclarant que “Washington est le principal frein” pour un accord. Cette affirmation est rare de franchise, mais sur le fond, elle n’est pas contestable.
Il y a malheureusement très peu (pour ne pas dire aucune) information sur le plan élaboré par Borloo, à part les déclarations politiques occasionnelles. Et comme déjà dit ailleurs, ce plan doit s’inscrire dans un cadre de négociations plus global, ce qui ne paraît pas aisé.
La société civile doit soutenir et pousser les exécutifs
En somme, la tension monte, comme le relatent de nombreux journaux. Il est difficile d’y voir clair, dans cette situation paradoxale (est-ce vraiment paradoxal ?) dans laquelle tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut agir, fort et maintenant, mais où le consensus est très difficile à trouver.
Tout repose entre les mains des dirigeants des exécutifs nationaux : seuls eux pourront décider de l’effort que leur pays est prêt à réaliser. Et seul un accroissement de ces efforts permettra un accord à la hauteur des enjeux. En ce sens, il semble que la société civile a un rôle important à jouer en montrant son soutien actif aux gouvernements à des décisions ambitieuses, même si ce n’est pas dans son intérêt.
(photo : TIAN LI/GAMMA PEKIN/Eyedea Press)





